L'avènement des sciences et techniques déclenchèrent et nourrirent des améliorations de notre mode de vie... dont certaines causèrent les défis du moment (climat, biodiversité...).
Les combustibles fossiles, par exemple, dynamisèrent la Révolution Industrielle et sont à présent moins enthousiasmants.
Rares sont les progrès sans effet indésirable fâcheux, et le gros des exceptions pourrait ne pas le rester.
Dans cette veine on prête à Lao-Tseu «Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage».
Peu en appellent à un pur technosolutionisme (surtout parmi scientifiques et techniciens!) et moins encore au retour à l'«âge des cavernes».
Il s'agit de trouver un équilibre.
Instinctivement surtout soucieux de survivre et de perpétuer l'espèce, mais fragiles, nous tendons vers le confort. Intelligents, nous améliorons le système technique de sorte qu'il nous le procure au moindre effort.
Cela pousse à optimiser en pensant et agissant afin de réduire la quantité de ressources nécessaire à nos actions et d'augmenter leur produit.
L'étymologie est éclairante: optimiser, optimisme. Selon des penseurs de l'Antiquité tout ce qui existe est au mieux, et nous agissons comme si cela signifiait plus de choses existent mieux c'est.
Par cette perception de l'optimisation nous concentrons nos efforts afin de produire davantage et le plus vite possible car le temps est la plus précieuse ressource (un laps de temps est perdu si non mis à profit), ce qui mène à considérer surtout le court terme, et plus généralement à miser sur les économies d'échelle donc à augmenter la taille des moyens (population, machines, organisations...).
Ce gigantisme impose et se nourrit de la spécialisation, de l'anonymat, du dirigisme, de la fréquence et intensité des interactions entre les humains...
Grossir et tout accélérer (dès que possible donc par à-coups) laisse de nombreuses caractéristiques de notre société (densité de population, taille des villes...) de plus en plus hors de leurs intervalles adéquats (ni trop peu, ni trop) et cela devient de plus en plus patent mais perdure car inertie et sentiment d'impuissance de chacun augmentent avec la taille du groupe.
Nous sommes très conscients que manquer («pas assez») est dangereux, et «trop, c'est trop» reflète mal que pléthore conduit à débordement en changeant la nature du système considéré donc les actions adéquates.
Améliorer un système est de plus en plus difficile, cela coûte et perturbe d'autant le reste: doubler la vitesse maximale d'un véhicule est difficile, puis la doubler de nouveau est beaucoup plus difficile...
Même sur le seul plan de la physique «le facteur d’échelle ne jouant pas uniformément, on peut avoir des surprises», et des effets sur les humains impliqués sont tout aussi surprenants.
L'augmentation du rendement atteint un maximum puis diminue jusqu'à devenir négative. C'était perceptible dès formulation de la loi des rendements décroissants, puis a été éclairé entre autres par Joseph Tainter (Collapse of complex societies) et V. Illitch (seuil de contre-productivité).
Un système technique trop puissant devient discrètement un Système Technicien. D'esclave docile il devient maître, et sa course folle vers la seule quantité nous lamine, par exemple en menaçant la robustesse.
L. Kohr traita bien d'effets du gigantisme.
Ceux de la précipitation perçue comme si elle était une bénéfique hâte (son sens 1 masquant son sens 2) sont négligés même si depuis longtemps connus: il convient de «prendre le temps de bien faire» (encore que le sens de bien est vague), en anglais "take your time in a hurry", "slow is smooth, smooth is fast" semblent plus clairs.
Une société de plus en plus énorme, dense, active et hétérogène rend de plus en plus impossible (pour qui que ce soit) d'obtenir suffisamment d'informations précises et à jour donc de connaître contexte, attentes et besoins, et par conséquent de bien prévoir pour bien gouverner. Un exécutant, pour sa part, ne peut plus déterminer la cause d'un embarras. Cela rend les bonnes volontés impuissantes et leur motivation s'étiole tandis que malfaisants et incompétents fleurissent.
L'un des effets pervers de la sur-optimisation (procéder le plus vite possible avec un minimum de ressources spécialisées et peu ménagées) dans le monde du travail est la pernicieuse imitation du travail.
Juger le gigantisme meilleur garant d'efficacité invite alors à grossir, nourrissant la cause du problème.
La gestation et/donc une relation mère-enfant façonnant l'existence des femmes est une spécialisation intangible et déterminante pour notre société car la plus solide forme de solidarité.
La cohésion de notre société ne doit guère à la solidarité entre tous les citoyens qui, dans les grandes masses, sont dissemblables et se connaissent peu.
Nous avons besoin des autres pour survivre, et la solidarité organique correspondante est, plutôt qu'un attachement à autrui intrinsèque (mère-enfant) ou choisi, une dépendance imposée donnée pour optimale donc nécessaire.
Cette complémentarité doit tout à la spécialisation professionnelle, elle-même poursuivie afin d'augmenter le rendement, lui-même privilégié via notre faculté à raisonner donc à tenter de prévoir secrétant une anxiété quant à notre futur et celui de notre descendance.
La spécialisation croissante interdit de plus en plus à chacun de contempler son oeuvre, de percevoir clairement son utilité. Cela démotive et grossit les rangs des assistés, chacun d'eux à la fois rassuré quant à son sort et affranchi de tout scrupule par l'apparente abondance («ce dont j'ai besoin n'est qu'une infime fraction des richesses»).
