L'expert est la personne montrant la meilleure capacité à déterminer la part d'efforts accorder sur le moment au pan théorique (glaner des informations ailleurs, analyser ce dont on dispose, formuler des hypothèses, tenter de prévoir...) ou bien à l'empirisme (appliquer afin d'expérimenter, d'obtenir des certitudes).
Voici une hypothèse quant à la méthode de prise de décision de dirigeants dont les résultats me semblent les plus convaincants.
Le dirigeant obtient, pour partie par des voies détournées, une liste des actions préconisées par des experts: autres dirigeants, «le terrain» donc ceux qui sont les plus directement impliqués (en particulier production, marketing/vente et R&D), clients, consultants, partenaires... . Il en discute avec certains d'entre eux.
Tout se passe comme si, en simplifiant, il tentait d'obtenir ainsi pour chaque élément de la liste son score relatif aux autres éléments, établi par chacun de ses interlocuteurs. Chaque score est d'autant plus élevé que l'action est jugée (dans cet ordre):
motivante
tant durant son exécution que par ses effets
réversible
donc d'autant meilleur que l'on peut toujours revenir à l'état antérieur, durant son exécution ainsi que juste après
probablement couronnée de succès
composable
c'est proportionnel à sa durable compatibilité avec les autres éléments de la liste
L'élément dont une moyenne (l'harmonique, semble-t-il) des scores est la plus élevée l'emporte.
En France pour un dirigeant d'entreprise le facteur d'incertitude le plus déterminant depuis longtemps, et de plus en plus, est l'évolution du cadre légal et réglementaire.
Ce cadre pèse lourdement sur l'économie de par le périmètre étendu des actions de l'État, donc sa capacité à rendre une activité rentable ou possible, et est volatil, parfois radicalement modifié, et imprévisible.
Sa volatilité perdure car les députés légifèrent à tout propos et l'exécutif s'emploie à décider de tout, traitant la pression de l'opinion via des actions souvent brutales ou maladroites relevant surtout de la redistribution des richesses et du principe de précaution.
Dans les grandes nations industrialisées la réputation de chacun est diluée par gigantisme et anonymat, cela interdit l'approche classique par laquelle le souci de chacun de préserver sa réputation (son honneur) endigue les comportements trop égoïstes.
L'État tente d'y substituer la Loi (et des règlements), définissant contraintes et sanctions, mais un tel appareil régulateur externe fonctionne toujours et à tous égards moins bien que l'auto-discipline gardienne de l'honneur.
La France vieillissante n'élisant pas de politicien réellement partisan d'une rapide réforme de fond, chaque modification radicale ne porte que sur un domaine (éducation, santé...) ou secteur de l'économie. Peu de coalitions et de cohabitations modèrent des élans parfois dévastateurs qui se succèdent au gré de l'«alternance».
C'est pourquoi le capitalisme de connivence rend pour ses artisans l'évolution de ce cadre à coup sûr favorable donc prévisible, par conséquent il progresse.