On sait si peu de choses sur l’enseignement local avant le XVIIe siècle, qu’il est permis de penser qu’il était inexistant. Ici, point de communauté religieuse susceptible de dispenser une quelconque instruction aux enfants. Peut-être le curé en prenait-il quelques-uns sous son aile lorsqu’il décelait en eux des prédispositions particulières pour les lettres et, surtout, pour les saintes écritures ; néanmoins, ces soins particuliers étaient insuffisants pour instruire les jeunes générations de la paroisse dans leur ensemble.
Les premières traces connues d’un enseignement organisé remontent au XVIIe siècle, avec Dominique Marcoin que l'on trouve mentionné dans plusieurs actes paroissiaux, comme « Me d'escoles de Sablonnières » le 8 octobre 1642, comme « Recteur des escolles » le 10 janvier 1657 et à nouveau comme « Me descole » le 28 janvier 1675 (un double d'acte de mariage du 9 janvier 1668 nous apprend qu'il était aussi clerc paroissial). Au siècle suivant, cet enseignement primitif fut assuré par Toussaint Mugar qui était en fonctions en 1735, par Barthélémy Delambre de 1742 à 1790 puis par Jean-Barhélémy Delambre qui prit ses fonctions en 1790.
On sait que la scolarité était ouverte aux garçons et aux filles mais l'école était, de par son fonctionnement, différente à bien des égards de celle que nous connaissons aujourd’hui.
Par essence, l’enseignement était indissociable de l’église. Mis en place au sein de la paroisse, tout ce qui le concernait dépendait de la fabrique, corps chargé de l’administration des biens matériels de l'église. La mainmise de l’église sur l’école avait des conséquences importantes sur le contenu des enseignements et sur la condition de ceux qui en étaient chargés : d’une part, l'école était un lieu d'apprentissage de la lecture, de l'écriture, de l'arithmétique mais aussi du catéchisme et du plain-chant ; d’autre part, l’enseignant que l’on appelait alors le « recteur d’eschole », était nommé par le conseil de paroisse (composé du curé desservant et de laïcs) et était aussi clerc et chantre.
A la différence de l’école moderne, aucun local n’était dédié aux enseignements : les leçons étaient prodiguées dans la cure ou chez le maître d'école.
De plus, la scolarité s'échelonnait seulement de novembre à juin, en dehors des périodes de moissons et de vendanges. Le souci d’instruction des enfants, qui n’était pas encore devenue une véritable priorité, s’effaçait devant les travaux des champs qui, eux, ne pouvaient pas attendre et nécessitaient le concours de chaque membre de la famille.
Enfin, l’école était payante si bien que les plus démunis ne pouvaient y prétendre. Pour autant, ces frais n’étaient pas très élevés et même complétés par la rétribution de ses fonctions à l’église - Henri Lecamus, instituteur à la fin du XIXe siècle, rapportait que le maître d'école recevait, lorsqu'il portait l'eau bénite dans les maisons, un morceau de pain ou un sou, c'est-à-dire ce que l'on donnait d'ordinaire aux mendiants - ne suffisaient pas à assurer au maître un niveau de vie confortable. Aussi, pendant les vacances, devait-il lui aussi travailler aux champs comme moissonneur, faucheur ou vendangeur.
Cette organisation scolaire fut maintenue jusqu’en 1789.
Avec la Révolution, l’instruction publique devint une affaire laïque organisée au niveau de la commune. Pourtant, les conditions d'enseignement restèrent longtemps médiocres, pour plusieurs raisons.
Premièrement, le maître d'école ne jouissait toujours pas d'une place très enviable. Si le principe d’un enseignement payant, remis en cause par la Constitution de 1791, avait été rétabli par la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) sous la forme d’une rétribution scolaire payée directement par les familles des élèves, la rémunération mensuelle de l'instituteur nommé en 1803, Barthélémy Delambre, n'était que de 30 centimes par élève de la première classe, 50 centimes par élève de la deuxième et 75 centimes par élève de la troisième (1), sachant que les familles indigentes étaient exemptées de cette contribution et qu'il n'était pas rare que l'instituteur dût se rendre dans les familles assujetties pour réclamer son dû.
