Alors que les forces françaises avaient déjà été mises en alerte à deux reprises, d'abord au printemps 1936 en raison de la remilitarisation de la Rhénanie puis, au printemps 1938 suite à l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne, une première mobilisation partielle fut décrétée du 23 septembre au 6 octobre 1938 lors du rattachement des Sudètes au Reich. A cette occasion, le conseil municipal envisagea des mesures de défense : entassement de sacs de sable sur plusieurs sites de la commune, creusement de tranchées aux Terres-Blanches (au sud-est du bourg), vers Hautefeuille et au Jariel, achat de 160 bouteilles de produit contre les gaz et stockage de pierres pour barrer l'accès au village (1). La guerre de tranchées qui avait marqué le pays n'était pas loin et les démons de Verdun resurgissaient soudain.
Un an plus tard, le 25 août 1939, les classes récemment libérées furent rappelées et le 2 septembre, l'armée allemande étant entrée en Pologne, la mobilisation générale fut proclamée. Des affiches apposées dans la commune enjoignirent à tous les hommes âgés de 20 à 48 ans de rejoindre leur centre de regroupement dans le délai indiqué dans le fascicule qui leur avait été remis à la fin de leur service militaire.
Le 3 septembre à 17 heures, la France entrait en guerre. Localement, la défense passive s'organisa. Le 7 du même mois, les sapeurs-pompiers mobilisés étaient remplacés par neuf hommes libérés des obligations militaires et des préposés à la police des lumières furent désignés pour veiller, dans le bourg et dans chaque hameau, au camouflage des éclairages qui ne devaient pas être visibles de l'extérieur. D'octobre 1939 à juin 1940, des troupes françaises du génie (des 8e, 18e et 28e régiments) séjournèrent dans la commune.
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(1) Il est question de ces pierres dans une délibération du Conseil municipal du 12 octobre 1940 qui prévoit leur utilisation pour réparer un chemin.Au mois de mai 1940, les routes de la commune virent passer les premiers civils qui avaient fui l'avancée allemande à l'Est et au Nord du pays. Les 10 et 11 juin, l'armée ennemie atteignit la Marne et ce furent désormais des habitants des régions de La Ferté-sous-Jouarre et de Château-Thierry qui traversent la commune, rapidement suivis par des troupes françaises qui reculaient. Des exilés de villages voisins abandonnèrent au passage certains de leurs biens, tel un habitant de Charly-sur-Marne qui laissa sa motocyclette.
Le 12, les premiers Sablonniérois quittèrent leur village. Le lendemain, la canon tonnait et plusieurs obus passèrent au-dessus du bourg. Quelques-uns tombèrent sur la commune, endommageant la toiture de la maison du cantonnier Charles Desessard et celle de la grange de la veuve Letellier (1) ; le téléphone était coupé. Un nombre important de soldats français dépourvus de commandement et plusieurs batteries d'artillerie se trouvaient là, alors que l'armée française était vaincue et désintégrée. Face au danger et à l'arrivée imminente des envahisseurs, le village se vida de la quasi-totalité de ses habitants qui, le 15 juin, se jetèrent sur les routes avec brouettes, voitures à bras, landaus, attelages, bicyclettes, motocyclettes, automobiles, chacun emportant ce qu'il pouvait. Dans ce gigantesque mouvement de panique que l’on nomme généralement l’exode mais que certains documents locaux de l’époque qualifient plus sobrement d’évacuation, certains Sablonniérois se sont retrouvés à Amboise, à Pont-sur-Yonne ou à Bray-sur-Seine.
Ainsi, lorsqu’ils arrivèrent à Sablonnières, les Allemands trouvèrent un village quasiment désert. Certains s’y installèrent, d’autres poursuivirent leur route. L’invasion germanique se poursuivit à si grande vitesse que les émigrés, rapidement rattrapés, revinrent chez eux à partir des jours qui suivirent. Durant leur périple, certains firent l’objet de confiscations, tel Raymond Claret qui, se trouvant à Bray-sur-Seine lors du bombardement de cette ville, fut contraint de remettre sa bicyclette aux autorités ennemies sans recevoir aucun paiement ni bon de réquisition en échange (2). Un autre Sablonniérois signala à son retour la mort de plusieurs de ses chevaux lors du bombardement de Pont-sur-Yonne. En rentrant chez eux, de nombreux habitants retrouvèrent leur maison ou leur commerce pillé par les soldats, par les civils de passage, mais aussi par ceux qui étaient restés sur place. Outre la disparition d'objets divers, dont les listes furent remises en mairie, on se plaignit de la disparition d'animaux et des dégâts causés aux cultures par ceux qui s'étaient retrouvés en liberté.
Les Allemands délaissèrent rapidement la commune et la municipalité eut ensuite la lourde tâche de collecter les objets abandonnés pour les restituer à leurs propriétaires mais aussi de recenser les dégâts commis en l’absence des habitants.
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(1) Le Démocrate, 21 janv. 1941, p. 2.(2) Procès-verbal dressé par le maire de Sablonnières le 19 février 1941.Comme en 1870 et en 1914, mais dans des proportions nettement moindres, la commune dut subir des réquisitions, des passages de troupes et les dommages qui en résultèrent inévitablement. (1)
En 1939 et en 1940, des produits agricoles (avoine, foin pressé et non pressé), des vaches, des chevaux et des attelages durent être livrés. Des réquisitions individuelles furent aussi adressées à des particuliers pour certains produits : à la scierie Hochet pour des planches et autres pièces de bois, à M. Marcel Rousselet pour de l’électricité, au Comptoir Electro-mécanique tenu par M. Depersin pour des articles de quincaillerie (clous, vis, charnières, cadenas) et, en 1942, à M. Amédée Bourguignon pour de l’essence. Après l'exode, plusieurs détachements allemands séjournèrent à Sablonnières. Une maison appartenant à Léon Grison, meunier à Villeneuve-sur-Bellot, fut ainsi occupée pendant 24 heures avant de l'être de nouveau, sur réquisition, par des Français du 28e Régiment du Génie. Les 12 et 13 septembre 1940, des Allemands et des chevaux séjournèrent dans la ferme de René Picot. D’autres des troupes d’occupation passèrent ultérieurement dans la commune. Certaines y séjournèrent et y firent de dernières réquisitions lors du repli général de juin à novembre 1944.
Comme par le passé, les passages des troupes se soldèrent par des dommages de guerre qu’il fallut répertorier (2). Divers dégâts furent ainsi été inventoriés et chiffrés : pour Alfred Fauvet à Bois-Frémy, ce fut une porte d’entrée fracturée, une fenêtre cassée, une porte d’armoire brisée et une motocyclette dérobée ; pour le marchand de bois Paul Hochet, ce fut la prise, le 23 juin 1940, de deux chevaux de 7 et 11 ans en remplacement desquels les Allemands lui abandonnèrent une petite pouliche blessée à une patte et un pauvre cheval de 15 ans « en état déplorable de galle, maigreur et blessures » ; à La Noue, on se plaignit de portes fracturées et du vol de divers objets, d'un vélo, de linge, d'habits et de bijoux chez Raymond Frutel, de la destruction d'une moto et d'un arbre fruitier ; on déplora aussi la destruction de cultures par des tirs d’artillerie, des animaux tués par des tirs chez un autre Hochet, divers outils, longes et fouets disparus à la ferme Picot pendant le cantonnement de troupes en septembre 1940... Au total, 65 demandes de réparation de dommages de guerre déposées en mairie furent examinées et réglées en 1950.
