Difficile de citer 5 chaînes de femmes ou personnes non-binaires sur YouTube sans prendre quelques minutes de réflexion. Dans le Top 10 des vidéastes les plus connus, on ne peut pas dire que les femmes rayonnent par leur présence. Nous, Les Internettes, nous pensons que la création est un cercle vertueux. Et que plus nous verrons de créatrices vidéo, plus cela encouragera d’autres personnes à se lancer.
YouTube et consort ne sont pas des plateformes éditorialisées. Les contenus recommandés aux utilisateurs sont basés sur de savants algorithmes qui favorisent les formats courts, les tops et les visionnages précédents des internautes. Quand on navigue de vidéo en vidéo, on est rapidement pris dans une clôture informationnelle ou une bulle d’information. Il suffit donc de quelques vidéos de Squeezie pour ne recevoir que des recommandations de chaînes animées par des hommes et croire que les femmes vidéastes sont un épiphénomène.
Le succès des “youtubeuses beauté” puis des créatrices "lifestyle" est incontestable. Et tant mieux pour elles ! Ces jeunes femmes travaillent dur, réalisent de belles vidéos et sont très calées dans leur domaine. On ne peut leur souhaiter que du succès et également permettre aux femmes et personnes non-binaires de se projeter sur des thématiques plus diverses sur lesquelles leur parole est tout aussi légitime. Les vidéastes beauté / lifestyle sont des exemples marquants de la standardisation éditoriale des plateformes. Régulièrement mises en avant dans les conventions et analysées dans les médias, elles représentent en réalité la partie visible de l’iceberg. Car sous la mer, d'autres vidéastes de talent bousculent aussi la création vidéo dans une multitude de domaines comme les sciences, le gaming, les sujets de société, l’art... mais elles font moins de bruit.
On a tous cette petite voix dans notre tête qui nous persuade que ce que nous faisons ne sera jamais assez bien. Peu encouragées à se lancer dans la création vidéo sur le web, les femmes et personnes non-binaires ne font pas exception à la règle et sont en proie à de nombreux doutes.
Faire une vidéo sur le web, c’est exposer son image et son mode de vie aux yeux de milliers d’anonymes. C’est le jeu ! Par contre, recevoir au quotidien des insultes sur son physique, sa condition de femme ou de personne non-binaire, être harcelée en ligne et lire des menaces de mort, là, ce n’est plus un jeu. C’est pourtant le quotidien de nombreuses créatrices vidéos, tout comme les hommes sont enjoints à justifier de leur virilité entre deux insultes homophobes. Forcément, quand on hésite à se lancer, ça calme. Mais ce problème ne doit pas empêcher les jeunes femmes de prendre la parole. Elles sont légitimes sur tous les sujets et c’est à la législation de s’adapter pour punir les harceleurs et non décourager les harcelé·es.