Mireille Kanyange travaille à la radio Isanganiro depuis 2013. Le 13 mai 2015, elle devait transmettre des infos depuis la place de la Révolution, pas loin du siège de la RTNB, quand le coup d’État a été annoncé. Le lendemain, elle a assisté en direct à l’attaque contre Radio Isanganiro, son lieu de travail. Dans son récit, elle raconte ces moments de tension, et les difficultés d’avoir accès à l’information à la suite des violences de 2015. Aujourd’hui, Mireille Kanyange est journaliste reporter à la Radio-Télévision Isanganiro et présidente de la Maison de la Presse du Burundi.
J’ai commencé ma carrière de journaliste en juillet 2013 à la radio Isanganiro, qui est aujourd’hui la Radio-Télévision Isanganiro. En 2013, je suis venue à Isanganiro comme stagiaire, puis j’ai été retenue. Je me rappelle, au moment du test, nous étions cinq ou six candidats stagiaires. On nous a donné un texte à lire, nous en avons fait un résumé et nous l’avons lu. Il y avait une équipe qui écoutait dans la cabine technique. Quand j’ai fini ma lecture, j’ai vu des gens de l’autre côté de la baie vitrée qui hochaient la tête comme pour dire « oui ». Alors j’ai senti que j’avais réussi. Effectivement, j’ai été retenue comme stagiaire. Depuis ce jour-là, j’ai toujours travaillé à Isanganiro.
Moi, je n’ai pas fait d’école de journalisme ; j’ai étudié la gestion socio-économique des entreprises et organisations à l’Université du Lac Tanganyika. J’ai terminé mes études en 2006, et j’ai défendu mon travail de mémoire en juin 2007. Après l’université, j’ai fait des stages à gauche, à droite : un stage de trois mois à la BANCOBU [=Banque Commerciale du Burundi], puis un travail d’audit pendant six mois dans un cabinet privé. En 2010, j’ai eu un contrat d’une année comme chargée des finances dans une organisation locale de lutte contre le VIH/SIDA, mais à la fin du contrat, je n’ai pas été retenue. En 2011, je cherchais encore de l’emploi. Mon mari m’a suggéré d’aller chercher des postes vacants au Renouveau, à Iwacu, chez Intercontact Services, là où des maisons passaient pour publier des offres. Alors j’ai pris mon dossier, qui était toujours prêt – mon CV, qui était un peu nul, la copie conforme de mon diplôme, et ma carte d’identité ; parfois je faisais au moins dix copies conformes de mon diplôme pour les avoir prêtes à la maison ! – et je suis allée à la radio Isanganiro. J’ai trouvé des gens qui étaient souriants. Je voulais rencontrer le directeur de la radio, mais il était en congé. J’ai rencontré alors une dame qui travaille aujourd’hui au Centre d’Alerte et de Prévention des Conflits (CENAP), elle s’appelle Amandine Inamahoro. Elle était cheffe des programmes, et c’est elle qui assurait l’intérim du directeur. Aujourd’hui, je lui dis merci ! Je lui ai dit ce que je cherchais, et elle m’a répondu que « maintenant nous ne cherchons pas de stagiaires, mais laisse-nous ton numéro, s’il y aura des postes vacants je vais t’appeler. » Et deux semaines après, elle m’a appelée : « Mireille, on cherche des stagiaires. S’il te plaît, complète ton dossier, amène ceci et cela, et dépose tout chez la secrétaire de direction. » J’ai amené mon dossier, j’ai passé mon test, et finalement j’ai été retenue comme stagiaire.
