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Tarzan en 3D

Tarzan en 3D, Hongrie-Hollywood express, Le Matricule des Anges, février 2012

Tarzan en 3D, par Marta Krol

Le Matricule des Anges, no. 130, février 2012, page 7.

Méfiez-vous de comprendre, disait Lacan à ses disciples comme il pourrait le dire aux lecteurs d’Éric Plamondon. Le livre de celui-ci est une énigme parfaite, agencé minutieusement à l’aide de 90 chapitres tels des abacules, dont chacun requiert à son tour un décodage engageant la prise en compte du titre, d’apparence incongrue, et interprétation active de ses paragraphes comme décousus. C’est ce qu’on appelle un système : un livre-machine qui ne se résume pas à la somme de ses parties. Et qui ne se résume pas tout court, absorbant en lui quantité d’histoires, de protagonistes, de vie, de faits, de manières de voir ces faits, dans un manège étourdissant qui tend à faire réaliser le nombre infini de points de vue possibles sur un sujet. Par exemple, sur les faits et gestes d’un certain Johnny Weissmuller, l’homme qui a incarné sur le petit écran le personnage de Tarzan. Chaque chapitre est en effet donné sans que le lien avec ce qui précède soit explicité. Mieux, Éric Plamondon s’évertue à oblitérer ce lien, alternant aussi effets de style – hyperréaliste, faussement poétique, documentaire – au gré des personnages. Car la lecture que l’écrivain propose de la vie de cet Américain d’origine hongroise, exemple parfait du rêve américain fait chair puis fait loque, n’est pas classiquement linéaire – partant d’un début pour arriver à la fin – mais, d’une part, verticale : que s’est-il passé à cet endroit précis (Montréal, village hongrois, piscine de Molitor etc.) pendant, avant, ou après… (la naissance de Johnny, son premier mariage etc.) ; et surtout, en profondeur : que s’est-il passé, ailleurs, au moment où Johnny… (est né, a été engagé à Hollywood, etc.) Tridimensionnalité qui aboutit à un ensemble quasi angoissant, dans lequel vies et morts, échecs et succès, drames et gloires des uns et des autres se déroulent dans une parfaite indifférence mutuelle, dont un jeu de hasard ou de destin – son nom n’est jamais que pure coïncidence, plus ou moins absurde – fait que certains se rencontrent, se heurtent et se brisent, tandis que d’autres se manquent de justesse et poursuivent leur folle trajectoire.

HONGRIE-HOLLYWOOD EXPRESS D’ÉRIC PLAMONDON Le Quartanier, 165 pages, 18 euros.

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