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(1) Depuis la fin de la Grande Guerre, seules des troupes en manœuvre y avaient séjourné, à l'instar de détachements du 32e Régiment d'Artillerie qui cantonnèrent du 3 au 5 septembre 1927 (127 hommes, 120 chevaux et 18 voitures) et le 5 septembre 1928 (186 hommes, 130 chevaux et 15 voitures). (2) Le 12 octobre 1940, le conseil municipal demandait à l’architecte départemental des instructions sur les dommages de guerre subis par la commune.Le 13 juin 1940, la Wehrmacht avait traversé la Marne et approchait de la commune. On y entendait des tirs de canon et des obus passèrent au-dessus du bourg. Dans le même temps, un escadron français de mitrailleuses anti-chars en provenance de Noisement avait reçu pour ordre de marcher sur Sablonnières et d'y constituer une flanc-garde permettant à la 41e Division d'Infanterie de franchir le Petit-Morin. Lorsqu'il arriva à 15 heures, après avoir rencontré en chemin des routes encombrées et bombardées, il était trop tard : Les Allemands étaient déjà sur place depuis 14 heures et le repli fut ordonné. (1)
Le lendemain, la commune était sous les feux de l'artillerie ennemie : plusieurs obus s'abattirent dans des champs et deux atteignirent une maison de la Cour des Charpentiers, sans faire toutefois de victime. Le jour même, toute la région était occupée.
Le calme revenu, le village retrouva peu à peu sa population et les habitants s'organisèrent comme ils purent. Le boulanger n'étant pas encore rentré (il sera de retour à la fin du mois de juin), le pain était préparé par des volontaires. Des vaches, qui s'étaient miraculeusement retrouvées sur le territoire communal pendant l'exode, furent parquées au lieu-dit La Cabane aux Vaches et une boucherie fut improvisée dans l'ancien abattoir.
La municipalité fut aussi amenée à prendre diverses mesures pour s'adapter à l'occupation. En juillet 1940, elle décida de faire ramasser toutes les armes de guerre abandonnées. Pour sa part, l’occupant ordonna la remise de toutes les armes à feu détenues par les particuliers (2) : des revolvers, carabines et fusils de chasse furent déposées par leurs propriétaires à la mairie pour être livrées à la Kommendantur de Meaux en septembre 1940. Toutefois, plusieurs habitants déclarèrent que les leurs avaient été prises ou perdues lors de l’exode.
Selon une circulaire du sous-préfet de Meaux du 10 décembre 1940, les propriétaires, fermiers et détenteurs du droit de chasse pouvaient, sur proposition du maire, être autorisés par l'autorité allemande, à détruire les lapins, mais sans user d'armes à feu dont la détention était strictement prohibée. La circulaire préfectorale n° 2.003 du 24 novembre 1941 rappela aux maires que tout recours en grâce en faveur d'un de leurs administrés condamné par le tribunal militaire allemand pour détention d'arme devrait impérativement passer par lui, tout en leur enjoignant de s'abstenir systématiquement de rédiger de tels recours et de formuler toute critique à l'égard du colonel chef de la Feldkommandantur, ses officiers ou collaborateurs.
Parmi les différentes mesures prises, le Conseil municipal se résolut, le 8 juillet, à faire mettre l’horloge de la mairie à l’heure allemande :
Le 12 octobre, il vota la constitution d'un dépôt de 200 bottes de paille pour d’éventuels cantonnements de troupes d'occupation (3) :
L'occupation engendra rapidement une pénurie de divers produits qui souleva la question essentielle de l'approvisionnement du village. L'essence étant devenue très rare dès 1940, un service de ravitaillement fut créé au mois de juillet par la municipalité qui désigna une voiture (celle de Gustave Bidault) pour aller chercher les denrées nécessaires à Coulommiers et à Meaux. Le service du ravitaillement de Melun avait prescrit quant à lui un état des stocks et des besoins mensuels en denrées provenant d’autres régions : les trois épiciers de la commune (Lommont, Gallois et Rose Baudoin) firent connaître leurs besoins en graisse végétale, en margarine, en savon, en huile, en légumes secs, en pâtes, en riz, en tapioca, en café, en chocolat, en cacao, en chicorée, en conserves, en fruits secs, en confitures, en sel, en sucre, en vin rouge et en vin blanc. Mais les différents produits se raréfièrent rapidement en raison de l'arrêt des échanges commerciaux. En 1940, du ducre provenant de la sucrerie de Villenoy fut distribué. A la fin de l'année, le prix maximum du lait et des autres denrées de première nécessité fut fixé officiellement.
Dès 1941, la pénurie se fit ressentir et justifia la mise en place de cartes d’alimentation et de tickets de rationnement, d'abord limité aux textiles et au tabac, puis généralisés aux denrées alimentaires et à toutes sortes de produits qu'il était nécessaire de répartir de manière équitable. Les autorités municipales furent chargées de classer les habitants, en fonction de l'âge et du travail effectué, dans différentes catégories qui subirent quelques modifications par la suite : E (enfants) pour les moins de 3 ans ; J (jeunes) pour les autres mineurs subdivisés en 3 classes d'âge J1 (3-6 ans), J2 (6-13 ans) et J3 (13-21 ans à qui on ajouta les femmes enceintes) ; A (adultes) pour les 21-70 ans ne se livrant pas à des travaux les plaçant dans une autre catégorie ; V (vieillards) pour les plus de 70 ans n'exerçant pas une activité les plaçant dans une autre catégorie ; C pour les plus de 12 ans se livrant à des travaux agricoles ; T pour les travailleurs de force de plus de 13 ans. A cette fin, le Conseil municipal chargea un de ses membres de distribuer des fiches individuelles aux habitants et confia à ses membres le soin de classer chaque consommateur dans les différentes catégories (4). Quatre membres de la municipalité furent ensuite chargés de constituer une commission de classement des bénéficiaires (5), auquel quelques modifications furent plus tard apportées. (6)
Distribuées chaque mois aux habitants (d'abord par les conseillers municipaux, puis par des personnes spécialement employées à partir de 1942), les cartes leur donnaient le droit d'acheter certaines denrées (pain viande, sucre...) en quantité variable selon leur catégorie. Le lait était réservé aux catégories E, J et V. Le vin était réservé à la catégorie T. Les cartes de rationnement restèrent en usage, pour certains produits comme le pain, jusqu'en 1949.
Ceux qui possédaient un jardin pouvaient aussi obtenir de la mairie une carte de jardinage et des feuilles de tickets permettant d'obtenir des semences distribuées par le Secours National. Une commission d'examen des demandes de bons d'achat de chaussures fut aussi créée en raison de la pénurie de cuir.