Je dois dire aussi que quand j’étais en quatrième, à l’école secondaire, il y avait un professeur de français qui nous a dit un jour : « Amusez-vous à faire une publicité de quelque chose de votre choix. » Moi, comme je faisais de petites recherches, j’étais intriguée par un véhicule de marque Rolls-Royce ; le nom déjà, « Rolls-Royce », était nouveau pour moi. Et j’ai fait la publicité de ce véhicule. J’avais expliqué quel type de véhicule c’était, ses propriétés… Mon prof était épaté : « Mais c’est fantastique ! Où est-ce que tu as trouvé tout cela ? Comment as-tu appris à faire cela ? » Quand il m’a dit cela, j’ai senti que… un jour je travaillerai peut-être à la radio. D’ailleurs, j’écoutais aussi la radio nationale, surtout la deuxième chaîne ; j’avais aussi un oncle qui travaillait là-bas, et je voulais être un tout petit peu comme lui.
Quand j’ai commencé mon stage à la radio Isanganiro, donc, j’ai retrouvé ma passion pour le journalisme. À la radio, j’ai trouvé d’autres stagiaires qui étaient là depuis plus d’une année. Nous avions un coach qui nous enseignait les techniques d’interview. Il nous enseignait comment préparer ses questions, comment tenir l’enregistreur quand on pose la question – il faut le diriger vers soi-même, quand on parle, et vers la personne interviewée, quand elle parle. Moi, quand nous faisions des exercices et c’était mon tour, je commençais : « Alors, monsieur… », mais j’oubliais de diriger le micro vers moi-même. Tout le monde me rigolait au nez ! Aussi, j’avais des cheveux naturels ; il y a eu une fille, qui venait de passer une année à la radio comme stagiaire, qui m’a dit plus tard : « Tu sais, quand j’ai vu tes cheveux et j’ai entendu comment tu parlais, je croyais que tu étais une sœur ! » Je lui ai dit que non, simplement je parlais calmement ! C’est vrai qu’au début j’avais un peu peur, disons, des gens que je voyais, des dames et messieurs qui étaient là… Mais voilà, après six mois ils ont prolongé mon stage de trois autres mois, puis en mars 2014 j’ai eu un contrat de pigiste, puis un contrat à durée déterminée de 12 mois renouvelable. Puis, 2015 est arrivé. Alors, si vous permettez, laissez-moi vous parler un tout petit peu de 2015.
Moi, j’habite le quartier Nyakabiga, une zone qui est au centre-ville, en commune Mukaza*. Le 26 avril 2015, quand les manifestations ont commencé, c’était sur ma route. Depuis l’Université du Burundi, Campus Mutanga, les universitaires qui manifestaient descendaient par l’avenue de la Jeunesse, qui est une route principale devant ma maison. Je les voyais. Alors à la radio, on m’a dit : « Va couvrir cela. » Et je suis allée. Le 26 avril, j’étais tout près des policiers, qui avaient toute une armada de boucliers pour se protéger. Et le 13 mai, le jour du putsch, j’étais à la rédaction. Je me rappelle, ils m’ont affectée à la place de la Révolution**. Je ne savais pas vraiment ce qui allait arriver. Mais je n’ai pas traîné là-bas. J’ai vu d’abord des voitures blindées sur lesquelles c’était écrit « RTNB » qui étaient conduites par des militaires. Cela était bizarre pour moi, c’était la première fois que je voyais une chose pareille. J’ai commencé à avoir un tout petit peu peur, je me suis dit : « Mon dieu, il y a des choses qu’on m’a pas expliquées ! » Et puis, tout à coup, j’ai vu beaucoup de militaires qui ont commencé à encercler la place de la Révolution. Moi, j’étais un peu en bas, entre un terrain de basket et le siège de la radio CCIB FM+. De là, je voyais des militaires qui venaient nombreux, qui patrouillaient, et des véhicules où c’était écrit « RTNB » qui continuaient à se diriger vers la RTNB. Là, j’ai vraiment paniqué. Tout à coup, il y a eu un militaire – un commandant, je ne sais pas – qui a dit : « Qu’est-ce que vous faites là ? » Il s’adressait à tout le monde qui était sur place, des civils qui regardaient la scène, étonnés comme moi. « Qu’est-ce que vous faites ? Déguerpissez de là ! » Là, j’ai senti que quelque chose de mauvais allait se passer. Entre-temps, j’avais écouté le journal en langue nationale de 12 h 25, par téléphone. J’attendais