Quasiment tout humain sait prévoir, veut survivre et aime le confort.
Des caractéristiques du mode de procréation du genre humain, en particulier la somme considérable de ressources nécessaires à l'obtention d'un nouvel adulte, amplifient les effets de ces facteurs.
La capacité de prévoir pousse les humains à s'inquiéter de l'avenir, à accumuler et par conséquent à produire. Elle laisse d'emblée concevoir la finitude de ressources, ce qui incite à optimiser sans limite la production, à confondre optimum et maximum.
Certaines cultures modèrent ces tendances. D'autres, par exemple en Occident et en Chine, incitent à les satisfaire en disposant d'autant de moyens (nourriture, objets, énergie...) que possible.
Divers moyens, en particulier les économies d'échelle, servent cette volonté et mènent à mobiliser toutes les ressources (individus, matières, énergies, territoires...), au gigantisme augmentant quantité et qualité des productions. De plus nul isolé ne peut vivre confortablement, voire seulement survivre.
Toutefois maintenir la concorde sans laquelle le groupe éclate est d'autant plus difficile qu'il s'étoffe afin de bénéficier des économies d'échelle. L'incompatibilité de leurs visions du monde et attentes respectives augmente et cela ébranle l'autorité, qui naît de conceptions communes, d'un état d'esprit cohérent qu'elle reflète (état dont la France s'éloigne).
L'augmentation de la taille de la population diversifie les attentes des citoyens, jusqu'à les rendre incompatibles. La solidarité et la concorde s'affaissent, emportant l'autorité conférant aux dirigeants capacité à convaincre. Ils tentent de compenser par de la persuasion, et si c'est insuffisant de la contrainte (l'autoritarisme se substitue mal à l'autorité).
Les membres d'un petit groupe se connaissent donc une réelle solidarité, un sentiment, y est possible. Chacun perçoit une grande part du bien commun dans son environnement immédiat, s'en conçoit facilement propriétaire et gardien, modère ses appétits pouvant nuire à la communauté. Cela repose sur la réelle solidarité (subjective) et la nourrit.
Le profiteur est perçu tel par tous et cela entache son honneur, sa réputation, la volonté des autres de collaborer avec lui.
Dans un petit groupe on est suffisamment «amis» pour peu souffrir des obligations à leur endroit, et à défaut on peut rejoindre un autre groupe.
Dans un grand groupe, par exemple formé par un État-nation, l'importance de la réputation se dissout dans l'anonymat, et le profiteur se dissimule plus facilement ou se forge une célébrité voilant l'absence de réputation.
De plus de la «solidarité organique» faite d'interdépendances visant au productivisme est donnée pour saine mais se substitue mal à la véritable solidarité (un sentiment) car elle n'est pas librement choisie, et inquiète plus qu'elle ne rassure: dépendre d'inconnus angoisse davantage que dépendre d'amis. La solidarité mécanique est beaucoup plus efficace.
De la solidarité «indirecte et différée», par exemple en France celle du système de retraite, est assise sur un raisonnement causal difficile à substituer à un sentiment, et sur une confiance vouée aux institutions naissant de leur efficacité et capacité à honorer leurs engagements à présent discutables.
Par ailleurs l'essentiel des conflits naît de l'honneur (régulant sainement les comportements) et de la propriété. Le productivisme prévient certains heurts en fournissant à l'un sans dépouiller l'autre, mais intensifie les convoitises, ce qui rend la croissance économique indispensable. Or celle-ci dépend surtout des ressources naturelles, de la population et du progrès technique, mal maîtrisés par une autorité politique. Faute de pouvoir garantir la croissance, les dirigeants doivent obtenir la concorde par d'autres moyens.
La persuasion vise à l'adoption par tous d'une doctrine déterminant l'organisation sociale, assise sur des mythes fondateurs et fédérateurs justifiant ses principes et moyens.
Se contenter de contraindre éteint la motivation productive, amplifie le mécontentement, puis le régime trop autoritaire vacille.
C'est pourquoi dans un grand groupe on tente de maintenir concorde et solidarité grâce à des mythes inculqués par de la propagande (véhiculée par éducation, médias de masse, divertissements, pensée de groupe...). Cela instille de l'HyperNormalisation, préservant un système auquel peu croient, en une acceptation résignée. La forme la plus accomplie en est le «constructivisme politique», par lequel «les choix publics doivent être guidés par la volonté de construire un certain type de société».
Avec l'augmentation de la population les individus deviennent des statistiques, et le principe favorisant ce qui semble «faire le plus grand bien du plus grand nombre» l'emporte sur tout autre.
En France, l'universalisme républicain rend tous égaux face à la Loi, ainsi substituée à l'autodiscipline que produit, dans les petites communautés, le souci de son honneur voire son identité même car elle y est définie par les relations avec autrui plutôt que par les objectifs personnels et cela modère l'excès d'ambition profitant trop du bien commun et incite à redistribuer. La Loi, elle, impose une solidarité en interdisant ce qui nuit trop au groupe et en contraignant à redistribution. Mais une solidarité imposée n'est pas un sentiment, c'est là une contradiction majeure, et, partant, ne peut guère inspirer d'auto-discipline. Dans une petite communauté la pression exercée par des proches est plus efficace que, dans une grande nation, celle d'institutions. De l'éducation inculquant un attachement à la Loi secrétant de la culpabilité chez qui l'enfreint ne compense guère, et d'autant moins que la concorde règne.
De plus la Loi est détournée de diverses manières, en particulier par du capitalisme de connivence l'aménageant au bénéfice exclusif de certains.
Le gigantisme nécessite et nourrit anonymat et spécialisation, rendant les citoyens de plus en plus dissemblables et leurs opinions et attentes de plus en plus divergentes de l'esprit de la Loi.
Les constructions culturelles incitant à produire et à consommer réduisent l'effet modérateur de facteurs tels que satiété et motivations relationnelles altruistes ou spirituelles.
Cela rend de plus en plus difficile de convaincre, contraindre ou tromper chaque citoyen afin qu'il respecte la doctrine cimentant la société.
Faute de ciment adéquat, fait de solidarité réelle donc éprouvée plutôt que calculée et garantie par des institutions, s'estompe le sentiment d'appartenance cultivant la forme de propriété par laquelle chacun défend sa communauté.
Cessons de croire avant tout nécessaire de maximiser la production, et de poursuivre l'impossible concorde au sein d'une société déjà trop énorme pour que tous s'y entendent. Apprenons à nous épargner tout excès.
Créons plutôt des groupes distincts, rassemblant chacun des individus partageant d'emblée valeurs et visions, libres de quitter le groupe pour en rejoindre un autre ou en fonder un nouveau.
La nécessité de faire respecter une doctrine aux masses laisse ainsi place à celle de la répartition des territoires satisfaisant nos besoins fondamentaux entre des groupes aux doctrines diverses.
Cette répartition est restée jusqu'à récemment trop conflictuelle, ce qui justifiait la quête de concorde, et ne l'est plus car le progrès a réduit les ressources (effort humain, matière, énergie...) nécessaires à la satisfaction de nos besoins, et dématérialisé une bonne part du reste.
Des réalisations bénéficiant d'économies d'échelle de façon jugée raisonnable par toutes les parties restent possibles au moyen de projets rassemblant divers groupes, facilitées par l'IA et la robotique. L'interdépendance subie, totale et irrévocable laisse place à une version choisie, limitée et révocable.
Dans une telle mosaïque, le principal danger serait qu'un désaccord dresse l'une contre l'autre deux coalitions de communautés. Un conflit entre deux communautés isolées reste en revanche limité, puisque chacune est petite, et gêne les voisins qui ont intérêt à l'apaiser.
Les risques liés à une excessive consanguinité inciteraient à une exogamie voulue, brassant les cultures, ce qui pourrait enrayer la formation de blocs hostiles.
Certains groupes grossiront. S'ils ne se scindent pas, ils atteindront la situation actuelle. La thèse défendue ici fournit elle-même le remède: puisque la cohésion se dégrade avec la taille, dans un groupe qui enfle les tensions internes augmentent, et donc la tentation de se scinder. Il reste à organiser cette scission, par exemple en fixant d'avance un seuil de taille, comme le font des Huttérites, plutôt que de subir un effondrement au terme d'une longue course au gigantisme.
Humains: instinct de survie (de l'individu comme de l'espèce) puissant, considérable chez la femme (forte pulsion de procréation et de protection de la descendance) => anxiété (comment survivre dans un futur incertain?) => volonté d'accumuler avant tout («au cas où») => productivisme mobilisant toutes les ressources (temps, matière, êtres, énergie...) => privilégier action et optimisation afin de profiter au maximum de ressources limitées: faire mieux, aussi vite et avec aussi peu de moyens (matière, énergie, temps) que possible -> concentrer les efforts sur le meilleur moyen d'optimiser: économies d'échelle (gigantisme) => la société enfle, excluant toute autre considération ou approche => anonymat, spécialisation et dirigisme augmentent => amplification des effets pervers jusqu'à rupture de continuité qualitative: la nature du système social change, entraînant divergence croissante des visions et valeurs de citoyens chacun persuadé de devoir convaincre ou contraindre tous les autres afin de ménager le gigantisme perçu comme nécessaire, jusqu'à menacer la survie.
L'ermite n'a pas de famille et ne vit pas dans le confort. Peu d'humains apprécient cela et quasi tous reconnaissent nécessaire de collaborer. L'instinct de reproduction est déterminant.
Cela crée du bien commun, de l'«intérêt général».
Il faut modérer les appétits les dévorant, se «servant sur la bête», sans pour autant condamner toute motivation donc tout effort productif.
Le faire grâce à la volonté de maintenir sa réputation, son honneur, ne tient que dans une communauté soudée par des relations personnelles et tendue vers un même objectif majeur.
Le gigantisme induit par l'optimisation soutenant le productivisme (économies d'échelle, spécialisation...) rend le groupe impersonnel, il devient un amas disparate.
L'idéalisme socialiste tente de bénéficier du productivisme en rendant ses moyens tolérables par une «dépersonnalisation» de ce qui soude une communauté, et pour cela use de propagande et de contrainte afin de synthétiser de la «solidarité». Elle est anonyme, indirecte, différée... donc factice faute d'être fondée sur du sentiment.
En Europe de l'Ouest les gouvernements tentent de mixer capitalisme et socialisme, de par un sophisme du juste milieu donné pour cumuler les seuls avantages de chaque doctrine («en même temps...»), négligeant la disparité croissante des objectifs des citoyens sapant toute forme de solidarité. Cela nourrit aussi l'anthithèse du capitalisme qu'est le capitalisme de connivence, que des collectivistes condamnent à raison, en le donnant abusivement pour du capitalisme.
La théorie fournit la méthode et la machine qui optimisent au point de laisser croire atteindre l'optimum en maximisant la réflexion.
Cela laisse espérer comprendre et prévoir toujours mieux par la seule réflexion, rapidement et à moindre frais, de façon optimisée car en «travaillant intelligemment».
En France le fonds culturel hisse la théorie au-dessus de tout: plus on réfléchit, mieux c'est.
Cela compromet les nécessaires empirisme par lequel on reconnaît que la théorie n'éclaire pas tout, et courage incitant à accepter du risque justifié.
On réfléchit, on planifie, on prévoit... la dérive par laquelle ce que l'on imagine devient irréaliste ou inadéquat augmente de façon imperceptible, faute de mise en pratique.
On juge que croire mieux «comprendre» est «réaliser», alors même qu'une certitude ainsi acquise ne correspond pas nécessairement à la réalité. Ne considérer longuement que des données mène même du logiciel à des certitudes trompeuses, à des hallucinations.
Par ailleurs la volonté d'optimiser interdit de gâcher. Cela favorise l'aversion au risque et l'excessive prudence incitant à éviter tout danger et par conséquent les tâtonnements de l'empirisme.
C'est d'autant plus vrai que le groupe, étoffé afin de bénéficier de l'effet d'échelle, mène un projet de grande envergure donc risqué et tolérant mal l'approximation.
Seul le passage à l'acte établit un équilibre entre, d'une part, la prudence qui incite à ne rien tenter afin de ne pas gâcher ni s'exposer au jugement, et, d'autre part, le courage (la force de caractère) nécessaire à l'action, des vertus cardinales.
L'effort nécessaire à l'empirisme épargnant la dérive induite par une trop longue réflexion semble en France un aveu d'ignorance, d'incapacité à prévoir. L'effort appliqué consubstantiel au travail productif est jugé «bourrin», et l'inertie incite elle aussi à laisser perdurer l'étape préalable réflexion.
La véritable expertise connaît les limites de son savoir, sait déterminer jusqu'où pondérer, à quelle vitesse opérer, quand laisser de l'empirisme éclairer... Un excès de volonté de théoriser et d'optimiser distord cela en désignant «expert» en fonction du volume de savoirs plutôt que de la qualité du jugement, de l'«expertise» plutôt que de l'expérience.
Dans un grand groupe l'inertie colossale et la spécialisation laissent les nécessaires premières réflexions s'éterniser car les spécialistes de l'analyse sont intrinsèquement soucieux du détail et se jugent constamment nécessaires. L'analyse est prolongée par toute nouvelle donnée obtenue, par tout nouvel arrivant offrant une nouvelle perspective. On «continue à travailler sur le problème», en négligeant l'expertise révélant quand cesser de concevoir pour plutôt s'exposer au réel (cas-type: exposer une première version du produit au marché). Le «travail» de conception devient sa propre justification, il muselle l'expertise révélant quand cesser de tenter de prévoir et, plutôt, créer pour plus efficacement explorer et apprendre.
L'attrait du conceptuel et du logos ainsi que la forme d'élitisme correspondante («les Grandes Idées de nos élites nous guident»), confinant en l'Homme Providentiel, animent un jacobinisme (centralisation produisant des élites loin du terrain issues de grandes écoles valorisant l'abstraction, et bureaucratie l'animant) consolidant des moyens du gigantisme: anonymat, spécialisation et dirigisme. Le Grand Plan est à tout prix défendu par ceux qui le portent et sont les plus puissants, ses dérives sont voilées, négligées, et compensées à grands frais.
La capacité laissée à chacun de tout critiquer ouvertement (d'émettre ses propres Grandes Idées) et de dérivatifs (plaisirs, luxe, esthétisme...) soutient la volonté d'étouffer tout conflit. Or les conflits graves portent sur le mode d'utilisation des ressources plutôt que sur des conceptions différentes, il est sur ce front aussi, lorsque la subsistance est assurée, moins risqué de se quereller à propos d'idées que de commencer à réaliser en consommant des ressources physiques.
Ici encore le courage n'est pas une valeur, et cela pèse sur les débats qui peuvent seuls mener au consensus. C'est pourquoi la France connaît de temps à autres une crise majeure entre de longues périodes durant lesquelles la majorité entretient le conservatisme (préservons les Grandes Idées des anciens!), en particulier les mythes fondant notre perspective politique (universalisme républicain, laïcité, puissant pouvoir exécutif, surlégifération...).
Ce document traite de sociétés humaines, en particulier d'effets de l'anxiété de pénurie.
Il ne s'agit pas ici d'analyser les causes de certains comportements mais leurs effets.
Des causes de ces comportements sont de natures et origines variées, relevant plus ou moins de l'inné et de l'acquis. Il s'agit d'instincts, pulsions, tropismes, inclinations, penchants, traits de caractère...
Peu peuvent être seule cause d'un comportement.
Aucune n'est strictement réservé à un genre (homme ou femme).
Certaines sont plus fréquentes et intenses (en moyenne) chez les hommes (humains de sexe masculin), d'autres chez les femmes.
Fragiles, nous recherchons le confort, et notre intelligence perfectionne sans cesse les techniques qui nous le procurent. Nous cherchons donc à optimiser, c'est-à-dire, en principe, à atteindre le meilleur. Mais nous confondons volontiers le meilleur avec le plus: plus de biens, plus vite, à plus grande échelle. Cette confusion a une longue histoire : depuis Platon jusqu'à Leibniz, le « meilleur des mondes » est celui qui contient le plus de choses.
Cela pousse à optimiser.
En considérant le maximum comme nécessairement optimal nous tentons surtout de produire davantage, de façon certaine et le plus vite possible car le temps est la plus précieuse ressource puisqu'un laps de temps non mis à profit est définitivement perdu.
Pour optimiser nous préférons les certitudes donc le court terme, et plus généralement misons sur les économies d'échelle en augmentant la taille de chaque moyen: groupe humain, machine, organisation...
Grossir et tout accélérer dès que possible établit de nombreuses caractéristiques de notre société (densité de population, taille des villes...) de plus en plus hors de leurs intervalles compatibles avec nos capacités.
Nous sommes conscients que manquer est dangereux, c'est un facteur de motivation déterminant. Sur l'autre versant «trop, c'est trop» reflète mal que l'excès change la nature du système considéré donc les actions adéquates, et nous le négligeons. L'abondance de biens ne nuit pas, mais l'excès d'abondance le fait.
Cela devient de plus en plus patent mais perdure car inertie et sentiment d'impuissance de chacun augmentent avec la taille du groupe.
Améliorer un système est de plus en plus difficile, coûte et perturbe d'autant le reste.
Sur le plan de la physique c'est universel: doubler la vitesse maximale d'un véhicule est difficile, puis la doubler de nouveau est beaucoup plus difficile (la résistance de l'air croît avec le carré de la vitesse, et la puissance nécessaire avec son cube). «Le facteur d’échelle ne joue pas uniformément, on peut avoir des surprises». Des effets sur les humains impliqués sont plus surprenants encore.
L'augmentation du rendement atteint un maximum puis diminue, et le gain peut devenir négatif. C'était perceptible dès formulation de la loi des rendements décroissants, puis a été éclairé entre autres par Joseph Tainter (Collapse of complex societies) et V. Illitch (seuil de contre-productivité).
En résumé le rendement de la complexité va décroissant.
Renforcer l'emprise d'un système technique le transforme discrètement en Système Technicien. D'esclave docile il devient maître, et sa course folle vers la seule performance nous lamine, par exemple en menaçant la robustesse.
L. Kohr traita bien d'effets du gigantisme. Ceux de la précipitation perçue comme si elle était une hâte bénéfique (son sens 1 masquant son sens 2) et de l'accumulation toujours souhaitable sont négligés, même si depuis longtemps connus: «Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : Polissez-le sans cesse et le repolissez ; Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.» (N. Boileau).
Mieux vaut «prendre le temps de bien faire»... mais bien a de nombreux sens (dont «beaucoup»!). En anglais "take your time in a hurry", "slow is smooth, smooth is fast" sont eux aussi négligés.
Nous considérons surtout le gain perceptible à court terme et négligeons coûts et inconvénients différés.
Le TPS illustre une bonne part de ces constats en ménageant la capacité d'adaptation, le consensus, l'apprentissage donc l'autonomie de chaque entité... en visant non pas la seule accumulation de produits mais plutôt d'améliorations, car créer un produit supplémentaire n'est pas toujours bien faire.