La quête de rendement via des économies d'échelle est aussi principale justification d'autres spécialisations et monopoles, par lesquels d'une bureaucratie centrale (telle que la Commission Européenne) devient peu à peu l'unique pourvoyeur d'information et donneur d'ordres. Comme montré par F. Hayek cela limite la société aux capacités cognitives de ses chefs.
Dans nombre de communautés anciennes qui tue/mutile/viole/vole/manque de respect/... fait de son groupe la cible de représailles (la faide en est une forme connue).
C'est pourquoi l'incivilité de l'un y est endiguée par surveillance et modération de ses proches, solidaires car en contact quasi permanent et soucieux de s'épargner toute querelle.
Des tiers s'emploient d'autant plus à éteindre une vendetta qu'ils la jugent soldée, sont attachés à au moins l'un des groupes impliqués, et qu'elle est violente donc les importune. Un groupe d'agités insuffisamment ainsi modéré et épaulé par des tiers capables de le réformer se forge tant d'ennemis qu'il disparaît.
La coopération entre deux groupes est d'autant plus lente et difficile qu'ils sont distincts, ce qui la rend risquée car l'éloignement physique donc culturel augmente la probabilité de mauvaise compréhension donc d'incident déclenchant représailles.
Les membres d'une société contemporaine sont statistiquement étrangers les uns aux autres, en une sorte d'anonymat réduisant la solidarité réelle donc la capacité à spontanément coopérer d'emblée de façon fluide, nécessitant compréhension et acceptation donc contacts fréquents. Rester en contact quasi permanent avec de nombreux inconnus ou s'en juger proche est impossible et cela limite la poursuite du bénéfice d'économies d'échelle induit par une grande population où la plupart des interactions impliquent des inconnus et n'établissent guère de relation solide et pérenne, surtout par manque de temps consacré à chacune d'elles.
Cet anonymat brise le mécanisme de régulation des comportement issu d'anciennes communautés. L'État devient seul gardien des moyens (conventions, surveillance, répression) d'interactions sociales. Le tissu social en résultant est surtout fait de dépendances, de directives et de contraintes.
La formule usuelle décrivant l'individualisme voire l'absence de gouvernement central par «la guerre de tous contre tous» présuppose un citoyen-type souvent désireux d'agresser ses concitoyens. Elle est donnée pour justifier un monopole de la violence exercé par l'État afin de préserver l'ordre, et néglige que cela n'a de sens qu'en un groupe contraignant à fréquenter des inconnus ou hostiles sans possibilité de le quitter.
L'apparente incompatibilité des locutions «l’homme est une chose sacrée pour l’homme» et «l'homme est un loup pour l'homme» repose elle aussi sur une distorsion, révélée telle par d'H. Bergson: Quand on formule la première on pense à quelque compatriote. L’autre concerne les étrangers. Il en va de même pour la solidarité: si ma propriété aide mon ami il est un assisté, si un inconnu parvient à en bénéficier il est un profiteur.
Le gigantisme nourrit aussi une forme pernicieuse d'anonymat diluant la responsabilité. Moins un dirigeant est proche, moins il connaît ses administrés donc se soucie (par réelle solidarité) de leur sort à long terme, plus il obéit à (ou sélectionne lui-même) l'expert (spécialiste) réduisant sa responsabilité, moins les exécutants se jugent eux-mêmes investis puisqu'ils ne font qu'obéir plutôt que décider, et moins les administrés peuvent déterminer la cause première de leurs maux.
À mesure que le groupe grossit la proportion d'interactions fréquentes impliquant les mêmes personnes diminue, érodant l'altruisme réciproque. Le versant commercial de tout échange l'emporte sur la coopération, le paiement remplace la gratitude tissant et renforçant la solidarité, chacun tend à privilégier son profit au plus court terme (à optimiser!) et tromper autrui est moins risqué car entache moins la réputation du coupable (elle-même globalement moins déterminante). Faute d'empathie l'intelligence (le calcul) ou la crainte (de manquer ou d'être puni) fédèrent.
La valeur (fiabilité...) de chacun naît du regard des autres plutôt que de son patrimoine. La dignité est dissoute par la multitude.
L'objectif poursuivi par une part croissante des actifs échappe aux enfants. Papa et maman travaillent de façon mystérieuse, avec et pour des inconnus, et leur enfant n'en perçoit pas les effets directs. Jusqu'à peu l'enfant-type assistait à une part de l'activité professionnelle de ses parents (agriculture, artisanat, commerce...), en constatait le produit et était progressivement impliqué. Il éprouvait et assimilait ainsi peu à peu des conventions fondamentales (propriété, activité utile, coopération, production, échanges commerciaux...), donnant sens au groupe même comme à chacun de ses membres.
Un jeune gagne en autonomie en étant progressivement exposé à des situations la rendant nécessaire. La volonté d'aller toujours plus vite donc d'utiliser souvent et quasi partout des véhicules ainsi que l'anonymat rendent de plus en plus risqué de le laisser s'aventurer seul, donc ralentissent ce processus d'acquisition. L'effet de l'augmentation de la durée des études menant à spécialisation est similaire.
La jeunesse est de plus en plus dépendante de la société et peu capable voire désireuse de la réformer.
La volonté d'optimiser commune à quasi tous ne suffit pas à les accorder quant à la façon de le faire. Divers mécanismes induisent concessions, compromissions, tromperie et endoctrinement qui fédèrent en transmutant la grande taille du groupe (nécessaire au gigantisme), a priori un inconvénient puisque les opinions y sont d'emblée hétérogènes, en avantage via éducation ad hoc, fabrication du consentement/propagande, pensée de groupe...
