Notre cerveau, cet organe complexe et si important, nous offre la chance d'apprendre, de comprendre, de mémoriser et de nous maintenir en vie. Mais au-delà de toute sa complexité, il peut avoir un petit défaut : il est économe et peut-être même un tantinet paresseux.
Selon le livre Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée (2011) de Daniel Kahneman (Wikipedia), notre cerveau qui est exposé à plusieurs informations, a tendance à considérer les choses qui se répètent régulièrement comme étant véridiques ou simples à traiter, car cette répétition devient sécurisante et familière. En contrepartie, une nouvelle situation ou réflexion demande à notre cerveau un traitement plus approfondi de l'information, ce qui peut engendrer un inconfort cognitif pouvant nous mettre dans une situation de manque de confiance ou d'insécurité.
Dans les deux cas, notre cerveau va chercher à prendre des raccourcis pour choisir l'option la plus simple ou la plus probable en tenant compte de notre culture ou de nos valeurs. Ces situations peuvent influencer nos pensées et choisir une option qui pourrait ne pas répondre correctement à la situation de départ. Cette influence peut être causée par un biais cognitif.
« Bien qu’il n’existe pas de définition commune pour l’ensemble des biais cognitifs, on considère généralement que ces biais renvoient à des raisonnements incorrects, à des erreurs de jugement ou de perception qui dévient de la pensée logique ou rationnelle [...]. Ils se produisent lorsque nous devons interpréter et gérer des informations provenant du monde qui nous entoure » (Reconnaître les biais cognitifs, UQAM, 2021).
« Un algorithme est une suite d’instructions logiques, organisées et ordonnées, conçues pour résoudre un problème ou accomplir une tâche spécifique. Chaque étape suit un chemin clair et précis, transformant des données d’entrée en résultats mesurables. Par exemple, lorsqu’un moteur de recherche comme Google classe des pages web ou qu’un GPS calcule un itinéraire optimal, des algorithmes sont à l’œuvre pour analyser et organiser les informations » (Liora, site consulté le 28 janvier 2026).
Nous pouvons considérer les algorithmes comme un moyen de nous rendre service selon nos champs d'intérêt et selon les sources que nous consultons sur Internet ou dans nos applications. Parfois, trop se faire aider par les algorithmes peut nous induire en erreur ou nous diriger vers un excès de certaines informations. Ce qui signifie qu'un utilisateur peut se faire proposer un environnement informatif axé sur un contexte en particulier au détriment d'informations neutres et variées. Par exemple, un GPS pourrait proposer des restaurants dont les propriétaires ont payé de la publicité afin que leur commerce soit mis en évidence par rapport à d'autres marchands. Les algorithmes pourraient donc mentionner à l'utilisateur la présence de certains commerces au détriment de la concurrence en tenant compte des historiques de déplacement de l'utilisateur. Il y aurait donc ici une intégration d'influence dans les décisions chez l'utilisateur.
Certains milieux dans nos sociétés ont compris que les influences auprès des utilisateurs sur l'Internet peuvent rapporter monétairement aux créateurs de contenu. À titre d'exemple, selon le document français Lumières à l'ère numérique (janvier 2022), « une étude de 2019 a montré que les recherches du terme «climat» sur YouTube ont majoritairement (54%) orienté les internautes vers des vidéos climatosceptiques. Si les réseaux sociaux deviennent un mode de plus en plus important d’information sur l’actualité, notamment pour les jeunes générations, toutes les enquêtes montrent qu’ils sont perçus en même temps comme le moyen le moins fiable de consulter l’actualité » (Lumières à l'ère numérique, page 21, 2022).
Le site de l'École branchée propose un article très intéressant sur les Biais cognitifs et désinformation : Quand notre cerveau nous piège!
On peut y lire : « pourquoi sommes-nous portés à croire les fausses nouvelles? Ce n’est certainement pas parce que nous ne sommes pas intelligents ou allumés! En fait, la faute revient en grande partie… à notre cerveau. Nous nous devons alors de développer les bons réflexes pour contourner le biais de confirmation et être en mesure d’exercer notre jugement critique en tout temps. Malheureusement, le biais de confirmation est un levier puissant de désinformation, de polarisation et même de radicalisation » (École Branchée, site consulté le 29 janvier 2026).
Dans cet article, les auteurs nous invitent à consulter d'autres sujets complémentaires, dont celui sur les désinformateurs : comment font-ils pour nous tromper ? Enfin, une activité sur le biais de l'information est proposée dans cet article pour les élèves de plusieurs niveaux. C'est à voir !
En 2022, au Québec, 33% des adultes et 67% chez les 18-24 ans consultent l'actualité sur les réseaux sociaux comme première source d'informations (Centre québécois d’éducation aux médias et à l’information (CQÉMI), site consulté le 10 février 2026). Il devient important d'encourager les échanges et les formations sur la présence de l'intelligence artificielle et le rôle d'influenceur invisible que les algorithmes peuvent jouer dans nos vies. Comme nous pouvons lire sur le site du CQÉMI, les réseaux sociaux ont été conçus au départ pour que les membres puissent se réseauter et non pour s'informer.
Mais aujourd'hui, l'intelligence artificielle propose des publications d'actualités qui peuvent s'apparenter à des médias, surtout depuis que les médias d'information canadiens sont bloqués par certaines entreprises propriétaires de réseaux sociaux. Pour information, consultez le site Educaloi et son article : un an de blocage médiatique sur les plateformes de Meta (2024) (site consulté le 18 février 2026).
Notre cerveau cherche la facilité devant la nouveauté. Pour ce point, les concepteurs d'outils l'ont compris. En récoltant nos préférences et nos comportements numériques, les algorithmes répondent à nos valeurs, nos désirs, nos choix, sans que nous le sachions, en nous guidant vers des sources d'informations parfois trompeuses. Ces outils exploitent les failles de notre cerveau afin d'attirer notre attention, sans que nous fassions des efforts, sans que nous pensions à développer un esprit critique. Nous devenons de simples consommateurs qui s'habituent aux informations qui se déroulent devant nos yeux. Notre cerveau peut alors considérer ces biais de manière familière et véridique, car - nous venons de le mentionner - il privilégie la facilité devant la nouveauté.
Il devient donc primordial que notre milieu encourage nos élèves à développer un intérêt à varier ses sources d'information afin de réapprendre à faire un effort de vérification. Un effort qui se rallie à la composante Culture informationnelle du Cadre de la compétence numérique.
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