Une société de plus en plus énorme donc hétérogène, dense et active rend de plus en plus impossible d'obtenir suffisamment d'informations précises à jour donc de connaître contexte, attentes et besoins, et par conséquent de bien prévoir pour bien gouverner. Les éléments et interactions à considérer sont trop nombreux et interdépendants. Un exécutant ne peut plus comprendre suffisamment grâce à une approche holistique car son environnement est déterminé par de nombreux facteurs hors de son champ de perception. Cela rend les bonnes volontés impuissantes et leur motivation s'étiole tandis que malfaisants et incompétents fleurissent.
Juger le gigantisme meilleur garant d'efficacité invite alors à grossir, nourrissant la cause du problème.
L'un des effets pervers de la sur-optimisation, qui pousse à procéder le plus vite possible avec un minimum de ressources toutes spécialisées et peu ménagées, est la pernicieuse imitation du travail.
Tout grand groupe humain pérenne est constitué de nombreux petits groupes chacun suffisamment autonome et indépendant.
La gestation et/donc la relation mère-enfant façonnant l'existence des individus de sexe féminin est une spécialisation intangible déterminante pour notre société créant la plus solide et universelle forme de solidarité, et n'a pas de substitut.
La solidarité est un sentiment, elle est spontanée, on ne peut y contraindre.
La cohésion de notre société ne doit, elle, guère à la solidarité entre tous les citoyens qui, dans les grandes masses, sont dissemblables et se connaissent peu. Elle découle de notre interdépendance (chacun a besoin des autres pour survivre, ou à tout le moins vivre confortablement). Cette solidarité organique est une interdépendance perçue pour optimale, donc l'effet d'un choix plutôt que d'un sentiment.
La solidarité organique est aussi similaire à la solidarité que la pomme de terre l'est à la pomme.
L'interdépendance-complémentarité doit tout à la spécialisation, elle-même poursuivie afin d'augmenter le rendement, lui-même privilégié via notre faculté à raisonner donc à tenter de prévoir secrétant anxiété quant à notre futur et celui de notre descendance et par conséquent volonté d'accumuler, de produire.
Accepter le présupposé («avant tout: produisons!») conduit par l'effet du conséquentialisme, via du stoïcisme, à devoir maîtriser ses sentiments afin d'éprouver réelle solidarité là où il n'y a que solidarité organique. Tous doivent le faire, sous peine pour le groupe de ne pouvoir pleinement bénéficier des économies d'échelle donc maximiser la production. Qui ne le comprend pas doit être trompé par de la propagande, qui le refuse doit y être contraint. C'est pour leur bien.
Appeler solidarité un système de redistribution de richesses visant à maintenir une cohésion sociale n'en fait pas de la solidarité. Que la motivation en soit la générosité, l'intérêt bien compris ou un espoir d'exploiter autrui n'y change rien.
La quête de rendement via des économies d'échelle est aussi principale justification d'autres spécialisations et monopoles, par lesquels une bureaucratie centrale (l'État, la Commission Européenne...) devient peu à peu l'unique pourvoyeur d'informations et donneur d'ordres. C'est l'instrument principal de la propagande et contrainte évoquées mais, comme montré par F. Hayek, cela limite la société aux capacités cognitives de ses chefs.
Dans nombre de communautés anciennes qui tue/mutile/viole/vole/manque de respect/... fait de son groupe la cible de représailles, dont la faide est une forme connue.
C'est pourquoi l'incivilité de l'un y est endiguée par surveillance et modération de ses proches, solidaires car soucieux de s'épargner toute querelle, de prévenir plutôt que de guérir.
Des tiers s'emploient d'autant plus à éteindre une vendetta que son intensité les importune, qu'ils la jugent soldée, ou sont attachés à au moins l'un des groupes impliqués. Un groupe trop agressif insuffisamment épaulé par des tiers capables de le réformer se forge tant d'ennemis que le nombre et l'intensité des vendettas le visant l'annihile.
La coopération entre groupes distincts est d'autant plus lente et difficile que leurs pratiques diffèrent car l'éloignement physique donc culturel augmente la probabilité de mauvaise compréhension, d'incident déclenchant représailles.
Les membres d'une société contemporaine sont statistiquement étrangers les uns aux autres, en une sorte d'anonymat réduisant la solidarité réelle donc la capacité à spontanément coopérer d'emblée, faute de compréhension et acceptation résultant de contacts fréquents. Rester en contact quasi permanent avec de nombreux inconnus ou s'en juger proche est impossible et cela limite la poursuite du bénéfice d'économies d'échelle par une grande population où la plupart des interactions impliquent des inconnus n'établissant entre eux guère de relations solides et pérennes.
Cet anonymat brise le mécanisme de régulation des comportements issu d'anciennes communautés.
L'État devient seul gardien des moyens d'interaction sociale (conventions, surveillance, répression) et pèse sur leurs contextes (éducation, information). Le tissu social en résultant est surtout fait d'interdépendances, directives, contraintes et mots d'ordre issus de postulats idéologiques.
La formule usuelle décrivant l'absence de gouvernement central par «la guerre de tous contre tous» présuppose un humain-type surtout désireux d'agresser, justifiant un monopole de la violence exercé par l'État afin de préserver l'ordre, et voile que cet humain-type est d'autant plus prévalent que le groupe contraint ses membres à fréquenter des inconnus, potentiellement hostiles et souvent a priori considérés tels, donc est étoffé et actif.
L'apparente incompatibilité des locutions «l’homme est une chose sacrée pour l’homme» et «l'homme est un loup pour l'homme» repose elle aussi sur une distorsion, révélée par d'H. Bergson: Quand on formule la première on pense à quelque compatriote. L’autre concerne les étrangers. Il en va de même pour la solidarité: si ma propriété aide mon ami il est pour moi un assisté et je pourrais l'être un jour, si un inconnu parvient à en bénéficier il est un détestable profiteur.
Le gigantisme nourrit aussi une forme pernicieuse d'anonymat diluant la responsabilité. Moins un dirigeant est proche, moins il connaît ses administrés et se soucie par réelle solidarité de leur sort à long terme, et plus il favorise toute action, même dangereuse, produisant rapidement un apparent progrès. L'exécutant est invité à se contenter d'obéir donc déresponsabilisé, nul ne peut déterminer la cause première de ses maux et s'ils sont ou non justifiables par un bénéfice constaté ailleurs...
Si des millions d'euros de subventions profitent à quelques entreprises elles coûtent peu à chaque contribuable et peu d'entre eux tenteront vraiment de déterminer si c'est justifié. Les bénéficiaires, en revanche, embaucheront des lobbyistes, financeront des campagnes et assisteront à toutes les réunions. Le même genre de dilution fait qu'au sein d'un grand groupe, chacun espère qu'un autre fera le travail.
Comme décrit par M. Olson dans les nations stables ces groupes d'intérêts organisés se multiplient, chacun défendant sa part du gâteau, jusqu'à ce que le pays tout entier se fige et que la croissance cale. L'essor de l'Allemagne et du Japon après la guerre s'explique en partie par le fait que leurs défaites balayèrent ces anciennes coalitions.
À mesure que le groupe grossit la proportion d'interactions fréquentes impliquant les mêmes personnes diminue, érodant l'altruisme réciproque.
Le versant commercial de tout échange l'emporte sur la volonté voire possibilité de coopérer à long terme, le paiement remplace la gratitude tissant la solidarité, chacun tend à optimiser pour ce qui le concerne en privilégiant son profit au plus court terme, et nuire à autrui est moins risqué car entache peu la réputation du coupable, elle-même globalement moins déterminante. Faute d'empathie l'intelligence ou la crainte (de manquer, d'être puni, d'être agressé par ceux qui jugent devoir être assistés...) seuls fédèrent.
Un jeune gagne en autonomie en étant progressivement exposé à des situations la rendant nécessaire. La volonté d'aller toujours plus vite donc d'utiliser souvent et quasi partout des véhicules ainsi que l'anonymat rendent de plus en plus risqué de le laisser s'aventurer seul, donc ralentissent l'acquisition d'autonomie. L'augmentation de la durée des études, effet de la spécialisation, le maintient dans cette dépendance jusqu'à la vingtaine, âge où apprendre quoi que ce soit de radicalement nouveau devient rapidement de plus en plus difficile. L'État se substitue aux parents en une éducation pour bonne part destinée à tenter de rendre tolérables des effets du gigantisme.
Le jeune dépend de plus en plus, malgré lui, d'une société qu'il ne peut réformer et au rendement décroissant, tandis que contraintes et effets pervers augmentent.
La volonté de produire donc d'optimiser domine mais ne suffit pas à accorder quant à la façon de le faire. Un degré suffisant d'uniformité est pour cela obtenu par éducation ad hoc, fabrication du consentement/propagande, pensée de groupe... Cela fait de la grande taille du groupe un avantage, alors qu'elle serait inconvénient rédhibitoire si les opinions y étaient hétérogènes.
Un grand groupe nourrit la spécialisation, et vive-versa. Ceci vaut pour l'exercice de la violence, que l'État se réserve en réformant d'anciens mécanismes pour devenir seul arbitre des querelles, via un système légal sans cesse plus étoffé. L'un des signes révélateurs en est qu'il devient dangereux pour le citoyen de tenter de s'occuper lui-même d'un problème: mieux vaut «faire appel aux autorités».
L'autorité juge améliorer son efficacité en fournissant un cadre légal façonnant les interactions, constamment étoffé par des spécialistes qui, même bien intentionnés, restent loin de l'activité réelle et, comme tous les spécialistes naturellement enclins à juger toujours et partout nécessaires les fruits de leur travail, détaillent et compliquent la Loi, diminuant sa cohérence donc utilité, et sa concision donc la capacité de la population à la connaître. L'anomie redoutée par É. Durkheim croît.
L'autorité, pour tenter de compenser, endoctrine afin d'instiller de l'auto-discipline, surveille sans cesse davantage, et rend difficile de se partir afin de rejoindre une société radicalement différente, offrant ainsi un bel instrument de manipulation et de contrainte à l'agent de l'État malintentionné, rendant douteuse la conception selon laquelle dans un petit groupe l'individu est moins libre.
L'État assujettit: en un lieu donné des hommes provenant d'ailleurs donc a priori peu solidaires des locaux et attirés par une promesse de promotion sociale assurent un «maintien de l'ordre» qui relève de plus en plus de la répression à caractère politique plutôt que du seul et réel souci d'améliorer la sécurité donc d'enrayer au plus tôt toute incivilité afin d'éviter la contagion par mimétisme, accords tissés avec d'autres États faisant des uns les auxiliaires des autres face aux dissidents, prohibition des armes...
Une autorité centrale ne connaît pas la plupart des citoyens et, hors désintéressement peu compatible avec ce qu'exige d'accéder au pouvoir, ne lui est liée que par «solidarité» organique.
Ces citoyens anonymes seraient plus obéissants et plus efficaces s'ils avaient tous le même caractère et préférences, écartant tout désaccord causé par de l'appréciation subjective, laquelle détermine la réputation donc la capacité à collaborer, d'importance vitale. Cela invite à user d'un modèle de propagande ainsi que d'hypernormalisation, en un constructivisme.
Ces distorsions ont aussi cours au sein même du gouvernement, façon villages Potemkine, ajoutant aux facteurs rendant ses décisions inadéquates puisqu'elles reposent sur des informations trompeuses.
La personnalité est innée et difficile à modifier car si l'acquis était sur ce plan déterminant les caractères pourraient être accordés, réduisant la diversité préservant la robustesse de l'espèce, qui doit beaucoup à la capacité d'individus à s'adapter rapidement à un changement de l'environnement. Des individus trop similaires réagissent tous à peu près de la même manière à une situation donnée, ce qui est catastrophique si cette réaction est inadéquate au point de tous les condamner. Cela interdit de façonner les caractères des citoyens, donc d'obtenir la parfaite uniformité nécessaire au gigantisme, et impacte l'IA.
Un groupe aux membres trop semblables est trop fragile.
Le fond de ce qui forme un groupe harmonieux a été posé par Aristote: la communauté politique suppose l'amitié, car on ne veut pas faire de chemin en commun avec ses ennemis.
Un groupe aux membres insuffisamment semblables est trop fragile.
En matière de politique (gestion de la cité), l'unanimité est optimale car correspond à la plus forte motivation. Elle correspond bien au récit commun nécessaire, et est d'autant plus difficile à atteindre que la population augmente. Ceci vaut quant aux moyens car en un groupe trop étoffé toute querelle devient rapidement dangereuse (une bagarre dans une communauté est une chose, une guerre civile dans une nation une tout autre), et les stratégies d'évitement de toute potentielle cause de conflit (trouvant leur paroxysme dans la cancel culture) ainsi qu'étouffement rapide de tout ce qui pourrait mener à de la violence y distordent la confrontation des opinions, étouffant le débat public lui-même d'autant plus clivant que le socle culturel commun aux citoyens est façonné par les autorités.
Plus la taille du groupe augmente, plus le contexte d'un citoyen l'un diffère de celui d'un autre (ressources donc géographie, culture...), plus la proportion de sujets du débat public jugés pertinents par tous diminue. Le débat réel s'éteint, d'autant que les décisions qui en découlent sont plus tardives et leurs effets plus difficiles à percevoir localement.
Un groupe étoffé ne peut qu'obtenir un consensus, version dégradée de la motivante unanimité. Durant des élections un candidat doit, pour l'emporter, concevoir des propositions acceptables pour autant d'électeurs que possible, utopiques parce qu'elles relèvent du sophisme du juste milieu, en un dévoiement de la quête d'équilibre. Satisfaction donc motivation s'étiolent.
Aujourd'hui la prétendue solidarité invoquée afin de maintenir la cohésion nécessaire au gigantisme productif n'est est pas puisqu'elle n'est pas laissée à l'initiative des contributeurs mais imposée.
L'incitation au gain à court terme ne porte pas à l'altruisme, par conséquent juger la réduction des inégalités des patrimoines souhaitable à la concorde conduit à contraindre afin de redistribuer.
Cela érode la réelle solidarité, par lesquelles le nanti, connaissant la nature de ses relations avec les autres, donne parce qu'il sait que si les rôles étaient inversés il serait le bénéficiaire, et par charité et générosité résultant d'une affection portée à autrui.
Cette affection comme l'assistance mutuelle et réciproque ne résistent guère au gigantisme (anonymat...), surtout baignant dans de la lutte des classes nourrissant des clivages les transmutant en une dangereuse extorsion (contributions obligatoires «préservant la paix sociale») et dressant les contributeurs nets, se jugeant exploités voire spoliés et de moins en moins désireux d'aider des inconnus pour beaucoup installés dans la dépendance et hostiles, contre les autres, pour lesquels la «solidarité» leur bénéficiant est un devoir sacré donc se jugeant laissés-pour-compte et critiquant des «nantis égoïstes, s'enrichissant en exploitant le peuple».
Des bénéficiaires considèrent des acquis rendus possibles par l'argent des contributeurs nets dans l'ordre des choses, par effet cliquet, et ils demandent d'autres avantages qui deviennent des promesses électorales drainant une majorité aux dépends des plus productifs: durant les élections des candidats proposent, en substance, de taxer une minorité au bénéfice des autres.
La paix sociale est elle-même un équilibre entre la volonté prêtée à tous de s'enrichir au moindre effort et au plus vite, en résumé d'optimiser, et celle attribuée à des assistés de dépouiller des riches mais aussi de les ménager afin de continuer à bénéficier de la redistribution.
Pour un contributeur (un «riche») le déterminant est la disproportion perçue entre l'adéquation des services publics et la part de son revenu captée par les contributions obligatoires. Des contributeurs réduisent délibérément leurs gains et contribuent moins, en une optimisation de leur rendement (gain/effort) qui ébranle le système fiscal car diminue les recettes tout en augmentant son coût (détection de fraude...), et à terme rend la nation moins compétitive.
Chaque représentant élu, persuadé de sa propre opinion quant à ce qu'il convient ou pas de faire, tend à vouloir l'emporter, à être le maître. Le législateur-type, donné pour exprimer la volonté générale, défend surtout ses propres conceptions, et s'abîme en perfectionnisme législatif: «plus de lois, c'est mieux!».
L'action publique correspondant de moins en moins aux attentes des citoyens, et la bureaucratie se renforce naturellement.
Des aptitudes nécessaires pour être élu deviennent au mieux différentes et au pis antagonistes de celles grâce auxquelles on comprend le système technique que les gouvernants embrassent de moins en moins, de façon de plus en plus patente.
La spécialisation rend la démocratie plus compatible avec le gigantisme: des citoyens préfèrent confier la gestion de la Cité à des spécialistes qui tendent à négliger tout ce qui n'est pas mesurable, optimiser donc maximiser, et évacuent ce qui les gêne (souvent grâce sophisme du juste milieu). «L'expert a tranché» amortit temporairement une part des causes de dissension.
Pour des citoyens la nature et les ressorts de l'autorité centrale semblent de plus en plus mystérieux, et des conjectures («État profond», «grand complot»...) émergent, pour partie alimentées par des manoeuvres réelles.
La volonté d'avoir une descendance et de la nantir est déterminante car pousse à produire beaucoup malgré la pression fiscale. L'effet de ce facteur de motivation faiblit car il est proportionnel au taux de natalité.
En France la redistribution grossit sans cesse la classe moyenne, or l'envie ou la jalousie ressenties envers des personnes aux statuts sociaux similaires sont puissantes et délétères, ce sont des facteurs de tension plutôt que de motivation. Selon le sociologue Helmut Schoeck: «Une inégalité écrasante et stupéfiante, surtout lorsqu'elle comporte une part d'inaccessible, suscite bien moins d'envie qu'une inégalité minime, laquelle amène inévitablement l'envieux à se dire : J'aurais pu être à sa place. Le meilleur moyen de se protéger de l'envie d'un voisin est de conduire une Rolls-Royce plutôt qu'une voiture à peine supérieure à la sienne... une inégalité écrasante et stupéfiante suscite bien moins d'envie qu'une inégalité minime.», comme rappelé par R. Henderson.
L'égalité des patrimoines n'est jamais parfaite donc suscite toujours des conflits.
La démocratie directe rend inutile de tenter d'imposer durablement la «solidarité» donc l'amitié fondant la confiance.
En Occident les plus jeunes (génération Z) résistent à la spécialisation (ils veulent explorer, découvrir), à l'anonymat (ils cultivent des relations privilégiées, souvent en-ligne) et au dirigisme (ils sont plus rétifs à l'autorité). Leur intérêt pour les valeurs et objectifs proposés durant le vingtième siècle semble douteux.
Maintenir la cohésion nécessaire au gigantisme pousse notre société à éteindre d'emblée toute potentielle cause de discorde, surtout en préservant un semblant d'égalité. L'égalité des droits préservant la liberté est peu à peu étendue à celle des patrimoines, en une redistribution érodant le droit de propriété.
Jalousie, envie... deviennent des révélateurs d'une inégalité jugée fâcheuse ou d'un coupable égoïsme la maintenant or, à dose adéquate, ces moteurs de l'ambition, donc de compétition, motivent des efforts productifs.
Spécialisation et gigantisme augmentent le rendement mais interdisent de plus en plus à chacun de contempler son oeuvre, de constater son utilité. Cela démotive et réduit le rendement.
Le professionnel contraint de tolérer cela, par exemple faute de pouvoir renoncer à son niveau de revenu ou à son statut, en conçoit une amertume menant à dépression, n'incitant guère les autres, surtout jeunes, à suivre sa voie.