qu’on m’appelle pour que je puisse dire ce que je voyais, pour faire le direct. J’ai attendu, j’ai attendu… jusqu’à ce que le journal de 12 h 25 soit fini. Et à la radio, on venait d’annoncer le putsch. La radio Isanganiro l’avait annoncé en premier. Je commençais à paniquer : « Mon dieu, qu’est-ce qui se passe ? » J’ai même appelé la réalisatrice pour lui demander pourquoi on m’avait dépêchée alors qu’on ne m’avait pas appelée pour faire ce direct, comme on me l’avait dit. Elle m’a répondu : « Nous avons eu beaucoup d’infos, tu vois, tu pourras peut-être faire le direct en français. » Mais je n’ai pas attendu le journal en français de 12 h 55, parce que aussitôt fini le journal en langue nationale, ce militaire-là nous a intimé l’ordre de vider les lieux. À ce moment-là, je me suis mise à courir ; j’ai couru, j’ai couru, jusqu’à la radio***. En cours de route, j’ai rencontré une amie qui travaille à la BNDE (Banque Nationale pour le Développement Economique), avec qui j’avais fait mon travail de fin d’études. Je lui ai demandé : « Tu as entendu qu’à la radio, on vient d’annoncer le coup d’État ? » « Non, je n’ai pas entendu ! » Et nous avons couru, et tout le monde courait dans tous les sens, dans tous les sens. Je suis arrivée à la radio, et j’ai trouvé des collègues qui commençaient à rentrer chez eux.
* Dans la zone centrale de Bujumbura.
** Tout près du siège de la RTNB, qui a été attaqué par les putschistes (voir Carte de Bujumbura).
*** À un peu plus d’un kilomètre de distance (voir Carte de Bujumbura).
Le 14 mai, le lendemain, moi, je suis revenue au travail ; je ne mesurais pas la portée ou les conséquences de l’annonce du putsch. Nous étions trois reporters, et il y avait un technicien. La directrice de la radio était quelque part dans un hôtel, comme aussi le rédacteur en chef ; ils avaient eu peur de rentrer chez eux et ils avaient logé dans un hôtel. Nous, nous étions là. Tout à coup, vers 8 h ou 8 h 30, nous avons entendu que Radio-Télé Renaissance était en feu. Quand nous avons entendu cela, le technicien a fermé la salle où se trouvait l’émetteur et nous avons quitté le bâtiment : « Allez, sortons vite, sortons vite ! » Ils avaient tiré sur Radio Renaissance, qui n’émettait donc plus, puis ils sont passés à Radio Bonesha, je pense, puis ils sont venus à Isanganiro. Heureusement, quand ils sont arrivés, nous nous étions déjà déplacés dans un bâtiment à côté de la radio. De là, nous avons vu des policiers en uniforme qui cherchaient à gauche, à droite, qui montaient sur les murs… Ils montaient les escaliers d’un bâtiment non loin de nous et ils regardaient dans tous les sens comme s’ils nous cherchaient, comme s’ils avaient été informés que nous étions dans les parages. Puis, nous avons entendu qu’ils tiraient dans le bâtiment. C’est curieux qu’avant, il y avait des militaires qui gardaient la radio, depuis l’annonce du coup d’État de la veille. Je ne sais pas ce qui s’est passé après, mais le 14 mai, les militaires ont été rappelés. Pour entrer dans le bâtiment, les policiers ont tiré sur les serrures. Ils ont tiré à l’accueil. Notre bâtiment a deux niveaux ; ils ont tiré en bas, ils sont montés au premier étage, au deuxième étage, ils ont tiré dans presque tous les bureaux. Ils ont tiré dans le studio préenregistrement, dans le studio principal, à la rédaction. Ils sont allés là où il y avait l’émetteur, ils ont tiré sur les portes, sur les machines, sur les ordis… partout. Vers 10 h ou 11 h, la radio s’était éteinte. Nous, nous étions à côté ; il y avait aussi la directrice de la radio et le rédacteur en chef. Nous sommes restés là ; vers 15 h nous avons mangé quelque chose – on tirait sur la radio Isanganiro depuis des heures, et nous ne pouvions pas sortir – et vers 16 h, nous sommes rentrés. Nous sommes sortis par l’avenue de l’Amitié, timidement. Il y avait peu de gens sur le boulevard de l’Uprona*. Nous sommes rentrés chez nous timidement, dans des quartiers au nord de Bujumbura : quelques-uns à Nyakabiga, une autre vers Mutanga Nord… Nous sommes arrivés à la maison, et nous y sommes restés pendant un moment.