Bien que logé par la commune dans l'école, le maître devait toujours se procurer un revenu complémentaire en remplissant en dehors de la classe des fonctions à l'église, comme sonneur et comme chantre au lutrin (Pierre Lefèvre fut le dernier à exercer ces fonctions accessoires, jusqu'en 1877). Pour la première de ces attributions, chaque laboureur lui donnait traditionnellement un ou deux seaux de vin ou de cidre ; pour la deuxième, il était payé par les paroissiens lors des baptêmes, des mariages et des enterrements. Pendant les mois de vacances, il devait toujours travailler aux champs et vivait généralement dans la pauvreté. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant de lire dans un acte de l'état civil de 1795 que Barthélémy Delambre était marchand et instituteur. L'instituteur Pierre Lefèvre résuma la condition de ses prédécesseurs en ces termes : « Ici, comme ailleurs, sans doute, les émoluments de l’instituteur ont été presque nuls jusque vers 1830 ; aussi, d’après le témoignage de personnes sérieuses, se trouvait-il, sous le rapport des moyens d’existence, dans un rang bien inférieur à des ouvriers de campagne peu laborieux ».
La loi Guizot du 28 juin 1833 et les lois sur l’enseignement primaire qui suivirent améliorèrent sensiblement la condition de l’instituteur en obligeant la commune à lui assurer, outre le logement, un traitement fixe minimum de 200 francs annuels.
L’instituteur des garçons et, plus tard, l’institutrice des filles percevaient toujours le produit de la rétribution scolaire acquittée par les parents d'élèves suivant un tarif voté par le conseil municipal en fonction du niveau d'apprentissage : Le 11 août 1833, le conseil municipal fixa le traitement de l'instituteur à 300 francs, y compris la rétribution qui serait de 50 centimes pour les élèves apprenant à lire, de 75 centimes pour ceux qui savaient lire et écrire et de 1 franc pour ceux qui apprenaient le calcul et la grammaire. En 1841, elle était toujours fixée à 50 centimes pour les élèves qui apprenaient à lire, 75 centimes pour ceux qui savaient lire et écrire, et 1 franc pour ceux qui recevaient une instruction plus étendue. Le 14 mai 1843, le conseil municipal porté la contribution des élèves de la première catégorie à 60 centimes pour l'année scolaire 1843-1844. Le 16 mai 1846, elle fut augmentée pour les trois catégories d'élèves à respectivement 75 centimes, 1 franc et 1,25 francs pour les trois catégories. Le 15 novembre 1850, elle fut rétablie au tarif antérieur, maintenu les année suivantes, étant jugé, le 29 avril 1852, « assez élevé pour suffire aux besoins de l'instituteur que pour les pères de famille ». A nouveau, le 15 février 1853, le conseil municipal l'augmenta à 75 centimes, 1 franc et 1,25 francs. Ce tarif était toujours appliqué en 1862, lorsque la municipalité décida d'instituer un taux unique de 1,50 francs (délibération du 16 février). Mais le 22 février 1863, on revint pour l'année suivante à deux catégories, l'une à 1 franc, l'autre à 1,50 francs. A partir de l'année 1869, la rétribution scolaire fut appliquée à l'école des filles, l'institutrice libre ayant été nommée institutrice publique. A partir de l'année 1871, elle fut remplacée par une taxe spéciale tarifée en fonction de l’âge des élèves et pouvait être payée mensuellement ou annuellement. Elle était de 1 franc par mois ou 10 francs par an pour les enfants de moins de sept ans et de 1,50 francs par mois ou 12 francs par an pour les plus de sept ans (délibération du 27 février 1870). Celle des filles de plus de sept ans a été pendant quelque temps de 11 francs avant 1877. Le 15 février 1880, la conseil municipal diminua le montant dû en 1881 pour les enfants de plus de 7 ans à 1 franc par mois (elle restait de 12 francs pour les parents qui payaient annuellement) mais la rétablit dès l'année suivante à 1,50 francs. Seules les familles indigentes en étaient exemptées et à cette fin, le conseil municipal désignait les élèves admis à suivre un enseignement gratuit (par exemple, on en comptait 15 en 1834, 16 en 1841, 11 en 1842 et en 1843, 8 en 1844, 12 en 1845, 10 en 1846, 12 en 1847 et, en 1877, 9 garçons sur les 44 qui fréquentaient l'école). Finalement, la rétribution scolaire fut supprimée par la loi du 16 juin 1881 établissant la gratuité absolue de l'enseignement primaire.
