Selon Wiesner et Sheard (1933) et Bennett et Vickery (1970), la femelle s'affaire à son nid environ 5 jours avant le terme de sa gestation, atteint son pic d'activité peu de temps après la parturition pour baisser ensuite lors des 10/20 jours post-partum (après la mise-bas). Le nid est un élément important de la gestation d'une rate. En effet, il permet de rassurer la maman et ainsi d'influencer un bon comportement nourricier de sa part.
Cependant, certaines études montrent que le nid revêt une importance plus cruciale encore: le type de matériel utilisé par la mère pour la nidification serait directement lié à la survie des ratons !
Ainsi, des femelles à qui l'on a donné des mouchoirs en papier pour confectionner le nid ont perdu 476 bébés sur 791, soit 60 % des jeunes. Des femelles à qui l'on a donné de la laine de bois ont perdu 216 bébés sur 1182, soit 18 % des jeunes. Donc, les rats à qui on a donné des copeaux de bois ont pu sevrer un nombre beaucoup plus élevés de bébés que les rats à qui on a donné des mouchoirs en papier.
Il existe une grande variation de comportements chez la femelle à qui on donne des mouchoirs en papier: en effet, certaines ont construit des nids élaborés tandis que la majorité d'entre-elles ont tout simplement "boudé" les mouchoirs. Les nids les plus élaborés étaient cependant toujours ceux agrémentés de copeaux de bois.
Attention cependant, comme le confirme Schoental (1973), les copeaux de bois sont néfastes à la santé des rats et pourraient causer l'apparition de tumeurs. Il serait préférable dans un contexte d'élevage domestique de les remplacer par du chanvre ou du lin.
Wiesner et Sheard (1933) ont aussi noté une variation individuelle dans l'activité consistant à construire un nid. En effet, ils ont pu constater que leur stock de rats Wistar importés en 1929 étaient moins actifs dans la construction de nids que ceux observés par les Américains. Il se pourrait donc que certaines lignées obtiennent de bons résultats en terme d'élevage de la progéniture indépendamment de la nidification.
La nidification chez le rat sauvage est identique à celle du rat domestique, mais la rate sauvage mettra plus de temps pour son élaboration.
Il existe plusieurs positions d'allaitement reconnues chez la rate:
* "Hovering": la femelle est debout sur les bébés tandis qu'elle s'occupe d'autre choses comme le léchage d'un bébé ou sa propre toilette.
* "Low4 crouch": la femelle a terminé ce dont elle s'occupait, s'accroupit et étend ses pattes pour donner accès au lait pour les bébés.
* "Hight-crouch": est aussi appelé allaitement "dos voûté" ("arched back nursing"). La femelle s'accroupit en position haute et étend ses pattes (voir photo ci-contre). Elle ne s'engage pas dans une autre activité en même temps. Cette position est considérée pour être un type actif de soins aux bébés et serait étroitement lié avec un soin accru à la progéniture (léchage, toilettage). Cela rendrait les bébés moins craintifs et répondant moins au stress.
* "Supine nursing": la rate est allongée sur le côté (voir photo ci-dessous). C'est une position utilisée quand les bébés sont plus vieux et que l'environnement autour du nid est calme. Cette position est considérée pour être un type de soins passif.
Chez les rats bruns sauvages, les périodes de séparation naturelle entre la maman et sa progéniture (la femelle s'écarte volontairement du nid) sont de 15/20 minutes, selon Barnett (1975).
De nombreuses études ont été entreprises sur le sujet, démontrant qu'une séparation répétée de 3 heures avec la mère pendant la première période post-natale (2 premières semaines de vie) cause une augmentation de l'anxiété chez les bébés, voire un comportement dépressif issu d'un stress chronique qui accroît sa vulnérabilité psychiatrique.
La rate allaitante passe 85% de son temps avec ses petits durant le premier jour post-partum, puis ce chiffre décroit jusqu'à environ 30% de son temps aux jours 17/21 post-partum.
Dans un environnement domestique, des études ont prouvé que la santé mentale des rats profiterait de la possibilité pour la mère de créer une séparation maternelle volontaire: autrement dit, la maman doit pouvoir s'isoler de sa portée à sa convenance.
L'épigénétique est un domaine de recherche stipulant qu'un individu n'est pas uniquement influencé par sa génétique et son environnement, mais aussi par l'environnement de ses ancêtres. Selon Barnett (1975), le comportement d'une rate sera influencé par celui de sa mère et même de sa grand-mère (sont inclus plusieurs facteurs comme la nutrition, la stimulation et l'environnement). Ainsi, le comportement maternel se transmet-il de génération en génération.