Pour pallier à la pénurie, un processus de réquisition fut mis en place afin de collecter des denrées au niveau communal pour les redistribuer aux habitants. On trouve ainsi dans les archives de la commune plusieurs ordres de réquisition concernant le meunier Léon Grison, donnés le 30 août 1940 pour 75 quintaux de son conservés dans son magasin de Sablonnières, le 30 janvier 1941 pour 5 000 kilogrammes de charbon anthracite de même provenance et le 30 août 1944 pour 11,6 quintaux de farine à livrer depuis son moulin de Villeneuve-sur-Bellot.
Les diverses restrictions engendrèrent aussi, à Sablonnières comme ailleurs, le développement du marché noir contre lequel le garde champêtre Lenoir s'illustra au point d'en être félicité par le conseil municipal. En 1944, une demande de port d’arme fut faite à son intention pour, précisément, réprimer les trafics.
En 1941, furent également prises des mesures pour protéger les récoltes, après que plusieurs incendies criminels eussent détruit d’importantes quantités de blé non battu dans le sud du département : la Feldkommendantur fit défenses à toute personne de séjourner ou de passer la nuit à proximité des meules de foin ou de paille, à peine d’internement dans un camp de concentration (7). Le préfet ayant ordonné aux maires d’organiser une surveillance, toutes les meules présentes à Sablonnières furent recensées et les propriétaires furent chargés d’effectuer des gardes et des rondes. Le 6 octobre, le sous-préfet rappela que cette protection devait être effective non seulement pour garantir l’alimentation des populations, mais aussi pour éviter les mesures répressives que l’occupant n’hésiterait pas à prendre en cas de négligence.
Malgré les restrictions, les villageois ne connurent pas la faim comme ce fut le cas en certains endroits. La campagne avait ses avantages : s'il fallait aller dans les fermes pour acheter du pain, du beurre ou du fromage, la plupart élevaient des poules ou des canards, voire des chèvres pour le lait.
La présence de l'occupant ne fut pas non plus très pesante au quotidien et hormis les dégâts signalés plus haut lors de passages de troupes, aucun incident particulier avec les habitants ne fut à déplorer.
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(1) Journal de marche en juin 1940 de l'Argonne à Gondreville la Franche 41è Division d'Infanterie 36è groupe de reconnaissance, in Bulletin de la Société d'émulation de l'arrondissement de Montargis, n° 117, déc. 2001, p. 27.(2) Par sa circulaire n° 124 du 7 septembre 1940, le préfet de Seine-et-Marne informait les maires : « L'administration Allemande ordonne la remise de tous les fusils de chasse et de toutes les munition de chasse qui ont été déposées dans les mairies », en précisant que chaque arme devrait porter une étiquette aux nom et adresse de son propriétaire.(3) Le 27 juin 1942, la commune fut autorisée à se procurer un local pour remiser la paille nécessaire à des cantonnements éventuels.(4) Délibération du 18 mars 1940.(5) Délibération du 15 avril 1940.(6) Délibération du 12 décembre 1940.(7) Circulaire du préfet, du 25 septembre 1941.En même temps se posait la question des prisonniers. D’une part, les agriculteurs pouvaient demander que certains d’entre eux soient placés chez eux pour les aider aux travaux des champs. C’est ainsi que, du 7 août au 16 octobre 1940, quatre ouvriers agricoles gardés captifs dans la région, furent placés à Sablonnières pour la moisson : Auguste Vinit chez Maurice Servais, Antoine Brosset chez Cécile Messant, Henri Bron et Victor Bruno chez Florentin Chopin. Les cultivateurs en question étaient personnellement responsables de leurs hôtes dont la présence était surveillée par la municipalité au moyen d'une obligation d'émargement tous les trois ou quatre jours.
D’autre part, plusieurs Sablonniérois appelés sous les drapeaux avaient été capturés pendant la Drôle de Guerre. Des listes conservées dans les archives communales permettent d'identifier ces détenus, pour la plupart natifs ou habitants de la commune (certains y ayant seulement un correspondant). La plupart furent gardés captifs en Allemagne ou dans des territoires allemands aujourd'hui situés en Pologne ou en Tchéquie :
Gilbert Amstad (La Trétoire 6 avr. 1914-Coulommiers 7 janv. 1991), chasseur au 110e bataillon de chasseurs prisonnier au Stalag X B puis au Stalag X A (Kommando 106), se maria en 1943 par consentement donné en captivité et fut cité à l'ordre du régiment (Croix de guerre avec étoile) le 3 août de la même année : « Tireur au fusil mitrailleur a rempli ses fonctions avec sang-froid et sous un violent bombardement le 20 juin 1940 au bois Chevremont ». (2)
Marcel Auffroy (Château-Thierry 14 janv. 1914-Nuisement-sur-Coole 25 févr. 1983) au Stalag II D (Küche 98), rentré en 1943 ;
Camille Bailly au Stalag XII D, aussi rentré en 1943 ;
Léon Baudoin (Sablonnières 23 oct. 1912-Coulommiers 25 oct. 1991) au Stalag XII B (Frankenthal/Palatinate) ;
Robert Bernard (né à Villedieu-sur-Indre le 5 mai 1915) au Stalag VIII C (Zagan) ;
Gilbert Bony (Sablonnières 23 janvier 1907-Sablonnières 19 avr. 1991), 2e classe au 146e Régiment d'Infanterie de Forteresse, au Stalag VII A (Moosburg) ;
Georges Chopin (Sablonnières 6 févr. 1917-Coulommiers 3 janv. 2002) au Stalag IX C (Bad Sulza) ;
Maurice de Cléemputte au Stalag XVII A (Kaisersteinbruch) ;
Émile Désessard au Stalag XIII A (Hohenfels-Oberpfalz) ;
Maurice Eon (Mormant le 30 nov. 1914-Niort 25 oct. 1980, domicilié à Lagny lors de la mobilisation), 2e classe au 507e Régiment de chars de combat, au Stalag XIII B (Weiden/Oberpfalz), Kommando 3.140 ;
René Éon (Verneuil-l'Etang 20 sept. 1909-Niort 9 févr. 1996), instituteur et 2e classe au 211e RI, affecté à la protection de Paris puis fait prisonnier dans le Loiret, envoyé au Stalag IX A (Ziegenhain) puis, après une blessure en usine, dans une ferme à Wetzlar (Hesse) ;
Jean Fontaine (Sablonnières le 10 déc. 1911-Paris 13e 18 avr. 1987), caporal au 1er Génie, au Stalag X B (Sandbostel) ;
Paul Lefort au Stalag VI H (Arnoldsweiler bei Dinen) ;
Albert Auguste Lepâtre (Sablonnières 17 nov. 1910-Sablonnières 10 mai 1945) 2e classe au 306e RI, captif au Stalag IX A, Kommando 938 ;
Henri Letellier (Sablonnières 5 nov. 1906-Sablonnières 1er janv. 1977) au Stalag XVII A ;
Martial Marchand au Stalag II D (Stargard) ;
Jean Simon Marion (Ittersdorf 4 sept. 1908-Coulommiers 4 mai 1997) au Stalag XXI C/Z (Graetz) ;
Marcel Mesle au Stalag I B (Hohenstein) ;
Etienne Mireaux (Charly-sur-Marne 13 oct. 1913-Sablonnières 3 janv. 1963) au Stalag XII B (Frankenthal/Palatinate), Arbeits Kommando 1516 ;
Georges Morizé au Stalag IV C (Wistritz bei Teplitz) ;
Paul Munier (domicilié à Villeneuve-sur-Bellot lors de la mobilisation), 2e classe au 95e RI, Stalag II D (Stargard) ;
Jules Paillet au Stalag I B jusqu'à fin 1943 ;
Henri Pamplume (Sablonnières 18 oct. 1903-Coulommiers 24 oct. 1978) au Stalag I B ;
Roger Rémi Pomméra (Maizy 28 juin 1910-Jouarre 6 mars 2006) au Stalag XII C (Wiehelsheim) ;
Robert Thomas (Sablonnières 18 août 1913-Coulommiers 4 janv. 1982) travailleur civil au Stalag XII D (Trier) ;
Roger Verrier au Stalag VIII C ;
Roger Vieux (né à Paris 14e 9 août 1917) au stalag VIII C.
