L'architecture Renaissance de Toulouse

Bibliographie, avertissement


Trois sources m'ont pour l'essentiel servi à constituer ce petit site sur l'architecture toulousaine de la Renaissance :

- Le livre Hôtels et demeures de Toulouse et du Midi Toulousain (Guy Ahlsell de Toulza, Louis Peyrusse, Bruno Tollon) - 1997.

- Le dossier du numéro de mars 2010 de La revue des vieilles maisons françaises (VMF), n° 231 : Toulouse, le caractère d'une ville, et en particulier l'article La Renaissance toulousaine : un art idéal pour une ville "élue" (Sarah Muñoz et Colin Debuiche).

- Le catalogue de l'exposition "Toulouse Renaissance" qui s'est tenue du 17 mars au 24 septembre 2018 au Musée des Augustins (divers auteurs, direction Pascal Julien).


Je leur emprunte de nombreuses citations, notamment les informations un peu "techniques". Cependant malgré leur importance ces trois ouvrages n'ont pas été mes seules sources, et s'il s'avérait que des inexactitudes ont été écrites ici elles seraient certainement dues à des erreurs de synthèse ou d'interprétation de ma part.

Introduction


Au XVIème siècle, la Renaissance, qui prônait le retour aux modèles de l'Antiquité romaine, se diffusa en Europe depuis l'Italie par le biais notamment de traités et gravures se référant au traité De Architectura de Vitruve (90-20 avant JC), théoricien romain de l'architecture antique.

Chaque foyer d'érudition et de création réinterpréta ces nouvelles références selon ses traditions locales.


Or au début du XVIème siècle Toulouse vivait une période faste. Elle était la 3ème ville de France, une capitale provinciale riche et puissante que le commerce du pastel était en train de doter de marchands d'envergure internationale, chose rare dans son histoire.

Ajoutons à cela un parlement puissant - le premier de province - dont le ressort s'étendait du Rhône à la Bigorre, une université réputée au-delà même des frontières (en droit notamment), un vaste archevêché, une basilique Saint-Sernin qui passait pour l'un des lieux les plus saints du monde, et nous avons là des facteurs de dynamisme propres à donner aux hommes ambitieux les moyens de parvenir, favorisant un climat d'émulation sociale dans lequel il était important de s'afficher.


Foyer d'érudition et d'humanisme, Toulouse fit bon accueil à la Renaissance et se pencha sur son passé antique prestigieux dont il restait peu de vestiges visibles, les anciens monuments romains ayant servi de "carrières de brique" tout au long du Moyen âge.

On renoua avec la Palladia Tolosa des poètes latins Martial, Ausone et Sidoine Apollinaire, la Toulouse antique placée sous le patronage de la déesse Pallas-Athéna (Minerve) présentée comme protectrice des sciences et des arts. En 1522 l'hôtel de ville de capitulum (chapitre) devint capitolium (capitole), traduisant la volonté d'imiter Rome et ses références antiques.

Une œuvre de 1550, pour laquelle nous ferons une petite entorse au thème de ce fil dédié à l'architecture, nous servira d'illustration de cette ambition toulousaine : une statue en bronze de dame Tholose, œuvre du sculpteur Jean Rancy et du fondeur Claude Pelhot, et personnification toulousaine de la déesse Pallas-Athéna.

Toulouse profita là de la présence de son imposant arsenal qui fabriquait armes, canons et cloches, pour réaliser la fonte de cette statue de grande taille, une première en France en dehors des ateliers du roi.

Nul, pas même en Italie, ne s'était alors risqué à une œuvre aussi dynamique, campée sur un seul appui (Jean de Bologne fit son Mercure volant plus de 15 ans plus tard). Avec cette œuvre Rancy s'affirme comme étonnamment précoce, par la maîtrise du drap mouillé qui fera la force de Jean Goujon, par la science des gestes, des torsions et des multiples points de vision, principe qui sera théorisé par Cellini, ou encore par l'inédit élancement du corps.

