Selon notre enquête*, 87% des étudiants trouvent que consommer de l’alcool est une pratique banalisée dans leur entourage. Entre soirées répétées, troisièmes mi-temps et défis lancés sur les réseaux sociaux, l’alcool s’invite aussi dans les parcours sportifs des jeunes. Pour certains, le sport est un moyen de reprendre le contrôle ; pour d’autres, il sert surtout à se donner bonne conscience.
L'alcool et le sport sont régulièrement associés. L'un fait prendre des calories, l'autre en fait perdre, mais l'équilibre n'est que rarement en faveur de la pratique sportive. Image générée par l'Intelligence Artificielle
Plein d'aplomb dans une vidéo après une soirée bien arrosée, le jeune influenceur Maxime Principe se lance un défi : courir autant de kilomètres que de verres bus la veille. «J’ai passé ma soirée tranquillement et je suis allé courir le lendemain, explique le vidéaste d’Instagram aux 50 000 abonnés, qui cherchait un moyen d’allier consommation d'alcool et course à pied. Je ne me suis pas dit “je vais boire 14 verres pour faire 14 km le lendemain.”» Lui aussi étudiant en échange à Toronto, mais surtout très sportif, il connaît les conséquences de l’alcool. «Niveau sensation, en étant en gueule de bois, c’est pas franchement la meilleure séance que j’ai faite» , admet-il volontiers. Bien conscient que la course ne compense pas les calories emmagasinées, ce défi était, pour lui, «drôle à faire.»
La pratique sportive n’est pas incompatible avec une consommation d’alcool. Les chercheurs de la Pennsylvania State University l’ont démontré : les gens boivent plus que d’habitude les jours où ils exercent une activité physique. «Avec mon équipe de handball de la Fac, on sortait souvent au bar, se souvient Roxanne, en troisième année de communication, qui a arrêté l’alcool à cause d’une consommation jugée problématique. Je venais surtout pour la troisième mi-temps.» Cette habitude de la troisième est généralement plus accrue dans les équipes de sports en équipe. «Quand on fait des sports collectifs, on a plus tendance à boire de l'alcool que lorsqu’on pratique des sports individuels», expose ainsi Frédéric Chorin, docteur et expert santé et sport du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Cette routine de consommation, développée chez les étudiants sportifs, peut se retrouver dans le quotidien des amateurs de sports à l’âge adulte.
«Ça a littéralement changé ma vie»
Notre enquête*, réalisée auprès d’environ 800 élèves universitaires en France pour explorer leur rapport à l’alcool, montre que 85% d’entre eux déclarent en consommer. Parmi eux, plus de 6 sur 10 le font une fois ou plus par semaine. Cette consommation, qui reste régulière, peut rapidement devenir une mauvaise habitude. «Certains sont des déchets vivants, détaille un jeune homme en école d’ingénieur agronome. Ils sortent quatre à cinq fois par semaine, ils sont ivres tous les soirs.»
Grégoire Chapps a 25 ans, il est aujourd'hui coach de sport. Dans sa jeunesse, il a connu un trouble de consommation d'alcool. Le sport lui a permis de sortir de son addiction. «J’ai arrêté l’alcool et je me suis transformé physiquement, explique-t-il. Ça a littéralement changé ma vie, à un niveau stratosphérique que j’aurais jamais pu imaginer.»
D’autres étudiants n’ont pas forcément un problème avec l’alcool très prononcé, mais décident quand même de suivre la voie sportive pour s’en éloigner. «J’ai commencé à moins boire pour le sport et pour mes performances», décrit Mathias, en dernière année de BUT Publicité.
«Une déshydratation de 2 % peut avoir un impact sur la performance.»
Boire a différents effets sur les résultats des personnes sportives. Selon une étude, la consommation d’alcool favorise le risque d'hypoglycémie. Or il est primordial d’avoir du sucre dans le sang pendant un effort sportif. L'alcool accentue aussi la perte d’eau dans le corps, contribuant ainsi à la déshydratation. «Un athlète déshydraté risque davantage de souffrir de crampes et de claquages musculaires, détaille Emily Jevons, titulaire d’un doctorat en physiologie de l'exercice et en nutrition. Une déshydratation de seulement 2 % peut avoir un impact sur presque toutes les mesures de la performance.»
Boire et faire du sport : l’équilibre à trouver
Le sport permet de s’éloigner d’une consommation d’alcool qui peut devenir problématique : un mal-boire étudiant. Selon une étude de l’Observatoire national de l'activité physique et de la sédentarité (ONAPS) sur les activités physiques et sportives, la sédentarité et les addictions, «les adolescents sportifs boivent plus fréquemment de l’alcool, mais [dans] des quantités moins importantes que les adolescents inactifs.» Une dépendance qui peut se soigner par le sport, à condition de bien s’y prendre. «Il faut forcément se faire accompagner, rappelle Frédéric Chorin, docteur et expert santé et sport du CNOSF. Seul, on ne va pas forcément faire du sport correctement. Soit on va en faire trop, soit pas assez. »
Ce n’est pas donné à tout le monde de se rendre compte d’une consommation problématique, ni de se faire suivre pour sortir d’une addiction. «Il est important pour une personne qui boit de l’alcool régulièrement d’avoir une activité physique tout autant régulière», souligne Thomas Valbuena, coach sportif dans l’Ain.
Malgré tout, pour ceux qui souhaitent faire du sport après une soirée bien arrosée, le coach aindinois livre ces conseils : «s’hydrater plus que la moyenne et protéger vos articulations avec un gros échauffement. Pour aller plus loin, prendre des compléments alimentaires comme le collagène marin pris avec de la vitamine C. »
Dans le sport, la notion de plaisir est primordiale. Chez les étudiants, ce sport peut-être un échappatoire et ce plaisir peut tant se retrouver en pratiquant une activité qu’en buvant un coup. Même Tibo Inshape le dit «rien n’empêche de boire un verre de temps en temps», mais la modération doit primer
Mathéo POULY
*Sondage réalisé auprès de près de 800 étudiant·es issu·es de toute la France, entre octobre et décembre 2025, pour connaître leur rapport à l’alcool. Ce questionnaire a été effectué dans le but d’obtenir des données sur la consommation d’alcool dans le milieu étudiant, car aucune donnée précise et récente n'était à notre disposition.