La loi du 10 avril 1867 avait ajouté un traitement éventuel calculé à raison du nombre d’élèves gratuits présents à l’école, d’après un taux déterminé, chaque année, par le préfet, sur l’avis du conseil municipal et du conseil départemental. Sachant qu'à partir de 1851, les enseignants bénéficiaient d'une rémunération minimale garantie (pour les instituteurs : 600 francs annuels aux termes de la loi du 15 mars 1850, puis 700 francs en 1870, 900 francs en 1871 et 1 000 francs en 1882 ; pour les institutrices : 600 francs en 1871, 700 francs en 1878, 800 francs en 1882), ils bénéficiaient aussi, lorsque le traitement communal fixe, le produit de la rétribution scolaire et plus tard le traitement éventuel ne permettaient pas d'atteindre cette somme, d'un supplément obligatoire financé par les ressources ordinaires de la commune et, en cas d'insuffisance de ces dernières, par une imposition de 3 centimes additionnels aux contributions directes voire, au besoin, par le département et l'État. En outre chaque année, la municipalité pouvait voter un supplément facultatif pour améliorer la condition de ses enseignants.
Voir le Tableau récapitulatif
A la fin des années 1860, la rémunération des enseignants comprenait aussi une indemnité pour frais de chauffage des classes, initialement fixée à 20 francs par an (2) ainsi qu'une indemnité personnelle pour les cours pour adultes. A partir de 1884, la commune leur versa une indemnité « pour frais de bureau et de chauffage de la mairie, entretien du mobilier des classes et chauffage du même local ».
Deuxièmement, la scolarisation des enfants n'était toujours pas prioritaire et passait après les récoltes ou les autres travaux auxquels les jeunes gens étaient employés. Jusqu'en 1835, la classe se tenait au plus 6 mois par an, d'octobre (parfois novembre selon la température et l'abondance des récoltes) à mars. Dans les quinze ans qui suivirent, le nombre des enfants fréquentant l'école - indiqué dans les délibérations annuelles sur les dépenses relatives à l'instruction - varie de manière caractéristique entre l'hiver (73 en 1841-1842, 76 en 1842-1843, 65 en 1843-1844, 76 en 1844-1845, 76 en 1845-1846, 88 en 1946-1847, 90 en 1849-1840) et l'été (28 en 1841-1842, 30 en 1842-1843, 25 en 1843-1844, 26 en 1844-1845, 26 en 1845-1846, 15 en 1846-1847, 20 en 1849-1850).
Troisièmement, le recrutement des enseignants ne dépendait absolument pas de leurs connaissances : quand le poste était vacant, les candidats étaient réunis dans l'église en présence du curé et du comité scolaire ; il était alors demandé à chaque postulant de chanter et le meilleur chanteur était retenu pour devenir chantre au lutrin et maître d'école. Le conseil municipal validait ensuite le choix du comité. C'est ainsi que Jean Delambre fut nommé par le conseil municipal après avoir été, le 16 germinal de l’an IX (6 avril 1801), examiné par le jury communal.
Quatrièmement, la classe était faite dans des locaux qui étaient inadaptés à cet usage et dont la vétusté nécessita de nombreux travaux et plusieurs déplacements des lieux d’enseignement (voir Les écoles de Sablonnières).
Cinquièmement enfin, l'enseignement ne suivait aucun programme, ne donnait lieu à aucune émulation (seules les punitions corporelles étaient pratiquées) et demeurait individuel, le maître faisant travailler chaque élève à part. En conséquence, les résultats n'étaient pas reluisants : au début du XIXe siècle, l'école était peu fréquentée et seulement 10 % des élèves possédaient l'instruction nécessaire pour cultiver la terre, les autres sachant à peine signer. A titre d'exemple, un cultivateur habitant au Montcel nommé Jean-Baptiste Ricard, qui était né en 1814 dans la Marne et y avait probablement passé son enfance, écrivait quarante ans plus tard à un notaire de « St Sir » (Saint-Cyr-sur-Morin) avec une orthographe plus qu'approximative et en méconnaissance des règles de grammaire élémentaires :
A partir de 1852, la situation commença à s'améliorer sous plusieurs aspects, tant pour les enseignants que pour les écoliers.