Même une culture d'ambition et un régime dirigiste ne l'endiguent pas, et les dirigeants avisés ne sont pas autoritaires car cherchent un équilibre. Il savent qu'une récession aiguisant de la concurrence vaine menace les fondamentaux de la quête de rendement: beaucoup renoncent à des efforts jugés au mieux démesurés.
Le moyen de convaincre un jeune de l'intérêt de nos thèses est d'être heureux en les appliquant. Moins nous le sommes, moins ils souhaitent nous imiter donc moins le mimétisme joue.
Spécialisation et dirigisme ne peuvent simultanément augmenter qu'au prix d'un contexte (éducation, media...) de plus en plus teinté d'une propagande visant à accorder les citoyens, à motiver en créant une concorde, qui ajoute à l'inertie et à l'uniformité réduisant la faculté d'adaption de façon dangereuse face aux défis majeurs et urgents régulièrement causés par le technosolutionnisme.
Le productivisme mène au gigantisme donc à contrainte ou tromperie par lesquelles un grand groupe humain hétérogène reste cohérent, qui réduisent la probabilité de prendre conscience d'un problème, ainsi que de découvrir ou de mettre en oeuvre une solution.
La prééminence accordée à l'amélioraiton du rendement par le gigantisme réduit le nombre de groupes donc d'approches distinctes simultanément explorées par le genre humain, l'émulation entre eux, l'exposition de chacun aux résultats obtenus par d'autres (source d'inspiration), l'altérité non conflictuelle renforçant la cohésion... Elle rend la guerre apparemment rentable puisque toute conquête sert la quête de ressources et d'économies d'échelle, et augmente la portée (personnes et territoires exposés) d'effets de mauvaise décision.
La spécialisation repose sur des enseignements (sciences, techniques...) qui rendent leur bénéficiaire plus autonome et aiguisent parfois son appétit de liberté, difficile à concilier avec le dirigisme. Dans une société technologique l'ignorant-type se juge moins autonome, donc tolère mieux un système dirigiste, ne serait-ce que par l'adéquation a priori prêtée aux décisions d'experts.
Spécialisation et dirigisme invitent le citoyen à déléguer le pouvoir de décider. Il lui semble manquer de temps ou de compétence, et l'approche a priori saine par laquelle il appartient aux spécialistes d'éclairer le citoyen, présumé désireux de ne pas se contenter de critères d'ordre technique, devient un gouvernement des experts: le planisme mène au scientisme. D'autant que chaque électeur juge manquer de poids: que vaut ma voix dans la multitude?
L'avènement de l'IA pourrait faire de nous des ignorants obéissants.
Optimisation, dépendance, dirigisme, délégation... ont des effets inquiétants.
L'amélioration des machines rend impossible de confier un travail utile à une part grossissante des citoyens adultes, parce qu'elles l'assurent mieux.
L'impératif d'optimisation secrète dans la société un culte du travail. Cela contraint à occuper chacun, et maintenir la paix sociale invite à le faire afin de le rémunérer plutôt que de constamment l'assister de façon patente.
La bureaucratie nécessaire à l'organisation des masses donc au dirigisme ne peut demeurer inactive car cela pourrait la condamner. Elle secrète sans répit des procédures sans cesse moins utiles, requérant des «professionnels du formulaire et du coup de tampon», instaurant le drame résumé par J. Pournelle: «Dans toute institution (entreprise, administration...) les agents chargés de la bureaucratie prennent toujours le contrôle, tandis que celles qui se consacrent aux objectifs ont de moins en moins d'influence, et sont parfois complètement éliminées.». La bureaucratie dissipe une part croissante des ressources afin de se maintenir plutôt que d'accomplir sa mission. Elle secrète maquis réglementaire, régimes spéciaux, labyrinthe administratif... et maintient force planques et autres combines, y compris d'experts en optimisation de l'exploitation du système (cas-type: conseil fiscal), peu utilement productifs. De plus la bureaucratie amplifie l'effet de la loi de Putt et de ses corollaires. Les plus favorisés se voient octroyer titres ronflants et avantages à l'avenant, et sont peu adéquats donc dans le meilleur des cas ne décident de rien en pratique.
Tout cela nourrit clientélisme, népotisme et autres connivences créant des sinécures.
La proportion de bullshit jobs augmente.
Les rangs des assistés discrets en bénéficiant grossissent, chacun d'eux à la fois rassuré quant à son sort et affranchi de toute honte (faute de victime claire comme d'accusation formulée) et de tout scrupule par l'apparente abondance («ce dont que j'obtiens n'est qu'une infime fraction des richesses»), les plus réalistes s'agitant en menaçantes revendications substituant à la cohésion une nécessité apparente de maintenir l'assistanat confortant la «paix sociale»: «les riches doivent nous donner de l'argent sinon...».
Ce gâchis patent démotive certains des productifs, ébranlés par la capacité des bénéficiaires de ces jobs à s'en tirer sans effort ni risque donc à excellemment optimiser pour ce qui les concerne.
La démotivation induite préserve temporairement le système en ralentissant sa course vers un stade d'optimisation excessif car réduisant trop sa robustesse.
Pour augmenter le rendement on grossit, et la bureaucratie coordinatrice enfle. La confiance diminue car chacun côtoie de plus en plus d'inconnus, de plus en plus différents, donc il faut administrer et contrôler (vérifier), la bureaucratie enfle encore, sans limite, pour s'occuper sans cesse plus exclusivement d'elle-même.
Le productivisme confère valeur intrinsèque au travail, y incitant ceux qui ressentent trop peu l'anxiété de la pénurie: le paresseux est peu honoré car, par le jeu d'une solidarité cimentant le groupe, est assisté donc réduit les patrimoines de concitoyens et le précieux rendement.
Des comportements individualistes sont nécessaires car produits par le versant sain de la jalousie, l'envie qui motive à posséder davantage, sans laquelle on préfère paresser.
Pour autant ils sont dangereux si excessifs au point de réduire le bien commun, de dépouiller le groupe. Ce dernier est nécessaire car l'isolé ne produit guère, les humains doivent collaborer donc s'entendre.
En résumé certaines actions de l'individu nuisent à sa communauté, dans le cas-type parce que leur objet est un bien rival, ce qui interdit parfois d'optimiser pour soi sans nuire à l'intérêt général.
Nul n'a pu formuler, où que ce soit, de définition consensuelle de ce qui favorise et de ce qui menace l'intérêt général. C'est pourquoi des conventions implicites propres à chaque culture président au jugement de la communauté: tel est perçu habile optimiseur et on admire sa réussite, tel autre est jugé excessivement prédateur, vil exploiteur avec lequel peu veulent collaborer.
Afin d'éviter le perdant-perdant chaque culture pousse à optimiser (l'archétype est jugaad), et amplifie ou modère cela par des obligations relatives à l'honneur (izzat). Cela articule la liberté de l'individu (individualisme) et la primauté accordée au groupe (collectivisme).
Toutefois dans une zone grise certains toléreront ou bien condamneront, et parfois jalouseront, celui qu'ils jugent bénéficier d'une «combine» ingénieuse ou d'un coup de chance, en particulier d'un privilège ou d'une sinécure.
En Occident le gigantisme, poursuivi afin d'optimiser grâce aux économies d'échelle et à la spécialisation, rend à la fois le bien commun colossal donc le gain potentiel du profiteur énorme, et la détection d'un abus par un citoyen plus difficile.
Chacun est incité à abandonner la défense de son honneur à des institutions, ce qui réduit et dilue sa valeur apparente.
De surcroît la culture donne l'optimiseur pour toujours astucieux, ne serait-ce que par la façon dont il exploite la chance qui lui accorda un privilège. Il optimise, c'est apprécié, et n'éprouve pas de scrupule puisque sa victime est inconnue, c'est «tout le monde donc personne» par conséquent pas un ami, ce qui éteint la honte et instaure des pratiques délétères. L'ingéniosité du bénéficiaire est parfois légitimée par l'admiration qu'elle suscite: enrichissement donc «réussite» et célébrité même seulement locale, souvent assise sur de la consommation ostentatoire.
C'est l'un des piliers du régime politique en France, comme résumé par F. Bastiat: «L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde», souvent attribué au corporatisme (dans l'acception péjorative du terme). Beaucoup de citoyens jugent bénéficier de leur statut, régime spécial ou d'une dérogation, et croient qu'abolir des dispositions particularistes leur coûterait davantage qu'aux autres. Une extension continue des prérogatives de l'État semble garantir ces acquis, et est le moteur de cette fiction.
Encourager chacun à optimiser sans limite étend la zone grise, aux dépens de la communauté. L'optimiseur l'emporte sur le vertueux et devient indistinguable du débrouillard et du profiteur.
Le bien commun n'est plus conçu comme tel et devient une proie. Nul ne peut, voire ne veut, le défendre.
Le profiteur s'arroge un privilège incompatible avec l'universalisme républicain par lequel des citoyens possèdent tous et chacun le bien commun. Seule une forte croissance économique peut, un temps, compenser certains de ces abus.
L'attachement à la réputation, le «sens de l'honneur», doit tout à l'attachement à la communauté. Il est maximal dans les sociétés dites holistes où chacun est défini par ses relations avec autrui plutôt que par l'appréciation des fruits de son effort. Il décline lorsque la concorde s'effrite faute d'objectif commun ou de consensus quant aux moyens de l'atteindre, donc de capacité à apprécier le fruit d'un effort.
On ne se juge pas «profiter» de ceux dont les valeurs sont incompatibles avec les nôtres, on se félicite de leur sembler peu honorable ou de bénéficier de leurs richesses grâce à leur aveuglement, bêtise, naïveté ou faiblesse. Les garde-fous, sentiment de culpabilité comme «vertu républicaine», ne valent qu'entre concitoyens se reconnaissant tels.
Le gigantisme de nos sociétés dilue l'attachement entre concitoyens ainsi que la réputation de chacun et son souci de préserver son honneur grâce à l'auto-discipline.
En somme les principes nécessaires à la gestion des biens communs sont d'autant plus difficiles à appliquer que la taille de la population augmente, comme résumé par E. Ostrom.
En Occident, afin de préserver le gigantisme, des institutions tentent de contenir des excès en édictant lois et règlements, qui les définissent et les sanctionnent. Cela reste vain parce que les perceptions de l'intérêt général sont subjectives donc d'autant plus diverses que la population est hétérogène (échec de l'assimilation d'immigrés) et que sa taille augmente, et parce que cela favorise l'optimiseur/profiteur, souvent un nanti, capable d'obtenir du gouvernement une disposition qui lui est favorable, détournant ainsi à son profit une approche censée le contenir. De surcroît cela le solidarise au système politique, nourrissant l'hypernormalisation. Le débat politique en France reflète cela car ses thèmes saillants sont l'immigration mal assimilée et les riches profiteurs.
Dans un contexte purement communautariste, par exemple tribal ou clanique, un individu est heureux de voir un proche profiter car il en bénéficiera lui aussi, et doit le protéger afin de ne pas s'exposer car les proches sont considérés collectivement responsables des actions de chacun d'eux. Le système de défense du groupe fait de toute accusation une atteinte à l'honneur de tous ses membres, déclenchant une vendetta. Cela dissuade de juger publiquement un agissement d'autre groupe, affaiblissant des mécanismes normatifs, sanctions comprises, qui préservent l'intérêt commun.
Le principe sous-jacent perdure en Occident sous la forme de la reponsabilité collective.
Une structure sociale holiste cultive du népotisme. La faveur est accordée aux seuls proches même si cela nuit à d'autres membres de la communauté plus large. Le groupe bénéficiaire de l'optimisation est petit, ses membres se connaissent, le sens de l'honneur y endigue des excès. Toutefois des groupes-coalitions forment des cercles concentriques («moi contre mon frère, mon frère et moi contre nos cousins, nous et nos cousins contre les autres...») et, en périphérie, les obligations envers les tiers tels qu'étrangers ou mécréants sont ténues, parfois quasi nulles, aucun scrupule ne limite l'exploitation du faible. L'honneur de chacun ne le régule pas transversalement, protégeant le genre humain, mais au sein du seul groupe l'évaluant, et ce groupe peut lui-même être circonstanciel.
La classique asabiyya rend compte de ces notions.
Des dispositions particularistes adoptées en France y ressemblent car servent peut-être une volonté de créer de petits groupes chacun pétri de son propre intérêt général donc stable. Toutefois cette approche forme des groupes-coalitions d'autant difficilement compatibles avec du bien commun partagé par tous, en particulier le denier public, que l'État redistribue.
Au sein de tout groupe une sanction est la honte, que chacun veut s'épargner, ne serait-ce que pour continuer à bénéficier de la collaboration. Seule son intensité donc effet régulateur varie.
Par ailleurs le collectivisme ne régule guère l'optimisation intra-groupe puisque peu osent mettre en cause l'honneur d'un membre puissant et profiteur. Seules des rivalités opposant certains de ses membres réduisent l'expansion d'une nomenklatura.
La confiance a priori accordée par des concitoyens entre eux est d'autant plus faible que l'on tente de substituer la Loi à l'honneur en tant que critère régulateur. Cette tentative reste vaine car pousse à la défiance et à des comportement menaçant la concorde car l'efficacité des dispositions visant à contraindre à la conformité doit beaucoup non plus à une quête personnelle de noble honneur mais, tout au contraire, à des manoeuvres peu avouables (cas-type: une entreprise ou un contribuable dénonce discrètement aux autorités un concurrent ou concitoyen qui optimise).
L'homme-type réagit surtout d'instinct et sur le plan tactique, dans un monde jugé abscons et volatil au point de rendre peu justifié (donc suboptimal...) de tenter d'en comprendre le détail afin de façonner l'avenir. Plein de confiance en lui, il est simple, primitif, impulsif. Le monde lui semble terrain de jeu.
La femme-type planifie sur le «temps long» dans un univers considéré suffisamment connaissable et déterministe, de façon éminemment stratégique, afin de servir son instinct de procréation l'alourdissant de responsabilités. Le monde lui semble hostile.
Toute société harmonise ces attitudes: trop ou trop peu de chacune d'elles la condamne.
Les gènes sont égoïstes, pétris d'individualisme et d'optimisation.
Un seul homme sature les capacités reproductrices de plusieurs femmes, cela raréfie la polyandrie qui sert mal la volonté de grande descendance.
Un fils diffuse donc mieux les gènes qu'une fille, il lui est par conséquent préféré et cela rend la société plus patriarcale, d'autant que le principe de Bateman pourrait inciter les hommes à être volages.
Le comportement reproductif théorique de l'homme correspond à un modèle évolutif de type r tandis que celui de la femme est K. Ces types sont théoriquement applicable aux espèces plutôt qu'aux genres, mais cette transposition semble éclairante et distinguer une cause ultime d'une proximale reste à faire.
Le gène égoïste pousse l'homme à ne pas vouloir élever l'enfant d'un autre et la forte asymétrie de l'investissement reproductif incite la femme à se réserver le fruit des efforts d'un homme afin de mieux assurer la destinée de sa descendance. De plus un nouveau partenaire menace, ne serait-ce que par négligence, tout enfant déjà conçu.
Une société patriarcale correspond à ces constats. Chaque homme peut y épouser plusieurs femmes, s'il dispose de ressources suffisantes.
Le patriarcat préserve la veuve et sa progéniture, tout en les encadrant, en contraignant un parent du défunt à l'épouser. Chaque homme est rendu solidaire de tout enfant du clan.
Il incite la femme à renoncer à sa liberté, par exemple de s'habiller comme elle le souhaite ou d'aller où bon lui semble, en encourageant des hommes à adopter des comportements rendant l'exercice de cette liberté désagréable voire dangereux et comprenant interpellations et accostages pesants, injures, attouchements... La femme apprécie ainsi son confinement à demeure, en un moindre mal qui la préserve de la concupiscence d'hommes tiers. Cela raréfie les occasions de suspicion et de rivalité sexuelle entre les hommes, facilitant la formation de réseaux masculins étendus.
La femme est conçue comme une ressource naturelle, le ventre fécond grâce auquel les hommes se multiplient, remplissent la terre, qu'il convient d'assujettir et de dominer.
Tout cela optimise l'investissement reproductif de chacun car maximise la certitude de paternité, rassurante pour l'époux désireux de n'élever que ses propres enfants, ainsi que l'attachement de la mère envers ses enfants et les ressources qu'elle y consacre directement.
De l'autodiscipline instillée par la doctrine religieuse assure sa propre perpétuation: la bonne épouse transmet à ses enfants les bonnes valeurs, elle est pour eux un modèle, sa réputation donc son honneur sont garants de sa destinée. Cela lui rend difficile d'éduquer ses enfants afin qu'ils abandonnent le patriarcat.
Hors du patriarcat l'homme doit parader afin de séduire, en adoptant des comportements satisfaisant des inclinations plus marquées chez la femme: prévoir, accumuler, optimiser... plutôt qu'à laisser libre cours à d'autres plus masculines telles que chasser ou combattre, dans nombre de types d'activités professionnelles détournés en comportements et langues de spécialité relevant de la chasse ou de la guerre: commerce, management, banque d'affaire...
Le patriarcat, par voie de mariage arrangé et de polygamie, suscite plutôt une concurrence entre femmes, chacune gagnant à devenir et rester favorite, leur interdisant de collaborer en un effort d'émancipation.
Le mariage, association exclusive à long terme, sert le gène égoïste de la femme dont la capacité reproductrice diminue avec le temps tandis que celle de l'homme reste durablement élevée, ce qu'un tropisme masculin favorisant le tactique (court-terme) tend à lui faire négliger tandis que la plupart des femmes, plus soucieuses du long terme, y accordent davantage d'importance. Le patriarcat rééquilibre en faveur du mari en facilitant à l'extrême sa capacité à répudier, ce qui de surcroît ajoute aux menaces pesant sur l'épouse trop peu soumise.
Dans la France contemporaine le plus vigoureux mouvement contraire est celui d'un sur-virilisme qui vient surtout du sentiment de déclassement d'hommes par rapport aux femmes de culture musulmane qui s'occidentalisent pour échapper au patriarcat. De jeunes hommes adoptent un comportement tendant vers l'image moderne du guerrier-chasseur (prédateur) de culture patriarcale, peu compatible avec l'universalisme républicain.
La technicisation condamne les dispositions patriarcales en rendant la femme plus autonome et indépendante.
Par conséquent le patriarcat combat la science, nourrice de la technique, dont la méthode repose sur systématique vérification critique et distanciation qui dévoilent, par contextualisation et rationalisation, la nature d'un dogme.
L'approche scientifique tôt adoptée en Occident est incompatible avec toute vérité révélée (donc dogme religieux, intangible), qui apaise l'anxiété d'ordre métaphysique en décrivant précisément le chemin du salut.
Ce mouvement naît au plus tard voici environ 9 siècles avec l'Université médiévale, gérée par ses étudiants. Le savoir n'était dès lors plus d'emblée conçu comme révélé, il s'agissait déjà de s'affranchir de tout arbitraire en dévoilant une intention de l'auteur ou d'un relais de ce qui est donné pour vrai, en somme d'une déconstruction interprétée en saine quête de la Vérité.