Un grand groupe sert volonté d'optimiser donc tend à tout réserver à des spécialistes, y compris l'exercice de la violence. L'État la monopolise en réformant les anciens mécanismes pour devenir seul arbitre des querelles, via un système de règles sans cesse plus étoffé. L'un des signes révélateurs en est qu'il devient dangereux pour le citoyen de tenter de s'occuper d'un problème: mieux vaut «faire appel aux autorités».
L'autorité améliore son efficacité en légiférant afin de fournir à tous un cadre où interagir, ce qui occupe des spécialistes qui, même bien intentionnés, s'éloignent de l'activité réelle et (comme tous les spécialistes naturellement enclins à juger toujours et partout nécessaires les fruits de leur travail) détaillent donc compliquent la Loi, dont la cohérence diminue et qu'une part croissante de la population ne peut qu'ignorer de par son débit (nouvelles dispositions) colossal. L'anomie redoutée par É. Durkheim croît. L'autorité, pour tenter de compenser, endoctrine afin d'instiller de l'auto-discipline et d'inciter grâce à endoctrinement ou propagande, elle surveille sans cesse davantage ce qui offre à l'agent de l'État malintentionné un bel instrument de manipulation et de contrainte (rendant douteuse la conception selon laquelle dans un petit groupe l'individu est moins libre).
La raison et les règles ne compensent pas certaines contraintes résultant du gigantisme, en particulier des facteurs limitant la coopération au sein d'un grand groupe humain, comme illustré par une étape de l'histoire de la filière du nucléaire en France.
Nos sociétés assujettissent le citoyen: surveillance et répression en un lieu donné par des hommes provenant d'ailleurs donc a priori peu solidaires des locaux, promotion sociale accordée aux plus pauvres afin qu'ils s'enrôlent et obéissent, accords entre États faisant des uns les auxiliaires des autres face aux dissidents, confiscation des armes...
L'appareil de surveillance et de répression d'un petit groupe lui rend plus difficile qu'à nos États d'interdire à ses membres mécontent de se démettre (le quitter afin de rejoindre un autre groupe). Une communauté où certains abusent sera, elle, rapidement désertée.
Des communautés même voisines peuvent connaître des organisations sociales fort différentes, étoffant les options offertes aux individus ce qui rend utile de se démettre, tandis qu'objectifs et méthodes des nations les rendent de plus en plus semblables et à même de s'entendre afin d'y contraindre les individus, rendant peu utile voire risqué de voter avec ses pieds.
La prééminence accordée au rendement réduit le nombre d'approches distinctes simultanément explorées par le genre humain, l'émulation entre eux, l'exposition de chaque groupe aux résultats obtenus par ses voisins donc à source d'inspiration, l'ailleurs parfois recherché... Elle augmente la portée des effets (personnes et territoires exposés) de toute mauvaise décision, et rend la guerre apparemment rentable puisque toute conquête sert la quête d'économies d'échelle.
Les membres d'une autorité centrale ne connaissent pas la plupart des citoyens donc, hors désintéressement peu compatible avec ce qu'exige d'accéder au pouvoir, n'en sont «solidaires» que via la sorte de dépendance ci-devant décrite. Ces citoyens anonymes seraient plus obéissants (donc du point de vue d'un dirigeant efficaces) s'ils avaient tous le même caractère, donc les mêmes préférences, écartant tout désaccord causé par de l'appréciation subjective. Cela invite à user de ce que révèle le modèle de propagande ainsi que de l'hypernormalisation, afin de servir du constructivisme. Pis: ces distorsions ont aussi cours au sein même du gouvernement, façon villages Potemkine, ajoutant aux facteurs rendant les décisions inadéquates.
Façonner les caractères donc choix des citoyens est dangereux car une raison pour laquelle les traits de personnalité sont innés et difficiles à modifier par l'éducation est que si l'acquis était sur ce plan déterminant les caractères pourraient être accordés, réduisant la diversité préservant la robustesse de l'espèce, qui doit beaucoup à la capacité d'individus à s'adapter rapidement à un changement de son environnement. Des individus trop similaires réagissent tous à peu près de la même manière à une situation donnée, ce qui est catastrophique si cette réaction est inadéquate au point de tous les condamner.
Un groupe aux membres trop semblables est trop fragile.
Le fond de ce qui forme un groupe harmonieux a été posé par Aristote: la communauté politique suppose l'amitié, car on ne veut pas faire de chemin en commun avec ses ennemis.
Un groupe aux membres insuffisamment semblables est trop fragile.
En matière de politique (gestion de la cité), l'unanimité est optimale car correspond à la plus forte motivation. Elle est d'autant plus difficile à atteindre que la population augmente. Ceci vaut quant aux moyens car en un groupe trop étoffé toute querelle devient rapidement dangereuse (une bagarre dans une communauté est une chose, une guerre civile dans une nation une autre), et les stratégies d'évitement du conflit ainsi qu'étouffement rapide de tout ce qui pourrait mener à de la violence y distordent la confrontation des opinions, étouffant le débat public lui-même d'autant plus pauvre que l'est le socle culturel commun aux citoyens.
Un groupe étoffé ne peut qu'obtenir un consensus, mode dégradé de la saine unanimité. Durant des élections un candidat, même de bonne volonté, doit pour l'emporter forger des propositions acceptables pour autant d'électeurs que possible donc utopiques parce qu'elles relèvent du sophisme du juste milieu, en un dévoiement de la quête d'équilibre. Cela éteint satisfaction donc motivation.
