🎨 Les Salons Bleus, lieux d'expostition, de rencontres et d'échanges...
1946 - 1947(?) - 1948 - 1949
🎨 Les Salons Bleus, lieux d'expostition, de rencontres et d'échanges...
1946 - 1947(?) - 1948 - 1949
catalogue 1948 (couverture)
catalogue 1948 (page 7)
catalogue 1948 (page 8)
"Grâce Ă la persĂ©vĂ©rance et la sagacitĂ© de Jacqueline Bouchet et de la famille Marcellin, nous avons pu retrouver et obtenir le catalogue du Salon Bleu de 1948."Â
illustration: Jean Bouchet (à 20ans), non titrée au verso, gouache sur papier, septembre 1949, 30 x 41cm (collection privée)
Probablement la Cathédrale Notre-Dame de Nazareth à Vaison-la-Romaine
(mentionnĂ©e comme "La Haute ville de Vaison" dans Jean Bouchet, TITA'S EDITIONS 2004)Â
(NB : les oeuvres de Jean Bouchet exposées au Salon Bleu ne sont pas identifiées à ce jour)
"Que les âmes prudes de notre bonne ville de Vaison se rassurent (momentanĂ©ment), cet article ne va pas leur parler de lieux de perdition de la morale bourgeoise. Oubliez les Ballets Roses, le Lotus Bleu ou la Chambre Jaune et son mystère.Â
En effet le salon bleu de Vaison-la-Romaine n’était ni un rĂ©seau de pervers, ni un Ă©tablissement de consommation d’opium ni un lieu de crime cĂ©lèbre.Â
Comme son nom l’indique mal, il s’agissait d’un salon… de peinture, comme il y avait eu le salon des IndĂ©pendants ou celui des RefusĂ©s Ă Paris.Â
Pour bien rĂ©aliser de quoi nous parlons, il faut se replonger dans le contexte de l’époque. Nous sommes juste après la LibĂ©ration Ă la fin des annĂ©es 40. Comme un ressort relâchĂ©, la vie culturelle longtemps bridĂ©e ou surveillĂ©e sous l’occupation, libère une grande Ă©nergie.Â
C’est la grande époque du Quartier Latin Ă Paris avec ses Ă©crivains et ses chanteurs. En peinture, il y a toute une gĂ©nĂ©ration de gens qui viennent de perdre dix ans de crĂ©ation alors qu’ils Ă©taient dans la maturitĂ© de leurs quarante ans.Â
C’est dans ce vivier bouillonnant que des Vaisonnais branchĂ©s vont avoir une idĂ©e et exploiter leurs relations. L’idĂ©e : rĂ©aliser une exposition de peinture rĂ©gulière qui attirerait pour y exposer le gratin du monde pictural.Â
Le lieu : A Vaison, bien entendu ! Pourquoi Ă Vaison ? Pourquoi pas ? Ils croient dans leur ville et dans son attractivitĂ©. Ils sont dans la droite ligne du dynamisme qui y a rĂ©gnĂ© entre les deux guerres.Â
Un Ă©bĂ©niste amateur d’art, installĂ© dans la Grand’ rue, va prĂŞter son local. Il se situe au 21 de la rue dans un local qui a encore rĂ©cemment accueilli une galerie d’art. Les protagonistes : ils sont très excitĂ©s par leur projet. Eux-mĂŞmes sont peintres, souvent reconnus pour leur indĂ©niable talent, ils habitent Vaison ou les environs.Â
Ils se nomment Francis Pasquier, Jean Bouchet, Albert Abou, Pierre Ambrogiani, RenĂ© Durieux et certainement d’autres. Beaucoup ont eu une vie antĂ©rieure au cours de laquelle ils ont très bien connu des gens devenus cĂ©lèbres. De 1946 Ă 1949, les salons bleus out eu lieu au cours de la première quinzaine de septembre. Nous avons retrouvĂ© le catalogue de 1948. Les noms des peintres exposĂ©s sont impressionnants. La fondation Pierre Gianadda de Martigny en aurait volontiers fait un Ă©vènement si le jumelage avait dĂ©jĂ eu lieu."Â
JC Raufast https://lefifrelin.fr/wp-content/uploads/2024/12/Numero33-Decembre2024-LeFifrelin.pdf
"Bizarrement le catalogue de 1948, le seul publié à notre connaissance, comporte une revue de presse très élogieuse dédiée au Salon de ... 1946. N’y aurait-il pas eu de salon en 1947 ? N’auraient-ils pas eu le temps de rassembler les articles de presse ? ou tout simplement, la presse ne se serait-elle pas déplacée ?
Un des articles de 1949 mentionne quatre salons tenus depuis 1946, donc 1947 a dû exister. Étant données certaines signatures très «vaisonnaises» des articles
parisiens (Mounereau par exemple, qui habitait Vaison), on imagine mal aucune couverture de presse en 1947. Mais si les articles avaient Ă©tĂ© mauvais cette annĂ©e-lĂ , il parait difficile qu’ils aient changĂ© d’avis en 1948. Mystère ! "Â
Le Salon Bleu dans la presse :
«Mais ne vous contentez pas de me lire, prenez votre voiture ou le car pour Vaison. Dites-vous bien que déjà les étrangers font un détour pour y venir. Croyez-moi vous serez bientôt fiers de pouvoir dire j’ai vu les premiers salons Bleus à leur création.»