Ce mouvement est antagoniste du précédent assis sur des vérités révélées, leur intégration est difficile et des tensions en résultent.
Cela développa le polythéisme des valeurs confinant chaque sphère, lui-même incompatible avec toute doctrine donnée pour totale, transversale, universelle.
Au même moment, au douzième siècle, la productivité devient un objectif-clé dans les monastères européens, en particulier cisterciens, tout d'abord car elle réduit la quantité de travail donc augmente le temps de prière.
Produire éteint l'anxiété de pénurie, prier éteint l'anxiété d'ordre métaphysique.
Ces monastères jouent un rôle déterminant dans la conservation, la transmission et l'innovation technique et proto-scientifique par copie et préservation de manuscrits antique (médecine, agronomie, géométrie, astronomie, botanique, hydraulique...) ainsi que réalisations et améliorations préfigurant l'industrie: moulins, forges, scieries, horlogerie, architecture, systèmes d'irrigation et d'assainissement... La gestion de grands chantiers, en particulier, progresse vite par adoption d'unités de mesure et de gabarits communs, standardisation de composants tels que pierres de taille calibrées, marquages (de chaque tailleur sur ses pierres) renforçant la qualité et facilitant la mise en oeuvre...
La technique est l'un des moyens d'améliorer la productivité, de rassurer quant à notre survie sur Terre.
Elle repose sur la science qui offre moyen de prévoir, et nourrit la spécialisation.
Le christianisme lance une quête insatiable de savoir ainsi que d'égalité, d'individualisme et de collégialité, servant une volonté de puissance et de dépassement faustienne et devant beaucoup à l'éternel féminin civilisateur, tendu vers abondance, fécondité, langage, négociation, technique...
La productivité augmente surtout grâce aux économies d'échelle et à la spécialisation, qui s'inter-dynamisent et accélèrent l'urbanisation.
Ces élans convergeront jusqu'au paroxysme de la Révolution Industrielle.
Depuis la Renaissance beaucoup espéraient que la science apaiserait aussi l'anxiété d'ordre métaphysique en expliquant tout de façon objective et solide, vérifiable et cohérente, en somme en se substituant aux vérités révélées.
Durant les années 1930 des travaux conclus par K. Gödel et W. Heisenberg éteignirent brutalement cet espoir, ce dont un autre germain avait annoncé les effets, alors que la Révolution Industrielle atteint son point culminant avec la maximisation de la taille des usines et de la spécialisation par le Fordisme.
Seul le système technicien perdure, réponse à la seule crainte de pénurie, sans fondation donc instaurant imperceptiblement, faute d'espoir, angoisse et nihilisme par déconstruction de tout, y compris sujet, représentation, relations... et de la rationalité même, en une extension du doute scientifique abusive car produisant ainsi des assertions hors du champ de la science car non réfutables.
Cette déconstruction se propage rapidement durant les années 1960 avec la French theory.
La table rase en résultant mène directement au constructivisme politique du moment, secrétant lui aussi une vérité révélée par des autorités et donnée pour un constat.
Ce constructivisme repose sur une propagande, elle-même d'autant plus imparfaite donc flanquée de contrainte que les membres du groupe sont différents, ce qui est nécessaire à sa robustesse. En Occident l'école est son principal instrument car éduque au lieu de seulement instruire.
Constructivisme et productivisme visent à transformer le monde et à le rendre plus prédictible.
Leur inadéquation tient à leur caractère exclusif, à la difficulté de les appliquer de façon mesurée: rationaliser à outrance conduit à organiser comme si tout était prédictible. Cela distord la coopération, comme illustré par une étape de l'histoire de la filière du nucléaire en France.
On peut y préférer la concorde dynamique obtenue grâce au débat permanent, instrument d'une dialectique, suggérée par la métaphore du kukeon/kykeon d'Héraclite. Pour cela le groupe doit rester composé d'amis car l'ennemi ne veut composer ou même seulement débattre, il souhaite éteindre les thèses qu'il refuse, ainsi que leurs auteurs et relais. De plus il ne disparaît pas en niant son existence, perdurera, et peut attendre son heure.
Une société où l'on est de moins en moins amis car de plus en plus nombreux rend de préserver l'universalisme républicain. La défiance progresse, les autorités sont garantes des relations entre les citoyens donc les dirigent et tendent pour cela à orienter voire éteindre le débat.
Sous d'autres cieux, par exemple en Chine, une culture commune bien ancrée laisse quasi tous attendre du pouvoir qu'il étouffe tôt et vite toute dissension majeure sans pour autant menacer un facteur de motivation, et cela détermine son approche: au mieux prévenir et au pis écraser les conflits dangereux, chasser/laisser partir les citoyens qui les déclenchent.
En France, de façon similaire, on aime à laisser le pouvoir central arbitrer les querelles locales, en espérant ainsi s'épargner Clochemerle, et cela sape la motivation tout en favorisant des manoeuvriers.
La volonté de douter et de chercher la vérité, cultivée par la méthode scientifique, plutôt que d'adhérer inconditionnellement à une vérité révélée intangible (dogmatique, doctrinale), conduit elle aussi à celle d'explorer, de débattre.
La dogmatique de religions les y rendent imperméables, et le cas de l'Islam est éclairant.
Dans nos énormes sociétés aucun objectif déterminant commun n'assure plus la concorde. Science et techniques, nos fondations, reposent sur un esprit critique rendant difficile d'adopter une doctrine dogmatique, rendant attirante une vérité révélée composée de Mystère et d'oripeaux techniques, façon science-fiction, nous donnant pour objectif de conquérir l'univers, offrant objectif clair et donné pour garantissant la survie de l'espèce. Créer du neuf est difficile et la nécessaire quête d'équilibre ravalée à celle d'un «juste milieu» d'ordre qualitatif donc inepte: on emprunte à toute lecture du monde qui semblait éclairante, on ravaude, décore et mélange tout cela: technosolutionisme, projets d'E. Musk, transhumanisme, post-humanisme...
La tolérance aux contraintes induites par le système est obtenue grâce à de l'endoctrinement, par lequel on convainc que le système en place est dans l'absolu préférable à tous les autres, ainsi que par de la propagande posant qu'il sert au mieux les attentes de chacun.
Cela fonctionnait bien en Occident et on y a perçu la voie d'une concorde universelle, par une généralisation excessive donc abusive et dangereuse.
Dès 1919 la Société des Nations en projette valeurs et moyens (transparence, ouverture, quête de consensus...). L'ONU les reprendra en conviant des régimes ne les respectant guère voire pas du tout. On peut y lire volonté, de la part de l'Occident, de préserver une sorte de dialogue afin de tenter de convaincre, en un endoctrinement/propagande à l'oeuvre dans nos sociétés, plutôt que de rejeter en accentuant les clivages.
L'embarras est qu'endoctrinement comme propagande sont d'autant plus difficile que les substrats culturels des membres de l'audience diffèrent.
Présupposer l'adhésion de toutes les parties au dialogue est fragile, car des préconceptions sont fondamentalement différentes des nôtres. Ce qui vous semble bon (civilisé, pacifique...) est par certains interprété comme une manifestation de faiblesse, d'incapacité à manifester volonté farouche de se préserver.
L’universalisme fondé sur l'égalité des individus est un 𝐞𝐟𝐟𝐞𝐭 de l'amitié unissant les membres d'un groupe sain, plutôt que sa cause. La république de l'Antiquité, source de nombre de nos conceptions, était fondée sur un petit groupe de citoyens cohérent animant un gouvernement visant lui-même à équilibrer les castes/classes en ménageant l'égalité des droits des citoyens, composite et constamment recomposé en fonction du contexte, de façon empirique (P.-H. Tavoillot).
Par présomption nous avons espéré convaincre de l'intérêt de bâtir une telle république afin de rallier, et devons déchanter.
En France l'école, par exemple, devait forger des universalistes. Le résultat laisse à désirer.
L'une des grandes forces de l'approche des «Indigènes de la République» est qu'elle rassemble et motive efficacement (fortement, solidement...).
L'une des grandes faiblesses de la nôtre est, outre d'avoir cru l'éducation/endoctrinement à coup sûr efficace tout en les négligeant, que nous avons fait des concitoyens (par l'effet conjugué de l'immigration massive d'ethnies aux cultures non occidentales, puis du regroupement familial et de l'acquisition facile de la nationalité française, renforcé par la tolérance à la bi-nationalité) d'individus dont la vision du monde est pour de nombreuses raisons incompatible avec la nôtre, et que cela perdure donc leur rend difficile de partir.
De surcroît l'émancipation des femmes est le principal vecteur de cette assimilation. Le travail rémunéré les rend indépendantes et autonomes, par conséquent elles s'attachent à l'instruction fournie par l'école de la République. Cette dernière les convertit discrètement à l'universalisme. La crise économique enraye ce processus en causant du chômage (dont la désindustrialisation amplifie l'impact chez les moins qualifiés) et en appauvrissant l'école.
De plus la dynamique démographique fait des universalistes le groupe de plus en plus minoritaire à l'âge moyen le plus élevé, donc qui devra se céder faute de recours démographique ou guerrier.
Le cas de la liberté d'expression est éclairant.
Si la liberté est conçue en tant que propriété de soi d'un commun accord garantie par tous à chacun, son respect conduit à celui de la liberté d'expression.
Le fond est ici encore la faveur accordée aux dispositions visant à optimiser, car pour ce faire les économies d'échelle donc le gigantisme s'imposent. Ils mènent à spécialisation et anonymat, qui rendent de plus en plus difficile de fédérer les efforts par la seule volonté délibérée des citoyens: 67 millions de personnes tombent difficilement d'accord quant aux objectifs et moyens de les atteindre via un véritable débat menant à consensus.
Les humains partagent d'emblée la volonté d'améliorer leurs conditions de vie. Elle rend nécessaire un effort concerté impliquant la cohésion sociale, obtenue en éteignant au plus tôt toute source de conflit.
Si la propriété est un principe absolu, intangible et indiscutable, alors chacun dispose de la liberté de s'exprimer car sa parole lui appartient et n'est pas performative, elle ne modifie pas la réalité donc ne peut nuire à autrui. Toutefois plus le groupe s'étoffe et est hétérogène, plus un propos public peut heurter quelqu'un, érodant la concorde, par conséquent plus cette liberté doit être réduite.
Chaque culture ou régime politique adopte pour cela au moins une approche visant à réduire le risque lié à tout propos public de nature à déclencher un conflit et reposant sur le principe de propriété:
imposer une auto-censure soutenue par les proches soucieux de préserver l'honneur du clan, sa propriété la plus précieuse, car menacer l'ordre établi atteint à l'honneur du pouvoir en place ou d'une autorité spirituelle, souvent confondus. C'est l'approche de nombre d'anciennes cultures et de régimes politiques autoritaires, propriétaires de l'espace public, issue d'une doctrine posée sur une vérité révélée ou sur un postulat idéologique visant à mobiliser les masses afin de servir une forme de productivité, même s'il ne s'agit que de construire des pyramides pour Pharaon. Cette censure exercée a-priori est d'autant plus frustrante que l'on est bien instruit donc pourvu d'un appareil critique nécessaire aux sciences et techniques, ce qui la rend incompatible avec nos sociétés.
en traiter sur un plan donné pour théorique, en un exercice de pensée, ersatz de débat sain clivant plutôt que catalysateur de consensus. Cette approche est adoptée en France, où des activités de ce genre (discussions, élections...), dont le caractère vain est perçu (une conclusion fréquente en est, en substance, «de toutes façons on ne peut rien changer»), dissipent une énergie et des intentions dangereuses
considérer l'identité et l'image de chacun comme sa propriété, donc contraindre à taire ce qui est donné pour attentatoire: un homme se déclarant femme en est une car nul ne doit pouvoir mettre en péril sa conception d'elle-même, qui lui appartient. C'est le wokisme, assis sur du relativisme laissant chacun propriétaire de sa vérité, donc créant une pseudo-concorde en contraignant à tolérer toute opinion, rendant toute dialectique honteuse et punissant par de l'ostracisme. Un débat public adéquat laisse place à la critique (elle-même critiquable...) car elle peut révéler erreurs et biais, et cela épure la «représentation du monde», offrant moyen aux citoyens-amis de s'accorder, d'obtenir un consensus. Le wokisme élimine non pas erreurs et biais mais ceux qui prétendent en détecter. Cela ne perdurera pas car annihile la concorde donc la productivité.
La volonté de maintenir une concorde garante de la productivité délimite la liberté d'expression.
Durant la préhistoire les moyens disponibles favorisent l'attitude tactique donc les conditions de vie des personnes de sexe féminin sont difficiles.
Nomadisme et dépouillement donc confort précaire leur rendent quasi tout pénible: être enceinte, accoucher, s'occuper des enfants, menstrues... sont autant de calvaires. Sur l'autre versant la limitation de la fécondité, préoccupation permanente, n'est pas beaucoup plus enthousiasmante.
Afin d'améliorer leur condition elles coopèrent et innovent. Pour cela elles communiquent entre elles, au calme (durant travaux ménagers, éducation des enfants, cueillette...), en considérant le long terme. Elles expérimentent donc innovent, inventent des outils et des armes (poterie, tissage, vannerie... leur sont attribués). Les nombreux anciens mythes traitant d'Amazones pourraient en découler.
Les hommes, eux, n'y sont guère poussés car s'occupent surtout de chasse ou de défense/guerre (surtout des escarmouches), activités saturées d'incertitudes rendant difficile d'anticiper donc pour lesquelles la capacité à vite réagir adéquatement est plus pertinente que l'aptitude à forger des stratégies.
L'inclination de la femme au travail industrieux est lié à la pulsion l'incitant à avoir une descendance et à tout lui sacrifier durant sa longue maturation, qui renforce l'angoisse quant au lendemain conduisant à échafauder des stratégies afin de réduire l'incertitude. Cela aiguise sa faculté à se projeter dans un avenir lointain.
Durant la préhistoire chaque groupe nomade entrait rarement en contact avec des tiers et les hommes (ce qui désigne ici les porteurs de pulsion/tropismes/inclinations plus fréquentes chez les hommes, ici de défiance a priori) étaient sa première ligne de défense. Ils sont d'emblée méfiants voire agressifs envers toute personne inconnue.
C'est incompatible avec l'exogamie, que le risque induit par la consanguinité rend préférable. Par une heureuse coïncidence un comportement plus fréquemment adopté par les femmes que par les hommes facilite l'abord avec une personne inconnue, donc dans le cas-type la nouvellement mariée intègre plus facilement le groupe de son mari que le ferait ce dernier la rejoignant (la complète et définitive matrilocalité est rarissime). Dans ce groupe son statut est d'emblée inférieur et elle est plus vraisemblablement soumise que dominatrice, ce qui favorise le patriarcat. Diverses pratiques (échange, achat ou rapt de jeunes filles) consolident la domination masculine.
Le confort matériel augmente la probabilité de survie d'une nombreuse descendance, ce qui mène à l'avènement de l'agriculture.
Sédentarisation et technicisation de la société s'ensuivent, démultipliant l'efficience de l'extractivisme induit par le souci d'accumuler, lui-même nourri par l'inquiétude quant au lendemain.
Posséder et exploiter du territoire rend souhaitable et possible d'avoir de nombreux enfants. L'état de santé des populations y invite car se détériore (densité de population, proximité des animaux d'élevage, diète...): maladies infectieuses, zoonoses, arthrose, abcès, carie, anémie, rachitisme...
Les surplus augmentent. Ils alimentent une proportion croissante de non-producteurs (jeunes enfants, dirigeants, clergé...), structurant la société.
Les groupes s'étoffent, augmentant fréquence et intensité des contacts de chacun avec des inconnus, le mauvais stress imposé aux hommes.
Des chasseurs-cueilleurs consommaient parfois de l'alcool car trouvaient des fruits tombés, exposés au soleil, et fermentés. Agriculture et sédentarité le rendent meilleur et plus disponible. Il (ou un équivalent: cannabis, khat, anxiolytique... voire sucre) constitue pour les hommes une compensation aux tensions, un moyen de désinhibition, d'évasion et de réduction de l'anxiété et méfiance a priori ressentie envers autrui. Des substances rassemblent en instituant des rites rassurants synchronisant les états émotionnels et cognitifs (comme bien décrit par T. Landrieu). La télévision s'y substitua un temps, et à présent les réseaux sociaux, en rendant visibles les mécanismes de captation de l’attention, de polarisation et de fabrication du consensus, permettent, pour la première fois de manière massive, une prise de conscience du phénomène.
Les hommes exacerbent des conflits nés de tensions créées par le souci de se réserver des ressources limitées, laissant perdurer des comportements de chasseurs et de guerriers confortant leurs rôles de pourvoyeurs (guerriers conquérants) ou de protecteurs (défenseurs repoussant des tiers agressifs). Les hommes d'un groupe y justifient leur rôle guerrier par l'existence de guerriers dans d'autres groupes (il faut s'en défendre ou les vaincre pour s'emparer de leurs ressources), et vice-versa, en une étrange coopération (justificatrice) inter-groupes.
Durant les conflits le camp le plus peuplé tend à l'emporter puisque les techniques sont peu raffinées, et cela favorise les grands groupes.
Les femmes, elles, se soucient avant tout de leur progéniture donc planifient, optimisent et s'installent dans la sédentarité elle aussi propice aux grands groupes.
Dès l'Antiquité «Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez...» (Bible, Genèse, 1:28) est représentatif: l'objectif principal est d'augmenter au plus vite la population et sa capacité d'action.
Il est pour cela bon de connaître le fonctionnement de l'univers, le «comment» des choses, donc d'étoffer les connaissances grâce à la science... tant que la démarche correspondante n'ébranle pas le commandement de fécondité. Ici encore l'excès nuit.
Selon ces conceptions la Création (la nature), source de toutes les ressources, appartient ainsi au genre humain (la collectivité) qui l'exploite de façon ingénieuse grâce à des techniques issues de la science par ses membres. Ces derniers servent ainsi leur ambition de posséder davantage, tempérée par des moyens les incitant à respecter le bien commun. Le concept de propriété est bien ici central.
Le Moyen Âge poursuit sans cesse davantage la productivité. Les monastères se multiplient sur le continent européen et deviennent des manufactures offrant moyen de consacrer davantage de temps à la prière grâce à de l'optimisation assise sur des connaissances anciennes progressivement améliorées et diffusées, ce que l'imprimerie dynamise considérablement.
L'appétit pour les connaissances scientifiques est de plus en plus vif car elles améliorent capacité à prévoir, et secrètent des techniques livrant moyens d'action.
Durant la Renaissance quête de rationalité et diffusion de thèses hérétiques imprimées estompent le sentiment religieux, et rehaussent le travail ingénieux créant des biens: l'industrie est en gestation.
Les objectifs principaux (voire seuls) aujourd'hui poursuivis s'imposent: sciences dures accumulant connaissances menant à innovations augmentant la productivité. La primauté accordée à cette dernière, aujourd'hui transversale, augmente rapidement. L'État en optimise des moyens (gigantisme, dirigisme...).
La propension à l'optimisation augmente sans limite, et son principal moyen est l'augmentation des rendements d'échelle par le gigantisme.
