Christian Bigirimana a commencé sa carrière de journaliste à Iwacu en 2008. Après une dizaine d’années, il a rejoint pour une brève période la rédaction du journal en ligne Ikiriho, suspendu peu après. Depuis 2020, il travaille pour le Magazine Jimbere, où aujourd’hui il est rédacteur en chef. Dans son récit, il raconte comment il est entré dans la profession, et il narre des moments émotionnellement forts qui l’ont marqué à jamais.
Je suis entré en journalisme par hasard. C’était en 2007. Je terminais ma licence en sciences politiques et relations internationales à l’Université du Lac Tanganyika, et en classe, j’étais avec une amie qui s’appelle Nadège Sinarinzi. À l’époque, elle travaillait à la RPA [= Radio Publique Africaine]. Elle présentait le journal en français. Un jour, nous étions en classe et elle m’a dit : « Est-ce que tu es intéressé par le journalisme ? » J’ai dit : « Je n’y ai jamais pensé. » Elle m’a dit : « Il y a un ami qui s’appelle Antoine Kaburahe, il vit en Belgique. Il veut créer un journal écrit. » Moi, je n’avais aucune idée de la presse écrite ; j’entendais « Le Renouveau* », je pouvais le lire si ça me tombait dans les mains, même si j’écoutais plus la radio. Mais je ne m’intéressais pas au journalisme. En fait, avant, j’avais été à l’Université du Burundi, à la faculté des sciences ; je voulais être agronome, parce qu’à l’école secondaire j’avais fait ce qu’on appelle les ‘sciences B’ au Burundi, biologie et chimie. Mais après, à l’Université du Burundi, ça n’a pas marché. J’ai échoué. Et à partir de ce moment-là, j’avais la haine des sciences. Je ne voulais pas en entendre parler. Je suis allé me faire inscrire à l’Université du Lac Tanganyika, et arrivé là-bas, on m’a demandé : « Qu’est-ce que tu veux faire comme cursus ? » J’ai dit à ceux qui nous recevaient : « Je vais suivre une faculté où il n’y a pas de mathématiques. » Ils m’ont dit : « Là alors, c’est les sciences sociales. » « Sciences sociales, ça veut dire quoi ? » « Dans les sciences sociales il y a la communication, les sciences politiques, les relations internationales. Nous avons un département de communication du développement… » J’ai dit : « Sciences politiques et relations internationales. » Parce que ça me semblait cool. Au fait, je n’avais aucune idée de ce que je voulais. Et lorsque je suis arrivé en deuxième année de la licence, j’ai rencontré Nadège qui m’a dit : « Il y a Antoine Kaburahe qui veut créer un journal. Il veut faire passer un test à l’Université Lumière. » Nous nous sommes pointés là-bas. Nous étions une centaine de jeunes. Nous avons fait des tests. Il y avait aussi deux blanches, qui venaient l’une de Paris, l’autre de la Belgique, de la coopération belge, qui étaient avec Antoine pour nous faire passer le test. Nous avons passé un test pour la culture générale. Après, il y a eu un second test à l’Institut Français**. Après, il y a eu des interviews. Ils voulaient seize personnes. J’ai été retenu.
Si Nadège m’avait proposé autre chose qu’un job à Iwacu, j’aurais de toute façon dit oui. Parce qu’à l’époque, ce qui m’intéressait, c’était de pouvoir préparer mon mémoire et en même temps avoir un boulot. J’étais dans une université privée, ma famille se débrouillait pour que je puisse finir les cours, et si je pouvais me faire un peu de magot et contribuer à alléger la souffrance de la famille, cela aurait été une bonne opportunité. C’est ce que Nadège faisait aussi. Nous étions ensemble à l’université, mais en même temps, elle était présentatrice du journal français à la RPA. La première question que je lui ai posée a été : « Est-ce que nous serons payés ? » Parce qu’on voit parfois des gens venir créer des trucs : « Venez, il y a des opportunités ; » tu y vas, tu travailles, on te dit que c’est un petit job, un stage, mais si tu regardes bien, tu travailles à fond. Quelque part, tu es exploité. Nadège m’a dit : « Non, Antoine, vraiment, est quelqu’un de sérieux, vous aurez des contrats. » Et effectivement, il nous a donné des contrats.
