L'âge auquel nous estimons un rat comme sevré est de 6 semaines. La période pré-sevrage recoupe donc le temps entre la naissance et les 6 semaines du raton.
La manipulation quotidienne des ratons est reconnue comme étant l'un des devoirs (et l'un des plus agréables!) d'un éleveur. Le but avoué étant de pousser les bébés à une meilleure sociabilité envers l'humain. Cependant, la manipulation des ratons a bien plus de bienfaits qu'elle ne semble en avoir !
En effet, une étude effectuée sur 60 rats (30 rats manipulés tous les jours de la naissance au sevrage et 30 rats non manipulés) a permis de prouver que les rats ayant été manipulés possèdent une meilleure stimulation et un comportement exploratoire exacerbé. Les 30 rats n'ayant pas connu le contact humain durant la période naissance-sevrage présentaient eux un comportement néophobique et craintif face à l'environnement en étant plus profondément touchés par le stress psychologique et physiologique.
De plus, les manipulations précoces de 3 à 15 minutes tous les jours durant les 2 à 3 premières semaines de vie peut conduire à une meilleure adaptation face aux situations stressantes plus tard dans la vie. Cette exposition régulière à un facteur de stress prévisible (car quotidien) serait donc bénéfique en permettant de meilleures performances cognitives, une réduction de l'anxiété ainsi qu'une réponse endocrinienne inférieure face au stress.
Il est interessant de constater que les effets bénéfiques de la manipulation néonatale se répercutent même lors de la vieillesse du rat: en effet, cette manipulation aurait une influence non négligeable sur le vieillissement du rat en protégeant son hippocampe des dysfonctionnements liés à l'âge et de la perte neuronale.
Durant les premières semaines de vie, la présence de la mère auprès des ratons est capitale. En effet, les rats étant des animaux nidicoles, les jeunes altriciaux sont entièrement dépendants de leur mère pour survivre. Une absence prolongée (de l'ordre de 3 à 8 heures par jour) et régulière peut avoir des effets néfastes sur les ratons et causerait une augmentation de la réactivité au stress ainsi que la réponse émotionnelle face à des situations stressantes. De graves désordres psychologiques peuvent en être induits.
La mère rat habitue par paliers successifs ses bébés à la séparation. Si au début elle passe 85% de son temps auprès de ses bébés, le chiffre décroît à 30% lorsque les ratons sont âgés de 17/21 jours. Il est bon de donner la possibilité à la mère de s'isoler à sa convenance de sa portée (un étage dans la cage de maternité inaccessible aux bébés, par exemple) pour permettre une bonne séparation maternelle quand la femelle le décide. La santé mentale des ratons n'en serait que meilleure.
De plus, si la séparation entre les bébés et leur mère durant une période prolongée se fait dans un environnement inconnu (une cage différente par exemple), les effets sur les ratons sont encore aggravés. En effet, durant une absence de leur mère de 8 heures et dans un lieu inconnu, les jeunes ratons développent un comportement stéréotypé, une baisse des interactions sociales et une augmentation de la mémoire émotionnelle.
En plus de nourrir, réchauffer et protéger sa portée, la mère apporte grande attention à leur toilette et lèche régulièrement chacun de ses ratons. Une femelle très attentionnée apportant une attention et des soins maternels accrus à ses ratons aura plus de chances de donner des bébés calmes, possédant une meilleure mémoire et de meilleurs capacités cognitives. A l'inverse, une mère léchant et toilettant peu ses bébés aura une progéniture plus sensible au stress, effrayés au moindre bruit et sursautant beaucoup plus.
Pour en savoir plus, lire l'article "Comportement maternel de la ratte".
Il a été démontré que l'ADN peut être modifié dans sa structure -sans altération de sa séquence- par des influences environnementales. Cela mène à des changements dans l'expression de certains gènes (Meaney and Szyf 2005; Weaver et al. 2004). Le premier environnement que connaît le raton est représenté par le nid que construit la mère, avec plus ou moins d'attention. En effet, il existe une variation individuelle dans la manière dont la mère conçoit le nid dans lequel vivront les ratons (Wiesner et Sheard, 1933). Proposer une variété de matériaux à la mère pourrait permettre d'améliorer le taux de survie des ratons: en effet les chiffres de sevrage de portées seraient meilleurs chez les femelles à qui l'on a proposé des copeaux de bois en plus des mouchoirs.
Pour en savoir plus, lire l'article "Comportement maternel de la ratte".