L'optimisation incite à industrialiser. L'industrie lourde progresse, créant dépendance vitale à l'État du citoyen ainsi que des grands conglomérats, en un capitalisme de connivence stabilisant l'organisation politique.
La production en grandes séries rend l'usine nécessaire, ce qui change profondément la société.
La guerre est elle aussi optimisée, elle mobilise toutes les ressources car est de plus en plus totale (gigantesque), les hommes sont au front et des femmes les remplacent, elles travaillent de moins en moins à demeure. C'est perceptible dès la Guerre de Sécession puis d'importance majeure durant la Première Guerre Mondiale, et accélère leur émancipation (autonomie financière, éclairages et revendications d'autres femmes...).
De nouvelles techniques libèrent l'individu de sexe féminin: machines la soulageant (en particulier véhicules et électroménager), planification familiale (éducation sexuelle, contraception fiable, avortement maîtrisé, obstétrique et pédiatrie améliorées...) réduisant le nombre d'enfants souhaités ou non (il est de moins en moins nécessaire de compenser une forte mortalité en bas âge) ainsi que les efforts et le temps nécessaires. Sa capacité à décider ce qu'elle fait augmente. La nécessité et l'intérêt pour elle de rester au domicile diminuent tandis que ceux de travailler à l'extérieur augmentent.
Elle dépend de moins en moins de son compagnon et de plus en plus du système technique.
L'objectif poursuivi par une part croissante des actifs échappe aux enfants. Papa et maman sont ambitieux, ils travaillent au loin, de façon mystérieuse, avec et pour des inconnus. Leur enfant n'en perçoit pas les effets directs et interagit peu avec eux. Jusqu'à récemment l'enfant-type assistait à une part de l'activité professionnelle de ses parents (agriculture, artisanat, commerce...) associés face à l'adversité, en constatait le produit (un problème résolu ou une nouvelle ressource) et était peu à peu impliqué. Il éprouvait et assimilait ainsi peu à peu des conventions fondamentales (propriété, activité utile, coopération, production, échanges commerciaux...), donnant sens au groupe comme à chacun de ses membres, tous percevant directement l'utilité de leurs efforts. Le mimétisme et l'exemplarité jouaient.
Le féminicène commence, il rend de plus en plus patent que notre société correspond surtout à des comportements plus marqués chez les femmes, piliers de notre civilisation. Un groupe isolé d'hommes laissé à lui-même ne bâtira guère et, après quelques mois, ne ressemblera pas à une quelconque société pérenne.
Témoignage d'une journaliste ayant vécu avec une famille talibane, dans la campagne Afghane.
Selon S. Fitoussi: «Chez l’être humain, l’objectif de base était : maximiser la descendance. Pendant 99% de notre histoire évolutive (l'environnement dans lequel nous avons été "entraînés"), atteindre cet objectif supposait de rester dans les bonnes grâces d'une tribu de 150 individus. Un mesa-objectif s’est donc gravé dans notre cerveau : rechercher l’approbation d’autrui. En 2026, cet objectif supplante l’objectif de base : nous cherchons l’approbation d’inconnus sur les réseaux sociaux, ce qui détourne de la construction de relations authentiques (et donc de la reproduction). Il en va de même pour d’autres mesa-objectifs, comme la recherche de stimuli sexuels (d’où la consommation de pornographie), le besoin d'explorer de nouveaux territoires pour y trouver des ressources (d’où les jeux vidéo). Nous optimisons nos actions pour assouvir nos mesa-objectifs, en ignorant l'objectif de base qui leur a donné naissance.»
En Occident la liberté de la femme n'a jamais été aussi grande: elle décide de l'utilisation de son temps et de son corps (libre circulation et capacité de procréation comprise), peut se rendre autonome et indépendante y compris financièrement... avec abondance de choix comme d'options, capacité à changer d'avis en échappant à certaines des conséquences d'un choix ou de son absence...
Cela rend plus souvent indécis, ce qui est plus frustrant qu'une limitation causée par une décision antérieure.
Ne pas disposer de (ou lutter contre) ce qui émancipe la femme tend à confiner son activité à la procréation et préserve le groupe, d'autant qu'une femme libérée peut percevoir en l'enfant son propre assujettissement.
Sur le plan de la capacité à augmenter la taille de la population c'est l'une des forces de certaines doctrines (Islam, Amish, communautés «arriérées/primitives/à faible intensité technologique»...).
Des fondamentaux sont d'ordre métaphysique: une idéologie liant statut social ou bonheur au nombre d'enfants édicte pour mission suprême de croître et multiplier. Une autre préconisant de produire, y compris des enfants afin qu'ils produisent à leur tour et pour cela d'optimiser la quête de confort... ne conduit pas au réconfort, et peu ne perçoivent ou tolèrent durablement l'absurdité naissant de l'absence de sens, d'explication, de mission absolue.
Sur le plan professionnel afin d'améliorer son autonomie et l'intérêt de son activité l'individu de sexe féminin poursuit une «meilleure» formation, donc une spécialisation, et concurrence les hommes. Dans une société patriarcale elle s'attache davantage à sciences dures et techniques afin que les progrès correspondants contrebalancent progressivement les structures de pouvoir en place, la rendant plus autonome et indépendante. Dans la civilisation occidentale elle les néglige davantage car les laisser aux hommes équilibre l'ensemble: les buts (planifier, optimiser...) correspondent à des pulsions féminines et leurs principaux moyens (sciences, techniques) sont surtout poursuivis par des hommes (en général soucieux de complaire à mère ou épouse). Un sexe féminin l'emportant sur tous les fronts serait manifestement très dominant, en un dangereux déséquilibre.
Elle souhaite un compagnon au moins aussi instruit qu'elle, donc plus son niveau d'études moyen dépasse celui des hommes, plus il lui est difficile de trouver un compagnon.
L'optimisation incite à privilégier quantitatif, court terme et moindre risque, cela ne favorise pas la procréation et fournit des moyens techniques rendant suboptimal pour l'adulte d'avoir des enfants puisqu'ils dissipent beaucoup de ressources (temps, argent...), réduisent ses options (sa liberté) et ne subviendront guère à ses besoins de vieillard. Un seul rejeton satisfaisant la pulsion de reproduction suffit, surtout dans une ville où l'excès d'humains (surpeuplement et surdensité) induit du mauvais stress (par coudoiement d'inconnus et concurrence exacerbés au point de doper criminalité, propagation de pathologies, surveillance, contraintes, pollution...).
En Chine, à Shenzhen (trente mille habitants en 1980, 7 millions en 2000, 17,5 millions en 2020, densité de population 8800 hab/km² donc 2,3 fois supérieure à celle de Paris), notre potentiel avenir est perceptible. Dans cette ville où l'âge moyen est d'environ 30 ans et où 70% de la population a moins de 40 ans, le taux de natalité s'effondre.
La Chine contemporaine montre de puissantes forces s'opposant à une rapide émancipation.
Traditionnellement l'enfant doit subvenir aux besoins de ses parents âgés, ce qui rend un fils plus avantageux puisqu'il ne s'éloigne pas d'eux car ne rejoint pas son épouse. Les parents préféraient l'éduquer, même si cela impliquait de négliger les filles.
La politique de l'enfant unique a rebattu les cartes en offrant à des filles uniques des moyens auparavant consacrés aux garçons.
Aujourd'hui environ 20 millions de femmes autonomes ayant optimisé leurs jeunes années sur le plan professionnel donc financièrement à l'aise, qualifiées de «femmes de haute qualité», ne parviennent pas à satisfaire leurs pulsions génitrices ou romantiques.
Elles ont au moins 28 ans, leurs critères de réussite sont l'autonomie et l'indépendance, et elles s'intéressent à des hommes au statut social au moins équivalent qui, quasi tous, veulent une compagne dépendante, obéissante et plus adéquate future mère donc plus jeune. L'hypergamie joue.
Seuls des hommes divorcés parfois nantis d'enfants, ruraux, pauvres ou moins bien diplômés qu'elles souhaitent les épouser, et leur culture les pousse à tenter de combler sur le plan matériel celles qu'ils convoitent, ce que le contexte rend utopique.
Les femmes de haute qualité les jugent inadéquats et leur souci constant d'optimiser leur interdit d'investir le peu de temps libre dont elles disposent afin de prospecter, ce que la culture rend de surcroît difficile (une femme tentant de rencontrer des hommes...), et quasi toutes restent seules.
Elles ont constamment planifié leur réussite professionnelle et s'y consacrèrent, puis sont surprises par la pression brutalement exercée par hormones, parents et société poussant à enfanter, par une vacuité métaphysique... d'intensités croissantes et couplées au sentiment d'urgence instillé par les risques liés chez la femme à une tardive tentative d'enfantement.
L'effet dévastateur sur la société est patent. Elles sont frustrées, de nombreux hommes restant seuls le sont aussi, et le taux de natalité décline.
Le qualificatif «haute qualité» est comme on s'en doute aigre-doux, souvent ironique, façon «de qualitay».
Des dispositions rendant l'émancipation possible pour une femme devenant mère avant 25 ans et ne restreignant pas sa quête de bonheur semblent nécessaires, mais leur seule définition est difficile.
Le patriarcat est plus rassurant car n'exige aucune qualité particulière, en particulier volonté et capacité à résister à la contrainte. Il énonce les droits et devoirs de chacun, et offre objectifs et garanties claires.
L'État de droit, fondé sur la Loi, semble pour la femme plus rassurant que le patriarcat du fondamentalisme religieux car notre régime politique, lui, vise explicitement à préserver sa liberté donc son indépendance, ne fait pas d'elle avant tout une ressource donc n'est pas à la fois gardien, protecteur et pourvoyeur (c'est le sens de qawwam), libre de rendre la femme moins libre pour son bien et réduisant son autonomie.
En France la femme la Loi offre à la femme liberté, protection et moyen de se rendre autonome en commençant par l'être financièrement grâce à son travail.
Même la rue s'affranchit trop de la Loi, on y exerce souvent impunément pressions et contraintes vidant de leur substance nombre de promesses. Pour commencer elle ne peut s'habiller ou sortir quand et comme bon lui semble et est importunée. Les institutions pertinentes sont trop défaillantes, elles ne garantissent pas suffisamment la sécurité des personnes et des biens sans laquelle aucune liberté n'est possible.
L'effet est d'autant plus catastrophique que ces défaillances pèsent aussi sur l'économie, dont le développement implique d'abord et avant tout sécurité des personnes et des biens, qui est le principal moyen de l'émancipation des femmes car elle fournit des emplois. Sur ce plan aussi it's the economy, stupid.
Augmenter la proportion de membres d'un groupe qui sont parents entre eux y renforce le tissu social, et nombre de cultures aux taux de natalité diminuant moins qu'ailleurs favorisent les mariages entre cousins, ce qui pourrait correspondre au niveau de consanguinité optimal pour la pérennité d'un groupe, tous critères considérés (d'ordre génétique, sociétaux...).
Seuls quelques sujets (handicapés, atteints de maladies rares...) en paient le prix et, si l'honneur du clan ne dépend de sa capacité à prendre soin de tous ses membres, peuvent être relégués voire tôt disparaître par négligence ou violence.
Partout, y compris en Occident, des communautés (ethniques, religieuses, certaines catégories sociales...) améliorent leurs cohésions respectives en favorisant les mariages entre leurs membres.
C'est plus qu'une vague théorie.
La doctrine régnante vise à faciliter la coopération, elle invite à nier percevoir toute incompatibilité croissante entre les valeurs et visions de concitoyens, toute hostilité croissante les opposant.
Le problème n'est plus l'ampleur du défi affronté par tous mais son absence.
Éducation et media rendent difficile, sauf pour certains des plus jeunes, de faire état de la perte de sens, du caractère factice de la solidarité obtenue par la propagande ou la contrainte.
Le culte voué à la rationalité et à l'optimisme soutenant l'optimisation est incompatible avec l'expression d'un doute légitime quant à l'avenir radieux promis par le système technique.
Un QI élevé est pour partie cause et pour partie effet d'une utilité élevée dans notre civilisation thermo-industrielle. Il est associé à l'intégration sociale (l'élite est intelligente), et vice-versa (les marginaux sont des crétins), donc ne pas mettre en cause l'organisation sociale est préféré car considéré.
L'autocensure en résultant conduit à ne pas évoquer l'affaissement du mythe fondateur fédérateur motivant poursuite d'une utopie jugée noble par tous, et à prétendre que seule une analyse rationnelle éteint la volonté de procréer (résumé: «notre revenu disponible est insuffisant»).
La primauté accordée à l'accumulation de biens nourrit encore chez certains la volonté de ne pas émietter le patrimoine par l'héritage, une préoccupation ancienne car en Europe de l'Ouest durant des siècles diviser les terres à chaque génération condamnait la famille à la déchéance économique. Un unique héritier était donc désigné (en zone de droit romain) ou bénéficiait du droit d'aînesse, et les autres devaient se marier (filles) ou partir donc, dans les grandes masses, rejoindre la ville (depuis la Révolution Industrielle souvent en tant qu'apprentis), les colonies, l'Armée ou l'Église. De ces débouchés le premier perdure mais son intérêt s'étiole car en ville promiscuité, anonymat, incapacité à façonner son environnement, crise et chômage... augmentent donc elle correspond de moins en moins aux aspirations, et le deuxième a pris la forme de l'expatriation, offrant des perspective similaires car quasi tous les expatriés rejoignent une ville.
L'autocensure invite aussi à feindre de croire à une entente réelle et stable unissant les concitoyens, à se rassurer en niant dépendre d'hostiles. De crainte de manquer on se regroupe et on se spécialise, donc on se connaît moins, la cohésion diminue, les valeurs adoptées par les deviennent étrangères aux autres, clivages et hostilité croissent, on craint de manquer... la ville devient un repoussoir.
Le niveau d'insécurité des personnes et des biens ainsi que le respect voué à l'intérêt de la communauté sont scrutés et disputés car déterminants puisqu'ils reflètent la concorde. Le faux-semblant d'une prépondérance de causes d'ordre économique ne tient pas car les membres d'un groupe même pauvre qui s'entendent et espèrent coexister durablement ne se nuisent guère entre eux.
La ville est depuis une paire de siècles le seul avenir promis à une part croissante des jeunes, et les adultes en âge de se reproduire l'apprécient de moins en moins, ce qui pourrait modérer leur volonté de procréer. Elle était le lieu privilégié de l'ascenseur social, qui ne fonctionne plus guère.
La spécialisation et le progrès technique augmentent la durée donc le coût de l'éducation de chaque enfant, rendant difficile de pourvoir aux besoins de nombreux enfants.
L'impact des innovations majeures augmente sans cesse. La spécialisation en est cause et effet, et diminue la proportion de qui maîtrise un maillon de cette chaîne, par conséquent la survie de la multitude dépend de plus en plus de techniques qu'elle comprend de moins en moins. Que puis-je faire si aucun robinet ne fournit d'eau, si l'électricité n'est plus délivrée, si les magasins sont vides... ? L'effet patent pour quasi tous de cette facette de la «honte prométhéenne» sur la dépendance ou l'exploitation des uns envers/par les autres, phénoménal et progressant vite lorsque le débat public donc la réelle concorde s'étiole, est tenu sous le boisseau.
Sous le couvert de ces dénis l’anxiété civilisationnelle augmente silencieusement.
Ce qui rend cette dissimulation possible est ce qui sous-tend le reste: notre mode de raisonnement réductionniste, effet de la spécialisation et réduisant le processus de décision à des sous-problèmes de calcul chacun confié à un mode de résolution pertinent, façon computationnalisme. Trop tenter de prévoir des difficultés et de se préparer à les aplanir condamne le nécessaire empirisme.
Il ne s'agit pas ici de condamner la rationalité et en particulier la capacité à se projeter dans l'avenir, d'importance vitale, mais de rappeler qu'une «abondance suffisante» d'objectifs s'inter-équilibrant (optimiser, ménager robustesse et résilience...) est préférable.
La présence de trop nombreux inconnus-anonymes pèse car érode l'espoir d'influer donc démobilise. Beaucoup se jugent trop souvent floués par lois et dispositions prises, le consensus devient l'exception, chaque élu représente une fraction de plus en plus faible des citoyens et la défiance envers les institutions croît.
Ces dernières perdurent de par le «drame de l'institution» évoqué. Comme résumé par J. Ousterhout: «Il est plus facile de créer un nouvel organisme que de modifier un organisme existant. La plupart des organismes sont très résistants au changement, mais lorsqu'ils meurent, de nouveaux organismes, plus performants, peuvent prendre leur place.»).
Des institutions sont aussi préservées par l'inertie, par l'espoir de pouvoir les améliorer fondé sur leurs succès passés, et par la volonté d'éviter tout conflit induite par le dirigisme. Cela enraye la destruction créatrice rendue inévitable par la loi de Gall, d'autant que beaucoup de citoyens, même non impliqués, rejettent toute proposition de suppression d'une institution visant à en recréer une version minimale: à leur sens l'existant a de la valeur (le coût irrécupérable pèse), recréer ce qui évoluera vraisemblablement en le reproduisant est inutile, les experts du domaine (bénéficiant de cet existant) préconisent de le préserver...
L'État, fait d'une bureaucratie de plus en plus omniprésente, capte sans cesse davantage de ressources et augmente son emprise. Son efficacité ainsi que la capacité de chacun à lui échapper diminuent (loi des rendements décroissants, démotivation...). C'est amplifié par toute crise économique: des électeurs exigent davantage sans renoncer aux acquis, les promesses formulées durant les élections sont de moins en moins tenues, le dirigisme se transmute en autoritarisme...
Pour les humains porteurs de traits masculins (soucieux de se défendre donc a priori défiants face à l'inconnu) tout est trop gros et va trop vite. Le mauvais stress naturellement secrété par les inconnus coudoyés tout le jour n'est plus dissipable via de l'activité physique mobilisatrice et utile, réservée aux machines. Des moyens techniques ont démultiplié les impacts des conflits, interdisant les fréquentes escarmouches servant d’exutoires auxquels la pratique sportive, même forcenée, se substitue mal, et hors du champ intellectuel peu de territoires restent à explorer ou conquérir. Leur frustration s'intensifie.
Pour l'individu de sexe féminin des occupations de plus en plus semblables à celles des mâles causent le même genre de mauvais stress menant aux mêmes dérivatifs (alcool, drogues...), d'autant que ses nouveaux objectifs (produire, donc réussir professionnellement) ne se substituent pas à sa pulsion procréatrice et rendent plus difficile de la satisfaire.
Les «fractures françaises» reflètent le souci dominant: chacun veut augmenter son patrimoine (maximiser son pouvoir d'achat dans un contexte sans déclin car porté par un homme fort et omniscient dont le courage contraint tous à tomber d'accord et à coopérer) donc optimiser, ainsi que la défiance a priori vouée à ce qui est différent.
Le mode de reproduction des humains rend les sujets masculins moins déterminants pour l'avenir du groupe, par conséquent leurs missions sont plus risquées (les environnements hostiles et peu prédictibles leur sont réservés), favorisant leurs aptitudes tactiques.