* Voir Carte de Bujumbura.
Quelques mois plus tard, le directeur qui assurait l’intérim – c’était l’ancien chef de service ‘Finances et Administration’, puisque la directrice n’était plus au Burundi – nous a dit : « Ceux qui ont encore des contrats, venez ; on n’a pas retiré la licence d’exploitation à Isanganiro. Nous allons chercher des informations et les poster sur le site web ». Et c’est comme cela que nous avons continué à travailler, après mai 2015. Nous étions une équipe de quatre ou de cinq personnes. D’autres avaient pris la fuite, ils s’étaient exilés dans différents pays, au Rwanda et ailleurs en Europe. Puis en 2016, on a fait signer au directeur de la radio un acte d’engagement, selon lequel la radio n’allait pas encore une fois diffuser des informations appelant au soulèvement de la population. Ainsi, Isanganiro a recommencé à émettre. Les journalistes qui étaient restés au pays et avaient des contrats à durée indéterminée, ainsi que ceux qui avaient des contrats à durée déterminée comme moi, sont revenus à la radio. Nous avons travaillé deux mois sans salaire.
Mais nous avons surtout travaillé dans un climat où, quand il fallait aller sur le terrain ou même à Bujumbura, on nous disait : « Toi, tu travailles pour la radio Isanganiro, la radio qui a annoncé le putsch ; vous êtes des putschistes ! » Nous nous sentions mal, nous nous sentions mal. Des fois… on ne nous a pas empêché de travailler, mais à l’intérieur de nous-mêmes, nous nous disions : « Mon dieu, si je dois révéler mon identité, qui je suis, le médium pour lequel je travaille, peut-être qu’on va m’ignorer, peut-être qu’on va me faire du mal… » Nous avons travaillé dans ce climat, nous avons survécu, jusqu’à ce que le porte-parole du gouvernement d’alors, ou même le ministère de la Communication ou le Conseil National de la Communication (CNC), ont pensé à faire des tournées dans les différentes provinces du pays pour sensibiliser, disons, les administratifs sur l’importance de répondre aux journalistes et leur donner des informations. Parce que nous nous étions plaints, en quelque sorte, que des administratifs nous refusaient l’accès à l’information en disant que nous, journalistes des médias privés, étions des putschistes. Nous nous sommes plaints, et il y a eu cette campagne ; je l’appelle une campagne parce que le CNC a fait des vraies tournées dans les quatre régions du Burundi, du nord au sud, de l’est à l’ouest. À partir de 2018-2019, il y a eu une légère amélioration, des administratifs nous comprenaient quand même. Nous leur disions : « On ne vient pas vous faire du mal… » Nous cherchions à convaincre ces administratifs ou les personnes ressources de l’importance de ce que nous faisons ; nous leur disions que nous étions complémentaires, que nous cherchions le bien et le développement de la nation ; que les administratifs comme les journalistes concourraient au bien-être de la population et au développement du pays. Petit à petit, ça a pris une bonne allure, si je peux dire ainsi. Et puis, le porte-parole du ministère de la Sécurité a mis en place un groupe WhatsApp où se rencontraient les porte-parole de toutes les institutions et les responsables des médias, les rédacteurs en chef et les chefs des programmes. S’il y avait par exemple une invitation à une conférence de presse, on faisait passer l’information dans ce groupe. Et puis il y avait des groupes WhatsApp de