Elle tenait une girouette dans sa main droite et s'appuyait de sa main gauche sur un écu aux armes de la ville. Sur l'écu étaient inscrites les lettres CPQT MDL, soit Capitulum Populusque Tolosanum 1550, "le capitoulat et le peuple de Toulouse" qui, à la manière du SPQR romain, renvoyait à Rome et à l'idée de République urbaine, les capitouls se targuant de siéger au sein d'un Capitole.

La statue - actuellement visible au musée des Augustins - fut placée à l'origine sur le toit du "donjon" du Capitole, lequel accueillait au rez-de-chaussée le Petit consistoire où se réunissaient les capitouls et abritait à l'étage les archives de la ville, dont les fameuses annales manuscrites, trésor des capitouls constituant une collection unique en Europe de portraits de consuls municipaux.

Construit entre 1525 et 1530 à une époque où la Renaissance avait tout juste commencé à influencer l'architecture de la ville, le donjon est d'une facture encore gothique... l'un des derniers témoins d'une ère qui se terminait.

Sur une façade du donjon, dans un cadre de pierre disposé à la manière d'un temple antique dont les chapiteaux des colonnes mettent en œuvre la superposition des ordres dorique et ionique, les capitouls se présentent tels des consuls romains. Les blasons ont malheureusement été martelés à la Révolution.

L'inscription en latin gravée dans la pierre annonce : FIEBAT ANNO CHRISTIANAE SALUTIS MDXXV IDIBS NOVEBR NOBILIBUS PREINSIGNITIS CAPITOLINIS DECURIONIBUS, qui signifie "A été fait l'année du salut 1525, aux ides de novembre, par les nobles et très distingués magistrats du Capitole".

En se posant en "décurions" siégeant dans un "Capitole" les capitouls de la Renaissance espéraient mettre en avant une légitimité historique remontant à l'Antiquité et dépassant celle des rois de France, face à une administration royale et à un parlement qui tendaient de plus en plus à limiter leurs prérogatives.

Cette prétention du capitoulat (institution créée en 1147) à voir dans la Palladia Tolosa romaine une légitimation de ses privilèges se retrouve dans les manuscrits de l'époque et crée des liens idéalisés entre l'élite toulousaine et la Rome antique, à l'exemple de cette illustration du livre II des Annales (1535) où Pallas est figurée dans un médaillon doré et orné de rinceaux, en faisant la personnification de la ville.

Mais si le ton était donné par les édiles de la ville, c'est cependant surtout dans les demeures privées que l'architecture Renaissance connut à Toulouse sa plus belle expression pendant une bonne centaine d'années. Les propriétaires éclairés de ces fameux hôtels particuliers réclamaient des éléments "à l'anticque", que l'on retrouve surtout sur les fenêtres, portails, cheminées et moulures. Les collections d'antiques comprenant des monnaies et des médailles, on en trouve l'écho dans les nombreux portraits en médaillon sculptés dans les façades de cette époque.

Je rajouterai une dernière note "colorée" à cette introduction : c'est à cette époque faste que la brique foraine - matériau alors onéreux et estimé, contrairement à une idée reçue - commença véritablement à remplacer le bois et le torchis dans les constructions privées. La pierre pour sa part n'était disponible qu'en petite quantité, sa rareté et le coût de son transport la rendaient très chère sur le marché local. Elle fut par conséquent un symbole de luxe et ne fut d'ordinaire utilisée que parcimonieusement : pour les décors sculptés et les chaînages notamment.

Si certains propriétaires très fortunés (Bernuy, Clary) s'offrirent le luxe de façades entières en pierre, la plupart usèrent avec bonheur de la polychromie rouge-blanc offerte par son alliance particulièrement réussie avec la brique. Au-delà du seul aspect esthétique, ce jeu de la brique et de la pierre était à la Renaissance une référence recherchée à l'Antiquité toulousaine, notamment aux remparts chantés par Ausone qui faisaient la parure de la Tolosa romaine, et dont il restait des vestiges visibles.


Je ne prétends pas ici vous montrer tous les témoignages de l'architecture Renaissance de Toulouse, car des spécialistes pourraient certainement identifier des éléments Renaissance dans d'autres édifices, mais en voici au moins une présentation de l'essentiel.