C’est en 2012 que j’ai tenu un crochet pour la toute première fois. À cette époque, j’étais une voyageuse passionnée : je découvrais la Thaïlande pour la deuxième fois. Pendant plusieurs années, j’ai parcouru le monde en quête d’une réponse à une question qui m’accompagnait partout : « Comment est-ce que j’imagine ma vie ? »
Un jour, un ami m’a rejointe au cours de ce voyage. Ensemble, nous sommes allés visiter le marché de Chatuchak, au nord de Bangkok. C’est là que l’aventure du crochet, et tout ce qui a suivi, a véritablement commencé…
Quand j’étais petite, ma mère faisait danser le fil entre ses doigts. Tricot, crochet, couture… De ses aiguilles naissaient des vêtements, des écharpes, des textures qui semblaient surgir de la douceur même de ses mains. Je n’ai jamais vraiment appris (si l’on oublie mes trois tentatives maladroites), mais j’étais fascinée par cette magie silencieuse qui transformait un simple fil en quelque chose de vivant.
Déjà enfant, j’aimais façonner, toucher, créer. Le fait main, le fait maison, avait pour moi une âme, une chaleur que rien ne pouvait remplacer.
Plus tard, j’ai vu une amie sortir d’entre ses crochets un bonnet tout juste terminé… Et mon cœur s’est serré d’envie : l’envie d’apprendre, de comprendre, de créer à mon tour. Mais je restais immobile, comme si le premier pas était trop grand.
Puis une autre jeune fille (une amie de ma sœur) tissait au crochet de délicats bracelets en fil ciré. Et finalement, ma propre sœur s’est mise à crocheter elle aussi, comme si l’univers me murmurait doucement : « À ton tour… »
Et pourtant, il m’a fallu attendre ce voyage en Asie pour oser enfin commencer. C’est là, loin de tout, que mes mains ont fait leurs premiers gestes… et que quelque chose s’est éveillé.
Nous marchions avec Mark pour rejoindre le Skyline de Bangkok. Au détour d’une conversation, je lui dis presque sans y penser que j’avais toujours voulu apprendre le crochet. J’oubliai très vite ce que je venais de lui confier… Pourtant, à peine une heure plus tard, Mark m’indique une minuscule échoppe de laines et d’accessoires, presque invisible, coincée entre deux boutiques du marché.
Je n’avais jamais pratiqué, alors je n’y voyais pas grand intérêt. Je lui réponds que je ne sais même pas m’en servir. Aujourd’hui, je peux vraiment le remercier d’avoir insisté. Dans sa langue maternelle, il réplique simplement :
“It doesn’t matter, look how cheap it is… buy some and give it a try…”
(Peu importe, regarde le prix… achète quelque chose et lance-toi.)
Merci, Mark.
Bien sûr, mon tout premier essai n’a pas été très concluant. En deux heures, sur la route entre Bangkok et Ayutthaya, je n’ai réussi qu’à faire une pièce de la taille d’un timbre. L’envie de tout arrêter était forte. Finalement, c’est à Pai que j’ai appris mes premières bases, grâce à une habitante chez qui j’ai logé quelques jours. À la fin du voyage, je réalisais déjà mes premiers bracelets. Puis une année en Nouvelle-Zélande m’a permis de continuer à m’exercer, au fil de mes déplacements à travers le pays.
J’ai appris cette technique auprès de femmes plus âgées, puis j’ai complété ma pratique avec des livres, des magazines et les nouveaux outils numériques disponibles sur Internet. Cela m’a permis de moderniser ma façon de faire et de développer mon propre style.
Même si mes créations reposent principalement sur le crochet, elles ne s’y limitent pas. J’ajoute souvent d’autres techniques pour enrichir mes pièces : couture, macramé, travail du cuir… J’utilise également des matériaux variés : perles, plumes, pierres semi-précieuses, tissus, liège… ainsi que différents outils comme la machine à coudre, des pinces, des cutters, des aiguilles, des presses à trou, du carton ou du cuir.
Ce qui m’a poussée à créer ma première entreprise en France, début 2017, c’est mon besoin de créativité et l’envie de proposer des objets à des personnes qui, comme moi, cherchaient une nouvelle manière de consommer ; plus éthique, plus juste, plus propre, plus respectueuse. Très vite, la vie m’a menée au Portugal, où j’ai commencé à travailler sur les marchés de producteurs locaux.
Aujourd’hui, je suis mère au foyer, et cette passion reste une activité secondaire qui tend, peu à peu, à devenir plus professionnelle. Je ne la poursuis pas par nécessité, mais par plaisir et par engagement. Pour moi, c’est une façon de contribuer à un monde différent.
J’ai d’ailleurs commencé avec des chutes de laine récupérées ici et là, d’occasion, pour apprendre et expérimenter. Peu à peu, je me suis rapprochée de ce qui me tient le plus à cœur : créer des pièces artisanales, travailler des matériaux nobles, plus propres et locaux, et proposer à des consommateurs engagés des produits respectueux de l’environnement ou issus du recyclage.
La Payet’ (Juin 2018)