Les dernières élections générales organisées dans le pays ont porté Jovenel Moïse à la tête de l'État, conformément à la Constitution, le 7 février 2017. Son mandat a été marqué par de nombreuses tensions politiques, des manifestations populaires et des scandales. Après l'assassinat du président à son domicile privé dans la nuit du 7 juillet 2021, l'instabilité politique chronique du pays a pris une dimension sécuritaire. Le vide administratif laissé à tous les niveaux du pouvoir par le président Moïse, qui n'avait jamais réussi à organiser d'élections, a contraint le pays à une transition chaotique. Avant même son assassinat, le deuxième lundi de janvier 2021, le Sénat haïtien avait été réduit aux deux tiers en raison de l'expiration des mandats, suite à une décision du président lui-même.
Grâce au soutien du CORE GROUP, le Dr Ariel Henry a pris la tête du gouvernement haïtien le 20 juillet 2021, dans une situation inédite : il cumulait de facto les fonctions de Premier ministre et de président. Il est resté au pouvoir pendant près de trois ans. Durant son mandat, une crise initialement politique et sécuritaire s'est muée en une véritable crise humanitaire, notamment suite à de violents affrontements entre deux gangs majeurs à Port-au-Prince : le gang de la Gran Ravine et celui du Village de Dieu. Ces confrontations ont contraint des milliers d'habitants du quartier de Martissant à fuir leurs foyers et à se réfugier dans d'autres communes.
Des affrontements violents ont également opposé le gang des 400 Mawozo à celui de Chen Mechan, faisant de nombreuses victimes civiles innocentes. Enfin, il ne faut pas oublier les attaques coordonnées de grande ampleur menées par la coalition de gangs « Viv Ansanm », qui ont ciblé l'aéroport international Toussaint Louverture, plusieurs commissariats et la prison de la Croix-des-Bouquets, d'où plus de 3 000 détenus se sont évadés. C'est dans ce contexte chaotique que le Dr Ariel Henry, alors à l'étranger, s'est trouvé dans l'impossibilité de rentrer en Haïti et a été contraint d'annoncer sa démission le 11 mars 2024. Il a laissé derrière lui une crise qui s'était aggravée à tous égards.
La CARICOM comme médiatrice
Après la démission d'Ariel Henry, sous l'égide de la CARICOM, plusieurs acteurs politiques – déjà alignés sur différents accords et chacun avec sa propre proposition pour résoudre la crise nationale – sont finalement parvenus à un consensus plus large autour d'un accord appelé l'Accord du 3 avril. Cet accord a donné naissance à un Conseil présidentiel de transition (CPT) composé de neuf (9) membres, dont sept (7) disposent du droit de vote : six (6) représentant la classe politique et un (1) représentant le secteur privé. Les deux (2) autres sont des observateurs : un (1) issu de la société civile et un (1) issu du secteur interreligieux.
Bien que l'Accord du 3 avril ait réussi à rassembler divers acteurs et à obtenir un certain soutien populaire, de nombreux observateurs nationaux ont rapidement prévu que le Conseil présidentiel à neuf membres ne parviendrait probablement pas à produire les résultats escomptés. On craignait que les intérêts politiques personnels des membres du Conseil n'entraînent des tensions internes, ce qui entraverait la prise de décision. Il est important de noter qu'une majorité de cinq (5) membres est requise pour l'adoption de toute résolution ou décret.
Les prédictions des observateurs se sont malheureusement avérées exactes. Quinze (15) mois après son entrée en fonction, le Conseil n'a pas permis de redressement significatif. De nouveaux territoires ont été perdus, de nombreux commissariats incendiés et davantage de personnes déplacées – le tout sous l'égide de ce Conseil de transition, toujours au pouvoir. En résumé, le Conseil a échoué dans sa mission de rétablir la sécurité nationale, d'organiser un référendum et de tenir des élections générales.
Une impasse inquiétante
L'Accord du 3 avril, qui a créé le Conseil présidentiel de transition (CPT), a établi une feuille de route claire. Si cette feuille de route avait été respectée, Haïti aurait retrouvé l'ordre constitutionnel le 7 février 2025, avec des dirigeants nouvellement élus à différents niveaux de gouvernement à la suite d'élections générales. Le Conseil disposait de 22 mois pour rétablir la sécurité, organiser un référendum et tenir des élections.
Or, quinze (15) mois se sont déjà écoulés sans progrès significatif. Il ne reste qu'environ neuf (9) mois avant la fin du mandat du Conseil. Tant la population que les observateurs politiques doutent fortement que ce qui n'a pas été réalisé en 15 mois puisse l'être soudainement en neuf.
En fin de compte, les piètres performances du CPT, la série de scandales politiques auxquels il a été confronté et ses conflits internes ont réduit le Conseil à un simple organe symbolique. Aujourd'hui, le Conseil présidentiel est largement critiqué et discrédité, comme en témoignent l'opinion publique et les conversations quotidiennes à travers le pays.
Cette situation soulève deux questions cruciales :
Comment la population percevra-t-elle ces dirigeants à la fin de leur mandat limité dans le temps ?
Quel est l’impact de l’échec du Conseil présidentiel (CPT) sur la CARICOM ?
Nous, organisations paysannes et agricoles, ainsi que divers autres groupes structurés ancrés dans la population rurale, nous sommes donc unis pour former un front commun afin de :
Renforcer notre représentation et assurer notre présence dans tous les débats nationaux concernant le pays, afin de faire entendre les revendications du secteur ;
Entreprendre toutes les actions nécessaires – à court, moyen et long terme – pour faire évoluer la situation actuelle, dans l’intérêt du secteur en particulier et de la nation en général ;
Formuler des recommandations et déposer des pétitions ;
Offrir des consultations là où cela s’avère nécessaire.