Les Partitions de Vent de Kliclo
Exposition du 23 mai au 14 septembre 2013
Espace 9Cube - Mairie du 9ème

6, rue Drouot 75009 Paris
UNE ŒUVRE

 « Il était une fois l’homme ». Kliclo l’a imaginé, il n’en reste plus que des traces, des bribes, quelques séquelles, un délabrement sans nom, un désert. Ce qui frappe, c’est cette dissection des matériaux, un héritage, une culture.

C’est un appel à travers des débris, des pavés désolidarisés d’une rue, des horloges abandonnées par les aiguilles, un effritement de pellicules, des broussailles et des ruines. Kliclo use de la délicatesse pour exprimer la violence. Un fil qui tourne sur lui-même et devient emblème de lacération de l’inhumain, le fil barbelé.

On est dans le minuscule, le résidu et tout d’un coup, il y a la vigueur d’une fresque, « l’Atlantide », ou une constellation inhabitée, « Jupiter », où le grès, le sable, des clous parsèment la nudité de l’espace. L’univers de Kliclo relève de la hantise, son artisanat manuel est méticuleux, métaphorique, du radeau de la méduse demeure le bois calciné, de la rouille vampirisant le métal.

Elle nous attend sur l’intime, du courrier déchiqueté, brûlé  une lettre qui se sépare de l’alphabet, des milliers de signatures d’enfants pour ne pas les oublier, le Yiddish affleure de-ci de-là. Il n’y a pas de procès, mais ce qui reste, le temps devenu une matière immobile.

Je ne sais pourquoi, je pense à  « La Politique des restes » d’Arthur Adamov, obsessionnellement basé sur un monde encombré de déchets.

Le charme poétique de Kliclo se faufile entre le vide et la ruine. Son écriture picturale aérienne où des feuillages en torsade suspendus dans le vide à une vision encore festive, des flashs, le dispute à une silhouette au bout d’un fil dont on ne sait si c’est un homme écartelé ou une étoile.



Gabriel Garran
Fondateur du Théâtre de la Commune à Aubervilliers, du TILF
et du Parloir Contemporain - Metteur en scène - Poète


LES PARTITIONS DE VENT

Dans son film « La petite prairie aux bouleaux », Marceline Loridan-Ivens*, jouée par Anouk Aimée, de retour à Birkenau, heurte de son pied un obstacle dans l’herbe. Elle se penche et redresse un pupitre, abandonné là depuis plus de 60 ans. Elle recommence son geste plusieurs  fois. Les pupitres se dressent, bancals, rouillés, muets et pourtant évocateurs assourdissants d’une silencieuse musique de mort.

Dans cette scène ou la poésie le dispute à l’effroi, est contenue l’entière composition de ce qui se joue, aujourd’hui  des restes de l’histoire, de leur devenir et de ce qui nous est possible de faire, encore, pour garder présents la survivance et la mémoire des traces du monde de l’indicible.

Quand tout a été dit qui pouvait l’être, que les dates, les lieux, les événements ont été inventoriés et les témoignages compilés, comment porter le fardeau du silence quand les derniers survivants ne seront plus ?

Restera l’œuvre de l’artiste qui pourra encore et encore dire, sans fin car toujours renouvelée, la force de la mémoire sur la disparition.

Kliclo

*Marceline Loridan-Ivens, cinéaste, a été déportée à l’âge de 15 ans