Héros d'une des légendes les plus caractéristiques et les plus vivaces du Hainaut, Gilles de Chin appartient aussi à l'histoire. Ses aventures ont été contées, entre 1230 et 1250, par Gauthier de Tournai. Né peut-être à Chin - village du Tournaisis jumelé avec celui de Ramegnies, Gilles de Chin, de Berlaymont, de Chièvres, de Sars et de Wasmes est cité, dans trois actes authentiques de 1123, à propos d'une donation faite à l'abbaye de Saint-Ghislain, par son père Gonthier et par lui-même de terres situées à Wasmes.
Le plus crédible des anciens chroniqueurs hennuyers, Gislebert, nous apprend qu'il figurait au nombre des compagnons d'armes et des conseillers du comte de Hainaut Baudouin IV, dit le Bâtisseur. Ayant participé à la croisade, il épousa Ida (ou Eva) de Chièvres, participa à la guerre contre le Brabant et fut tué en 1137. Inhumé dans le cloître de l'abbaye de Saint-Ghislain, son mausolée - avec gisant - a été transféré à Mons, à la fin du XVIIIème siècle, et placé dans l'ancienne chapelle castrale Saint-Calixte où il est n'est actuellement plus visible puisqu’il se trouve au Musée du Doudou à côté de la tête du « Dragon » qui n’est autre qu’une tête de crocodile momifiée (non datée, la première mention de cette tête date de 1409).
Gilles-Joseph de BOUSSU décrit le combat dans son « Histoire Admirable de Notre Dame de Wasmes » parue vers 1730 :
Apparemment, c'est au XVIème siècle que les moines de Saint-Ghislain auraient propagé la légende de Gilles de Chin :
Nous sommes en 1133 et une bête monstrueuse, qui a son repaire dans les marais de Wasmes, sème la crainte dans le Borinage. Cette bête fantastique, nul ne l'a vue. Est-ce un dragon ou un serpent immonde ? Elle s'attaque à tout qui se présente sur son passage. Et elle dévore ses victimes !
Un jour, Gilles apprend l'existence de ce monstre qui se serait emparé d'une petite fille de Wasmes, une « pucelette » de 4 ou 5 ans, qu'il retiendrait captive dans son antre (Par peur du dragon, les habitants du village lui offrait chaque année une « pucelette » pour éviter que ce dernier s’approche du village.).
Le chevalier prend la décision d'attaquer la bête (selon certains récits, il sera aidé par des chevaux et des chiens). Il invoque, avant d'entreprendre son expédition vengeresse, Notre-Dame et lui demande de guider son bras. Fortifié par l'assurance qu'il sortira vainqueur du combat, il se met en route. Il se dirige vers les marais de la Haine où, voici des millénaires, se sont enlisés ces énormes mastodontes : les iguanodons (dont les squelettes ont été retrouvés dans une mine de Bernissart).
Ils ne la cherchèrent pas longtemps, cette bête flairoit de loin ; elle gardait, selon quelques auteurs, dans son trou, une « pucelette » qu’elle allait dévorer, quand à la vue de cette petite troupe de Cavaliers, ce monstre abandonne sa proie et d’un vol rapide va droit à eux pour en faire un carnage effroyable … Il bondit de rage, il bat des ailes, il revient, il tache de surprendre la troupe, il tourne de tous les côtés. Chin s’en approche, la bête lui jette des regards affreux ; elle vient à lui, le combat commence ; le monstre est repoussé : de colère il frappe la terre à grands coups de sa queue massive ; il revient à la charge, il s’élance avec furie sur la troupe, étrangle quelques chiens, terrasse quelques chevaux ; la victoire parait incertaine.
Gilles de Chin lève les yeux au ciel, il appelle la Sainte Vierge à son secours et dans ce moment assisté d’elle et animé surnaturellement, il enfonce sa lance dans la gueule ouverte de ce monstre qui fondoit sur lui et lui porte un coup si rude qu’il lui perce la gorge d’outre en outre… Le Dragon vaincu tombe et parmi des hurlements épouvantables dont tous les environs retentissent, il expire dans son sang, par sa mort délivre le pays du plus triste de tous les spectacles. Gilles descend alors de cheval et lui tranche la tête, qu'il ramènera en guise de trophée.
Gilles s'empresse de se rendre à la tanière du monstre car la « pucelette » s'y trouve. L'enfant déguenillée sourit à son sauveur qui la place en croupe sur son cheval et la ramène à Wasmes, où on fait fête au libérateur et à la libérée. Les manants du lieu sont désormais délivrés de leurs craintes et, dès le lendemain, se rendront à Mons afin de remettre, au comte, la tête du dragon.
Selon certains auteurs, l'exploit du preux chevalier serait à l'origine, d'une part, du Combat dit "Lumeçon" qui se déroule à Mons le dimanche de la Trinité, et, d'autre part, du « Tour de Wasmes », ou « Procession dite de la Pucelette », qui sort le mardi de la Pentecôte dans les rues de Wasmes fleuries pour l’occasion.