La pierre de vision
Deux femmes, deux époques, un secret millénaire
(courts extraits)
Code ISBN : 9798187465781
Code ISBN : 9798187465781
Extrait n°1
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Cela fait maintenant deux jours que Violette compulse les livres de contes et légendes de Bretagne. Elle va bientôt être incollable sur les romans arthuriens et autres histoires de fées et de korrigans. Bientôt la forêt de Brocéliande et les récits de mers n’auront plus de secrets pour elle, mais concernant les saints bretons, il faut croire que les précédents propriétaires du château n’en avaient cure.
— Violette, encore en train de lire, tu devrais sortir un peu avant que le temps ne change.
Et, regardant la pile de livres près d’elle, Guillaume reprend :
— Tu t’intéresses aux légendes maintenant ?
— Je cherche des informations sur saint Conogan.
— Saint quoi ?
— Conogan, répète Violette avec calme. Une légende évoque sa capacité à rendre la vue.
— Pour soigner ton père ?
— Oui.
Guillaume, adossé à la fenêtre, observant la pluie fine qui commence à tomber, reste dubitatif, mais ne commente pas. Puis, il se souvient.
— Je crois qu’il y a toujours un coffre plein de livres religieux au grenier, viens avec moi, on va aller voir.
Ils montent directement au grenier et, soulevant de vieux rideaux, Guillaume met à jour un vieux coffre en osier qui regorge de missels, évangiles, psautiers et autres livres de saints et de martyrs.
— Regarde, Violette, « Hagiographie des Saints Bretons », vu la taille, tu devrais le trouver.
— Merci beaucoup Guillou, tu sauves peut-être mon père.
Violette feuillette rapidement l’ouvrage et trouve un chapitre concernant Conogan. Elle décide d’emporter le livre pour l’étudier dans sa chambre, mais au moment de quitter le grenier, elle aperçoit la gravure d’une jeune femme qui lui ressemble.
Étonnée, elle se saisit de la gravure, peinte sur un panneau de bois, et l’examine de plus près.
Violette reste un instant immobile, la toile serrée entre ses doigts, comme si le simple fait de respirer pouvait effacer l’image.
La jeune femme représentée… c’est elle. Ou presque. Les mêmes traits fins, le même ovale du visage, ce regard légèrement incliné, à la fois doux et décidé. Seule la coiffure diffère, tombant en boucles souples sur ses épaules et son dos, et la robe, richement brodée, trahit une autre époque.
— Guillou… regarde…
Sa voix est plus basse qu’elle ne l’aurait voulu.
Guillaume s’approche, essuie ses mains sur son pantalon avant de se pencher au-dessus de son épaule.
— C’est troublant… on dirait toi.
Violette hoche lentement la tête, retourne le panneau de bois, et passe le doigt sur l’inscription à demi effacée, comme pour en raviver les lettres : « Amicie de Gaël – Boutavent - 1114 ».
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Extrait n°2
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À chaque rencontre, Tugdual posait une main discrète sur la garde de son épée, et Amicie serrait les rênes de Epona. Les récits de brigands dans la région n’étaient pas des légendes, et ils savaient qu’une vigilance de chaque instant était nécessaire.
Le chemin descendait maintenant vers la forêt d’Huelgoat, où les rochers géants, empilés comme par magie, créent un paysage fantastique. Les chevaux avançaient prudemment entre les blocs de granit, et l’air devint plus frais, chargé de l’odeur de mousse et de résine.
En début d’après-midi, après avoir traversé une rivière peu profonde, ils arrivèrent en vue d’une grotte à moitié cachée par des fougères. L’entrée, sombre et mystérieuse, n’invitait pas à la visiter. Cependant, une fine colonne de fumée s’échappant d’un feu allumé plus loin, trahissait une présence humaine.
Amicie descendit de cheval la première, suivie de près par Tugdual. Ils avancèrent prudemment, la main sur leurs armes, jusqu’à ce qu’une voix rauque résonne dans la grotte.
— Qui va là ?
Un vieil homme, vêtu d’une robe de bure et la barbe grise emmêlée, émergea de l’ombre. Ses yeux, d’un bleu pâle et perçant, les fixèrent avec une intensité déconcertante.
— Je suis Gerfred, l’ermite de cette forêt, dit-il. Et vous, que cherchez-vous ici, voyageurs ?
Tugdual se demandait s’il était fiable, mais Amicie, toujours directe, répondit
— Nous cherchons le dolmen près du Camp d’Artus. On dit que la pierre de saint Conogan y est cachée.
L’ermite éclata d’un rire sec, comme si elle venait de dire une plaisanterie.
— Ah, la pierre de saint Conogan… Beaucoup l’ont cherchée. Personne ne l’a trouvée. Mais si c’est le dolmen que vous voulez, je peux vous y conduire. La forêt est pleine de pièges pour ceux qui ne la connaissent pas.
Il leur fit signe de s’asseoir près de son feu et leur offrit une boisson chaude à base d’herbes cueillies dans les bois.
— La forêt de Huelgoat, commença-t-il, n’est pas une forêt comme les autres. Elle respire, elle vit, elle se souvient. Les rochers ici parlent, et les arbres murmurent des secrets vieux de mille ans.
Il leur raconta l’histoire de La Roche Tremblante, un bloc de granit si parfaitement équilibré qu’un simple effleurement le faisait osciller, comme s’il était vivant. Celle de la Grotte du Diable, où l’on entendait parfois des rires maléfiques faire écho dans les profondeurs de la terre. Et, bien sûr, la légende du Ménage de la Vierge, un amas de pierres où, disait-on, les fées dansaient les nuits de pleine lune.
— Et le Camp d’Artus, demanda Tugdual, que savez-vous de lui ?
L’ermite baissa la voix, comme s’il craignait d’être entendu par les esprits de la forêt.
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Chapelle du prieuré de Brégain
Repère pour la quête