* Journal étatique.
** Institut Français du Burundi, voir Carte de Bujumbura.
Lorsque je suis arrivé à Iwacu en 2008, je n’avais aucune idée de quels sujets j’aurais couvert, parce qu’Antoine voulait nous mettre dans des départements. Chacun allait s’occuper de ce qui l’intéressait : qui par la politique, qui par – je ne sais pas – le sport, qui par la culture, qui par l’économie… Moi, j’avais étudié les sciences politiques à l’université, mais le service ‘Politique’ était déjà pris par deux personnes : Elyse Ngabire, qui vit actuellement à Paris, et Edouard Madirisha, qui vit au Canada. Antoine m’a regardé et m’a dit : « Toi, tu seras enquêteur. » Et c’est ainsi que je me suis retrouvé à être le chef du service ‘Sécurité et droits de l’homme’ au sein du journal Iwacu. Et là, j’ai commencé les enquêtes. Il m’a envoyé à faire des séminaires de formation à Bukavu, à Kigali, aux Nations-Unies à Bujumbura, pour apprendre comment on fait la collecte de l’information, comment on fait la publication… les b.a.-ba, quoi.
Au tout début, ils nous avaient amené aussi deux formateurs, une photographe belge qui s’appelle Bérengère, et un ancien journaliste français qui s’appelle Legastelois*. Nous n’avions aucune idée de comment on prend une photo journalistique, qui doit être différente d’une photo simple, ou de comment on écrit un article. De toutes les seize personnes, personne n’avait une expérience journalistique en termes de presse écrite. Il y en avait qui avaient fait des petits stages à la RPA, à Isanganiro. Mais la presse écrite, personne. Et là, nous sommes entrés dans le bain, dans le vif du sujet. Nous avons commencé à écrire, nous avons sorti le premier numéro d’Iwacu ; et après le premier numéro, Antoine nous a dit : « Maintenant chacun devra être dans un service. Je veux que vous vous spécialisiez dans votre domaine. » C’est ainsi que je me suis retrouvé à faire des enquêtes. J’ai été en Tanzanie, en RDC, au Rwanda, un peu partout. À l’époque, il y avait des groupes qui étaient toujours dans la rébellion, comme le FNL de Rwasa ; le CNDD-FDD était déjà au pouvoir. Il y a eu l’assassinat du fameux défenseur des droits de l’homme Ernest Manirumva, le vice-président de l’OLUCOME [= Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Économiques] à l’époque**. J’ai fait des enquêtes sur les albinos qui étaient maltraités. Tout ce qui était violation des droits de l’homme, sécurité, c’était Christian. J’espionnais un peu le Burundi profond. J’étais partout. Et petit à petit, j’ai commencé à aimer le métier. Déjà quand j’étudiais les sciences politiques, en évoluant, je me disais : « Tiens, je pourrais travailler dans une société pour lutter pour les droits des gens, pour être leur porte-parole, pour défendre certaines causes. » Mais lorsque je me suis retrouvé dans le journalisme, je me suis dit : « Tiens, ce n’est pas si loin de ce que je m’imaginais ; même ici, je peux contribuer avec ma petite personne, avec une petite pierre, à l’édifice du pays. »
* Jean Legastelois.