Chaque représentant du peuple, afin d'être élu, favorise toute proposition visant à taxer une minorité au bénéfice des autres. La prétendue solidarité alors invoquée n'est est pas puisque la taxe résulte d'une contrainte exercée par la majorité sur les autres, donc voile mal une dangereuse extorsion («préservant la paix sociale») et dresse les contributeurs nets, se jugeant corvéables voire spoliés et de moins en moins désireux d'aider des «profiteurs», contre les autres, se jugeant laissés-pour-compte et sans cesse plus exigeants, critiquant les «nantis égoïstes, s'enrichissant en exploitant le peuple».
Chaque représentant élu, persuadé de sa propre opinion, tand à vouloir l'emporter, à être le maître. Le législateur-type, donné pour exprimer la volonté générale, défend ses seules propres conceptions et perd en légitimité.
Pour des citoyens la nature et les ressorts de l'autorité centrale semblent de plus en plus mystérieux, et de dangereuses conjectures («État profond», «grand complot», radicalisation...) émergent. Même l'universalisme moral et la tolérance connaissent des limites.
Une proportion croissante des plus jeunes (génération Z) résiste à la spécialisation (ils veulent explorer, découvrir) , à l'anonymat (ils cultivent des relations privilégiées, souvent en-ligne) et au dirigisme (ils semblent plus rétifs à l'autorité).
La taille maximale d'un groupe où des humains vivent harmonieusement est limitée. Elle est peut-être proportionnelle au nombre de Dunbar et change vraisemblablement avec le temps. Cette limite n'est ni avantageuse ni fâcheuse, mais n'en pas tenir compte est dangereux. L'optimisation nous est nécessaire mais ne doit pas être poursuivie au point de nous fragiliser.
Peu de traits de caractère, formant pulsion ou tropisme, sont uniformément répartis entre individus de sexe féminin et masculin. Chaque trait est plus souvent présent ou puissant chez les femmes, sans association exclusive car certains sujets de sexe masculin présentent certains de ces traits. Pour la commodité de l'exposé appelons «femmes» ceux qui recèlent ces traits. La réciproque vaut: d'autres traits sont masculins.
On pourra y lire une forme d'essentialisme.
Durant la préhistoire la condition des personnes de sexe féminin est horrible.
Nomadisme et dépouillement donc confort précaire leur rendent quasi tout pénible: être enceinte, accoucher, s'occuper des enfants, cuisiner... sont autant de calvaires.
Afin d'améliorer leur condition elles coopèrent et innovent. Elles communiquent entre elles face à de nombreux types de défis, tandis que les hommes n'y sont poussés que durant chasse ou guerre.
Chaque petit groupe nomade entrait rarement en contact avec des tiers et des mâles étaient sa première ligne de défense. Ils étaient d'emblée méfiants voire agressifs envers tout non-membre du clan, donc des traits masculins rendirent de plus en plus difficiles de fréquentes rencontres avec des inconnus.
L'un des traits féminins épargne cela car cette attitude menacerait l'exogamie préférable au plan génétique (consanguinité). La complète et définitive uxorilocalité est rarissime.
Avènement de l'agriculture, sédentarisation et technicisation doivent quasi tout aux femmes, en quête d'un confort matériel augmentant la probabilité de survie d'une nombreuse descendance.
L'inclination du mâle-type au travail industrieux (donc à l'agriculture, la sédentarisation...) est affaiblie par l'absence de trait menant à vouloir un enfant puis à tout lui sacrifier, renforçant l'angoisse quant au lendemain conduisant à échafauder des stratégies, ainsi que par le peu d'utilité durant leurs activités (chasse, guerre peu technicisée constituée d'escarmouches) de la faculté à se projeter dans un avenir lointain donc rendant capacité à vite réagir adéquatement plus pertinente que la stratégie.
Les groupes grossissent, augmentant fréquence et intensité des contacts de chacun avec des inconnus, donc la dose de mauvais stress imposée aux hommes.
Des chasseurs-cueilleurs consommaient de l'alcool car trouvaient des fruits tombés, exposés au soleil, et fermentés. Agriculture et sédentarité le rendent meilleur et plus disponible. Il (ou un équivalent: cannabis, khat...) constitue une compensation aux tensions imposées aux hommes, un moyen d'évasion et de réduction de la méfiance a priori ressentie envers autrui.
La sédentarisation démultiplie l'efficience de l'extractivisme induit par le souci d'accumuler, lui-même nourri par l'inquiétude quant au lendemain.
Les hommes exacerbent des conflits nés de tensions créées par le souci de se réserver des ressources limitées, laissant perdurer des comportements de chasseurs et guerriers et confortant leurs rôles de pourvoyeurs (guerrier conquérant) ou de protecteurs (défense opposée aux tiers conquérants) s'inter-justifiant.
Par-delà durant les conflits le camp le plus peuplé tend à l'emporter, favorisant les grands groupes.
Les femmes, elles, se soucient avant tout de leur progéniture donc planifient, optimisent et s'installent dans la sédentarité propice aux grands groupes.
Le gène égoïste est déjà à l'oeuvre et le principe de Bateman devrait conduire les hommes à être volages et leurs pulsions y correspondent, toutefois l'asymétrie de l'investissement reproductif entre femmes et hommes les mène à parader afin de séduire, ce qui les pousse à adopter des comportements satisfaisant des tropismes de traits féminins: prévoir, accumuler...
Un seul homme sature les capacités reproductrices de plusieurs femmes, donc la polyandrie est rare car contre-productive sur ce plan et les fils sont préférés car diffusent mieux les gènes (égoïstes...) que les filles. Dans une société dominée par les hommes chacun d'eux peut épouser plusieurs femmes (s'il dispose de ressources suffisantes), dans les autres chacune d'elles se réserve le fruit des efforts d'un homme. Une proportion non négligeable de cultures anciennes adopte ces perspectives.