Désormais, les instituteurs étaient choisis par le conseil municipal en fonction de leurs capacités d'écriture, d'orthographe et autres connaissances. Plus tard, seuls les diplômés de l'école normale purent enseigner, à l'instar de Pierre Lefèvre (à Sablonnières de 1875 à 1882) qui était titulaire du brevet de capacité élémentaire ou de Lecamus qui, nommé à Sablonnières en 1882, était issu de l'Ecole normale et avait été examiné à Melun le 21 mars 1873. Les instituteurs étaient dorénavant des enseignants à part entière, qui consacraient leur activité à l'école même si plusieurs d'entre eux ont fait accessoirement office de secrétaire de mairie.
L'assiduité des enfants est devenue une priorité pour certains enseignants tel Pierre Lefèvre : « A mon arrivée dans la commune de Sablonnières, en juillet 1875, j’eus la douleur de voir l’école presque déserte. Douze enfants seulement en suivaient les cours. Consultant les registres d’appel des années antérieures, je m’aperçus immédiatement que cet état de choses existait depuis longtemps, et quelques mois d’exercice me confirmèrent dans ce que j’avais vu. Je cherchai alors à connaître les causes de cette fréquentation irrégulière. J’appris, non sans peine, que l’instruction des parents était très restreinte et que, par conséquent, ils ne pouvaient apprécier les bienfaits d’une instruction solide ; qu’ensuite, les diverses préparations à donner à l’oseraie, industrie importante de la localité, occupaient de grands et de petits enfants depuis le mois d’avril jusqu’à la mi-juillet » (3). Le jeune instituteur expliquait ensuite les efforts qu'il avait accomplis pour augmenter la fréquentation de l'école de garçons, d’une part auprès des élèves en rendant ses leçons attrayantes, en leur permettant de constater leurs progrès et en les récompensant par des images ou par des livres, et d’autre part envers les parents en les entretenant chaque fois qu'il en avait l'occasion des résultats de leur progéniture. La démarche fut fructueuse puisque l’année scolaire 1875-1876 se termina avec 29 élèves et la suivante avec 30 élèves (au cours de cette même année scolaire, d'après les chiffres donnés par ce même instituteur, l'école comptait en moyenne 53 élèves par mois, soit 12 en 1re division, 20 dans la 2e et 21 dans la 3e).
En ce qui concerne les locaux, la commune entreprit non sans mal et à plusieurs reprises, à partir des années 1840, d'importants travaux pour se doter d’une véritable école (voir Les écoles de Sablonnières).
Un effort important fut aussi accompli par les autorités communales pour l'équipement scolaire. Elles intervinrent notamment lorsqu'il fallut réparer ou remplacer le mobilier comme vers 1876, lorsqu'elles chargèrent le menuisier Boyer de réparer des tables. Toutefois, l'architecte départemental constatait en 1908 la nécessité de remplacer les « longues tables à plusieurs places mal commodes et plus en rapport avec les données actuelles de l'hygiène scolaire ».
Pour ce qui est du matériel pédagogique, celui-ci semble avoir été très rudimentaire jusqu'au troisième quart du XIXe siècle. On sait par exemple que la classe des garçons de Pierre Lefèvre disposait d'un ensemble de cartes murales, que la commune acheta en 1879 un globe terrestre et un compendium pour chacune des deux écoles (4), des livres d'arithmétique et de calcul mental en 1923, des cartes Vidal en 1926, du matériel de chimie en 1928 et, pour l'école des filles, des fournitures de couture et de broderie. On sait aussi que l'école disposait dans les années trente d'un appareil cinématographique acquis grâce à une subvention. (5)
Malgré ces initiatives, la comparaison des inventaires dressés dans les deux écoles de 1922 à 1956 montre que le mobilier scolaire a peu évolué durant cette période. Il apparaît aussi que les écoles disposaient de matériels pédagogiques peu nombreux et dont certains, présents dans les années 1920, existaient toujours à la veille de la seconde guerre mondiale.
Concernant les équipements sportifs, qui étaient eux aussi fort modestes (les premières acquisitions ont été effectuées entre 1929 et 1935 : il s'agissait de deux ballons et d'un jeu de quille qui ont été complétés après-guerre par un jeu de croquet, deux poteaux et un ballon de basket), l'inspection des locaux scolaires effectuée le 19 mai 1943 par l'inspection primaire dans l'école des garçons concluait : « Néant – Pas même une corde à grimper ». Une telle corde fut acquise à la suite.
