Yves Manela
Pierre Sullivan est devenu rédacteur en chef de la Psychiatrie de l’Enfant tout naturellement après le retrait de Rosine Crémieux. Jeune thérapeute philosophe et psychologue, il a été repéré pour sa vivacité et coopté dans les années 1980. Il a, durant toutes ces années, partagé avec Rosine une complicité qui au-delà de la revue leur a permis d’écrire un livre très personnel, La Traîne sauvage, dans lequel Rosine Crémieux revient sur son passé de jeune résistante arrêtée et enfermée à Ravensbrück. Les deux auteurs y proposent une réflexion sur le silence et la honte de certains événements vécus douloureusement.
À la revue, le rituel chaleureux du comité de rédaction, que j’ai moi-même connu rue de l’Université, s’est prolongé au domicile de Pierre Sullivan pendant près de vingt ans. Psychanalyste de la SPP, il s’est formé au Centre Alfred Binet dans le XIIIe arrondissement de Paris comme psychanalyste d’enfant auprès de Janine Simon, René Diatkine et Serge Lebovici. Il rejoint le Centre de psychanalyse dirigé par Évelyne Kestemberg puis Jean Gillibert, et il se forme au psychodrame psychanalytique dont il deviendra un formateur important.
La carrière de Pierre Sullivan est le reflet de la richesse de sa culture littéraire et de ses intérêts au-delà de la psychanalyse pour le cinéma, la peinture et le théâtre (en témoignent ses écrits dans différentes revues).
Beaucoup de psychologues se souviennent de son enseignement très clinique des traitements d’adolescents aux côtés de Catherine Chabert comme maître de conférences à l’Université de Paris V. De fait son expérience des troubles de l’adolescence prendra de plus en plus de place. Un livre Introduction à la psychopathologie de l’adolescence, le psychodrame au Centre Étienne Marcel et un séminaire assuré durant de nombreuses années prolongeront son enseignement universitaire.
Colloques à Cerisy-la-Salle, « conférences de Lamoignon » pour la revue Psychiatrie Française, colloque René Diatkine de Deauville, textes sur la poésie, rencontres sur le cinéma, la liste est très longue et remarquable. Tout cela donne une tonalité particulière à sa pensée et ses écrits faits de précision, d’indépendance et souvent d’originalité.
Pierre est un peu mon frère aîné de quelques mois. Chacun a fait son chemin mais notre travail commun, nos réflexions et notre amitié n’ont jamais cessé pendant quarante ans. J’ai connu et j’ai vécu nos joies et nos peines, mais nos échanges nos voyages, nos rencontres familiales et nos différentes recherches ont toujours été précieuses. Sa maladie prématurée lente et contraignante a provoqué un vide très douloureux. Cela a interrompu brutalement ses élans et ses questions dont la revue Psychiatrie de l’Enfant a bénéficié dans un changement de générations qui s’est fait sans heurts et dans une harmonie plutôt rare quand on sait combien la psychiatrie a été chahutée ces dernières années.
Pierre Sullivan, comme un certain nombre d’entre nous, fait partie d’une génération qui a connu personnellement beaucoup de ceux qui ont nourri la dynamique de la psychiatrie et de la psychanalyse en France au XXe siècle. Tout son travail de pensée et ses activités thérapeutiques en portent la marque.
Pour moi, comme pour beaucoup d’entre nous, pour tous les membres du comité de rédaction, sa perte sera difficile.
Yves Manela, pour l’ensemble du comité de rédaction de la revue Psychiatrie de l’Enfant
Numéro 2025/2 – Varia
La Psychiatrie de l'Enfant – Vol. 68, n°2
Presses Universitaires de France – 210 pages
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Ce fascicule s'ouvre par un hommage à Pierre Sullivan, figure importante de la revue, avant d'explorer trois axes majeurs de la psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent. Aux commencements du lien, la périnatalité est abordée sous l'angle de la maternité et de la paternalité, interrogeant le désir maternel à l'interface de la psychopathologie et de la neuropsychologie, la santé mentale paternelle en Tunisie, et la sensibilité paternelle postnatale dans une approche clinique fine.
L'adolescence est ensuite explorée à travers ses tensions contemporaines : les gestes suicidaires en contexte de confinement, l'éco-anxiété climatique, les troubles à symptomatologie somatique, et les mécanismes de défense dans les états-limites. Enfin, les traversées cliniques de l'enfance embrassent des réalités diverses, de l'incontinence fécale d'origine malformative aux premières années de cure d'une enfant autiste, en passant par les pratiques éducatives et l'anxiété, pour conclure sur l'incertitude comme posture clinique fertile au service de la thérapie.
Date de parution : janvier 2026
Mise en ligne Cairn : [à venir]
ISBN : 9782130877639
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