L'optimisation améliore des techniques offrant moyen de prévoir, prévenir, déléguer à une machine, soigner... donc réduit le risque, laminant le patriarcat (qui regimbe).
La proportion d'humains perturbés augmente, le taux de natalité diminue, le cloaque comportemental point. Au mieux la société en gestation sera surtout faite de vieux déments.
Une part non négligeable des humains (environ 1/3 en France) est au moins partiellement préservée d'effets pervers décrits car vit dans de petites communes rurales, moins denses et actives. Elle décline avec l'urbanisation.
L'optimisation est souhaitable voire nécessaire mais ne doit pas être poursuivie au point de nous fragiliser.
Espérer optimiser au plus vite sans limite est vain.
La taille maximale d'un groupe où des humains vivent harmonieusement est limitée. Elle est peut-être proportionnelle au nombre de Dunbar et change vraisemblablement avec le temps. Cette limite n'est ni avantageuse ni fâcheuse, mais n'en pas tenir compte est dangereux.
Dans une bonne mesure les défis du moment tiennent à la volonté d'imposer à tous des objectifs et le système social correspondant, devant beaucoup à celle d'optimiser donc de mobiliser toutes les ressources, y compris tous les humains, et pour cela d'établir la concorde par des dogmes plutôt que de la laisser émerger.
Optimiser ainsi est le principal objet de l'État-Nation contemporain, où l'uniformisation des comportements repose sur valeurs et vision communes ou bien, chez ceux qui n'y adhèrent pas, sur contrainte et tromperie, renforçant défiance et démotivation.
Planifier l'économie présuppose une évaluation uniforme (des planificateurs comme des administrés) incitant au dirigisme, et de surcroît est pour de nombreuses raisons impossible.
Le gigantisme atteint un paroxysme changeant la nature du défi (le réductionnisme et la survenance sont éclairants), l'expertise (fruit de la spécialisation) sera de plus en plus réservée à du logiciel (IA), l'anonymat et la centralisation sont endigués par les réseaux brisant l'unité de temps et de lieu jusqu'à récemment nécessaires à l'amitié, ébranlant aussi le dirigisme qui, de plus, perd de son aura après les coups de boutoir portés durant le vingtième siècle.
Du néo-tribalisme correspond à cette lecture et se développe, empruntant semble-t-il souvent à de l'écologie sociale sans couleur politique et parfois condamné en le réduisant à sa version nativiste correspondant à un schéma classique.
Des communautés même voisines peuvent connaître des organisations sociales fort différentes, étoffant les options offertes aux individus, tandis qu'objectifs et méthodes des nations les rendent de plus en plus semblables et à même de s'entendre afin d'y contraindre les individus, rendant peu utile voire risqué de voter avec ses pieds.
Les mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois (Montesquieu). Elles procèdent de l'honnêteté commune (common decency) de G. Orwell, menacée non par le capitalisme mais par des moyens d'optimiser. Du dirigisme ou autoritarisme en est l'un des moyens, pouvant mener au totalitarisme que G. Orwell détestait et est plus ou moins consciemment désiré par des citoyens se défiant les uns des autres car se jugeant menacés par la liberté d'autrui, qui est dans notre société un anonyme au mieux dépourvu de scrupule (puisque ne risquant guère sa réputation, diluée par l'anonymat) et au pis de raison (tant il diffère par ses valeurs), agressif donc dangereux.
La doctrine fédératrice est universaliste, elle condamne le relativisme moral, et la coexistence sous contrainte de valeurs incompatibles exacerbe les clivages. Cela mène certains à vouloir censurer des concitoyens, puis à se débarrasser d'eux.
Des conceptions incompatibles interdisent le pluralisme.
Laissons plutôt chaque groupe où valeurs et visions des membres sont compatibles vivre comme bon lui semble tant qu'il ne pèse pas sur un autre.
Tensions et gâchis induits par les luttes de conquête du pouvoir au sein de notre énorme société hétérogène sur de nombreux plans (y compris intrinsèques) sont ainsi transmutables en saine émulation entre groupes distincts, chacun homogène et soucieux de rendre éclatante la justesse de ses conceptions.
Le meilleur argument contre la démocratie est une conversation de cinq minutes avec l'électeur moyen (attribué à W. Churchill) n'est pas sans solution. Choisir ses concitoyens (participer à la sélection des arrivants et pouvoir partir) offre moyen d'établir la démocratie directe, de ne pas devoir déléguer la souveraineté en élisant un représentant, se perdre en Commissions détachées du réel... Tous les critères de sélection d'un membre (même les plus discutables: ethnie, lieu de naissance ou de résidence, culture donc langue ou religion...) sont possibles, aucun n'est imposé.
Dans The Human Zoo, paru en 1969, D. Morris écrit: «Même si des progrès fulgurants et inimaginables à l'heure actuelle se produisent dans les techniques de communication de masse au cours des prochaines années, ils resteront entravés par les limites biosociales de notre espèce. Nous ne sommes pas faits, comme les termites, pour devenir des membres volontaires d'une vaste communauté. Nous sommes, et serons probablement toujours, au fond, de simples animaux tribaux.»
L'humain tend à négliger ce qui le favorise (jusqu'à considérer toute faveur comme acquise) et à s'opposer fermement et durablement à ce qui l'a lésé. C'est peut-être cause ou effet de mécanisme régulateurs de comportements ci-devant évoqués. Le père de D. Morris a été tué durant la première guerre mondiale et il en a conçu haine tenace envers l'establishment. L'industrialisation de la guerre qui anéantit l’héroïsme donc l'honneur individuel sous la domination du machinisme, a pu ainsi accentuer dans la population, surtout dans les nations les plus touchées (dont la France), une durable défiance envers des institutions.
Les membres de chaque communauté librement formée selon leurs critères y cultivent des projets personnels ou communs, aux moyens et effets acceptés par tous, et chacun d'eux reste libre de la quitter s'il n'est plus satisfait, si la confiance s'émousse. Tout cela forge une expérience grâce à laquelle tous peuvent apprendre.
Ce sera difficile en France parce qu'on y espère optimiser grâce à de belles constructions théoriques préalables à l'action (on constitue un grand groupe et chacun expose ses vues quant à ce que nous pourrions faire et comment, et aux formalismes associés), on veut éviter l'empirisme de l'organisation ad hoc, à laquelle le genre humain est depuis longtemps rompu, par laquelle les membres d'un petit groupe homogène partageant un objectif changent le Monde Réel en y construisant ou améliorant quelque chose, de façon progressive et en se concertant à mesure.
Négliger cela laisse espérer optimiser en cumulant les avantages de théories diverses et s'épargner leurs inconvénients, façon «en même temps».
Même l'IA contemporaine, désincarnée, fait la part belle à l'empirisme et à l'intelligence distribuée.
C'est pourquoi une petite communauté distincte des autres offre à chacun un contexte plus adéquat que notre trop grande société, car améliore la capacité de ses membres à poursuivre leur objectif commun tout en réduisant les contraintes induites par celles de tiers.
Une communauté de ce genre sera ce que pourrait aujourd'hui être un parti politique au pouvoir disposant de moyens et ne mobilisant que des convaincus donc ne devant contraindre.
Le modeste appareil de surveillance et de répression d'un petit groupe lui rend plus difficile qu'à nos États de rendre difficile à un membre mécontent de le quitter. Une communauté où certains (puissants ou non) abusent durablement sera, elle, rapidement désertée.
Vivre en communauté n'implique pas de restaurer un mode de vie du passé ni de renoncer aux acquis, y compris d'ordre scientifique et technique.
Chaque communauté peut se déterminer, par exemple en choisissant (ou rejetant) de se fonder sur la propriété privée, de nommer un Guide Suprême, de tendre vers l'harmonie en cessant excès de tous ordres (y compris d'optimisation) négligeant le nécessaire (robustesse, bonheur...)...
L'équilibre (harmonie) a priori pertinent est celui des valeurs de caractéristiques mesurables (taille, densité, vitesse...) du système, non un mélange de méthodes, d'approches, de façons de procéder.
Des principes issus de l'oeuvre de L. Kohr sont utiles.
Juger un grand groupe dirigé par un gouvernement central particulièrement apte à se défendre, en particulier à se préserver d'une invasion, est discutable car l'Histoire montre que c'est surtout affaire de résolution et de capacités, en somme de qualités plutôt que de taille.
Afghans et Vietnamiens, entre autres, montrèrent que mêmes des appétits aiguisés de superpuissances ne peuvent imposer à un groupe plus faible sachant en rendre la satisfaction trop coûteuse.
D'autre part une petite proie ne rapporte guère, surtout si de nombreux voisins souhaitant la paix s'opposent à toute agression en établissant des pactes de défense.
Il faut pour cela y rester prêt, donc s'entraîner, ce qui justifierait des combats ritualisés (intra- et inter-groupes) aussi réalistes que possible par ailleurs rendus nécessaires par des pulsions masculines. Des entraînements réalistes («manœuvres») révéleraient des aménagements gênants pour un agresseur.
On peut juger le bruit de fond de fréquents conflits entre petits groupes, que nombre d'autres tentent d'éteindre, préférable aux cataclysmes même relativement rares des guerres mondiales.
Une intelligence artificielle mise au service de l'optimisation et décidant de tout (éduquant, poliçant, jugeant...) réduirait la maîtrise de chaque groupe humain de son environnement et la diversité de leurs conceptions, donc la robustesse du groupe, sa capacité à survivre à tout effet d'une panne ou mauvaise décision.
Trop lui confier augmente le risque lié à l'excès de dirigisme, d'autant que toute IA est oeuvre humaine, ce qui rend difficile d'en garantir neutralité et objectivité.
Le premier obstacle à la création de communautés chacune homogène sur le plan des valeurs et de la vision est la volonté de ne pas oublier des tensions passées (guerres, massacres, colonisation, esclavage...), comme résumé durant la conférence «Qu'est-ce qu'une nation?» d'E. Renan.
L'oubli est réaliste car l'écheveau des responsabilités indémêlable et les coupables depuis longtemps morts. Cultiver ces souvenirs (quasi tous parcellaires ou distordus) ne nourrit qu'une vendetta, certes historiquement utile car alors régulatrice mais rendue obsolète par l'adoption du principe de non-agression.
Le deuxième obstacle est la résistance d'un État-Nation à toute réduction de ses prérogatives ou moyens.
Des dirigeants attribuent la volonté de réformer les institutions à l'arbitraire, alors qu'il naît souvent d'une hostilité à des effets de l'optimisation excessive. Ils posent abusivement l'État-Nation en tant que seule fin acceptable, ou seul moyen pertinent.
Le facteur de tension majeur oppose, d'une part, le droit des peuples (ici un groupe de personnes souhaitant vivre ensemble) à disposer d'eux mêmes à, d'autre part, l’intégrité territoriale des États souverains, en une double contrainte. La volonté d'optimiser de tous (privilégiant mobilisation de vastes ressources donc territoires et populations) conjuguée à l'appétit de pouvoir de certains conforte un dirigisme centralisé jaloux de cette intégrité.
En démocratie convaincre la majorité de nos concitoyens de laisser ceux qui le souhaitent créer ces communautés lèverait cette contrainte d'intégrité territoriale puisque l'État sert les citoyens et qu'ils définissent son territoire, par conséquent ce respect n'est opposable qu'à des tiers. C'est n'est pas aussi utopique que chanté par des media.
Pour cela prêcher d'exemple donc constituer une première communauté est pertinent.
Le cas-type est celui du Free State Project, aux États-Unis, rassemblant des libertariens afin d'atteindre une masse critique suffisante pour influencer les lois, réduire les dépenses publiques et créer une société fondée sur le volontariat.
C'est difficile car mène à un fait accompli menaçant l'intégrité évoquée, bien perçu comme tel par le gouvernement.
En France forger une nouvelle Constitution préservant l'État ainsi que le statut de nation tout en établissant absolu et strict respect du principe de subsidiarité pourrait suffire.
Substituant des robots aux humains afin d'obtenir le nécessaire (nourriture...) en s'affranchissant de travaux pénibles est l'une des grandes craintes du moment car rend les uns dépendants des autres. Ce n'est dangereux que si cela devient obligatoire, par exemple indirectement de par l'interdiction de certaines activités (cultiver son potager...), or c'est l'état des choses préparé par normes et règlements encadrant en restreignant ces activités, dont une bonne part est dictée par des lobbies d'industriels tentant ainsi d'asphyxier de petits concurrents ne pouvant investir suffisamment donc jouant moins des économies d'échelle. Même sans aucun complot visant à inféoder, c'est le contexte que préparent ces discrètes distorsions du marché aujourd'hui tolérées. Le strict respect du principe de subsidiarité, donc d'économies d'échelle préservant la robustesse, ménagerait toutes les parties.
Des communautés pourront décider de coopérer, par exemple en projets d'infrastructure proposés par l'État, toutefois (contrairement à l'Union Européenne en place) aucune convention n'en contraindra, par exemple à obéir à une disposition même adoptée par une majorité d'autres.
Puis définir une première version de règles, que les communautés s'engageront à respecter et à faire respecter, épargnera féodalisme ou impérialisme. Elles édicteraient par exemple que chaque communauté est organisée comme ses membres le définissent, accorde à chacun d'eux droit et possibilité de le quitter, et interagit avec toute autre communauté en respectant le PNA.
La répartition des ressources existantes (territoires, infrastructures...) entre communautés est l'obstacle suivant. Cela définirait une première version des dispositions visant à prévenir ou à résoudre les conflits inter-communautaires, et à coopérer avec la zone non communautaire donc gérée comme aujourd'hui par l'État.
Dans un groupe s'abîmant en un Clochermerle les plus contraints peuvent plus facilement partir afin de rejoindre leurs semblables.
Des techniques nourrissent des améliorations de notre mode de vie... dont certaines causèrent les défis du moment (climat, biodiversité...).
La solution d'aujourd'hui peut devenir un problème. Les combustibles fossiles, par exemple, dynamisèrent la Révolution Industrielle et sont à présent moins enthousiasmants. Rares sont les innovations adoptées dépourvues d'effet indésirable, et l'essentiel des exceptions pourrait ne pas le rester.
Dans cette veine on prête à Lao-Tseu «Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage».
Notre civilisation est avant tout soucieuse de productivité, donc de rendement à court terme certain. Cela rend une solution d'autant plus adéquate qu'elle est à coup sûr à court terme la moins coûteuse en ressources (temps, matière, énergie... mesurés par l'argent).
La probabilité que le coût total (tous impacts inclus, y compris effets indésirables) à terme d'une solution de ce genre soit très supérieur à celui d'une solution plus adéquate (mais d'emblée plus coûteuse) augmente avec la complexité du système considéré.
Tout nous pousse à laisser perdurer partout ce qui ne devrait être que de rares expédients provisoires. Il s'agit en particulier de ne pas «perdre de temps» à tenter de prévoir, à réformer un composant douteux... Nous croyons nous hâter et nous nous précipitons.
La présomption nuit, en jargon de développeur de logiciel: l'excès de YAGNI secrète et renforce les kludges.
L'interdépendance entre systèmes amplifie le défi car si les experts d'un domaine reconnaissent justifié voire nécessaire de le reconcevoir et reconstruire, ils savent aussi que c'est impossible car d'autres domaines en dépendent. Nous ne pouvons remettre d'aplomb faute de pouvoir tout arrêter temporairement. C'est démotivant car chacun prend conscience du gâchis de ressources colossal et persistant ainsi induit, et cela nourrit la destruction créatrice.
Le technosolutionnisme s'auto-alimente en secrétant aujourd'hui la solution qui sera demain le problème qu'il devra résoudre.
Sa version «absolutiste» prônée par certains est absurde car la science néglige ce qui n'est pas mesurable afin d'éclairer «comment» l'Univers fonctionne et ne peut, seule, déterminer «comment» conduire la Cité. Aucun scientifique n'en appelle à un pur technosolutionisme, en résumé au gouvernement par le seul consensus scientifique impliquant parfaites connaissances et complet déterminisme, et moins encore au retour à l'«âge des cavernes».
Il s'agit de trouver un équilibre: ni trop (quantité, vitesse...), ni trop peu, d'appréciation pour bonne part subjective donc sur lequel on peine à trouver un consensus. Quelle dose de technosolutionnisme produira davantage de solutions que de nouveaux défis?
Le technosolutionnisme est parfois donné pour moyen de produire sans cesse davantage de valeur, faisant de l'économie un jeu à somme non nulle, un gâteau grossissant en permanence.
C'est négliger qu'une part de la valeur est celle de biens satisfaisant les besoins fondamentaux (boire, se nourrir, se préserver du chaud et du froid, se défendre...).
Cette nuance est déterminante: «Un bien est une chose utilisable pour combler un besoin fondamental ou un désir.»).
Nous pouvons reporter autant que voulu la satisfaction d'un désir, par exemple jusqu'à ce que l'économie nous en fournisse le moyen. Nous ne pouvons indéfiniment reporter la satisfaction d'un besoin.
Or quasiment tous les biens satisfaisant un besoin sont rivaux («la consommation par l'un diminue la quantité disponible pour les autres»).
À court terme l'économie de ces biens fondamentaux peut être un jeu à somme nulle aux enjeux colossaux: si, durant un laps de temps donné (une «partie»), il n'y a pas assez à manger pour tous, alors ce que mange l'un n'est plus disponible pour l'autre, donc à échéance (fin de partie, par exemple si l'autre meurt de faim) il s'agissait bien d'un jeu à somme nulle.
La valeur totale est infinie à un horizon de temps infini, mais ce gâteau n'est pas comestible.
Même l'augmentation de la valeur totale (qualité, quantité) de biens améliorant (rendements, qualité...) ce qui produit un bien fondamental n'est pas pertinente, faute d'être certaine.
On met ainsi au point puis utilise, par exemple, fertilisants, pesticides, tracteurs... et les rendements agricoles augmentent. Aucun moyen n'augmente infiniment le gâteau, ne serait-ce qu'à cause de la loi des rendements décroissants.
De plus non seulement rien ne garantit que les effets d'innovations seront toujours suffisants, mais certains d'entre eux deviennent des embarras, rendant fragile la préconception sur laquelle repose le technosolutionnisme.
Une création de valeur immatérielle infinie est possible, et cela détermine la concurrence dans le marché correspondant. S'il s'agit de diffuser un ensemble d'idées donné leurs producteurs et diffuseurs ne sont pas en concurrence car collaborent puisque leur objectif est d'augmenter la «valeur» accordée par le public à cet ensemble.
Dans ce marché des idées le «client» ne «paie» guère qu'en renonçant à une idée en faveur d'une autre, en fonction de leurs valeurs respectives à ses yeux. C'est similaire à l'approche consistant à «voter avec son argent», à ceci près que l'«argent» est ici surtout du «temps de cerveau» délibérément accordé (par ceux qui forgent les idées ou les diffusent, et leur audience). C'est le seul facteur limitant cette diffusion donc le coût marginal est très faible, souvent quasi nul, c'est par exemple celui des maigres ressources utilisés (stylo, papier, ordinateur...).
C'est pourquoi le gâteau du marché des idées n'est pas limité. D'autant qu'il n'existe que tant que des besoins fondamentaux sont satisfaits car à défaut l'humanité disparaît et ce marché avec elle.