En stylisant: le comportement reproductif théorique de l'homme correspond à un modèle évolutif r tandis que celui de la femme est de type K, donc elle optimise les moyens assurant la destinée de son enfant en en mobilisant de façon exclusive le père.
La science est de plus en plus cultivée car améliore capacité à prévoir, et secrète des techniques livrant moyens d'action.
Dès l'Antiquité «Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez...» (Bible, Genèse, 1:28) est représentatif: l'objectif principal est d'augmenter au plus vite la population et sa capacité d'action.
Il est pour cela bon de connaître le fonctionnement de l'univers, le «comment» des choses, donc la science progresse.
À partie de la Renaissance la science devient rapidement de plus en plus centrale.
Les objectifs principaux (voire seuls) aujourd'hui poursuivis s'imposent: sciences dures accumulant connaissances menant à innovations augmentant la productivité. La primauté accordée à cette dernière, aujourd'hui transversale, augmente rapidement. L'État optimise les moyens assurant la destinée de la population.
Les étapes précédentes furent pénibles et longues, ce n'est plus le cas.
La propension à l'optimisation a augmenté sans limite, et son principal moyen est l'amélioration des rendements d'échelle donc le gigantisme.
La libération de la femme passe par l'augmentation du temps libre dont elle dispose et de sa capacité à décider de ce qu'elle fait, elle est surtout effet de nouvelles techniques: machines les soulageant (en particulier véhicules et électroménager réduisant la charge ménagère), ainsi que la planification familiale (éducation sexuelle, contraception et avortement maîtrisés) réduisant le nombre d'enfants non souhaités.
Le féminicène commence, il rend de plus en plus patent que notre société correspond surtout à des traits féminins, et que la femme porte notre civilisation, qui sans elle croulerait rapidement.
La liberté, surtout de la femme, n'a jamais été aussi grande: elle décide de l'utilisation de son temps et de son corps (libre circulation et capacité de procréation comprise), peut se rendre autonome et indépendante y compris financièrement... avec abondance de choix comme d'options, capacité à changer d'avis en échappant à certaines des conséquences d'un choix ou de son absence... Cela peut rendre indécis donc paralyser, ce qui est plus frustrant qu'une limitation causée par une décision antérieure.
Ne pas disposer de (ou lutter contre) ce qui émancipe les femmes tend à confiner leur activité à la procréation, ce qui préserve le groupe donc est empreint d'humanité, en une contrainte les sacrifiant au groupe donc peut-être selon elles surtout aux enfants, ce à quoi elles consentent, tandis qu'une femme libérée peut percevoir en l'enfant son propre assujettissement, et l'optimisation à outrance fournit des moyens techniques rendant moins utile donc nécessaire d'en avoir plusieurs: un seul rejeton satisfaisant la pulsion de reproduction et des robots suffisent, surtout dans une ville où l'excès d'humains (surpeuplement et surdensité) induit du mauvais stress (par concurrence exacerbée au point de doper la criminalité, surveillance, contraintes, pollution, propagation de pathologies...) .
Sur le plan de la capacité à augmenter la taille de la population c'est l'une des forces de certaines doctrines (Islam, Amish, communautés «arriérées/primitives/à faible intensité technologique»...).
Les fondamentaux sont d'ordre métaphysique: déterminer le statut social ou bonheur selon le nombre d'enfants revient à édicter pour mission suprême de croître et multiplier.
Augmenter la proportion de membres d'un groupe parents entre eux y renforce le tissu social. Nombre de cultures aux taux de natalité élevés favorisent les mariages entre cousins, ce qui pourrait correspondre au niveau de consanguinité optimal pour la survie du groupe. Seuls quelques sujets (handicapés, atteints de maladies rares...) en paient le prix et peuvent tôt disparaître par négligence ou violence si l'honneur du clan ne dépend de sa capacité à prendre soin de tous ses membres. De façon plus diffuse des communautés de notre société (ethniques, religieuses, de certaines catégories sociales...) améliorent aujourd'hui elles aussi leurs cohésions respectives en favorisant les mariages entre leurs membres.
Pour les hommes tout est trop gros et va trop vite. Le mauvais stress naturellement secrété par les inconnus coudoyés tout le jour n'est plus dissipable via de l'activité physique mobilisatrice et utile, réservée aux machines par l'optimisation. Des moyens techniques ont démultiplié les impacts des conflits, interdisant les fréquentes escarmouches servant d’exutoires auxquels la pratique sportive, même forcenée, se substitue mal, et hors du champ intellectuel peu de territoires restent à explorer ou conquérir.
Dans la France contemporaine le sur-virilisme dans certains quartiers vient surtout du sentiment de déclassement des hommes par rapport aux femmes qui s'occidentalisent pour échapper au contrôle communautaire. Des jeunes hommes adoptent un comportement tendant vers l'image moderne du guerrier-chasseur (prédateur). Les «fractures françaises» reflètent le souci d'augmenter et de préserver son patrimoine (de maximiser son pouvoir d'achat dans un contexte sans déclin car porté par un homme fort et omniscient contraignant tous à tomber d'accord et à coopérer) donc d'optimiser, ainsi que la défiance manifestée à ce qui est distant.
D'autre part environ 1/3 des Français sont relativement peu impactés par les effets pervers décrits car vivent dans de petites communes rurales.