Quelques-uns passèrent leur captivité sur le sol français tels :
Fernand Baudoin (Sablonnières 11 sept. 1905-Sablonnières 28 avr. 1976), 2e classe détenu au Frontstalag 191 (Saint-Quentin) et rentré fin 1942 ;
Paul Dupont (Paris 19e 18 juil. 1908-Sablonnières 23 nov. 1975) au Frontstalag 204 (Péronne) ;
Julien Fayet au Frontstalag 190 (Charleville), rayé des listes en 1943 ;
André Lepâtre (Sablonnières 28 juil. 1912-Coulommiers 12 juin 1987) au Frontstalag 204 ;
Robert Messant au Frontstalag 240, camp 1 (Verdun) ;
Georges Elie Molinard (Montfort-sur-Argens 31 déc. 1915-Meaux 7 déc. 1986), soldat au 5e RI prisonnier à la citadelle de Doullens ;
Guy Roigneau au Frontstalag 170 (Compiègne). (2)
Pour venir en aide à ces prisonniers, des œuvres charitables virent le jour : Dès le 12 octobre 1940, le Conseil municipal chargea le maire de demander au préfet des suppléments de chocolat, de pâté, de conserves, de confiture et de pain d'épice pour instituer le colis du prisonnier (3). Au début de l'année suivante, il décida la formation d'un Comité d'entraide aux prisonniers. (4)
Les premiers colis furent envoyés en 1941. L’Etat fournissait à prix coûtant le contenu de base, à savoir 250 grammes de chocolat, une couque de pain d’épice de 400 grammes, un kilogramme de confiture, 250 grammes de sucre en morceaux, un quart de boîte de pâté ou conserve de viande, un savon, quatre bouillon Kub, un paquet de tabac ou cigarettes « troupe ». Le coût de ces produits était supporté par les familles, ou par la commune pour les indigents. Chaque famille versait le prix à la mairie qui reversait l’argent et recevait les denrées. L’emballage et l’envoi était effectué par les familles ou confié au Comité local animé par Augusta Mireaux. Le plus souvent, les colis étaient complétés par des lainages ou d'autres objets susceptibles d’améliorer le quotidien des prisonniers. L’emballage et l’envoi étaient financés par des dons (des Anciens Combattants, de la Croix Rouge et de particuliers), par des quêtes de mariage, par de l’argent trouvé ou par la vente de billets de tombola. Augusta Mireaux organisait aussi des concerts dont les entrées et la vente de programmes ou de rafraîchissements procuraient des ressources supplémentaires. Un de ces programmes retrouvé dans les archives de la commune détaille les prestations des artistes locaux à l’occasion d’une matinée-concert du dimanche 19 juillet 1942.
Deux de ces prisonniers, Albert Lepâtre et Jules Paillet ne survécurent pas à la guerre, comme le rappellent une plaque apposée à l'intérieur de l'église et une autre ajoutée sur le monument aux morts. Le premier mourut à son domicile le 10 mai 1945 et fut inhumé à La Chenée ; il fut honoré de la mention Mort pour la France. (5)
Il ne faut pas pour autant oublier les natifs de Sablonnières établis dans d'autres communes, qui subirent eux aussi la captivité en Allemagne ou en Prusse-Orientale. Ils s'appelaient :
Roland Disant (10 juil. 1919-Evaux-les-Bains 4 janv. 1996), 2e classe au 146e RI, détenu au Stalag XII A de Limburg ;
Paul Alexandre Dormois (17 mai 1913-Bassevelle 21 févr. 1978), 2e classe au 223e RI, prisonnier au Stalag IX A de Ziengenhain ;
André Léon Hennequin (6 juil. 1899-Neuengamme 24 oct. 1944), 2e classe au 5e Train, 451e Cie, capturé à Barbey-Seroux (Vosges) le 21 juin 1940 et passé successivement au Stalag VII B de Memmingen, au Stalag VII A et au Frontstalag 194 de Châlons-sur-Marne (6) ;
René Gabriel Rayer (né le 4 mai 1910-Saint-Cyr-sur-Morin 30 avr. 2001), 2e classe au 136e RI, détenu au Stalag IV A d'Elsterhorst ;
Guy Savin (20 sept. 1910-Joigny 18 août 1971), 2e classe au 8e Train, prisonnier au Stalag XX B de Marienburg. (7)
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(1) Le Démocrate du 30 novembre 1943, p. 2.
(2) Ceux pour lesquels une date antérieure n'est pas indiquée sont demeurés captifs jusqu'en 1944.(3) Une délibération du 26 novembre décida de répartir les dons pour égaliser les colis entre leurs destinataires. (4) Délibération du 24 janvier 1941. Ce comité comprenait sept membres, à savoir cinq conseillers municipaux, une épouse de prisonnier et une mère de prisonnier.(5) Ordonnance n° 45-2717 du 2 nov. 1945.(6) Liste officielle n° 79 de prisonniers français, d'après les renseignements fournis par l'Autorité militaire allemande, 3 mars 1941, p. 30 ; Dossier de déporté n° 21 P 462 430, DAVCC (Caen).(7) Ces noms apparaissent dans les Listes officielles des prisonniers français d'après les renseignements fournis par l'Autorité militaire allemande publiées en 1910 et en 1941 par le Centre National d'Information sur les Prisonniers de Guerre.D'autres hommes, pourtant libérés de toute obligation militaire en raison de leur âge, furent requis pour partir travailler en Allemagne.