Pour ce qui est de l'environnement sonore, les ratons ne commenceraient à entendre les sons qu'à partir de l'âge de 8/9 jours pour atteindre l'intégralité de leur potentiel auditif à l'âge de 16/20 jours. Cependant, il faut savoir que les ratons sont particulièrement sensibles au bruit durant leurs 5 premières semaines, il faut donc veiller à ne pas les exposer à des sons trop élevés.
La période post-sevrage se situe à partir des 6 semaines du rat et dans un court laps de temps suivant cet âge (jusqu'à 4 mois environ).
L'environnement social du rat est représenté en premier lieu par les congénères qui occupent la cage avec lui. Ces rats forment ensemble un groupe hiérarchisé nécessaire au bien-être et à l'épanouissement de cette espèce (pour en savoir plus, voir l'article: "Sociobiologie: grégarisme et reconnaissance sociale chez le rat").
Ainsi, la stabilité du groupe pour un raton âgé de 46 à 116 jours (soit entre les âges de 6 semaines et 4 mois environ) est un critère crucial pour déterminer son comportement futur envers des rats inconnus. En effet, une étude effectuée sur des rats mâles a permis de déterminer que les ratons intégrés dans des groupes stables acceptaient mieux l'arrivée d'un mâle inconnu (dans 2/3 des cas) alors que les ratons n'ayant pas de groupe stable étaient tous agressifs envers le congénère inconnu.
En premier lieu, il est évident qu'un environnement enrichi permet au rat de développer ses capacités cognitives, sa mémoire et facilite l'apprentissage. Le rat étant un animal intelligent et curieux, il a besoin d'être stimulé dès son plus jeune âge grâce à une série de divertissements (jouets dans la cage, sorties régulières, voire même apprentissage de tours).
Un environnement enrichi permet de plus de diminuer l'anxiété des rats. Plus encore, il permet aussi de protéger efficacement le cerveau contre les neurotoxines en limitant les effets neurochimiques et neuro-comportementaux dus à l'exposition à ladite toxine.
Une étude effectuée en 2019 par des chercheurs de l'université Humboldt de Berlin a prouvé que les rats aimaient le jeu de cache-cache avec des congénères ou même avec l'humain. Mieux encore: les rats de l'expérience ont "amélioré" leurs compétences au jeu de cache-cache en visitant en premier les lieux où l'humain se cachait lorsqu'il fallait le retrouver ou en utilisant des boîtes opaques plutôt que des boîtes transparentes lorsqu'ils avaient le rôle de se dissimuler.
En savoir plus ? Lisez l'article "Sélection: le test de personnalité sur ratons"
Sources:
"Infantile stimulation and adult exploratory behaviour in the rat: Effects of handling upon visual variation-seeking", par Garland Y. DeNelsky et Victor H. Denenberg
"The three-hit concept of vulnerability and resilience: towards understanding adaptation to early-life adversity outcome"
"Hormone-Dependent Aggression in Male and Female Rats: Experiential, Hormonal, and Neural Foundations" par D. J. Albert, R. H. Jonik & M. L. Walsh
"Postweaning social experience and adult aggression in rats", par Lore RK & Stipo-Flaherty A.
"Infantile experience and resistance to physiological stress", par Levine & Seymour
"The effects of early postnatal handling on hippocampal glucocorticoid receptor concentrations: temporal parameters", par Michael J. Meaney et David H. Aitken
"Developmental plasticity of HPA and fear responses in rats: A critical review of the maternal mediation hypothesis", par Simone Macrì et Hanno Würbel
"Development of individual differences in stress responsiveness: an overview of factors mediating the outcome of early life experiences", par Claessens & al
"Environmental influences on the central nervous system and their implications for the aging rat"
"Postnatal Stimulation of the Pups Counteracts Prenatal Stress-Induced Deficits in Hippocampal Neurogenesis"
"Environmental influences on cognitive decline in aged rats", par Gordon Winocur
"Environmental enrichment effects in social investigation in rats are gender dependent"
"Effects of environmental enrichment on cognitive function and hippocampal NGF in the non-handled rats", par Therese M Pham, Stine Söderström, Bengt Winblad & Abdul H Mohammed
"Enriched environment during development is protective against lead-induced neurotoxicity"
"Infantile (handling) stimulation and behavior in young Roman high- and low-avoidance rats"
"Development of cochlear function in the ear of the infant rat", par Crowley, David E.; Hepp-Reymond, Marie C
"Susceptibility to noise exposure during postnatal development in rats", par Natalia Rybalko & Josef Syka
"Behavioral and neural correlates of hide-and-seek in rats"
"Enriched Environment Exposure Accelerates Rodent Driving Skills"