La présence de trop nombreux inconnus-anonymes pèse car érode l'espoir d'influer donc démobilise. Beaucoup se jugent trop souvent floués par lois et dispositions prises, le consensus devient l'exception, chaque élu représente une fraction de plus en plus faible des citoyens.
Un État de plus en plus omniprésent capte sans cesse davantage de ressources, son efficacité ainsi que la capacité à se démettre diminuent. C'est amplifié par toute crise économique: des électeurs exigent davantage tandis que le gouvernement dispose de moins de moyens, les promesses formulées durant les élections sont de moins en moins tenues...
Ménager la quête de liberté et de moyens de l'exercer (donc le système technique) nous épargnerait un cloaque comportemental menant à violente «remise à zéro».
Illustration: en Chine, à Shenzhen (trente mille habitants en 1980, 7 millions en 2000, 17,5 millions en 2020, densité de population 8800 hab/km² donc 2,3 fois supérieure à celle de Paris), notre potentiel avenir est perceptible.
Le gigantisme atteint un paroxysme changeant la nature du défi, la spécialisation sera de plus en plus réservée à du logiciel (IA...), l'anonymat et la centralisation sont endigués par les réseaux brisant l'unité de temps et de lieu jusqu'à peu nécessaires à l'amitié, qui entame aussi le dirigisme continuant lui-même à perdre de son aura après les coups de boutoir l'ayant endommagé durant le vingtième siècle.
Tout cela compense une part croissante du contrôle social exercé par une communauté locale puissante (famille, clan...) donc nous offre moyen de bénéficier de cette dernière à moindre risque.
Dans une bonne mesure les défis du moment tiennent à la volonté d'imposer à tous quelques objectifs définis, devant beaucoup à celle d'optimiser donc d'être nombreux et de mobiliser toutes les ressources, et pour cela d'établir par une doctrine la concorde entre les membres du groupe au lieu de le fonder sur cette dernière. Optimiser ainsi est le principal objet de l'État-Nation contemporain, où l'uniformisation des comportements repose sur valeurs et vision communes ou bien, chez ceux qui n'y adhèrent pas, contraintes et tromperies (c'est de plus en plus le cas en France, grossissant défiance et démotivation).
Les mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois (Montesquieu). Elles procèdent de l'honnêteté commune (common decency) de G. Orwell, menacée non par le capitalisme mais par des moyens d'optimiser ce qui produit. L'un de ces moyens est la domination, donc au pis le totalitarisme, qu'il détestait.
Laissons plutôt chaque groupe où valeurs et visions des membres sont compatibles vivre comme bon lui semble tant qu'il ne pèse pas sur un autre.
Cela transmute tensions et gâchis induits par les luttes de conquête du pouvoir au sein d'un groupe unique hétérogène en saine émulation entre groupes distincts, chacun homogène et soucieux de rendre éclatante la justesse de ses conceptions. Chaque groupe offre de surcroît aux autres une altérité renforçant son identité et sa cohésion.
Le meilleur argument contre la démocratie est une conversation de cinq minutes avec l'électeur moyen (attribué à W. Churchill) n'est pas sans solution. Choisir ses concitoyens (donc participer à la sélection des arrivants et pouvoir partir) offre moyen d'établir la démocratie directe donc de ne pas devoir déléguer la souveraineté en élisant un représentant, se perdre en Commissions détachées du réel... Tous les critères de sélection d'un membre (même les plus discutables: ethnie, lieu de naissance ou de résidence, culture donc langue ou religion...) sont possibles, aucun n'est imposé.
Les membres de chaque communauté librement formée selon leurs critères y cultivent des projets personnels ou communs, aux moyens et effets acceptés par tous, et chacun d'eux reste libre de la quitter s'il n'est plus satisfait, si la confiance s'émousse. Tout cela forge une expérience grâce à laquelle tous peuvent apprendre. Ce sera difficile en France parce qu'on y adore les belles constructions théoriques préalables à l'action (on constitue un grand groupe et chacun expose ses vues quant à ce que nous pourrions faire et comment, et aux formalismes associés) et déteste l'empirisme de l'organisation ad hoc à laquelle le genre humain est depuis longtemps rompu (un petit groupe homogène partageant un objectif à enjeu pratique, changeant le Monde Réel en y construisant ou améliorant quelque chose, s'active tout en se concertant à mesure) donc seule réaliste en matière de politique.
Un individu ou une communauté ne constituent pas intrinsèquement un danger, et le deviennent d'autant plus qu'ils se jugent contraints de coexister alors qu'ils ne le souhaitent pas ou frustrés par ce qui leur est imposé.
C'est pourquoi de petites communautés distinctes offrent un contexte plus adéquat que notre (trop grande) société, car améliorent la capacité de chacun à poursuivre sa vision tout en réduisant les contraintes induites par celles de tiers.
Une communauté de ce genre sera ce que pourrait aujourd'hui être un parti politique au pouvoir qui disposerait de moyens et ne mobiliserait que des convaincus donc ne devrait contraindre ni même surveiller.
Vivre en communauté n'implique pas de restaurer un mode de vie du passé ni de renoncer aux acquis, y compris d'ordre scientifique et technique. Ses membres peuvent choisir de tendre vers l'harmonie en cessant excès de tous ordres (y compris d'optimisation) donc négligence du nécessaire (robustesse, bonheur...) en bénéficiant d'une façon à leur sens mesurée du progrès (logiciel, robotisation...). Ou pas, comme bon leur semble.
Cet équilibre (harmonie) est celui des valeurs de paramètres/caractéristiques (taille, densité, vitesse...) du système, non un mélange de méthodes, d'approches, de façons de procéder.