Un nommé Théodule Legrand, natif de Marly-Gomont et installé à Sablonnières depuis 1941, fut du voyage. Jugé apte à la vie de camp et à l'exercice de son métier de maçon malgré ses 60 ans, à l'issue d'un examen médical sommaire, on lui fit signer en mars 1943 à Melun, un contrat de travail avec l'agence du travail d'Iserlohn (Rhénanie du Nord-Westphalie) pour 55 à 60 heures hebdomadaires rémunérées 0,80 Reichsmark de l'heure avec une prime de rendement de 15 % moyennant des frais de logement de 0,50 Reichsmark par semaine et des frais de nourriture de 2,30 Reichsmarken par jour. Arrivé dans la Ruhr le 9 avril, il fut logé dans le camp de travailleurs civils étrangers de Lossbeck à Dortmund-Aplerbeck. Une carte d'identité délivrée le 20 du même mois et une carte de travail datée du 16 février 1944 indiquent qu'il travaillait comme maçon dans une fonderie d'acier de la compagnie métallurgique Dortmund-Hoerder Hüttenverein. Ses conditions de travail étaient certainement rudes et le logement dans des baraquements - que de nombreux témoins du STO ont assimilés à ceux des camps de prisonniers sans les barbelés autour - très peu confortable. Un laisser-passer lui permettait de circuler exclusivement entre le camp et son lieu de travail. Après son rapatriement en France en mai 1945, il revint à Sablonnières où il louait un logement. Malade et démuni, il entreprit des démarches administratives pour obtenir le paiement d'arrérages de sa pension d'ancien combattant (il avait servi durant la Grande Guerre, au 328e Régiment d'Infanterie puis en 1918 comme armurier au parc d'aviation n° 103) qui avait été suspendue durant son séjour Outre-Rhin, vécut de petits emplois et quitta la commune en 1947. Il mourut à Nanterre le 19 septembre 1950.
Marcel Henry (Sablonnières 13 juin 1922-Coulommiers 13 févr. 2013) fut lui aussi contraint de partir travailler en Allemagne. Libéré par les Soviétiques, il se retrouva dans un de leurs camps. Là-bas, il reconnut un autre Sablonniérois, Henri Pamplume (Sablonnières 18 oct. 1903-Coulommiers 24 oct. 1978) qui s'y trouvait également en attendant son retour en France.
Émile Fauvet, autre requis du travail obligatoire, n'en revint pas vivant. Son nom a été gravé sur les plaques mentionnées plus haut, celle de l'église le faisant suivre du sigle « S.T.O. ».
Certains refusèrent de partir travailler pour l'ennemi. Parmi ces réfractaires, nombreux furent ceux qui rejoignirent les réseaux de la Résistance (infra) et y servirent à moins qu'ils ne fussent arrêtés. Tel fut le cas de Pierre Gérard, né à Sablonnières le 1er juin 1923 et établi à Jouarre avec sa femme et leur enfant. Recherché, il trouva d'abord refuge dans une exploitation forestière de Nogent-l'Artaud où il travailla comme bûcheron aux mois de mars et avril 1944. Le 1er juillet de la même année, il adhéra au réseau Vengeance auprès du chef du commando de Saacy-sur-Marne mais fut arrêté par les autorités allemandes à Nanteuil-sur-Marne le 5 août. Conduit à Paris d'où il fut déporté le soir même dans un wagon à bestiaux, il fut interné le 21 août dans le camp 21 de Braunschweig et roué de coups pour refus de travail. Dirigé vers camp 46, il tenta de s'évader mais fut repris par la Gestapo et interné dans le camp disciplinaire 21 de Wattenstedt. Après avoir et les jambes et les épaules fracturées à coup de crosse, il fut ramené au camp 46 puis envoyé au camp 24 de Reppner (camp de tuberculeux) où il demeura sans soins jusqu'à la libération par les Américains le 10 mai 1945. Son arrestation et l'absence de participation aux opérations de la Résistance l'empêchèrent d'être reconnu comme membre des FFI. (1)
D'autres Sablonniérois ont peut-être subi le travail forcé, mais les archives relatives à ce sombre aspect de la collaboration sont rares et une chape de plomb a longtemps pesé sur les familles.
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(1) SHD, GR 16P 252066.Comme dans la plupart des régions, une résistance s'organisa dans la Vallée. Dès 1941, dans sa ferme de Verdelot, un cultivateur imprima des tracts appelant les paysans à cacher leur production et à ne pas livrer leur lait aux Allemands (1). A partir de Lagny et de Coulommiers, le réseau Vengeance fut mis en place ; de mars à novembre 1943, le mouvement Ceux de la Résistance se développa à partir de La Ferté-sous-Jouarre. Un réseau de francs-tireurs réunissant plusieurs Sablonniérois et que l'on nomma le « maquis de Sablonnières » fut créé en juin 1944 par Gustave Bidault, conseiller municipal démissionné d'office dès 1940 et qui, entré en relation avec les FTP dès 1942, fut une figure importante de la résistance locale (2). Ce mouvement clandestin avait été établi dans une ancienne ferme (aujourd'hui au n° 13 bis de la route des Brodards) dont la grange servait d'abri et de lieu de rassemblement. Les enfants gardés par la nourrice Mme Pommera dans la propriété attenante avaient interdiction de s'en approcher.
Le « groupe Bidault » était composé de réfractaires du STO, de transfuges des petits maquis de la région, d'anciens militaires et de diverses personnes qui avaient un intérêt à se cacher. Il s'occupa de transport d'armes, d'instruction sur l'armement moderne et de sabotages tels que la pose de mines sur les routes de La Ferté-sous-Jouarre à Montmirail et de Rebais à Sablonnières, ou la coupure de la ligne téléphonique Paris-Strasbourg au mois de juillet 1944. Le commandant Paul Cheutin, alias Beaurepaire, alias Moustache, directeur du journal La Marne dans le civil, y resta un temps avant de rejoindre l'armée avant la Libération. Le groupe fut finalement rattaché aux Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) et quelques-uns de ses membres (Fernand Barès, Paul Fauvet, Robert Bourguignon...) devinrent engagés volontaires (3). A la Libération, le groupe prit part aux arrestations de miliciens et de collaborateurs.
Maurice Bonnot, né le 30 mai 1905 et décédé à Coulommiers le 16 mars 1958, qui exerçait le métier de vannier, fut membre de ce mouvement. Après des activités de résistance individuelle à partir du 1er mai 1944 (formation d’un commando et instruction du groupe), il prit part aux actions armées du réseau Vengeance, à savoir l’opération de coupure du câble souterrain Paris-Strasbourg, une tentative de capture de camions ennemis et de leurs équipages le 25 août et, le 1er septembre, les combats de libération dans le secteur de Boitron et une action du bataillon sur la route de Rebais à Coulommiers avec capture de dix-huit prisonniers. (4)
Deux autres natifs de Sablonnières ont servi dans la Résistance :
Robert Lucien Thiéchard, né 25 août 1922, était fils du cafetier Léonce Thiéchard qui avait été propriétaire de l'Hôtel de la Vallée du petit Morin de 1922 à 1924. La famille étant partie s'installer dans le Puy-de-Dôme, il était célibataire et mécanicien-ajusteur domicilié gare de Laqueille à Saint-Julien-Puy-Lavèze lorsqu'il intégra l'organisation clandestine des Mouvements Unis de la Résistance (MUR) le 10 octobre 1943. Le 15 mars 1944, il passa au maquis de Prondines puis rejoignit le 20 juin l'état-major de la zone III des FFI d'Auvergne comme adjoint au commandant de compagnie de la CHR, avec le grade de sous-lieutenant et sous le pseudonyme Lucien. Le 27 août suivant, alors qu'il commandait un convoi de ravitaillement, il fut mortellement blessé lors du retournement du camion dans lequel il avait pris place, sur la route de Mont-Dore à La Bourboule (5). Il fut reconnu Mort pour la France et une stèle a été érigée à sa mémoire à la sortie de la commune de Mont-Dore, de long de la route départementale 130. Connue localement comme le « monument Thiéchard », elle est le lieu de commémorations.