Signé, le Paysagiste. Le Dauphiné Libéré du 31 août 1948
Jean Bouchet, "Les ruines Ă Vaison" mai 1952, gouache sur papier, 24x32 cm
Les grandes heures de Vaison
Un journaliste du Dauphiné Libéré fait un compte rendu qui nous permet  d’en savoir un peu plus sur les œuvres exposées.
Abou : une prédilection pour les beiges.
Ambrogiani : quelles couleurs mes seigneurs ! et quelle lumière dans cette arène ou fonce un noir taureau environné des couleurs éclatantes du matador et des picadors.
Bertrand : une femme nue, bronzée, ramassée sur elle-même, dort semblable à un fauve.
Bouchet : Un coin des fouilles de Vaison, net et dĂ©pouillĂ©, oĂą le gris domine sur un ciel bleu. Mais pourquoi ces nuages rectangulaires qui dĂ©parent une Ĺ“uvre au demeurant très intĂ©ressante ?Â
Brayer : une roche blanche qui fait penser Ă quelque vieux tank dĂ©moli au milieu d’un très beau paysage provençal de cyprès et d’amandiers.Â
Camoin : les couleurs vives de ses anémones.
Chabot : mariage intense de ses gris et de ses verts où il est passé maître.
Corpus : une remarquable nature morte.
Derain : une nature morte. Un pichet de grès bleu où se joue une
tâche de lumière minuscule, mais qui fait vivre ce tableau comme un regard fait vivre un visage. Des cerises sur une serviette, des cendriers sur une table noire, devant une tenture d’un vert sombre. Pourquoi dit-on une nature morte devant tant de vie ?
Despierre : deux femmes nues d’une ligne classique.
Durieux : un bouquet lumineux, d’iris jaunes et mauves et aussi une femme en bois sculpté que je trouve un peu trop cirée.
Ferrai : une tête de femme à la technique curieuse mais pas indifférente.
Gillois : une Ĺ“uvre caractĂ©ristique de dĂ©but par sa lumière, par le bleu de ses montagnes et de son ciel.Â
Gleizes : un étroit rectangle plein de triangles, avec un œil sans doute noir au milieu, doit être un projet de vitrail pour une cathédrale maçonnique.
Guingamp : un pastel tout embué de mistral qui torture ses oliviers argents et verts et son chêne rouge se détachant sur un ciel tourmenté nous console de cela, et il est un des meilleurs souvenirs de cette exposition.
Lemarchand : un automnal particulièrement bienvenu et en pleine pâte.
Mandin. : un relief inouï, dont la richesse des couleurs fait penser à l’éblouissement éprouvé au costume de Shéhérazade auPalais des Papes.
Marcellin : d’amusantes créatures nous accueillent à l’entrée.
Marchand : sur un fond bleu, des poires qui seraient appétissantes si elles n’étaient noires.
Osterlind : une nature morte d’une excellente facture, très moderne, mais sans outrance et classique.
Oudot : une série de verts sur une vague transparente et nacrée.
Pasquier : en pleine création.
Planson : un grand tableau qui est une symphonie blonde des blés et des pierres patinées, coupée par le vert gris des oliviers, montant à l’assaut d’un ciel lumineux et dont l’autre tableau nous montre le corps vibrant d’une femme nue reposant sur une draperie bleue.
Roche : elle a un faible pour les verts, mais pour les verts assourdis qui ne chantent pas.
Serra : des couleurs vibrantes sur une toile où ses oliviers semblent monter à l’assaut des vieux rochers des Baux.
Seyssaud : un paysage d’oliviers dans la campagne d’Aix dont ce serait vouloir enfoncer une porte ouverte que d’essayer de définir la maîtrise.
Terechkovitch : une œuvre curieuse, plus suggérée qu’apparente, d’une sûreté du dessin remarquable.
Tigny : un extraordinaire paysage provençal, camaïeu de bleu et de vert jaune, dont la lumière vous poursuit longtemps.
A partir de l’article de : Le Paysagiste. Le Dauphiné Libéré du 31 août 1948
Le Fifrelin NumĂ©ro 35 page 7Â
En savoir plus sur le Salon Bleu : consultez les sources ci-dessous
Vifs remerciements au magazine Le Fifrelin :
https://lefifrelin.fr/wp-content/uploads/2024/12/Catalogue-salon-bleu-1948.pdf
https://lefifrelin.fr/wp-content/uploads/2024/12/Numero33-Decembre2024-LeFifrelin.pdf
https://lefifrelin.fr/wp-content/uploads/2025/02/Numero34-Fevrier2025-LeFifrelin.pdf
https://lefifrelin.fr/wp-content/uploads/2025/04/Numero35-Mars2025-LeFifrelin.pdf