L' Histoire du convoi 73

Arrestation et internement à Drancy

878 hommes

Les Déportés du Convoi 73


« Nous sommes 900 Français », cette affirmation, est un graffiti tracé comme une revendication d’identité, par des déportés du convoi 73 en mai 1944 sur le mur d 'une cellule du Fort IX à Kaunas en Lituanie.


Ces « 900 Français », plus exactement 878, étaient les hommes qui furent déportés de Drancy le 15 mai 1944. Presque tous originaires de France, certain de Belgique, pas tous Français ou Belges mais tous Juifs, ils se trouvaient dans le camp de Drancy depuis plus ou moins longtemps avec beaucoup d'autres malheureux, femmes, enfants, vieillards, malades, désemparés, dont le destin était d'être envoyés à Auschwitz pour y être assassinés sans pitié.


Lorsqu'un ordre arriva d'envoyer des hommes bien portants pour travailler dans l'Organisation Todt, un convoi fut constitué. Il était composé de 15 wagons dans lesquels furent entassés 878 hommes valides, et parmi eux 38 adolescents, tous avec un bon moral puisqu'ils pensaient échapper au sort tragique des victimes juives du nazisme.


Une destination spécifique


On ignore pour quelle raison ces hommes ne travaillèrent pas pour Todt. Leur train fut dirigé vers le nord de l'Europe. Il mit trois jours pour arriver à Kaunas, en Lituanie, trois jours horribles de souffrances dues à l'étouffement, au manque d'eau, de nourriture, d'hygiène, dues à l'ignorance de leur destin, à l'angoisse d'avoir laissé leur famille.

Extermination en Lituanie

La Lituanie

Le convoi 73 était composé de 15 wagons, une dizaine furent stoppés à Kaunas et les hommes poussés dans le Fort IX, une bâtisse encaissée, sinistre, sombre, humide, un lieu d'extermination, avec Paneriai, où la plus grande partie des communautés juives de Vilnius et de Kaunas avait été exécutée sauvagement, les corps brûlés pour les faire disparaître. Dix wagons, 600 hommes environ, on ne sait pas lesquels. Les Allemands qui, d'ordinaire, étaient tellement comptables de leurs victimes, n'ont laissé aucune liste, aucun indice.


Nous avons su plus tard qu'ils avaient été soumis au travail forcé dans le sous-camp de Praviéniskès, à une dizaine de kilomètres de Kaunas, et finalement assassinés par groupes dans la forêt. Seulement deux hommes, deux frères Harry et Félix Klein, réussirent à s'échapper et étaient survivants en 1945. C'est leur témoignage qui nous mit sur la piste de Praviéniskès dont il ne reste aujourd'hui qu'une magnifique forêt, énigmatique par son relief, mais aussi les marécages dans lesquels les déportés devaient extraire la tourbe.

[image bientôt disponible]Le Fort IX en 1995

[image bientôt disponible]Le Fort IX rénové, 15 ans plus tard, le plus important musée de la Déportation en Lituanie

[image bientôt disponible]Monument mémoriel au Fort IX

[image bientôt disponible]La dalle du convoi 73 fleurie au cours du Voyage de la Mémoire 2010

[image bientôt disponible]Une cellule du Fort IX

[image bientôt disponible]La stèle du Convoi 73 dans la forêt de Praviéniskes

Les graffitis du Fort IX de Kaunas

Un certain nombre de déportés du convoi 73, parmi les 600 débarqués à Kaunas, ont été détenus dans le Fort IX et ont laissé des écrits sur les murs de la cellule où ils ont été enfermés. Ces signatures, ces dates, ces dessins, authentifient complètement le passage de ces déportés, ils sont tout à fait exceptionnels dans la tragédie de la Shoah où peu de déportés ont pu laisser des traces aussi précises.

Photographiés et mis en valeur par un artiste-peintre lituanien, M. Virginijus Kasinskas, en 2002, ces graffitis ont été exposés au Musée du Fort IX. Ils sont regardés avec beaucoup d'émotion par les familles des déportés lors des voyages de la mémoire, surtout par les familles qui déchiffrent le nom de leur parent sur le mur de la cellule, dans la Salle des Français.

[image bientôt disponible]18 5 44 ARRIVEE DE 900

[image bientôt disponible]Loeb Marcel, Vendenheim, mai 1944. Lévy Sylvain (son beau-frère)

[image bientôt disponible]Bloch Emil, Bisheim (ami de Marcel Loeb et Sylvain Lévy, tous trois alsaciens)

[image bientôt disponible]Jules Herskovets, d'Anvers

[image bientôt disponible]ROKIO

[image bientôt disponible]FISHER Ignace. PARIS 18.5.44

[image bientôt disponible]Toros, A. Steinberg de Paris 12, Jerusalinski

[image bientôt disponible]GA Paris Alger 1944 (initiales de Georges Ayache)

[image bientôt disponible]Max Stern de Paris 18.5.44

[image bientôt disponible]Un portrait; sans nom

Extermination en Estonie

L'Estonie

Sur les 15 wagons partis de Bobigny, après la halte à Kaunas où 10 wagons furent décrochés, les cinq derniers wagons, environ 300 hommes, continuèrent le voyage jusqu'en Estonie. Les déportés, exténués, - il y avait des morts parmi eux - furent entassés dans la prison Paterei, à Reval (aujourd'hui Tallinn, la capitale). Ils travaillèrent à la construction et la reconstruction d'un aéroport militaire bombardé jour et nuit, et furent également assassinés dans leur grande majorité. Ils furent aussi soumis au travail de bucherons dans les forêts voisines d’où ils ne revenaient pas.


Seulement 34 étaient encore en vie lorsque, les troupes russes avançant, les Allemands jetèrent littéralement ces hommes, avec des centaines d'autres malheureux, dans les cales ignobles d'un bateau, le « Vaterland », qui arriva en Prusse Orientale à Dantzig, aujourd’hui Gdansk le 1er Septembre 1944.

[image bientôt disponible]La prison Paterei à Tallinn

[image bientôt disponible]La cour de la prison Paterei à Tallinn

[image bientôt disponible]La Mer Baltique vue de la prison Paterei derrière les barbelés


Evacuation et marches de la mort

La Prusse Orientale (aujourd'hui Pologne)

Sur les 300 déportés détenus en Estonie, il ne restait que 34 survivants en Aout 1944. Transportés sur le bateau « Vaterland », ils furent débarqués à Dantzig et internés à Stutthof, un immense camp de concentration et d'extermination où se trouvaient des centaines de Juifs de toutes provenances, détenus dans des conditions épouvantables, indicibles, et mourant en masse et où furent massacrés des polonais par milliers.


Une fois encore pour empêcher leur libération par les Russes, les survivants de Stutthof, presque tous déjà moribonds, furent poussés dans une marche de la mort impitoyable à laquelle très peu résistèrent. Seulement 22 hommes du convoi 73 purent rentrer en France en mai 1945, dans un état de dégradation physique extrême. Aujourd'hui, un seul reste parmi nous, Henri Zajdenwergier qui a consacré une grande partie de sa vie à témoigner, en particulier auprès des jeunes.

[image bientôt disponible]Le camp de Stutthof en Pologne