Henri Auguste Mouton, né le 19 mars 1879 fut membre des Forces Françaises Combattantes (réseau Action D - CDP3, région Aisne) et servit sous le pseudonyme Roger comme agent P1 (agent travaillant en permanence pour la Résistance) du 1er septembre 1941 au 30 septembre 1944 (6) . Il décéda à Outreau le 20 juillet 1951.
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(1) Albert Boyer, arrêté le 15 août 1942 et fusillé le 25 octobre.(2) SHD, GR 16 P 58651.(3) Témoignage de Fernand Bares.(4) SHD, GR 16P 72696.(5) SHD, GR 16P 56832 ; https://maitron.fr/spip.php?article227485, notice THIÉCHARD Robert, Lucien [pseudonyme dans la résistance : Lucien] par Eric Panthou, version mise en ligne le 11 mai 2020, dernière modification le 11 mai 2020. (6) SHD, GR 16P 436043.Parfois, la lutte contre l'occupant passait par des actions plus discrètes. L'ancien maire, Fernand Barès, m'avait confié avoir contribué à la dissimulation de deux fillettes juives recherchées, en les portant absentes de l'école depuis plusieurs jours alors qu'il était instituteur de la commune. La découverte ultérieure de leurs cartes d'alimentation dans les archives de la commune a permis de les identifier et de reconstituer leur histoire. Filles de migrants polonais établis dans les environs de Paris dans les années 1920 et œuvrant dans la confection, elles étaient nées et vivaient dans le 10e arrondissement lorsque leur père partit en zone libre. Sentant le danger venir, leur mère avait décida de les éloigner de la capitale et de les placer avec leurs deux frères aînés à la campagne. C'est ainsi que les enfants se retrouvèrent à Sablonnières. Après être revenue en 1942 pour chercher ses enfants, la mère fut dissuadée de les emmener tous et ne repartit qu'avec les garçons. Quelques temps après, tous trois furent arrêtés lors d'un contrôle d'identité, emprisonnés, conduits à Drancy et déportés à Auschwitz où ils furent assassinés la même année. Les fillettes, restèrent donc à Sablonnières, où elles étaient connues non pas sous leur véritable patronyme, mais sous le pseudonyme Simon, emprunté au prénom d'adoption et nom commercial de leur père. Mais, comme grand nombre d'enfants de déportés, elles furent recherchées. C'est ainsi qu'une assistante sociale de l'Union Générale des Israélites de France reçut le 17 janvier 1944 de l'autorité allemande l'ordre de se rendre à Sablonnières pour retrouver les deux sœurs et les ramener à Paris, au centre de la rue Lamarck où les enfants de déportés étaient accueillis, soi-disant pour les mettre à l'abri mais en réalité pour les transférer à Drancy. D'après le rapport que fit le 19 l'employée de l'UGIF qui présenta ainsi au domicile de Marie Pomméra, cette dernière affirma que les enfants ne se trouvaient plus chez elles, ce que le maire certifia en présence d'un brigadier de la gendarmerie de Rebais (1). D'après les renseignements fournis par la famille des deux enfants, les témoignages d'anciens élèves de l'école ou de descendants de ceux qui ont aidé ces enfants, la nourrice aurait appris à temps que ses pensionnaires étaient recherchées et a ainsi pu aller les chercher rapidement à l'école pour les cacher dans un grenier. De son côté, l'institutrice, Bernadette Eon, brûla les cahiers pour effacer leurs traces. La nourrice contacta ensuite des parents résidant à Paris, qui cachèrent un temps leurs nièces. De la sorte, Ida et Georgette ont toutes deux échappé à la déportation et à une mort certaine qui les attendaient si elles avaient été retrouvées.
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(1) RAJSFUS (Maurice), Des Juifs dans la collaboration. L'U.G.I.F. 1941-1944, Paris, Etudes et Documentation Internationales, 1980, p. 245 et 251 ; LAFFITTE (Michel), Juif dans la France allemande: institutions, dirigeants et communautés au temps de la Shoah, Tallandier, 2006, p. 485 ; Un engrenage fatal: L'UGIF face aux réalités de la shoah, 1941-1944, Liana Levi, 2003, p. 244. L'ordre de mission mentionnant Sablonnières (et non Championnet comme l'écrivit Rajsfus) est conservé parmi les pièces du procès de Xavier Vallat (Archives nationales, 3W 338 cote 261).Deux natifs de la commune subirent la déportation pour des délits réprimés par l'occupant.
André Hennequin, déjà cité plus haut, avait quitté depuis longtemps notre commune pour celle de Jouarre (1) lorsqu'éclata la deuxième guerre mondiale. Après avoir été fait prisonnier de guerre et détenu en Allemagne puis en France, il retourna dans cette commune et travailla comme chef bucheron au château de Lagny, à La Ferté-sous-Jouarre. En mai 1944, il fut arrêté par les Allemands à Montceaux-les-Meaux en mai 1944 et déporté pour raison politique : acheminé au camp de Compiègne-Royallieu qui servait de lieu de rassemblement pour les déportés, il fit partie du convoi qui quitta Compiègne le dimanche 4 juin 1944 dans la matinée et arriva le 7 au camp de concentration de Hambourg-Neuengamme. On sait, grâce à divers témoignages, que les prisonniers de cet important transport voyagèrent dans des conditions extrêmes, entassés dans des wagons à bestiaux et sans eau sous une forte chaleur. A leur arrivée, les 2 028 hommes qui avaient survécu et qui ne s'étaient pas évadés durant le voyage furent immatriculés (André Hennequin reçut le numéro 33678) et placés en quarantaine durant deux ou trois semaines avant d'être transférés vers des Kommandos de travail ou d'autres camps. Lui, ne quitta pas le camp central, où il décéda le 24 octobre de la même année (3). D'après le registre des décès de l'infirmerie du camp, où il figure sous le patronyme erroné de Stennequin, et selon son acte de décès enregistré le jour même au bureau de l'état civil de Hambourg sur la déclaration du Secrétaire criminel de la Gestapo Otto Apenburg (4), il mourut officiellement de tuberculose pulmonaire ouverte. Quelles qu'aient été les circonstances réelles de sa mort (5), André Hennequin fut l'une des 55 000 victimes des conditions de vie inhumaines régnant dans ce camp qui avait pour sinistre devise « La destruction par le travail ».