La transposition de ce constat aux biens fondamentaux, d'une autre nature, reste à étayer.
Le facteur déterminant est la capacité à augmenter suffisamment cette création de valeur fondamentale pour qu'elle compense celle de la population. En somme la valeur(!) de la théorie de Malthus perdure, seul son pronostic était faux.
Même l'option «conquête de l'espace», laissant supposer qu'un Univers infini supprimera cette rivalité, est douteuse sans certitude quant au fait que son bilan serait positif, que les ressources pour cela investies seront constamment et à temps justifiées.
L'issue plus réaliste est suggérée, entre autres, par des descriptions d'activités de cavaliers proposées dans la Bible.
À ce titre l'effondrement démographique en cours, l'un des ajustements pouvant nous épargner un crash malthusien, est une bénédiction.
Une incohérence patente veut que l'on condamne la théorie malthusienne en y lisant une vaine crainte de la rareté alors que cette crainte même est l'un des principaux moteurs de l'activité humaine, secrétant volonté de produire, d'accumuler.
La démographie est le facteur déterminant du conflit opposant le patriarcat, adhérant quasi exclusivement à la volonté de dominer la Terre, au scientifico-technique, qui maximise pour cela des moyens développant l'économie.
Apparemment le patriarcat l'emportera:
Toutefois les dogmes enrayent mal la quête de confort matériel, dont des moyens sont quasi partout adoptés, réduisant le taux de fertilité.
La «fertilité» du système technique est... d'ordre technique: ses enfants seront sans cesse davantage des robots.
Plus un robot est spécialisé, plus il est optimal pour sa mission, de périmètre restreint... et moins il est polyvalent. C'est pourquoi le robot est de plus en plus humanoïde: ce n'est pas optimal pour une mission donnée, quelle quelle soit, toutefois il peut utiliser des objets (machines, véhicules, outils...) conçus pour l'humain.
Cela lui ouvre de nombreux domaines d'application donc de marchés prometteurs tels que robot-soldat (armes, véhicules militaires, casernes... sont conçus pour des humains), robot assistant à demeure le vieillard dépendant qui sera vite le type d'humain majoritaire...
De plus il peut être spécialisé, même temporairement, par exemple en substituant un outil à sa main, et surtout peut être produit en plus grande série que le seraient de nombreux modèles chacun spécialisé.
Il est endurant, mais pour le moment peu robuste et résilient, peu capable de fonctionner dans un environnement hostile donc tôt ou tard en mode dégradé, or nombre d'applications rendent cela nécessaire (robot-soldat en tête). De plus les intentions de certains humains à son endroit pourraient lui créer cet environnement hostile, car le beau-robot-qui-va-chercher-de-l'eau aujourd'hui vanté par la publicité ne reflète pas une grande part de la discrète R&D en cours, vraisemblablement nettement mieux illustrée par certaines oeuvres de science-fiction où un bourreau-bot-à-fusil-d'assaut «traite» des humains récalcitrants.
Lorsque ceci deviendra patent l'industrie mettra vraisemblablement en scène le héros-robot en tant que moyen résoudre des conflits en opposant des armées ne mobilisant aucun humain. Cela présuppose que tous les membres de la partie perdante se contentent de l'issue du combat, qu'il n'y aura plus aucun «résistant» ou «terroriste». C'est utopique car la guerre asymétrique perdurera et le robot sera aussi chargé de réprimer des actions humaines hors d'une guerre déclarée.
Par un étrange repli du sort les humains combattant des robots aujourd'hui admirés dans les oeuvres de fiction seront vraisemblablement djihadistes et assimilés.
En définitive les forces en présence dépendront de l'intensité de la pénétration, au sein de chaque camp, des fondations de l'autre: patriarcat et système technique.
Pour les futurs adversaires du robot se tenir informé des caractéristiques relatives à ses robustesse et résilience pourrait être déterminant. Les autres continueront d'épauler par tous les moyens l'émancipation de la femme.
La primauté voire l'exclusive accordée à l'optimisation est le sous-jacent, et comme tout excès secrète ce qui l'abattra.
K. Marx négligea que, hors fous ou sages, l'humain est inquiet du lendemain donc veut disposer de ressources et par conséquent soutiendra le système productiviste lui semblant le plus optimisé. Historiquement la concurrence régnant sur un marché l'emporte à ce titre sur la planification.
D'autre part K. Marx croyait les tensions (lutte des classes) secrétées par le capitalisme alors qu'elles doivent tout aux principaux moyens servant le souci d'augmenter la productivité: gigantisme, spécialisation, anonymat, dirigisme, centralisation...
Le système soviétique, très productiviste, connaissait selon M. Djilas les mêmes tensions, opposant en particulier la Nomenklatura aux autres. Elles sourdent de ces moyens d'optimiser, chers aux doctrines aujourd'hui dominantes (capitalisme, collectivisme...).
Plus fondamentalement menacer le droit de propriété ne convainc pas durablement l'humain-type qui souhaite améliorer son patrimoine. Menacer ainsi est difficile à concilier avec le productivisme.
De surcroît des travailleurs saisissent que l'entrepreneur et ses acolytes (investisseurs...) prennent des risques durant création et fonctionnement d'une entreprise, même dans le cas d'une société coopérative et participative, et nul humain n'aime menacer son rassurant patrimoine donc son confort voire sa survie.
Selon la perspective marxiste «seul le travail crée la richesse, le capital ne fait que multiplier la productivité du travail».
Le terme travail connaît de nombreux sens, seul certains présupposent/impliquent que sont produit est utile. K. Marx utilisait sauf erreur les termes Arbeitskraft ou Arbeitsvermögen, qui signifient force de travail et capacité de travail (capacité à travailler) que le travailleur loue à son patron (le grand patron étant choisi par les actionnaires, ils déterminent les axes des actions dans l'entreprise). L'utilité provient de l'utilisation de cette force/capacité par les patrons (actionnaires et dirigeants), donc de leurs conceptions et directives.
Les mécanismes d'allocation du capital («décider où investir les ressources pour qu'elles produisent le maximum») reposent sur de l'optimisation, et la transposition est claire: le capital est, surtout via le machinisme, fournit un type de force de travail dont l'entrepreneur optimise l'efficacité.
Sur ce plan le mode d'évaluation marxiste des apports respectifs du travailleur et de son patron est similaire à celui qui, aujourd'hui, mène le monde de l'entreprise à constater que «L'idée ne vaut rien, seule l'exécution compte» ("Execution is everything", "Ideas are easy, execution is hard"...), et la primauté (dangereusement) de plus en plus accordée à l'optimisation donc à l'efficacité productive accélère cette convergence car une idée, seule, ne produira rien tandis qu'une force de travail appliquée livrera tôt ou tard quelque chose d'utile (même dans le pire cas, donc sans aucune considération pour objectifs ou moyens, de par le paradoxe du singe savant).
Un travailleur (un «profil», une «compétence») donné offre à l'entreprise moyen d'obtenir un produit plus «efficacement», d'optimiser.
Cela établit une hiérarchie: du spécialiste pointu permettant d'obtenir le produit (sans lui ce serait impossible, il est l'optimiseur absolu puisque sans lui la productivité est nulle) au manoeuvre (améliorant la productivité).
La «valeur» d'un travailleur est déterminée par sa position dans cette hiérarchie et à celle que prête le marché au produit (adéquation).
On peut l'estimer en divisant adéquation par rareté à ces deux titres: plus un produit est jugé «adéquat» (la demande pour lui est forte) et est «rare» (l'offre est constamment inférieure à la demande) plus sa valeur augmente, et ceci évalue aussi un travailleur.
Dans une économie planifiée l'autorité centrale (Gosplan) tente de réduire ces raretés en déterminant investissements ainsi que:
formations
En URSS (comme dans le Cambodge des Khmers Rouges, en Chine maoïste et Albanie communiste...) les autorités pesaient lourdement afin d'orienter les jeunes vers les métiers jugés nécessaires. C'est aujourd'hui encore le cas en Corée du Nord,
salaires
En URSS le développement de l'industrie lourde, aux fondamentaux maîtrisés, était prioritaire donc un médecin ou un ingénieur ne gagnait guère plus qu'un ouvrier, et un mineur gagnait bien davantage. En ces temps Tchécoslovaquie, Bulgarie, Roumanie, Albanie, Corée du Nord, Cuba... procédaient de même.
Le Gosplan ajuste tout cela en fonction de ses prévisions quant aux besoins futurs, sans disposer de certaines connaissances nécessaires et, pis, en tenant compte de données fausses fournies par des exécutants soucieux de ne pas être punis lorsqu'ils produisaient trop peu.
Le Gosplan commande tout, il monopolise l'initiative, et rien ne limite ses errements puisqu'il apprécie seul l'effet de ses décisions, est juge et partie, n'a pas de concurrent. Ce déséquilibre le condamne.
Il tient tant que l'économie repose sur un secteur primaire en développement, donc que l'inertie du système (agriculture, industrie lourde...) compense les erreurs induites par l'excès de centralisation dirigiste, et que la vérification de l'adéquation du produit sur le plan qualitatif est facile.
Lorsque quasi tous les actifs sont cultivateurs ou bien mineurs de fond, et peu outillés, la compétence de chacun et l'adéquation des produits sont faciles à établir, donc mesurer la seule productivité suffit.
Le stakhanovisme en résultant est d'autant plus dangereux que le contexte devient plus technique, complexe, donc que l'exécutant doit tenir compte de critères d'ordre qualitatif et prendre des décisions.
Le Gosplan réduit sa propre exposition en teintant la science afin qu'elle semble soutenir sa doctrine mais cela réduit son efficacité, en un autre redoutable déséquilibre.
La population compense elle aussi des erreurs de planification en restaurant les conditions d'un marché (dit «noir»), dûment régi par l'offre et la demande. La concurrence ainsi établie préserve le Gosplan mais l'expose à une comparaison qui lui est défavorable.
La technicisation condamne elle aussi le Gosplan car grâce à elle un travailleur plus compétent produit davantage de valeur. Elle rend l'adéquation du travailleur comme du produit plus volatile, dépendante du contexte et des intentions, en somme plus difficile à déterminer et à prévoir. Elle décentralise la compétence nécessaire, condamnant le Gosplan en lui interdisant de se réserver l'initiative.
C'est peut-être aussi ce qui condamne le modèle collectiviste par lequel un ensemble défini d'idées déterminerait le comportement de tous faute pour chacun de pouvoir prendre une initiative pour, par exemple, favoriser les siens.
La technicisation offre au capitalisme un équilibre en spécialisant les travailleurs, ce qui augmente la rareté de chacun et la concurrence au sein d'une même spécialité tout en la réduisant entre elles, et en l'importance relative du capital car elle augmente le rendement donc la valeur d'un travail adéquat. Elle instaure sur tous les plans (travailleurs, patrons, entreprises, produits...) une concurrence saine car améliorant en créant facteur de motivation (sans laquelle même les meilleurs talents restent sans effet) et en opérant une sélection (sans laquelle le pire perdure).
Le progrès technique laisse supposer que des idées changent le monde en le rendant meilleur, plus adéquat pour l'humain, et sous-tend l'utopie de l'approche visant à changer les mentalités (et par conséquent les comportements) par décret ou tricherie (propagande/endoctrinement, contrainte, flou entretenu quant aux valeurs et visions afin d'éteindre un doute...), fragiles expédients dans un environnement techniquement riche où un travailleur compétent doit être pourvu de l'esprit critique nécessaire à l'hypothético-déductif.
C'est en particulier l'effet «coup de génie», optimisation maximale au rendement colossal, un bidouillage au mieux réalisable sans effort ni coût et à fort effet de levier, tel que celui d'Humphrey Potter sur la machine de Newcomen. Même le génie prêté à l'origine d'un progrès, enflant l'importance relative de l'apport de l'innovateur, est discutable car beaucoup de découvertes doivent tout au hasard, que l'optimisation tente d'écarter de façon dangereuse si excessive.
La technicisation a conduit à la «dématérialisation» qui augmente l'effet des compétences et réduit celui les moyens physiques (donc le capital) nécessaires à la création de valeur, laissant jusqu'à l'isolé endossant tous les rôles (actionnaire, patron, travailleur) et investissant peu (cas-type en ce moment: un ordinateur et une connexion à l'Internet) obtenir une compétence voire, si combinée avec l'effet «coup de génie», un produit (cas-type en ce moment: un logiciel) de grande valeur.
La concurrence entre travailleurs au sein d'une même spécialité instaure elle-même une compensation salvatrice car réduisant le risque d'excès (en particulier par adoption trop rapidement généralisée d'un concept s'avérant dangereux): la valeur d'un professionnel tient à la rareté de sa compétence qu'il n'a donc pas intérêt à voir rapidement diffusée, appliquée massivement (surtout par d'autres que lui). Cela instille une sorte de prudence, de précaution, qui participe à la préservation de l'espoir ménageant le système en place.
Certains préconisent de gérer les domaines stratégiques (ou vitaux, indispensables, relevant d'un bien commun) par de la planification centralisée dirigiste.
Les raisons de préférer cela aux mécanismes d'un marché sont mal définies et peu consensuelles.
Les interdépendances interdisent de déterminer ce qui est ou non stratégique. Si la défense est d'ordre stratégique, par exemple, alors tout ce dont dépend l'armée l'est, donc quasiment tout l'est.
Les critères parfois proposés («est d'ordre stratégique ce qui relève d'un horizon long, d'externalités majeures, de dépendances critiques, d'un risque systémique») ne font que déplacer le défi vers la nécessité de définir «long, majeur, critique...», et leur mode de composition: lesquels sont joints par l'opérateur OU, par OU BIEN, par ET?
Donc rien n'est d'ordre stratégique ou bien quasiment tout (hors ballons de plage, et encore) l'est et par conséquent l'économie doit être complètement ou bien pas du tout planifiée.
Juger préférable de chercher un «équilibre de systèmes» relève du sophisme du juste milieu. Même dans le cas contemporain semblant en relever, la Chine, le gouvernement fédère et épaule (plutôt que dirige) le privé.
Avant l'Empire Romain, et dans nombre de cas après, quasi tous les empires consistaient en territoires conquis et soumis à tribut auquel le conquérant imposait parfois une règle (religion), mais pas grand'chose de plus. Des conquérants étaient ainsi parfois assimilés, culturellement conquis, la sinisation des khans mongols de la dynastie Yuan illustrant bien cela.
Les armées des régimes féodaux étaient surtout occupées à s'affronter entre elles afin de conquérir ou défendre, plutôt qu'à contraindre les serfs (les ressources de la police étaient très inférieures à celle de l'armée), avec un effet majeur pour le commun: la capacité à désobéir, à échapper au fisc, à déménager «à la cloche de bois» pour rallier un autre domaine féodal ou une zone sans pouvoir seigneurial fort (les «marches»). Cette capacité, comme d'autres, s'amenuise avec la taille de l'Empire et les moyens techniques (facilitant surveillance et répression, y compris via des accords entre Empires voisins).
Dans les grandes lignes le conquérant se contentait d'exploiter l'existant.
L'Empire romain, tout au contraire, assimile afin d'optimiser (en uniformisant, établissant concorde, fédérant les efforts, ménageant la paix...).
Quasi chaque composante de l'impérialisme romain a au moins un précédent, car il étend les approches de l'Empire achéménide (Perse) donc déploiement, par un effort aussi uniforme que possible, de réseau routier, police locale, fiscalité, monnaie... sur fond d'apports de techniques (irrigation, agronomie...). L'Empire Romain emprunte aussi beaucoup au néo-assyrien sur le plan de la spécialisation, à celui d'Alexandre le Grand et aux hellénistiques quant à urbanisation (nourrie, déjà, d'exode rural), assimilation...
Chacun de ces moyens en sert au moins un autre, le tout formant un faisceau développant de plus en plus vite l'économie dans quasi tout l'Empire.
L'Empire Romain marque une nette évolution en conjuguant et étendant des principes sur lesquels reposaient d'autres empires. Ces principes modifient l'économie des conquis beaucoup plus que l'effet des ressources distraites. L'effort impérial dépasse la conquête et la défense et porte de plus en plus sur l'optimisation des ressources productives (territoires, infrastructures, populations...).
Tout cela précède de beaucoup le capitalisme, car le productivisme est la motivation dominante en quasi permanence.
Marché et capitalisme doivent beaucoup plus à la maximisation des économies d'échelle poursuivie par des bureaucrates qu'à des efforts de puissants visant à exploiter le peuple.
Le capitalisme ne créée par le marché, tout au contraire ce dernier secrète le capitalisme.
Il n'est pas un instrument de domination ayant succédé au féodalisme car aucun d'eux n'est le fruit d'efforts de domination (surtout concertés), ils s'imposent par une sorte de pression de sélection favorisant l'efficacité des efforts humains, certes au détriment d'autres objectifs pourtant nécessaires (robustesse, résilience...) beaucoup mieux honorés par des économies fondées sur les échanges et la solidarité spontanée.
La spécialisation progresse car est facteur d'efficacité: les échanges à longue distance augmentent, celle de la solidarité spontanée diminue, donc la monnaie et par conséquent le marché s'y substituent d'autant plus imparfaitement que complètement.
Ce n'est pas le fait d'un effort concerté et ne naît pas en un lieu et moment donné (par exemple l'Angleterre du XVIe siècle), et réduit progressivement l'importance relative dans la vie quotidienne de la communauté, du droit coutumier, de la solidarité spontanée donc locale...
Le capitalisme de connivence en est une forme excessive, résultant de cartels optimisant leurs affaires en détournant des responsables politiques de leurs missions afin d'étouffer la libre concurrence, d'autant plus néfaste que l'autorité ainsi détournée est d'ampleur et porte sur un vaste territoire, favorisant des passagers clandestins, distordant des signaux...
Distinguer une connaissance totalement nouvelle d'une autre qui est une combinaison de connaissances pré-existantes est difficile parce que le seul moyen connu en est exploration exhaustive des combinaisons possibles de ces dernières par toutes les méthodes possibles, livrant parfaite connaissance des connaissances, et par conséquent de toute «métaconnaissance» possible.
Le préfixe méta est commun aux tenants et aboutissants: un métamodèle éclaire les métaconnaissances, et la métaprogrammation opérée par un logiciel développant du logiciel nous semble moyen de «découvrir du nouveau».
Nous ne poursuivons un objectif que si nous jugeons utile de l'atteindre et, durant cet effort, optimisons en évaluant constamment notre façon de procéder afin, si elle semble peu efficace donc utile, d'en adopter une autre (par des heuristiques de jugement...).
Un logiciel (tel qu'un LLM) peut ne pas tenir compte de l'utilité perçue, poursuivant ainsi un objectif mal défini ou explorant systématiquement toutes les connaissances et voies potentiellement fructueuses, même d'emblée peu prometteuses mais dont certaines peuvent déboucher sur une excellente découverte.
Des connaissances éparses et de nombreux moyens de les combiner peuvent d'autant plus produire ainsi un résultat (utile, neuf et surprenant) qu'elles sont systématiquement explorées.
