Jouée le 26 Décembre 1907 à Łódź (alors dans l’Empire russe, aujourd’hui en Pologne) lors d’un tournoi majeur. Akiba Rubinstein (noirs), l’un des plus grands joueurs positionnels de son époque, affronte Georg Rotlewi (blancs), un fort maître polonais.
Intérêt : Contrairement à la Partie Immortelle d’Anderssen qui est un feu d’artifice de sacrifices audacieux dès l’ouverture, celle-ci est un chef-d’œuvre de transformation. Rubinstein mène une partie positionnelle classique pendant une vingtaine de coups, puis déclenche une combinaison d’une beauté et d’une précision rares, sacrifiant une tour pour une attaque de mat irrésistible. Elle est souvent citée comme l’un des plus beaux exemples de combinaison pure aux échecs.
1 — Présentation
Blanc
Gersz Rotlewi
Noir
Akiba Rubinstein
Tournoi
5e champ. de Russie, Łódź
Date
26 décembre 1907
Résultat
0 – 1 (abandon des Blancs)
Ouverture
Système Colle — D40
L'Immortelle de Rubinstein est unanimement considérée comme l'une des plus belles combinaisons de l'histoire des échecs. Jouée lors du 5e championnat de Russie à Łódź, elle voit Akiba Rubinstein sacrifier successivement une tour, une dame et une seconde tour en l'espace de quatre coups, pour aboutir à un mat imparable. Carl Schlechter la qualifia de « probablement la plus magnifique combinaison de tous les temps ». À l'opposé de l'Immortelle du Zugzwang (stratégique), celle-ci est une explosion tactique pure.
2 — Coups commentés
1
d4 - d5
2
Cf3 - e6
Préparation solide du centre.
3
e3 - Système Colle : développement solide mais moins ambitieux que 3.c4.
c5 - Rubinstein attaque le centre immédiatement.
4
c4 - Cc6 -
5
Cc3 - Cf6 -
6
dxc5 - Fxc5 - Le fou noir s'active sur la diagonale vers g1.
7
a3 - a6 - Prophylaxie : prévient Cb5.
8
b4 - Fd6 - Le fou se repositionne sur une diagonale encore plus active vers h2.
9
Fb2 - O-O - Roque en sécurité.
10
Dd2 ?! - Coup doutux : la dame se place sur la colonne d qui va s'ouvrir. Il fallait jouer 10.cxd5, 10.Fe2 ou 10.Dc2.
De7 - La dame noire prend position en vue d'une attaque future.
11
Fd3 - dxc4 ! - La colonne d s'ouvre, exposant la dame blanche en d2. Rubinstein met immédiatement en jeu son fou c8.
12
Fxc4 - b5 - Gain d'espace sur l'aile dame, repoussant le fou blanc.
13
Fd3 - Td8 - La tour s'aligne sur la dame blanche en d2 — premier signe de la menace future.
14
De2 - Les Blancs ont perdu du temps : ils doivent encore roquer et c'est aux Noirs de jouer.
Fb7 - Le fou noir s'installe sur la grande diagonale, visant le roi blanc.
15
O-O - Roque tardif des Blancs — déjà en retard de développement.
Ce5 - Le cavalier s'avance vers une case centrale puissante.
16
Cxe5 - Fxe5 - Le fou récupère la case e5, dominant le centre.
17
f4 - Tentative d'expulsion du fou.
Fc7 - Le fou se retire prudemment, gardant la pression sur la diagonale b8-h2.
18
e4 - Tac8 - La seconde tour entre en jeu, ciblant le cavalier c3.
19
e5 ? - Erreur fatale : ce coup ouvre la diagonale b6-g1 pour le fou noir. C'est le déclencheur de la combinaison finale.
Fb6+ - Le fou cloue le roi avec échec. La combinaison commence.
20
Rh1 - Cg4 !! - Coup remarquable : le cavalier n'est pas vraiment un sacrifice — si la dame le prend (Dxg4), alors Txc3! et les Blancs sont envahis.
21
Fe4 - Rotlewi refuse de prendre le cavalier et tente de consolider.
Dh4 - La dame noire entre dans l'attaque, menaçant mat en h2.
22
g3 - Txc3 !! - Sacrifice de tour spectaculaire ! Au lieu de fuir avec la dame ou de sauver le fou b7, Rubinstein offre une tour qui était attaquée… pour prendre une autre pièce protégée.
23
gxh4 - Forcé : les Blancs n'ont pas le choix. Si Fxc3 : Fxe4+ 24.Dxe4 Dxh2 mat. Si Fxb7 : Txg3 et les Blancs perdent rapidement.
Td2 !! - Deuxième sacrifice colossal : la tour s'infiltre en d2, mettant toutes les pièces noires en prise simultanément.
24
Dxd2 - Forcé. Si Fxb7 : Txe2 25.Fg2 Tcc2 et la deuxième rangée est détruite.
Fxe4+ - Le fou intervient avec échec, enchaînant les coups sans relâche.
25
Dg2 - Seule réponse pour bloquer le mat immédiat.
Th3 !! - Troisième sacrifice ! La tour s'offre sur h3. La menace est Txh2 mat. 26.Fd4 ou 26.Tf3 ne font que retarder l'inévitable.
Fin
0 – 1 Abandon des Blancs. Le mat est imparable : Txh2 est inévitable.
3 — Points forts de la partie
★ La combinaison finale en 4 coups (22–25)
En seulement quatre coups (22.…Txc3!! 23.…Td2!! 24.…Fxe4+ 25.…Th3!!), Rubinstein sacrifie une tour, une dame puis une seconde tour pour créer un mat imparable. Chaque coup met simultanément plusieurs pièces en prise, paralysant toute défense.
♞ 20…Cg4!! — le cavalier non-sacrifice
Le coup 20…Cg4!! est un paradoxe : le cavalier semble s'offrir à la dame, mais Rotlewi ne peut pas le prendre — si Dxg4, alors Txc3! et les pièces blanches sont dévastées. Un coup d'une subtilité rare.
✗ 19.e5? — l'erreur qui ouvre la digue
L'avance e5 de Rotlewi, qui semblait gagner de l'espace, ouvre fatalement la diagonale b6-g1 pour le fou noir. Sans ce coup, la combinaison de Rubinstein n'aurait pas été possible dans cette forme. Une seule erreur suffit face à un tel adversaire.
↑ Construction patiente, explosion soudaine
Les 19 premiers coups de Rubinstein sont une leçon de développement harmonieux : coordination des pièces, colonnes ouvertes, tour alignée sur la dame adverse. Puis la violence éclate en quatre coups. C'est ce contraste qui rend la partie immortelle
♜ Jugement de Carl Schlechter
Le grand maître Carl Schlechter, l'un des meilleurs joueurs de l'époque, qualifia cette combinaison de « probablement la plus magnifique de tous les temps ». Ce jugement, porté par un contemporain et pair de Rubinstein, reste d'actualité plus d'un siècle plus tard.