Marie-Louise Rayer épouse Blondel, née le 30 avril 1916, habitait à Champmartin (Bellot) lorsqu'elle fut déportée. Condamnée par un tribunal allemand à deux ans de réclusion pour détention d'armes, elle fut transférée le 9 août 1943 à Lübeck-Lauerhof, qui était un lieu d'application des peines spécialement pour les femmes convaincues d'attentat contre l'occupant, d'espionnage, de sabotage, de menées communistes, de fomentation de troubles, d'aide à l'ennemi, de tentative de gagner les forces armées ennemies ou de détention illégale d'armes. Le 6 décembre 1943, elle fut transférée à la prison de police de Lübeck pour être renvoyée en France (6). Elle décéda à Villiers-Saint-Denis le 17 juin 1973.
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(1) Il était manœuvre à Jouarre lorsqu'il fut incorporé le 19 avril 1918 au 32e Régiment d'Artillerie de Campagne. Réchappé de la Grande Guerre (son frère Octave était mort des suite de ses blessures en 1916), il regagna cette commune où il habitait toujours en 1944 comme en atteste son acte de décès indiquant qu'il était domicilié à « Jeoire-Courcelles » (Courcelles-sous-Jouarre).(2) Dossier de déporté n° 21 P 462 430 (DAVCC Caen).(3) Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre mémorial des déportés de France ; Arr. 6 mai 1994 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes de décès, JO 21 juin 1994, p. 8918 ; FONTAINE (Thomas), FOURNIER (Gérard), QUESNEE (Guillaume), I 223 transport parti le 4 juin 1944 de Compiègne et arrivé le 7/06/1944 au KL de NEUENGAMME (Mémorial_3 – 30.4.2004, p. 786).(4) Reviertotenbuch III-84, n° 7085 ; Sterberegister Sonderstandesamt Neuengame (registre des décès de l'état civil spécial), STA 00501686 / 00011998.(5) L'historien Herbert Wagner (Die Gestapo war nicht allein, LIT Verlag Münster, 2004, p. 524) rapporte que ce fonctionnaire, qui était en charge du Service Politique dans le camp, avait pour attributions de surveiller les prisonniers et de camoufler les exécutions en falsifiant les causes de la mort lors des déclarations de décès, probablement avec la complicité de l'officier de l'état civil.(6) Extrait des registres de la prison allemande de Lübeck, LA 15.462 et Dossier individuel LA 5640 (DAVCC Caen) ; Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Op. cit.Vers la fin du mois d'août 1944, la Wehrmacht était en déroute. Fernand Bares qui assista à ce mouvement de départ précipité évoqua le défilé, sur la route d'Hondevilliers et sous la huée de la foule, de soldats allemands « en uniformes débraillés, à pied, sur de vieux vélos, ou tirant des charrettes à bras portant des blessés ».
Le 27, on entendant des échanges d'artillerie et de mitrailleuses entre les Américains qui arrivaient de Rebais et les Allemands qui se repliaient sur Hondevilliers et sur Villeneuve-sur-Bellot. Les premiers chars alliés firent ensuite leur apparition et ce furent deux colonnes suivant des directions différentes qui « libérèrent la commune ». Le premier passage qui eut lieu en direction de La Chenée fut celui de Canadiens que quelques résistants locaux renseignèrent sur la géographie de la région et les routes. C'est dans la nuit seulement que des chars américains en provenance de Villeneuve-sur-Bellot traversèrent le bourg sous les acclamations des habitants. Ils se dirigeaient vers Hondevilliers, à la poursuite de l'ennemi qui battait en retraite. Un fils de Madame Eon, l'institutrice du village, se rappelle plus de soixante-dix ans après, alors qu'il se promenait avec sa mère et son frère, le passage des Américains sur le pont et le passager d'un camion qui leur lança des paquets de Nescafé et de chewing-gum. La Libération fut un eu plus tard officialisée par un défilé des FFI dans la rue principale. (1)
Sur place, il n'y eut pas de véritables affrontements bien que plusieurs groupes de fuyards se fussent réfugiés dans les bois. A leur arrivée, les alliés avertis par des enfants du village de la fuite, vers le Jariel, d'Allemands qui s'étaient d'abord cachés dans une oseraie, ouvrirent le feu dans leur direction (2). On signala aussi, au soir du 27, des échanges de tirs au cours desquels seules quelques tuiles furent endommagées. Le « groupe Bidault » fur chargé de débusquer ces éléments résiduels et de ramener les prisonniers à son QG sablonniérois où ils devaient être nourris et soignés avant d'être remis aux Américains à Coulommiers. Plusieurs battues furent ainsi menées dans les environs et d'une manière générale, les Allemands soulagés de la fin de la guerre se rendirent sans résister. Plusieurs d'entre eux, repliés au Bois des Plis avec suffisamment d'armes pour tenir tête, se rendirent même à des fermiers de Coupigny qui, munis de simples fourches, les conduisirent fièrement au bourg.
La garde des prisonniers au dépôt de Sablonnières se fit sans incident. Fernand Barès raconta comment l'un d'eux, âgé d'à peine 20 ans, éclata en sanglots lorsqu'un des résistants se mit à jouer « Lili Marleen » à l’accordéon. Il sympathisa avec un autre, prénommé Theo, « la trentaine ou plus, une bonne bouille » qui s'émut de le voir porter des chaussures de football et sortit de son portefeuille une photo de lui en tenue de foot et d'autres de sa famille en déclarant « Guerre mauvais... Hitler kaput ! ». Cet homme, qui était menuisier, fut chargé de fabriquer une guérite pour le dépôt et un râtelier pour les fusils pris à l'ennemi. Bien qu'ayant en main une de ces armes qu'on lui avait confiée pour travailler sur mesure, il se garda bien d'utiliser les munitions qu'il avait découvertes sur place : « Son travail fini, relatait Fernand Bares, il me fit signe de le suivre : " Komm hier ! ". Il me conduit jusqu'à l'établi sur lequel il a travaillé ; ouvre le tiroir et me montre des chargeurs de Mauser bien rangés. Il a rigolé et moi aussi ! »
Pendant la Libération, le commandant Paul Cheutin installa son poste de commandement chez Gustave Bidault, qui s'engagea activement avec les membres des Forces Unies de la Jeunesse durant l'été 1944 (3). Le 6 octobre 1944, Bidault était réintégré au conseil municipal. A cette occasion, il prononça une allocution glorifiant la participation des FFI à la libération du territoire et présenta ensuite le Comité communal de Libération, ramification locale du comité départemental qui constituait la représentation politique de la Résistance. Ce comité, qui n'était autre qu'un conseil municipal provisoire, état présidé par Bidault et comptait douze autres membres : Léon Bourguignon (Sablonnières 2 oct. 1884-Sablonnières 11 déc. 1977) qui était président d'honneur, Lucien Bourguignon (Sablonnières 11 mai 1913-Coulommiers 7 juin 1984) secrétaire, Lucien Hochet (Sablonnières 13 juill. 1911-Sablonnières 16 juil. 1979), Maurice Nourry (Verdelot 29 févr. 1908-Rebais 31 déc. 1991), Robert Gallois (La Trétoire 15 mai 1908-Coulommiers 3 déc. 1980), Paul Fauvet (Sablonnières 17 juin 1889-Coulommiers 27 juil. 1961), Ernest Coyard (Montmirail 20 juill. 1898-Orly-sur-Morin 16 févr. 1972), Fernand Bocart (Prosnes 26 févr. 1892-Trélou-sur-Marne 10 sept. 1967), André Chanu (La Chapelle-Véronge le 17 avril 1899-Gonesse 2 août 1974), Roger Vieux (né à Paris 14e 9 août 1917), Fernand Bourguignon (Sablonnières 14 janv. 1905-Sablonnières 27 févr. 1969) et Raymond Lourdin (Sablonnières 8 oct. 1909-Sablonnières 11 août 1975). Sept commissions avaient été constituées : commission cantonale, hygiène, ravitaillement, routes, justice, administration, sports et fêtes.