Juger un grand groupe dirigé par un gouvernement central plus apte à se défendre est discutable car l'Histoire montre que c'est surtout affaire de résolution et de capacités. Une petite proie ne rapporte guère, d'autant que de nombreux voisins souhaitant maintenir la paix s'opposent à l'agresseur. Afghans et Vietnamiens, entre autres, montrèrent que mêmes des appétits aiguisés de superpuissances ne peuvent imposer à un groupe apparemment plus faible sachant rendre cela trop coûteux. Il lui faut pour cela y rester prêt, donc s'entraîner de façon réaliste, ce qui est un défi s'il ne peut attaquer.
Des principes issus de l'oeuvre de L. Kohr sont utiles.
Le premier obstacle à la création de communautés chacune homogène sur le plan des valeurs et de la vision est la volonté de ne pas oublier les tensions passées (guerres, massacres, colonisation, esclavage...), comme résumé durant la conférence «Qu'est-ce qu'une nation ?» d'E. Renan.
C'est plus facile lorsque l'écheveau des responsabilités est indémêlable donc interdit d'accuser un seul camp, lorsque les coupables sont depuis longtemps morts, en négligeant que cultiver ces souvenirs (quasi tous parcellaires ou distordus) ne livre pas d'objectif car ne nourrit qu'une vendetta, certes historiquement utile car régulatrice mais rendue obsolète par l'adoption du principe de non-agression.
Le deuxième obstacle est la résistance d'un État-Nation existant à toute réduction de ses prérogatives ou moyens. Le facteur de tension majeur oppose, d'une part, le droit des peuples (ici un groupe de personnes souhaitant vivre ensemble) à disposer d'eux mêmes à, d'autre part, l’intégrité territoriale des États souverains, en une double contrainte.
La volonté d'optimiser de tous (privilégiant mobilisation de vastes ressources donc territoires et populations) conjuguée à l'appétit de pouvoir de certains mènent à un dirigisme centralisé préservant cette intégrité.
En démocratie convaincre la majorité de nos concitoyens de créer ces communautés lèverait cette contrainte d'intégrité territoriale puisque l'État sert les citoyens donc qu'ils définissent son territoire et que par conséquent ce respect n'est opposable qu'à des tiers.
Pour cela prêcher d'exemple donc constituer une première communauté est pertinent mais difficile car ferait d'elle un fait accompli menaçant l'intégrité évoquée, bien perçu comme tel par le gouvernement.
Forger une nouvelle Constitution préservant en France l'État ainsi que le statut de nation tout en établissant absolu et strict respect du principe de subsidiarité pourrait suffire.
Des communautés pourront décider de coopérer, par exemple en projets d'infrastructure proposés par l'État, toutefois (contrairement à l'Union Européenne en place) aucune convention n'en contraindra, par exemple à obéir à une disposition même adoptée par une majorité d'autres.
Puis définir une première version de règles que les communautés s'engageront à respecter épargnera féodalisme ou impérialisme. Elles édicteraient par exemple que chaque communauté est organisée comme ses membres le définissent, accorde à chacun d'eux droit et possibilité de se démettre, et interagit avec toute autre communauté en respectant le PNA.
La répartition des ressources existantes (territoires, infrastructures...) entre communautés est l'obstacle suivant. Cela définirait une première version des dispositions visant à prévenir et à résoudre les conflits inter-communautaires.
Selon la perspective marxiste «seul le travail crée la richesse, le capital ne fait que multiplier la productivité du travail».
Le terme travail connaît de nombreux sens, seul certains présupposent/impliquent utilité pour son produit.
K. Marx utilisait sauf erreur les termes Arbeitskraft ou Arbeitsvermögen, qui signifient force de travail et capacité de travail, donc capacité à travailler que le travailleur vend à son employeur. L'utilité provient de l'utilisation de cette force/capacité par ce dernier, donc de ses idées et directives.
Sur ce plan la perspective marxiste quant à l'évaluation des apports respectifs du travailleur et du patron est similaire à celle qui, aujourd'hui, mène le monde de l'entreprise à constater que «L'idée ne vaut rien, seule l'exécution compte. » ("Execution is everything", "Ideas are easy, execution is hard"...), et la primauté (dangereusement) de plus en plus accordée à l'optimisation donc à l'efficacité productive accélère cette convergence car une idée, seule, ne produit (dans le monde physique) rien tandis que même une force de travail appliquée au hasard livrera quelque chose d'utile (paradoxe du singe savant).
Ce n'est pas le capital qui augmente la productivité mais le progrès technique, assis sur la science et appliqué grâce à des moyens mobilisés par du capital.
L'importance du capital est variable et peut être nulle car certains de ces moyens ne coûtent rien, c'est l'effet «petit coup de génie», un bidouillage implémentable sans effort ni coût et à fort effet de levier, tel que celui d'Humphrey Potter et la machine de Newcomen. Même le génie prêté à ces progrès, enflant l'importance relative de l'apport des innovateurs, est discutable car beaucoup de découvertes doivent tout au hasard.
Sur ce plan on peut (en stylisant) transposer: le capital est la «force de travail», le travailleur rendant l'idée (innovation, le patron) opérante. À ce titre aussi la «dématérialisation» (réduisant les moyens physiques donc le capital nécessaires à la création de valeur) notre société accélère la convergence des conceptions ambiantes avec celles du marxisme selon lesquelles les richesses doivent tout au seul le travail.