** Ernest Manirumva a été assassiné le 9 avril 2009.
Christian dans la rédaction d’Iwacu (2014)
Ainsi, j’ai évolué, j’ai évolué… jusqu’à l’étape fatidique de 2015, où on a eu des manifestations monstres, des morts, et des gens qui ont fui le pays en masse. Je me souviens le jour où le coup d’État a été annoncé à la RPA. Antoine Kaburahe nous a réuni, nous, les journalistes qui étions encore au boulot, et nous a dit – je me souviens comme si c’était hier : « Qu’est-ce qu’on fait ? » Nous étions unanimes : « Attendons voir. » Parce qu’on n’annonce pas un coup d’État à une radio privée. De par l’histoire burundaise, tous les coups ont été annoncés à la RTNB. À ce moment-là, on avait appris qu’il y avait des affrontements à la RTNB, mais elle n’était pas encore tombée. L’aéroport mêmement. Les points stratégiques qu’on occupe lors d’un coup d’État – les ponts, les aéroports, les ports – étaient tous encore gardés par les loyalistes. Alors si on commençait à annoncer des coups, ça risquait de nous retomber dessus. Je me souviens, à 16 h, nous avons fait un tour dans les quartiers pour voir les réactions des gens. Et lorsqu’on est revenu au boulot, il y a quelqu’un qui m’a appelé pour me dire : « Tu es toujours au centre-ville ? Quitte. Parce que nous allons foncer vers là-bas. Aujourd’hui, ça va se démêler. Soit on meurt, soit on triomphe. Mais quitte le centre-ville. » Là, j’ai dit : « Antoine, je viens d’avoir un appel… » J’ai appelé Willy Nyamitwe. Il m’a dit : « J’étais à Rema FM, on vient de la brûler. » J’ai appelé celui qui était le directeur général de la RTNB à l’époque. Il m’a dit : « Je suis dans les enceintes de la RTNB. Ils n’ont pas encore avancé d’un iota. On est avec le colonel Ikurakure. » C’était le colonel qui a été tué par après à l’état-major*. C’était donc une situation confuse et c’était difficile d’annoncer quoi que ce soit.
* Le Lieut. Col. Darius Ikurakure a été tué par balles le 22 mars 2016.
Je suis resté à Iwacu jusqu’en 2018. J’avais démissionné parce que j’avais eu la proposition d’être le directeur d’un journal en ligne qui s’appelle Ikiriho. Là, on me proposait un salaire beaucoup meilleur qu’à Iwacu. Je suis allé à Ikiriho, mais une semaine après, le journal a été suspendu. Parce qu’il y a eu, je ne sais pas, des magouilles qui ont été dénoncées par Ikiriho qui se faisaient avec une dame kenyane qui était à la tête de la KCB* au Burundi ; elle se serait plainte auprès du ministre de la Justice, ils ont ouvert une enquête, et le procureur a décrété la fermeture d’Ikiriho pour enquête. C’est comme ça que je me suis retrouvé au chômage.
Deux ans après, j’ai rencontré un jour par hasard Roland Rugero** avec sa femme au centre-ville. Il m’a dit : « Nous avons appris tout ce qui est arrivé. Es-tu toujours au chômage ? » « Je suis au chômage. » « Est-ce que tu es à la recherche du travail ? » « Non, pas spécialement. » « Est-ce que tu es intéressé à venir travailler à Jimbere ? » « Pourquoi pas ? » Et c’est comme ça que je suis entré à Jimbere en 2020, comme simple journaliste. Petit à petit, je suis devenu rédacteur en chef.
* Banque dont le siège est basé à Nairobi au Kenya.