En réalité, l’équipement des écoles resta relativement sommaire jusqu’à la création de l’allocation de scolarité en 1951 (6). Grâce à cette allocation, la commune a pu planifier chaque année des travaux de rénovation et l’acquisition de fournitures scolaires : un tableau noir ouvrant, deux projecteurs fixes, des films, quatre duplicateurs, du matériel d’éducation physique, du matériel d’enseignement des sciences et trente livres de bibliothèque (7) ; un projecteur « Superbabystar 49 » et quarante-cinq films (8) ; un duplicateur, des cartes de géographie, une corde à grimper, un ballon, un élastique de saut, du matériel d’enseignement et des films (9) ; un tableau de toile, des livres de bibliothèque, des films et du matériel de travail du bois (10) ; un électrophone et des disques, livres de bibliothèque et films (11) ; disques, films, un amplificateur, des tableaux d’enseignement et des jeux de dominos (12) ; une carte du département (13) ; un tableau d’Histoire et des films. (14)
Un autre inventaire dressé le 16 septembre 1954 détaille le mobilier de l’école : une estrade de bureau, un bureau, une chaise, vingt-trois tables inclinées à deux places, un tableau noir triptyque, deux tableaux noirs à une face, un thermomètre, une armoire, un corps de bibliothèque, un meuble à étagères, une armoire basse à portes coulissantes, une sellette à dessin, un poêle à bois, quarante encriers, des bancs de quatre et six places, cinq rideaux de scène de théâtre, quatre rideaux pare-soleil. On y trouve aussi énuméré le matériel d'enseignement : un tableau de système métrique, un mètre plat, une chaîne d’arpenteur, un décimètre-cube au verre cassé, une série de mesures de capacité en étain, une autre en fer blanc, une autre en bois, un globe au pied cassé, un planisphère, quatre cartes de France, une carte de l’Asie, une carte de l’Afrique, une carte de l’Amérique, trois cartes des colonies françaises, deux cartes de l’Europe, une série de douze cartes recto-verso « La France et l’Union française », une série de onze cartes « Le monde et les grandes puissances », une série de huit tableaux de sciences recto-verso « L’homme », deux collections d’images d’Histoire, deux collections « Documentation en couleurs », un projecteur fixe (le « Superbabystar » acquis deux ans plus tôt), quatre-vingt-seize films fixes, un appareil de cinéma « Pathébaby » 9,5 millimètres, une lanterne de projection, un écran de cinéma, une sellette de cinéma, une collection « Bibliothèque du travail », un duplicateur à alcool Rally, une équerre, un rapporteur et un compas en bois pour tableau noir, du matériel scientifique inutilisable (du matériel de chimie avait été acheté en 1928), un guide-chant à deux octaves, deux pupitres à musique en bois, un ballon de football, un élastique de saut, une corde à grimper (articles acquis aussi en 1952), un jeu de quilles, une carte d’état-major, quatre établis de menuiserie, deux varlopes, deux riflards, deux rabots, deux limes à bois, un vilebrequin, six mèches, deux bédanes, deux ciseaux, un maillet, deux valets. Au cours des décennies suivantes, la municipalité s’est efforcée de répondre aux besoins des élèves et des instituteurs en achetant à nouveau du mobilier (15) ou du matériel : en 1963, l'école fut dotée d'un électrophone « Teppaz 336 Micro » et de disques de fables, rondes et contes ; l'année suivante, du matériel de chimie fut acheté, ainsi que des livres et des jeux (dominos et jeux de lecture) ; l'allocation scolaire 1969-1970 fut affectée à l’acquisition d’un portique avec agrès.
