« Radical » ou « radicalisé » : les mots de la responsabilité

Quand le langage administratif modèle la perception du terrorisme et du libre arbitre.


Un vocabulaire qui n'est pas neutre

Depuis les attentats de 2015, le terme « radicalisation » s'est imposé dans le vocabulaire administratif et médiatique français. Dix ans plus tard, il est temps de s'interroger sur ce que ce mot dit — et sur ce qu'il masque.

« Radicalisé » est un participe passé. Grammaticalement, il désigne une action subie. L'individu « radicalisé » apparaît ainsi comme le produit d'un processus extérieur : l'influence d'un prédicateur, la pression d'un environnement, l'emprise d'un réseau. En somme, une victime.

Ce glissement sémantique n'est pas anodin. En privilégiant « radicalisation » plutôt que « fanatisation » ou « adhésion idéologique », le discours public déplace insensiblement la responsabilité du sujet vers son contexte.


Le radical : un acteur, non un patient

Le mot « radical », lui, renvoie à la racine — *radix* en latin. Le radical est celui qui retourne à la source, à la pureté originelle, par conviction et par choix. Il est acteur de sa trajectoire, non patient d'un processus.

Cette distinction linguistique réintroduit ce que le terme « radicalisé » tend à effacer : la responsabilité morale et politique de l'individu.

Dans le traitement judiciaire et administratif du terrorisme, cette différence a des conséquences concrètes. Elle affecte la qualification des faits, l'appréciation du discernement, la réponse pénale et les perspectives de réinsertion.

Nommer quelqu'un « radical » plutôt que « radicalisé », c'est déplacer le regard : du sociologue vers le citoyen, de l'explication vers la responsabilité.


La tentation de l'excuse sociologique

Il serait naïf de nier l'influence du milieu sur les trajectoires individuelles. Mais il y a une différence entre expliquer et excuser.

Une certaine sociologie, héritière des théories du déterminisme social, a diffusé l'idée que l'individu serait avant tout le produit de son environnement. Transposée au champ du terrorisme, cette approche conduit à une logique d'atténuation : « il ne choisit pas, il subit ».

Or l'ordre républicain repose sur une anthropologie inverse : celle d'un individu libre, capable de discernement, et comptable de ses actes. La République reconnaît les causes sociales, mais elle ne les érige pas en excuses morales.


Retrouver la clarté des principes

La prévention du terrorisme ne peut ignorer le contexte social des parcours de radicalisation. Mais elle ne doit pas pour autant exonérer de la responsabilité individuelle.

L'expérience du terrain — celle des préfectures, des services de renseignement, des acteurs de la prévention — confirme cette exigence d'équilibre : comprendre sans justifier, agir sans stigmatiser.

Le rôle de l'État n'est pas d'excuser. Il est d'éclairer, de protéger, et de tenir la ligne.


Nommer, c'est déjà gouverner. Et dans la lutte contre le fanatisme, mal nommer les choses, c'est déjà lui céder du terrain.