Les tares rédhibitoires des thèses de K. Marx tiennent à ce qu'il négligea, en premier lieu le fait que (hors fous ou sages donc minorité) l'humain est inquiet du lendemain donc veut disposer de ressources et par conséquent produire, donc soutiendra le système productiviste le plus optimisé, et historiquement la concurrence d'un marché l'emporte à ce titre sur la planification contrainte, et les grands groupes humains sur les petites communautés.
D'autre part les tensions (lutte des classes) lui semblaient secrétées par le capitalisme alors qu'elles doivent tout aux principaux moyens servant l'optimisation tout autant poursuivie par le communisme: gigantisme, spécialisation, anonymat, dirigisme, centralisation...
Le système soviétique, avant tout productiviste, secrétait selon M. Djilas les mêmes tensions, opposant en particulier la Nomenklatura aux autres. Elles sourdent de ces moyens, communs au capitalisme et au communisme.
De surcroît le gros des travailleurs comprend que l'entrepreneur et ses acolytes (investisseurs...) prennent des risques inévitables durant création et fonctionnement d'un appareil destiné à produire (même dans le cas d'une société coopérative et participative), et nul humain n'aime s'exposer ainsi à du risque menaçant son rassurant patrimoine.
Même les mécanismes d'allocation du capital («décider où investir les ressources pour qu'elles produisent le maximum») procède de l'optimisation, et ici encore la transposition est claire: le capital est, surtout via le machinisme, un type de force de travail dont l'entrepreneur optimise l'efficacité.
Certains préconisent de gérer les domaines stratégiques par la planification centralisée et le dirigisme.
Les raisons de préférer cela aux mécanismes d'un marché sont mal définies et peu consensuelles.
Pis: les interdépendances interdisent de déterminer ce qui est ou non stratégique.
Si la défense est d'ordre stratégique, par exemple, alors tout ce dont dépend l'armée l'est, donc quasiment tout l'est.
Les critères parfois proposés («est d'ordre stratégique ce qui relève d'un horizon long, d'externalités majeures, de dépendances critiques, d'un risque systémique») ne font que déplacer le défi vers leurs sens 'ici de «long, majeur, critique...») et leur composition: lesquels sont joints par l'opérateur OU, par OU BIEN, par ET?.
Donc rien n'est d'ordre stratégique ou bien tout l'est et par conséquent l'économie ne doit pas du tout ou bien doit être complètement planifiée.
Juger préférable de chercher un «équilibre de systèmes» relève du sophisme du juste milieu. Même dans le cas contemporain semblant en relever le gouvernement épaule (plutôt que dirige) le privé.
Distinguer une connaissance totalement nouvelle d'une autre qui est une combinaison de connaissances pré-existantes est difficile parce que le seul moyen connu en est exploration exhaustive des combinaisons des connaissances existantes, donc une connaissance des connaissances, et par conséquent de toute «métaconnaissance» possible.
Le préfixe méta est commun aux tenants et aboutissants: un métamodèle éclaire les métaconnaissances, et la métaprogrammation opérée par un logiciel développant du logiciel nous semble moyen de «découvrir du nouveau».
Nous sommes limités par nos objectifs, rendus impératifs par la volonté d'optimiser: il s'agit de faire mieux ou avec moins de moyens (matière, énergie, temps).
Nous savons décrire l'objectif, les moyens de l'atteindre et les contraintes, puis mettre en oeuvre une machinerie combinant les connaissances. La recherche opérationnelle donne forme à tout cela, LLM et ordinateurs contemporains fournissant la plus puissante machinerie disponible.
Une combinaison de moyens ainsi produite semble neuve mais existait auparavant, latente.
Espérer créer du «complètement neuf» appliqué (donc améliorer quelque chose) en créant un nouveau moyen semble vain car quelle sorte de matière, d'énergie ou de temps dont les composantes n'existent pas déjà pouvons-nous créer?
Produire du neuf passe plus sûrement par un but radicalement nouveau, ce que ne garantit qu'une exploration dépourvue d'objectif appliqué (circonscrit), et par conséquent par une action menée sans effet escompté.
C'est étouffé par notre volonté même d'optimiser donc d'obtenir un résultat prédéfini et mesurable ainsi que de ne pas dissiper de ressource en un projet de façon moins utile qu'elle le serait en un autre (en particulier sans objectif).
C'est étrange car le gros de nos progrès naît des sciences fondamentales, dépourvues d'objectif appliqué et dont le moteur principal est la curiosité. Pis: une bonne part des découvertes correspondantes ou de leur utilité sont le fruit du hasard, ce qui illustre l'inanité de la croyance selon laquelle l'utilité naît toujours d'une intention.
Notre facteur de motivation déterminant, optimiser, réduit notre capacité à créer.
Le GNU superoptimizer illustre certains aspects de la quête d'optimisation.
Il donna satisfaction en optimisant, puis la dilatation des objectifs (longueur de la séquence à optimiser) et moyens: jeux d'instructions, modes d'adressage, archis multi-pipelines et superscalaires précalculant... a rendu le calcul du 'coût' d'une séquence d'instructions trop... coûteux!
Son évolution repose sur du SMT (Satisfiability Modulo Theories) qui orchestre l'exploration donc... optimise l'optimisation.
Lui-même est optimisé grâce à OMT (Optimization Modulo Theories), et ainsi de suite...
La métaprogrammation est ici confinée au strictement quantitatif, et la démarche, au lieu d'ouvrir le champ, simplifie en négligeant ou ôtant des pans de l'objectif ou des moyens disponibles. Espérer créer du résolument neuf grâce à ce genre d'approche semble ambitieux.