Les fournitures scolaires étaient quant à elles payées par la commune et dans un premier temps, commandées librement par l’instituteur. A partir de 1850, toute commande fut soumise au visa du maire et de la commission scolaire de la commune (16). Un siècle plus tard, la commune prenait toujours en charge les achats destinés aux enfants des familles sablonniéroises, les familles extérieures devant payer les fournitures à la caisse des écoles de la commune (17). Dans les années 1960 et 1970, l’allocation scolaire, les crédits du Fonds scolaire des établissements publics étaient généralement affectés à l’acquisition de fournitures. (18)
L'organisation des enseignements avait lui aussi été amélioré, notamment avec de véritables programmes. Ainsi, durant scolaire 1877-1878, on suivit le programme de 1876. L'enseignement de 3e division (la division inférieure) comprenait notamment l’écriture (dictée de lettres, de sons et de nombres, copie de phrases), le dessin, les additions. Les élèves des deux divisions supérieures étudiaient essentiellement le français (ils s’y exerçaient avec des dictées et des exercices de grammaire quotidiens, et certains jours des rédactions) et les mathématiques avec au moins un problème chaque jour. Ils recevaient aussi des leçons de géographie sujettes à exercices (tracé de cartes), des leçons de choses et avaient quelquefois des exercices de dessin.
La classe avait lieu du lundi au samedi avec un congé le jeudi toute la journée du 1er avril au 1er octobre et d'une demi-journée seulement du 1er octobre au 1er avril.
L'émulation était désormais de mise. Le maître visait les cahiers achevés et n'hésitait pas à encourager les bons élèves. Le bon travail était récompensé par des images en 3e division et par des livres dans les deux divisions supérieures.
A la fin des années 1870, les devoirs et les leçons étaient désormais récompensés par des points (de 0 à 5), les « bons points », qui étaient totalisés par élève et desquels étaient retranchés les « mauvais points » sanctionnant la mauvaise conduite, la malpropreté ou l'arrivée en retard. Chaque quinzaine, le décompte des points donnait lieu au classement des élèves. Les autres récompenses étaient l'inscription au tableau d'honneur, l'inscription au tableau d'encouragement à la parole, une bonne note au livret de correspondance et la lecture d'une histoire. Inversement, les élèves pouvaient être sanctionnés par la radiation du tableau d'honneur, la retenue avec travail, le balayage et une mauvaise note au livret de correspondance.
Plus tard, les bon points prirent la forme de petits tickets en papier fort et leur cumul permettait aux élèves d'obtenir des images.
Pour ce qui est du contenu des enseignements, un véritable programme était désormais suivi et les cours étaient répartis suivant un emploi du temps bien déterminé : lecture, écriture, récitation, rédaction, orthographe et grammaire pour le Français ; dessin ; histoire et géographie ; calcul ; instruction morale et civique.
Les programmes évoluaient peu à cette époque même si des efforts étaient accomplis pour améliorer les apprentissages. Par exemple, aux termes d'une conférence pédagogique du 18 octobre 1912, l'enseignement du Français en cours préparatoire devait comprendre non seulement la lecture, la copie, la dictée et les premières notions de grammaire, mais aussi deux à trois leçons spéciales d'exercice de langage par semaine. Pour ces exercices, la méthode devait consister à associer les mots aux choses, grâce à un « musée d'objets usuels ou d'images représentatives » constitué par le maître, en travaillant l'articulation des noms des objets et en procédant à leur répétition jusqu'à leur prononciation franche, puis par conversation entre le maître et les élèves.
En ce qui concerne les effectifs, 69 élèves en moyenne fréquentèrent l'école chaque année de 1855 à 1886 et l'assiduité va en progressant (8 mois en 1882 pour seulement 6 en 1855), même si plusieurs élèves s'absentent toujours de l'école pour seconder leurs parents, surtout en été. Les motifs d'absence relevés dans les registres d'appel journalier sont parlants : les absences excusées par les « travaux des champs », « travaux de la maison » ne sont pas rares à la fin du XIXe siècle et au début du suivant, époque à laquelle l'aide que les enfants pouvaient apporter à leurs parents primait toujours sur l'instruction. Aussi n'est-il pas étonnant d'en constater les séquelles chez les élèves de cette époque devenus adultes :
L'absentéisme demeurait toujours élevé au début du siècle suivant et les exemples d'excuses pour besoins domestiques sont encore nombreux dans les archives de cette époque : Durant l'année scolaire 1911-1912, des filles sont absentes pour soigner un membre de leur famille (une d'elle manquera l'école pendant plus de 3 mois pour s'occuper de ses frères et sœurs) et un garçon d'une famille nombreuse s'absente durant 20 jours pour aider ses parents. En 1924-1925, tel autre « prépare de bois pour le fournil », « aide sa mère », « coupe le bois avec son père » ou « bêche le jardin ». Plus souvent encore, les absences sont justifiées par la participation des enfants aux travaux agricoles, essentiellement la coupe, le décorticage et le blanchissage de l'osier d'avril à juin, les moissons en juillet, le ramassage des betteraves en octobre et le battage des récoltes en décembre. Le 2 mai 1937, l'inspecteur primaire de Coulommiers écrivait au maire pour lui demander d'informer Monsieur Beaurepaire, propriétaire d'une ferme au Plessier, du fait qu'un enfant de Villeneuve-sur-Bellot qui était employé chez lui devait fréquenter l'école de cette commune ou celle de Sablonnières et qu'à défaut, une action en justice serait intentée contre les parents et l'employeur.