L'attention portée au léchage et au toilettage des ratons est par exemple d'origine épigénétique.
Le toilettage et le léchage des bébés par la mère ont une influence critique dans le développement de sa progéniture: que ce soit au niveau des réponses endocrines, cognitives ou émotionnelles.
Le temps passé par la mère rate à lécher et toiletter ses bébés n'est pas le même selon les femelles. Un raton recevant une attention nourricière importante de la part de sa mère aura tendance à devenir un adulte calme et serein, tandis qu'un raton recevant peu d'attention de sa mère deviendra un adulte anxieux.
De plus, des études ont montré qu'une femelle portant une attention accrue au léchage et au toilettage de sa portée incitera les femelles de ladite portée à un comportement maternel plus rapide et plus important envers des ratons (y compris des ratons ne lui appartenant pas).
Il est intéressant de noter que selon les études faites sur le sujet, la mère offrirait une attention accrue dans le léchage de la zone ano-génitale pour ses bébés mâles. 19 mâles et 50 femelles Sprague-Dawley issus de 12 portées différentes ont ainsi été étudiés: au jour 7 il a été noté que les bébés femelles étaient léchés durant 12 secondes tandis que les bébés mâles profitaient de 22,5 secondes.
Pour ce qui est du portage, des études réalisées sur des souris (mais aussi sur des humains !) montrent que le portage du bébé par sa mère (généralement pas la peau du cou ou la peau du dos) entraînent une série de "réponses coopératives" de la part du raton. En effet, le bébé cesse ses mouvements et prends une posture compacte, son rythme cardiaque ralentit et il stoppe ses vocalisations (sous forme d'ultrasons). Un raton qui ne cesse pas de gesticuler, ou à l'inverse un raton anesthésié, rendent plus difficiles et plus long le portage maternel et donc diminuent les chances de survie de la mère et du bébé porté à l'état sauvage. Il y a donc réellement une réponse du bébé au portage maternel. Pour ce faire, le bébé utile la sensation tactile de sa peau mais aussi sa proprioception (perception des différentes parties du corps) pour induire une sensation calmante durant le portage.
Wiesner et Sheard (1933) ont obtenu un taux important de comportement maternel de la part de femelles non gestantes en les exposant aux bébés pendant 5 à 7 jours en moyenne. Plus les bébés sont jeunes et plus les stimuli incitant au comportement maternel seront forts. Il s'améliore encore si les femelles ont participé à l'élevage des jeunes dès leur naissance en servant de "tantes" aux bébés.
Les performances maternelles sont comparables entre une mère et ses bébés et une femelle non gestante ayant développé un comportement maternel vis-à-vis de ratons, si l'on excepte la lactation absente chez cette dernière.
Sources:
"The potential of exercise to reversestress induced abnormalities in the ratbrain" par Lelanie Marais
"Incidence of pup mortality in the rat with particular reference to nesting material, maternal age and parity" par M.L. Norris and C. E. Adams
"The laboratory rat -improved welfare for mothers and pups through breeding in a enriched environment?" par Sara Cannervik
"Long-lasting changes in stress-induced corticosterone response and anxiety-like behaviors as a consequence of neonatal maternal separation in Long–Evans rats" par Mikhail Kalinichev, Keith W Easterling, Paul M Plotsky, Stephen G Holtzman
"Dysfunctional nurturing behavior in rat dams with limited access to nesting material: a clinically relevant model for early-life stress" par Autumn S. Ivy, Kristen L. Brunson, Curt Sandman, et Tallie Z. Baram
"Effects of maternal separation on brain stress systems: Modulation by voluntary exercise in male rats"
Rat Behavior and Biology
Learn Genetics
"Epigenetic programming by maternal behavior"
"Naturally occurring variations in maternal behavior in the rat are associated with differences in estrogeninducible central oxytocin receptors" par Frances Champagne, Josie Diorio, Shakti Sharma, et Michael J. Meaney
"Variations in maternal care in the rat as a mediating influence for the effects of environment on development" par Frances A. Champagne, Darlene D. Francis, Adam Mar, Michael J. Meaney
"Advances in the study of behavior", volume 10 par Jay S. Rosenblatt
"Maternal behavior in the rat" par Wiesner et Sheard
"Maternal discrimination of pup sex in rats", par Gail Richmond et Benjamin D Sachs
"The three-hit concept of vulnerability and resilience: towards understanding adaptation to early-life adversity outcome"
"Infant calming responses during maternal carrying in humans and mice"
"A study of the nest-building activity of the albino rat"