journalistes qui se relaient et se partageaient les messages. Mais franchement, ce qui est venu convaincre certaines autorités, si je peux le dire ainsi, c’était l’annonce « jamais sans les médias » faite par le président burundais en fin janvier 2021. C’était en quelque sorte une façon de dire : « S’il vous plaît, donnez l’information que vous détenez. » On a senti, dans ce slogan « jamais sans les médias », une sorte de revalorisation du métier de journaliste. Alors, même aujourd’hui, si je dois chercher des infos quelque part et une personne-ressource se montre réticente, je rappelle : « Voulez-vous que je vous rappelle ce qu’a dit le président ? Même le président en personne sait qu’il est important de donner l’information à la personne qui la cherche. » Des fois ils sont convaincus, et ils peuvent donner un peu plus facilement ces informations. Ça a évolué un tout petit peu.
Mireille, sécretaire de rédaction à la radio Isanganiro (jan. 2017)
Pendant ma période à Isanganiro, j’ai été secrétaire de rédaction pendant presque deux ans, entre 2016 et 2018, puis rédactrice en chef, de février 2020 à décembre 2022. Aujourd’hui, je suis journaliste reporter à la radio. Depuis mai 2022, je suis aussi présidente de la Maison de la Presse, même si c’est une fonction seulement. J’ai également fait des déplacements à l’extérieur du pays, ce qui m’a ouvert les yeux. En 2017, j’ai passé cinq jours à Paris à la découverte du paysage médiatique français, c’était un voyage organisé par l’Ambassade de la France au Burundi ; en 2018, je suis partie à Dar-Es-Salaam pour une formation sur les reportages sur les villes vertes, organisée par la Banque mondiale et AMI (African Media Initiative) ; en 2019, Radio Isanganiro m’a envoyée en Somalie pour des reportages sur les opérations des militaires burundais de l’AMISOM [= African Union Mission to Somalia] ; en 2022, en tant que membre de l’Association des femmes journalistes burundaises (AFJO), je suis partie à Bukavu pour une rencontre avec les femmes journalistes congolaises ; et en 2023, en qualité de présidente de la Maison de la Presse, j’ai passé deux semaines à Pékin dans le cadre d’échanges multiculturels entre l’association de tous les journalistes chinois* et des journalistes provenant de différents pays. Par tous ces voyages, j’ai découvert la façon de travailler d’autres médias dans le monde, et cela m’a enrichie énormément.
* All-China Journalists Association (ACJA).
Mireille prend la parole en tant que présidente de la Maison de la Presse (2024-2025)
S’il y a une chose que je n’oublierai pas, de toute ma carrière, c’est ce que nous disait le directeur qu’il y avait quand je faisais mon stage à Radio Isanganiro, feu Vincent Nkeshimana, qu’il repose en paix. Il nous disait : « Le journal, c’est à 12 h 25. Ce n’est pas avant, ce n’est pas après. » Alors plus tard, pendant les deux ans que j’étais rédactrice en chef, j’essayais de respecter et de faire respecter cela. Il y avait des journalistes qui quittaient la salle de rédaction à 12 h 25 pour aller présenter le journal. Je leur disais : « Le journal n’est pas à 12 h 26. À 12 h 25, on commence déjà le journal. Donc on ne quitte pas la salle de rédaction à 12 h 25. » Parfois, on me disait que j’étais une dictatrice ! Mais je suis restée avec ce que feu Vincent Nkeshimana nous avait dit.
(Interview effectuée le 29 avril 2024 ; récit validé le 22 septembre 2024)