** Parmi les fondateurs de Jimbere.
Christian sur le rooftop de Jimbere (2025)
De toute ma carrière de journaliste, il y a des scènes et des anecdotes que je ne pourrais pas oublier. Par exemple, en 2018, il y a eu des crues dans les montagnes surplombant Bujumbura qui avaient frappé le quartier Carama*. Des grosses pierres déboulaient des montagnes et ont détruit des maisons sur leur passage. Il y a eu une centaine de morts, à l’époque. Il y avait eu des fortes pluies, et c’est le lendemain que tout le monde s’est réveillé et a découvert ce qui s’était passé. Moi, je me souviens, j’étais à la maison. On m’a réveillé, on m’a dit : « Il y a une catastrophe. » J’ai appelé au boulot, on nous a envoyés comme reporters. Et je ne pourrai pas oublier le témoignage d’une dame. Nous l’avions rencontrée quelque part, recroquevillée sur elle-même et son mari, avec un petit enfant. Elle m’a raconté la scène du soir, quand les pierres ont commencé à descendre. Elle m’a dit : « Nous étions attaqués de toutes parts. Il y a une grosse pierre qui a traversé notre salon. » Le mari s’est levé, a pris l’enfant ainé et il est monté sur un arbre, parce que les eaux montaient, montaient, montaient, jusqu’à vouloir dépasser la hauteur de la maison. Le couple avait trois enfants. La dame a suivi le mari avec les deux autres enfants. Elle a mis son bébé sur le dos, attaché avec un pagne, et elle tenait l’autre enfant dans son bras ; avec l’autre bras, elle se tenait à l’arbre. Les eaux sont venues. Elle les a senti monter jusqu’au niveau des reins. Le pagne s’est desserré, le bébé est tombé. La mère est restée accrochée à l’arbre avec l’autre enfant, et son mari au-dessus avec un autre enfant. Le bébé est tombé dans l’eau, et la dame est restée accrochée à l’arbre pour se sauver et sauver l’autre enfant. Nous, reporters, nous parcourions le milieu, nous prenions des photos… Mais lorsque cette dame m’a raconté cela, les larmes ont coulé. Je me suis dit : « Ah tiens ! Chaque fois, on nous dit ‘il faut garder une distance avec la source, avec les faits’. » Mais je vous dis, quand on voit des journalistes à la radio en train de pleurer, qui sont dépassés, qui sont dans l’émotion… il faut vraiment vivre le terrain pour le croire. Des fois, les gens ne mesurent pas la souffrance des journalistes. Parce que quand on raconte, on fait des analyses, on raconte ce qu’on fait, on reste dans la profession. Mais lorsqu’on est un journaliste de terrain… Et il n’y a rien de plus gratifiant que le contact avec la source. Arriver sur le terrain, voir de tes yeux, parler avec les gens, sentir ce qu’ils ressentent, vivre ce qu’ils ont vécu, même si tu ne le vis pas en direct. C’est quand même fort. C’est pourquoi j’ai toujours aimé le terrain.
Je ne pourrai pas oublier aussi quelque chose qui s’est passée un peu avant les élections de 2015. J’étais à Iwacu, je me souviens. Il y avait un groupe de jeunes qui avaient quitté leur parti et voulaient entrer dans un autre. Et avec un collègue journaliste d’Iwacu, nous avons parlé avec l’un de ces jeunes, à la maison, chez moi. À l’époque, Iwacu était un hebdomadaire et sortait chaque vendredi. Nous avons parlé avec la personne le mardi. Nous avons écrit notre papier pour qu’il puisse paraître le vendredi. On remettait les papiers le jeudi pour les corrections et la mise en page, et ils étaient publiés le vendredi. Mais on m’a appelé jeudi soir pour me dire : « La source qui t’a parlé vient d’être assassinée. » Donc, j’avais deux récits. Son récit du mardi, alors qu’il était toujours en vie, et le témoignage du jeudi, son cadavre devant moi. Comme quoi tu parles avec quelqu’un aujourd’hui, et le lendemain il peut disparaitre. Dans le même papier, j’ai raconté comment nous nous étions parlé, que ce jeune voulait quitter un parti pour aller vers un autre, et que probablement pour cela, on venait de l’assassiner.