La Libération fut aussi l'heure des règlements de comptes mais dans la commune, ils demeurèrent anecdotiques. D'après le témoignage oral de Fernand Barès, les FFI allèrent arrêter une nommée Fernande Armand à Hondevilliers et la ramenèrent au dépôt de Sablonnières. Plus tard, un homme en gabardine muni d’un document à la marque tricolore arriva et, lorsque cette femme se dirigea vers lui, la reçut par un bon coup de poing. Le lendemain, le même homme se présenta pour emmener la captive et l’on entendit, peu après leur départ, un coup de feu au loin. Selon la version officielle, la prisonnière avait tenté de s’échapper.
Ces récit est confirmé par plusieurs articles de presse parus plusieurs années après, alors que l'homme en question, nommé Jean Dordain, se trouvait dans le collimateur de la Justice. On apprend ainsi qu'il adressa lui même au juge d'instruction de Coulommiers, en décembre 1944, une lettre par laquelle il expliqua avoir tué Fernande Armand le 11 septembre, dans la traversée des bois d'Hondeviliers, alors qu'elle tentait de s'échapper après avoir été arrêtée la veille avec l'aide des FFI de Sablonnières et avoir avoué son appartenance à la Gestapo française. Toutefois d'après les enquêteurs, précisait le journaliste, Dordain et sa victime se connaissaient depuis plus longtemps pour avoir participé à un trafic de textiles et être devenus amants (4). Selon un autre article, Dordain s'était rendu le jour même à la gendarmerie de Rebais pour déclarer avoir tué net Fernande Armand en tirant une rafale alors qu'elle avait tenté de s'enfuir à travers bois lors de son transfert entre les prisons de Sablonnière et de Coulommiers, sans obtempérer aux deux sommations qui furent faites. Les gendarmes se rendirent sur place et remarquèrent que la victime avait reçu seulement une balle dans la nuque mais, s'agissant a priori d'un acte d'épuration, ne pouvaient soupçonner le déclarant qui n'était autre que le chef départemental adjoint de la résistance pour le Pas-de-Calais et la Seine-Inférieure. (5)
Cette affaire ne fut élucidée qu'une dizaine d'années plus tard : Déjà à l'époque, le commandant des FFI de Coulommiers et son chef de section, qui avaient procédé à l'arrestation sur ordre de Dordain, doutèrent de ses déclarations. Puis, quoique ce dernier accusât Fernande Armand de dénonciations de résistants à la Gestapo (dont la sienne), la commission d'épuration de Coulommiers affirma qu'elle avait été victime d'une exécution sommaire que rien ne justifiait (6). Il s'avéra que cette femme, qui était membre de l’Organisation Civile et Militaire - l'un des huit grands réseaux de résistance affilié au Conseil National de la Résistance (CNR) - faisait aussi partie d'un trafic dirigé par Dordain, marchand à Arras, pour qui elle négociait des lots de vêtements au marché noir (7) et avait aussi été un temps sa maîtresse. Une instruction fut diligentée et il en résulta que Dordain, qui s'était par ailleurs rendu coupable de divers méfaits et avait lui-même été condamné pour dénonciation (8), avait intérêt à se débarrasser d'un témoin gênant (9). Inculpé d'assassinat avec préméditation, il fut traduit devant la cour d'assises de Melun. Au cours du procès, Gustave Bidault et Maurice Bonnot furent entendus comme témoins et le second indiqua que l'accusé avait déclaré, avant d'emmener sa victime : « Une femme comme elle, on devrait la fusiller sur place » (10). Dordain ne nia pas avoir froidement abattu d'une balle de révolver son ancienne maîtresse mais justifia son geste par le danger qu'elle représentait pour la Résistance, même après la Libération. Pour la justice, au contraire, Fernande Armand était plus dangereuse pour Dordain en raison de sa connaissance du double jeu qu'il avait mené durant l'occupation et si elle-même avait sans doute eu des liens avec la Gestapo, l'accusé n'avait pu en avoir connaissance au moment des faits. Après un réquisitoire assez indulgent, Dordain qui encourait la peine capitale fut condamné, le 26 septembre 1955, à treize années de travaux forcés avec confusion des deux autres condamnations déjà prononcées contre lui, soit trois ans supplémentaires. (11)
Du 4 au 15 juin 1945, les habitants de la commune n'échappèrent pas à l'échange des billets, opération d'envergure inédite en France consistant à appeler tous les Français à restituer leurs billets de banque de cinquante à cinq-mille francs pour s'en voir remettre de nouveaux, franc pour franc. Pour le ministère des finances, cette permutation devait, à l'heure de la reconstruction nationale, permettre de mieux connaître la fortune des Français en ayant évaluation des bas de laine. Elle constituait aussi un moyen de débusquer les profiteurs de la guerre ou du marché noir, et d'empêcher le rapatriement des coupures emportées par l’occupant ou mises à l’abri à l’étranger en les privant de toute valeur. A Sablonnières, l’échange eut lieu au bureau de poste, soigneusement gardé par l’armée.
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(1) Témoignage de Monsieur Fernand Barès.(2) Témoignage de Monsieur Roger Brodard.(3) Conseil Général de Seine-et-Marne, 39-45 en Seine-et-Marne : des lieux, des hommes…, 2005 ; http://archives.seine-et-marne.fr/library/Memoires-documents_Deslieuxetdeshommes-pdf.(4) Combat, 29 sept. 1949, p. 6.(5) Le Monde, 24 sept. 1955.(6) Ibid.(7) AZIZ (Philippe), Le livre noir de la trahison : histoires de la Gestapo en France, Ramsay, 1984, pp. 323, 343 ; Combat, 29 sept. 1949.(8) Ce personnage ambigu avait déjà été blâmé en 1945 pour imprudences graves (certains l'accusaient d'avoir été un agent double et la mort fut même requise contre lui) mais avait bénéficié du doute. En mai 1953, il avait été condamné à dix ans de travaux forcés pour sa participation à un vol de bons du Trésor à la Libération, puis avait été jugé pour intelligences avec l'ennemi par le tribunal militaire de Metz qui l'avait condamné le 6 décembre 1953 à dix autres années de travaux forcés pour avoir dénoncé des Résistants aux Allemands.(9) La Bourgogne Républicaine, 24 sept. 1955.(10) La Bourgogne Républicaine, 26 septembre 1955.(11) Le Monde, 28 sept. 1955 ; La Bourgogne Républicaine, 27 septembre 1955.