Ahmad Massoud à l'Europe : « Ne combattez pas à notre place, mais ne légitimez pas les talibans. »
Ahmad Massoud, chef du Front national de résistance, a demandé à l'Union européenne de ne pas normaliser ses relations avec les talibans et de ne pas coopérer avec eux pour expulser les réfugiés afghans. Il a averti que tout engagement politique avec les talibans contribuerait à leur donner une légitimité et enverrait un message dangereux aux autres groupes extrémistes.
Ahmad Massoud et Aurélien Pradié, député français, ont publié ce lundi un article commun dans le journal Le Monde, dans lequel ils critiquent la récente politique de l'Union européenne à l'égard des talibans. Ils affirment que les réfugiés afghans ne représentent pas une menace pour l'Europe, mais qu'ils ont fui un régime qui gouverne l'Afghanistan par la répression et l'autoritarisme.
Les deux auteurs évoquent les récentes rencontres entre des responsables européens et une délégation des talibans à Bruxelles concernant le retour des réfugiés afghans, la fourniture de services consulaires et l'élargissement de la présence diplomatique des talibans en Europe. Selon eux, cette évolution conduit à une normalisation des relations avec les talibans et l'Europe ne doit pas devenir un instrument de poursuite et de pression contre les opposants à ce groupe.
Ils estiment que, même si ces initiatives sont présentées comme de simples « discussions techniques », elles contribuent en réalité à normaliser les relations avec les talibans.
Ils écrivent : « L'histoire ne change généralement pas de direction à cause d'un seul grand recul. Elle commence par de petites concessions : un mot qui devient acceptable alors qu'il ne l'était pas auparavant, une perte que l'on cherche à justifier et une rencontre qualifiée de "technique". À force de répéter ces reculs, ce qui semblait autrefois impensable devient progressivement normal et acceptable. »
Ils ajoutent : « Le dialogue entre l'Union européenne et la délégation des talibans à Bruxelles pourrait être le début de ce processus. »
Massoud et Pradié précisent qu'ils ne demandent pas à l'Europe d'intervenir militairement en Afghanistan, mais qu'elle ne doit pas non plus accorder une légitimité aux talibans.
Ils écrivent : « Aucun peuple ne demande à l'Europe de se battre à sa place. En revanche, beaucoup de peuples attendent d'elle qu'elle refuse de soutenir leurs oppresseurs et qu'elle appuie ceux qui défendent la liberté, le pluralisme et le droit des peuples à décider de leur propre avenir. »
Mise en garde contre l'accès des talibans aux informations des réfugiés
L'article affirme que remettre aux talibans les documents d'identité, les données personnelles et les dossiers administratifs de centaines de milliers de réfugiés afghans mettrait en danger les opposants, les journalistes, les militantes des droits des femmes ainsi que leurs familles. Selon les auteurs, une telle mesure pourrait permettre aux talibans de surveiller, de menacer et de poursuivre leurs opposants, même en dehors de l'Afghanistan.
Les auteurs rejettent également l'argument avancé par certains pays européens selon lequel les expulsions seraient nécessaires pour des raisons de sécurité. Ils écrivent : « Les citoyens afghans qui arrivent aux frontières de l'Europe fuient une menace ; ils ne sont pas eux-mêmes une menace. Les expulser au nom de la sécurité revient à mettre les victimes sur le même plan que leurs persécuteurs. »
« Le peuple afghan ne s'est pas rendu »
Massoud et Pradié poursuivent en affirmant que les talibans gouvernent l'Afghanistan sans légitimité populaire, sans élections et sans État de droit. Ils ajoutent qu'en privant les femmes de leurs droits fondamentaux, en procédant à des arrestations arbitraires, à des disparitions forcées, à des actes de torture et à des exécutions extrajudiciaires, les talibans ont imposé un climat de répression dans tout le pays.
Ils soulignent toutefois que le peuple afghan ne s'est pas soumis aux talibans. Selon eux, les femmes poursuivent leur éducation dans des écoles clandestines, les journalistes continuent d'informer malgré les restrictions, et les forces opposées aux talibans poursuivent leur résistance dans plusieurs régions, en particulier dans le nord de l'Afghanistan.
Mise en garde contre la légitimation des talibans
Le chef du Front national de résistance et le député français avertissent que la normalisation des relations avec les talibans enverrait aux groupes djihadistes le message qu'il est possible d'obtenir une reconnaissance et une légitimité internationales en conservant le pouvoir avec le temps.
Selon eux, tout avantage diplomatique accordé aux talibans sans changement de leur comportement renforcerait l'idée qu'un régime peut continuer à réprimer sa population tout en finissant par être accepté par la communauté internationale.
Les auteurs concluent que le peuple afghan n'attend pas une intervention militaire de l'Europe. Il souhaite plutôt que les pays européens refusent de légitimer les talibans et soutiennent celles et ceux qui défendent la liberté, les droits des citoyens et la souveraineté du peuple.
Le 23 juin 2026, l'Union européenne et les talibans ont organisé pour la première fois à Bruxelles une réunion officielle consacrée aux questions migratoires. Les deux parties y ont discuté du retour des réfugiés afghans. Cette rencontre a été critiquée par plusieurs responsables politiques et organisations de défense des droits humains, qui y voient une étape vers la normalisation des relations avec les talibans et une forme de légitimation de ce groupe.
Les attaques meurtrières commises par certains migrants afghans dans plusieurs pays européens ont renforcé la pression de l'opinion publique et des partis politiques de droite en faveur de leur expulsion.
L'Allemagne et l'Autriche figurent parmi les pays qui ont pris l'initiative de coopérer avec les talibans afin de renvoyer des migrants afghans, en particulier ceux ayant un casier judiciaire.
Récemment, l'Allemagne a également expulsé un citoyen afghan qui n'avait pas de condamnation pénale. Selon les médias allemands, le gouvernement envisage d'élargir les expulsions au-delà des personnes ayant un casier judiciaire afin d'y inclure également les demandeurs d'asile dont la demande a été rejetée.