En l'espèce une puissance (mémorisation et traitement) gigantesque, donc le pan quantitatif, est déterminante car réduit le risque d'impact fâcheux de l'optimisation, fruit de la recherche opérationnelle, le plus simple cas-type étant du retour sur trace.
Le fait que le résultat existait auparavant, de façon latente et n'est pas vraiment neuf n'y change rien. Pas plus que sa nature, qui peut être un contre-exemple invalidant une conjecture plutôt qu'une démonstration radicalement nouvelle mais n'en est pas moins utile.
Espérer obtenir du radicalement neuf en créant un nouveau moyen semble vain car quelle sorte de matière, d'énergie ou de temps dont les composantes n'existent pas déjà pouvons-nous créer?
En obtenir passe plus sûrement par un but complètement nouveau, ce que ne garantit qu'une exploration dépourvue d'objectif appliqué (circonscrit), et par conséquent par une action menée sans effet escompté et sans écarter de piste.
C'est étouffé par notre volonté même d'optimiser, d'obtenir un résultat prédéfini et mesurable ainsi que de ne pas dissiper de ressource sans objectif.
C'est étrange car nos progrès doivent quasiment tout aux sciences fondamentales, dépourvues d'objectif appliqué et dont le principal sinon seul facteur de motivation est la curiosité.
Une part des découvertes correspondantes, ou de leur mode d'utilisation ultérieurement défini, est le fruit du hasard, ce qui illustre l'inanité de la croyance selon laquelle l'utilité naît toujours d'une intention, d'un objectif prédéfini.
Optimiser notre quête de théories utiles rend plus difficile d'obtenir certaines d'entre elles.
Le GNU superoptimizer illustre certains aspects de la quête d'optimisation.
Il donna satisfaction en optimisant, puis la dilatation des objectifs (longueur de la séquence à optimiser) et moyens: jeux d'instructions, modes d'adressage, architectures multi-pipelines et superscalaires précalculant... a rendu le calcul du coût d'optimisation d'une séquence d'instructions trop... coûteux!
Son évolution repose sur du SMT (Satisfiability Modulo Theories) qui orchestre l'exploration donc... optimise l'optimisation.
Lui-même est optimisé grâce à OMT (Optimization Modulo Theories), et ainsi de suite...
La métaprogrammation est ici confinée au strictement quantitatif, et la démarche, au lieu d'ouvrir le champ, simplifie en négligeant ou ôtant des pans de l'objectif ou des moyens disponibles. Espérer créer du résolument neuf grâce à ce genre d'approche semble ambitieux.
La volonté d'optimiser (vitesse, rentabilité...) domine le secteur de l'édition, et des effets d'ordre quantitatif distordent des critères qualitatifs.
Les critères de choix des prospects varient, toutefoisles habituels critères «peu cher» et «récent» dominent.
Un ouvrage de qualité exige beaucoup de travail (auteur, éditeur compétent donc bien payé...) et ce d'autant plus qu'il est de qualité donc précis, univoque, complet et concis.
Le livre en résultant ne semble guère épais, rapporté au sujet et périmètre, donc semble cher: son ratio (nombre de pages / €) est très inférieur à celui des autres produits équivalents.
Si c'est un ouvrage de divertissement il ne distraira pas longtemps et si ce n'est pas cas, longuement mis au point, il ne peut coller à l'actualité donc traite vraisemblablement d'un sujet jugé rebattu, est obsolète, ou au mieux paraîtra après des titres concurrents, ce qui est catastrophique car les libraires l'exposeront moins.
Le total des postes de coût les plus déterminants d'un exemplaire (mise au point du manuscrit, impression et promotion) est inversement proportionnel au nombre de pages et aussi d'exemplaires (rendement d'échelle...).
C'est d'autant plus vrai que stocker quelques mois puis détruire (pilonnage) les invendus coûte peu tandis que conserver un stock durant des années afin de vendre peu d'exemplaires chaque mois est coûteux.
Le détail est bien exposé dans l'article WP «Longue traîne».
Pour être rentable mieux vaut toujours proposer autant de titres que possible car les attentes du public sont difficiles à prévoir et volatiles. De surcroît explorer un thème ou un mode d'expression radicalement nouveau est coûteux, interdit d'espérer voir constamment de nombreux manuscrits soumis, et rarement d'emblée apprécié par le public donc commercialement dangereux. Mieux vaut «ronronner» en «ratissant large».
C'est pourquoi il est extrêmement difficile de rentabiliser la qualité ou la nouveauté, donc nombre de maisons se contentent de la sélection de manuscrits assurée par un comité de lecture peu coûteux, puis d'une édition minimale: syntaxe et orthographe, à présent pour le plus gros assurée par du logiciel. Chacun recèle de nombreuses pages dont elles impriment beaucoup plus d'exemplaires que de ventes vraisemblables.
La conjugaison de l'industrialisation résultant de la volonté d'optimiser et d'incertitudes (réels besoins et attentes du public) érode la qualité car dégrade la nature du «projet» sous-jacent (diffuser de l'information, de la connaissance).
Cela conduit à des arbitrages solides sur le plan économique (bâcler et gâcher est plus rentable) mais pernicieux et démotivants.
Chaque mois: 10 titres publiés, chacun comptant 500 pages et dont 50000 exemplaires sont imprimés. L'impression de chacun coûte environ 1,5€ et il est proposé au prix de 20€. Même dans le pire des cas (s'il faut tous les détruire), les transporter et pilonner coûte environ 5000€. Dans le meilleur le chiffre d'affaires est de 10 million d'€ donc 9,25 restent après impression. Si seulement 10% des exemplaires sont vendus 2 millions d'€ sont encaissés et 1,9 restent après impression.
Chaque mois: 1 titre publié, au contenu peaufiné au coût équivalent à celui exigé par l'approche Cataracte, comptant 150 pages et dont 5000 exemplaires sont imprimés, l'impression de chacun coûte environ 1,5€ et il est proposé au prix de 15€. Même dans le meilleur des cas le chiffre d'affaires est de 75000 € après quelques années dont 65000€ restent après impression et stockage, le seul gain d'importance potentiel reposant sur le déclenchement, face à un succès commercial (de moins en moins probable), de l'impression d'un grand nombre d'exemplaires et leur vente.
(Merci à X. Cazin, qui a voici longtemps clairement exposé ces mécanismes).
Pour optimiser au mieux il faut bien prévoir les effets de chaque potentielle décision.
C'est pourquoi vouloir avant tout optimiser conduit à chercher les théories offrant moyen de mieux prévoir: dans le détail et la plupart des cas, toutes exceptions décrites, à long terme...
Cela renforce un pur conséquentialisme interdisant tout principe absolu (valeur civilisationnelle fondamentale), puisqu'il condamne d'emblée certaines actions, donc interdit de souhaiter avant tout optimiser.
De la même façon notre société optimise en tolérant une erreur commise par certains types de professionnels (médecins, pompiers...), car la sanctionner limiterait leurs possibilités d'action, les contraindrait parfois à ne rien faire plutôt qu'à prendre un risque en «faisant pour le mieux» non seulement dans le cas considéré mais aussi pour mieux en comprendre d'autres. Cela détermine aussi notre perception du «principe de précaution».
La science gagna en efficacité prédictive en s'affranchissant de dogmes (E pur si muove!). Jusqu'où et comment ménager cette capacité sans saper de mythe/principe formant fondation civilisationnelle?
Reality is that which, when you stop believing in it, doesn't go away. -- Philip K. Dick, 1957
A. Koestler a décrit sa formation au sein du parti communiste allemand (de 1931 à 1938), qui entraînait le militant à tout interpréter à travers le prisme du «matérialisme dialectique» forgeant la ligne du parti, donnée pour unique et infaillible source de vérité, censé expliquer tout du passé et prévoir parfaitement.
Ce système clos justifie les moyens par les fins, il est par essence conséquentialiste. Tout ce qu'il n'énonce pas n'existe pas, il rend compte de toute la réalité.
Cette dialectique n'explique pas les faits objectivement mais les justifie rétrospectivement, en voilant incohérences et contradictions, par une interprétation (dite «dynamique», «non mécaniste») négligeant d'abord et avant tout le principe du tiers exclu, en une approche identique à celle de nombre d'enseignements spirituels reposant sur un Mystère interdisant à l'individu de comprendre par lui-même et rendant une explication nécessaire.
Perçu comme complet plutôt que clos, il rassure.
Ainsi la contrainte en amont (dogme selon lequel «le Parti dit tout le Vrai et rien que le Vrai») disparaît en aval (peu de contraintes pèsent sur ses explications) car le Parti prédétermine l'appareil critique en condamnant a priori certains types de contre-arguments selon leurs sources («bourgeois», et plus généralement «d'où parles-tu, camarade?»).
L'attitude de ce PC vis-à-vis des socialistes illustre la tolérance aux contradictions: ils sont à la fois principaux ennemis et plus sûrs comme naturels alliés, appliquer leur doctrine est dit impossible (selon Engels) et possible (car Engels «voulait dire le contraire»)...
Note: le mode d'exposé révèle d'ordinaire ces distorsions et perdure. Dans le passé décrit par A. Koestler il était, de propos délibéré, compliqué afin de dissimuler, mais c'était facile à critiquer (par exemple par une méthode similaire à celle des «cinq pourquoi») donc aujourd'hui c'est une excessive simplification qui dissimule. Ainsi «en fait», «du coup»... sont parfois autant de raccourcis offrant moyen de simplifier l'exposé afin de négliger d'étayer une relation, de détailler, de sourcer...
L'exposition exclusive et permanente à ce système de pensée dissout l'esprit critique et y substitue un réflexe d'adhésion à toute nouvelle ligne ménageant volonté d'accumuler («on pédale tous dans le même sens, c'est ce qui est le plus important»), pusillanimité («j'obéis, c'est plus sûr»), paresse («pourquoi me faire suer à réfléchir?»), pensée de groupe... renforcés par les habituelles endoctrinement et propagande. Ces facteurs ne sont pas propres au PC, ce sont des universaux.
Dans ce contexte rejeter une explication manifeste ignorance (rendant une rééducation nécessaire) ou coupable mauvaise volonté (une punition s'impose). Le Roi parade nu sur fond de goulag/laogai.
Ce matérialisme dialectique est la fondation du constructivisme politique, décrit dans les années 1980 par J. Rawls en exhibant son socle conséquentialiste.
C'est un héritage distordu et abusivement généralisé d'utiles traditions de syncrisis, par lesquelles on compare deux entités en argumentant d’abord en faveur de l'une (par exemple «le vent est supérieur à l'eau»), puis on défend l'autre.
Ses manifestations les plus anciennes connues, à Sumer, ont 5 millénaires (leur nom translittéré est a-da-min₃).
Cet entraînement à l'argumentation est sain car aiguise l'esprit critique et incite à l'équité par laquelle on ne néglige aucun argument.
Le fond en est l'in utramque partem, type de disputatio (définition des modalités d'un débat) endiguant l'excès (pour nous la dispute).
Le pilier en est le débat, et ce constat éclaire la concorde dynamique: les membres d'un groupe sain doivent et veulent fédérer leurs efforts donc se concerter et pour cela échanger des idées, ils déterminent comment le faire.
La sophistique (sophismes...) reposait pour bonne part sur la syncrisis. Comme la dialectique du PC elle présuppose énoncer le Vrai plutôt que fournir moyen de s'en approcher, est utilitariste et recèle de nombreuses incohérences.
Force pratiques intellectuelles, telles que pilpoul et jésuitisme, ménagent une place de choix à la syncrisis, qui peut mener au syncrétisme, unificateur donc rassurant.
La «Querelle des Anciens et des Modernes», dans la France du XVIIe siècle, repose sur la syncrisis et sera l'un des principaux moteurs du recyclage lui donnant ses formes contemporaines utilitaristes où la vérité n'est qu'un moyen d'améliorer la faculté de prévoir, d'améliorer la méthode hypothético-déductive gouvernant la planification elle-même garante de productivité donc de confort.
Comme en toute matière en user de façon exclusive ou excessive produit à des effets contraires à ceux espérés.
Le conséquentialisme repose sur la conception selon laquelle «la fin justifie les moyens», en résumé «ne respectons aucun principe absolu, y compris édictant des droits inviolables conférés à tout individu qui interdisent de le considérer possédé donc complètement dirigé par une communauté, et rendent impossibles certaines actions aux effets souhaités».
Cela conduit à d'emblée rejeter tout principe interdisant (ou contraignant à) certaines actions, considéré comme un outil de manipulation révélé par de la «déconstruction».
Ne pas adhérer au conséquentialisme c'est percevoir en l'adoption d'au moins un principe un garde-fou issu de l'expérience grâce à laquelle le genre humain ne retombe pas dans les mêmes ornières.
Par conséquent l'adoption d'un principe absolu qui n'est pas une vérité révélée repose sur une sorte de conséquentialisme puisqu'il est motivé par un souhait d'amélioration plutôt que par une foi (volonté d'obéir à une entité jugée supérieure).
Ce qui distingue «la droite» (conservatrice, assise sur des principes) de «la gauche» (conséquentialiste) n'est donc pas l'intention d'améliorer le sort des humains mais les moyens (principes absolus) employés pour cela: pour la gauche l'unique principe absolu est qu'il n'est pas de principe.
La contextualisation est un moyen de déterminer la pertinence d'un principe dans une situation donnée, ce que seule la foi rend inutile. La rejeter (cas du fondamentaliste s'en tenant à la lettre des commandements, s'interdisant de contextualiser un principe) ou ne l'employer qu'afin de saper un principe (déconstruction) sont donc autant d'actes de foi.
Que serait aujourd'hui une Afrique aux dirigeants jamais corrompus par un industriel?
Récapitulons, en analysant objectivement, de rendre compte ce qui est plutôt que de ce qui pourrait ou devrait être, sans tenter de justifier ou de condamner.
Des industriels occidentaux exploitent des ressources afin d'optimiser leurs gains, ce qui est aussi l'objectif du potentat.
Les industriels sont jugés nécessaires parce qu'ils disposent des moyens techniques optimisant l'exploitation.
Créer un site minier coûte, et les capacités pertinentes du potentat ne valent pas celles des industriels. La confiance nécessaire, pour commencer afin d'obtenir un prêt, n'est pas établie. Des industriels peuvent discrètement mettre des bâtons dans les roues du projet d'un potentat entreprenant: aucune banque ne prêtera, aucun spécialiste n'acceptera de travailler... Au pis (des sommes d'argent colossales et des ressources stratégiques sont en jeu) «un accident (ou un opposant politique bien armé et conseillé) est si vite arrivé...».
Pour le potentat concéder des droits d'exploitation offre le rendement optimal: aucun effort, risque, ou investissement nécessaire pour lui, ressources au mieux rapidement exploitées, des millions de dollars en banque, et pas d'ennemi mais bien des protecteurs puissants. Peut-il espérer mieux?
Cette optimisation selon tous objectifs et contraintes est aussi le but des industriels qui, s'ils s'en souciaient peu, obtiendraient du minerai en grattant leurs jardins eux-mêmes avec leurs seuls ongles.
Industriel et potentat poursuivent le même objectif. Chacun veut s'enrichir. Pourquoi prêter au potentat un objectif différent tel qu'«enrichir tous ses sujets»? Un industriel ne tente rien de tel.
Certes, des potentats semblent plus dirigistes mais le sont en pratique moins, ils veulent l'être (afin de maximiser leurs gains et sécurité) mais ne parviennent pas à s'imposer sans une violence moins nécessaire en Occident car les masses y obéissent mieux grâce à une doctrine rendant à chacun possible d'interagir constamment avec des inconnus, d'être un rouage dans une énorme machine, de ne pas se reconnaître dans ce que le travail produit ni se soucier de métaphysique, de se juger solidaire non seulement de ses proches (famille, voisins, ethnie, coreligionnaires...) mais de millions de concitoyens, de ne pas contester le pouvoir central donné pour assurant le plus grand bien du plus grand nombre, l'intérêt général...
Ces dispositions prises en Europe de l'Ouest y rendent l'industrie donc le gigantisme possibles.
La doctrine les prescrivant est adoptée parce qu'elle est condition de l'approche techno-industrielle, laquelle optimise la production donc modère l'angoisse quant au lendemain, selon l'approche «accumuler rend plus certain de survivre, de parer à toute éventualité». Elle est condition nécessaire aux efforts de masse visant à accumuler en façonnant l'environnement («en mode proactif»).
Une autre doctrine, relevant d'une attitude différente, permet d'ajuster en permanence des comportements, de préférer éviter le gigantisme (y compris de la population, en déterminant le groupe par l'ethnie et la zone géographique habitée) afin de rester capable de réagir au plus vite (en hâte mais sans précipitation) et avec la seule force nécessaire (de façon courageuse mais sans témérité) plutôt que de tenter de tout déterminer donc prévoir.
Ce n'est comme toujours pas tranché car des individus adoptent parfois des composantes de diverses doctrines.
Ce qui distingue le potentat des industriels est avant tout le degré de son adhésion à leur doctrine, qui circonscrit le groupe des bénéficiaires: l'Occident juge «corrompu» qui privilégie, outre lui-même, son groupe (famille, ethnie...) plutôt que l'ensemble de ses concitoyens ou sujets.
Ce degré d'adhésion est aussi cause de menus embarras rencontrés par les industriels lorsqu'ils mobilisent des autochtones aux valeurs et vision difficilement compatibles avec l'industrie («paresseux», «sans motivation», «peu compétents», «imprévoyants»...).
La doctrine dominante détermine à quel point chaque individu peut se contenter d'adopter apparemment des conventions tout en disposant d'un espace privé de liberté, échapper à certaines contraintes, peser sur la direction générale de son groupe... Celle du techno-industrialisme est très contraignante.
Cette doctrine est récente, contingente, et semble-t-il atteint ses limites (rendement décroissant, gigantisme amplifiant des tensions...) donc les Occidentaux pourraient l'abandonner avant que des tiers l'adoptent pleinement.
Notre société productiviste, scientifico-technique, accumulant sans cesse donc surpeuplée et suractive, tend à évacuer la subjectivité, en particulier de sentiments tels que jalousie, honneur, et solidarité.
Elle cultive la solidarité organique, qui n'est pas même nature que la solidarité et s'exerce à son détriment.
Elle doit éteindre les conflits qui menacent la concorde nécessaire à l'organisation productive. Ils portent in fine quasi tous sur la propriété donc sont secrétés par de la jalousie, qu'elle amortit (par de la redistribution, des conventions quant aux interactions entre citoyens...), en érodant la motivation.
Elle réduit le souci de préserver son honneur parce qu'il est dilué par le gigantisme et repose sur une morale, gouvernée par des principes, difficile à composer avec le conséquentialisme ambiant secrété par le raisonnement hypothético-déductif, pilier de la science. Pour cela elle substitue à l'évaluation directe de l'honneur de chacun par tous, procédé de formation ancien de la renommée, des institutions secrétant règles et sanctions définissant l'intérêt commun. Par ailleurs elle substitue la célébrité à la renommée sous deux formes, l'une par laquelle des dirigeants décident de ce qui est célèbre, l'autre s'exerçant dans le seul sous-groupe culturel d'une personne y devenant célèbre en exploitant bien voire forgeant les critères de célébrité (patente sur les réseaux sociaux).