Dans les années 1870, l'école de filles et celle de garçons comprenaient chacune 3 divisions dont la première comptait deux sections. Après 1890, on les nomma cours élémentaire, cours moyen et cours préparatoire. Dix ans plus tard, celle des garçons avait aussi un cours enfantin pour les plus jeunes (il n'existait pas d'école maternelle). Plus tard, une section enfantine fut ouverte chez les filles.
Un cours d'adultes existait aussi à Sablonnières. En 1878, cette classe qui existait depuis de nombreuses années comptait une moyenne annuelle de 20 jeunes gens venant étudier le soir. Toutefois, les effectifs diminuèrent (moins de dix enfants de cultivateurs s'y rendaient) et cette classe fut supprimée en 1886. Rétabli ultérieurement, le cours d'adultes restait peu fréquenté : durant l'hiver 1926, il comptait neuf élèves. Il existait toujours à la fin des années trente où la municipalité mit à disposition deux pièces de l'ancien presbytère (19). Dans les années 1950 une école post-scolaire agricole était ouverte durant les soirées d'hiver aux jeunes gens ayant achevé leur scolarité obligatoire, dans les locaux de l’école primaire. Elle disparut en 1968 avec l’allongement de la scolarité.
Au plan financier, l'école fonctionnait à la fin du XIXe siècle grâce à une caisse cantonale alimentée par les subventions communales et les cotisations des particuliers (20). A partir de 1907, les livres et les cahiers furent fournis gratuitement aux élèves. En 1924, fut créée une caisse des écoles destinée à « faciliter la fréquentation des classes par la gratuité des fournitures, la distribution d'aliments chauds l'hiver, par des récompenses, sous forme de livres utiles et de livrets de Caisse d'Épargne aux élèves les plus appliqués, et par des secours aux élèves indigents ou peu aisés ». Fonctionnant grâce aux cotisations de ses membres, aux subventions dont elle bénéficiait et aux dons recueillis essentiellement lors de collectes, elle gérait les « soupes chaudes » (cantine scolaire) avec le soutien ponctuel du Bureau de Bienfaisance de la commune qui votait pour une fourniture de pain en période hivernale. Ainsi, alors que les élèves de l'école communale qui ne pouvaient pas rentrer déjeuner chez eux devaient à l'origine apporter leur repas, une cuisine permettait désormais la réparation des plats avec des ustensiles et des denrées achetés chez les producteurs et les marchands locaux, chez ceux des communes voisines voire, avec le développement des transports, dans des localités plus éloignées (dans les années 1940, la commune allait se servir jusqu'à Coulommiers ou Sammeron). La cuisine était assurée par une femme de service rétribuée par la commune et en 1945, une cuisinière d'occasion fut acquise.
Depuis 1926, une femme de service assurait aussi le balayage des classe qui incombait auparavant aux élèves.
Dans les années 1930, une coopérative scolaire s'efforçait d'améliorer la condition des élèves. Elle achetait du matériel grâce aux subventions de la commune, aux dons et aux recettes réalisées lors des manifestations qu'elle organisait telles que bals ou, comme en 1939, projections cinématographiques pour tous les amis des écoles, événement suffisamment exceptionnel pour être annoncé dans le journal Le Matin du 19 février. C'est aussi la coopérative qui offrait des tours de manège aux enfants des écoles lors de la fête communale.