Une autre chose qui m’a marqué, c’est que… le journalisme est un métier qui te permet de rencontrer les grands comme les petits. Et ça, c’est le piège pour la plupart des journalistes. C’est même, je dirais, le piège qui nous est arrivé en 2015. Du jour au lendemain, quand tu deviens journaliste, il y a le président de la République qui t’appelle, le premier ministre, le chef d’état-major… Moi, par exemple, qui étais à l’époque le chef du service ‘Sécurité et droits de l’homme’ à Iwacu, tout le monde me connaissait. Mais le journalisme te met dans ce piège et tu oublies ta place, et tu commences à rêver ou bien à te prendre pour ce que tu n’es pas. Quand le président de la République t’appelle, lui, il a ses idées, ses visées, il a sa communication à faire passer. Et toi, parce que tu es assis près du président, tu commences à te prendre pour quelqu’un de costaud.
* À l’extrémité nord de Bujumbura.
Mais surtout, de ma carrière de journaliste, je ne pourrai pas oublier le voyage à Paris que j’ai fait en 2013, grâce à mon métier. Un jour on m’a appelé et on m’a dit : « Tu vas aller à Paris. Il y a un programme d’immersion de l’ambassade de France. » Or, parmi vraiment ce que je rêvais, depuis toujours, c’était de voir Paris un jour. Parce qu’on dit que c’est la Ville Lumière, il y a la tour Eiffel, tout ça ; tu es un Burundais, un Africain au fin fond de l’Afrique, là-bas, et arriver à Paris… je n’en aurais jamais rêvé ! Et un jour, j’ai eu cette opportunité. J’y suis allé pour dix jours. Nous étions un groupe de journalistes : moi, un collègue de la RPA, une dame de la télé, de la RTNB, une dame de Bonesha FM, et un ami de Burundi Eco*. Vraiment, c’était bien. Ça m’a vraiment plu parce que c’était vraiment une visite officielle. On nous prenait pour des officiels. Nous avons visité des musées, des chaînes de télévision ; j’ai pu voir Pujadas, Boisbouvier** qu’on entend à la RFI… J’ai été à la RFI, à France 24, à Le Monde ; tous les grands journalistes qu’on voit à la télé française, moi, je les ai vus, je les ai salués, et vraiment, pour moi, c’était gratifiant.
Et lorsque nous sommes arrivés là-bas, un de mes collègues m’a dit : « Moi, je ne retourne pas en Afrique. Ma femme m’a dit : ‘Si tu retournes ici, je vais divorcer. Je te dis : reste là-bas, cherche la vie, nous allons te rejoindre’. » Et c’est ce qui s’est passé. À deux jours de notre retour, mon ami est venu dans ma chambre et m’a dit : « Christian, moi, j’ai une sœur en Suède, nous avons des visas Schengen de six mois, on peut y aller. » Moi, je lui ai dit non. Parce qu’à l’époque, mes parents étaient toujours en vie. Ma mère avait eu un accident et mon père avait une insuffisance rénale. Je lui ai dit : « Je suis l’ainé de la famille. Je n’ai jamais pensé rester ici. Je dois retourner au Burundi pour assister mes parents. Peut-être si une autre occasion se présente, je reviendrai. » « Je ne te retiens pas. Feel free. » Il m’a dit : « Lorsque vous irez à Barbès*** faire vos achats, moi, j’aurai quitté l’hôtel. » Et effectivement, lorsque nous retournions à l’hôtel samedi soir, pour prendre l’avion du dimanche pour Bujumbura, mon ami était parti en Suède. Depuis, il a fait son petit parcours. Il a eu les papiers. Sa femme et ses deux enfants l’ont rejoint en Suède, il vit bien. Mais il n’est plus journaliste.
(Interview effectuée le 8 mai 2024, récit validé le 3 janvier 2025)
* Journal hebdomadaire dédié aux sujets socio-économiques.
** David Pujadas et Christophe Boisbouvier, journalistes français.
*** Quartier fréquenté du 18e arrondissement de Paris.