Après 1920, il a été admis que la mixité de l’enseignement était de nature à adoucir le caractère des garçons au contact des filles et à renforcer celui des filles en présence des garçons. C'est en 1923, à la demande des instituteurs, que la municipalité s'est prononcée en faveur de la gémination des classes, étant observé que les cours des deux écoles pouvaient facilement communiquer (21). C'est ainsi que l’école élémentaire des garçons et celle des filles ont été réunies pour n’en former qu’une et on imagine difficilement combien ce changement a dû représenter, pour les enseignants comme pour les élèves, une véritable révolution.
Désormais, l'école primaire regroupait les élèves du cours préparatoire, des deux sections du cours élémentaire, des deux sections du cours moyen et des deux section de la classe de fin d’études qui préparait au certificat d'études. Ils étaient répartis en deux classes à niveaux multiples ayant chacune son institutrice ou son instituteur.
Dans les années 1970, le niveau de fin d'études n’existait plus mais chaque classe était toujours à niveaux multiples : section enfantine-cours préparatoire et CE1 pour l’une ; CE2 et cours moyen pour l’autre. Le 29 mai 1972, la municipalité accepta un regroupement pédagogique pour la rentrée suivante, avec l’école de Hondevilliers et les élèves de celle de Boitron qui était vouée à disparaître. Selon la répartition initialement prévue, l’école de Sablonnières devait accueillir les SE-CP et les CM. Puis, dans les années 1980, l’école maternelle a été transférée à Hondevilliers et les CE sont retournés à Boitron.
Classes mixtes en 1951 et en 1978.
Aujourd'hui, l'école de la Vallée est réduite à deux classes et les doubles niveaux sont fréquents. Avec les écoles publiques de Boitron et d'Hondevilliers, elle fait toujours partie d’un regroupement pédagogique intercommunal. Tel a été le prix à payer pour leur survie.
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(1) Registre des délibérations, 1er nivôse de l'an XII de la République (23 décembre 1803) (Archives communales).(2) C'est l'instituteur, logé dans l'école, qui assurait le chauffage des classes.(3) LEFÈVRE (Pierre), Travaux scolaires préparés en vue de l'Exposition universelle (Archives communales).(4) Délibération du conseil municipal du 18 mai (Archives communales).(5) Lettre de l'inspecteur d'académie au maire du 16 mai 1929 (Archives communales).(6) Loi Barangé du 28 septembre 1951 destinée à aider les collectivités territoriales à faire face à la poussée démographique de l'après-guerre et à la prolongation de la scolarité obligatoire. (7) Délibération du conseil municipal du 28 mars 1952 (Archives communales).(8) Délibération du conseil municipal du 19 juillet 1952 Archives communales).(9) Délibération du conseil municipal du 27 novembre 1952. Le 28 mars 1952, la municipalité avait en outre décidé d’équiper le logement scolaire d’un poste de télévision (Archives communales).(10) Délibération du conseil municipal du 18 novembre 1953 (Archives communales).(11) Délibération du conseil municipal du 5 novembre 1954 ; facture Noël à Coulommiers pour une mallette-électrophone Philips (Archives communales).(12) Délibération du conseil municipal du 17 octobre 1955 (Archives communales). (13) Délibération du conseil municipal du 15 octobre 1956 (Archives communales).(14) Délibération du conseil municipal du 14 octobre 1957 (Archives communales).(15) Délibération du conseil municipal du 26 octobre 1972 décidant l’achat d’une table octogonale et de huit chaises ; délibération du 13 décembre 1972 relative à l’affectation de l’allocation scolaire 1972-1973 (Archives communales).(16) Délibération du conseil municipal du 20 août 1849 (Archives communales).(17) Délibération du conseil municipal du 16 août 1950 (Archives communales).(18) Par exemple, délibérations du conseil municipal des 5 février 1969, 22 janvier 1971, 28 janvier 1972 (Archives communales).(19) Délibération du conseil municipal du 3 juin 1938 (Archives communales).(20) Cette caisse avait été créée en 1880 à l’initiative de la délégation du Conseil départemental de l’Instruction publique dans le canton de Rebais. Le conseil municipal, qui avait décidé, le 14 mai 1882, la création d’une caisse des écoles municipale, demanda le 4 juin de la même année que la commune soit rattachée à la caisse cantonale (Archives communales).(21) Délibération du 23 juin 1923 (Archives communales).