Les lectures
2025/2026
2025/2026
LECTURE 1 :
Six affordances de l’intelligence artificielle générative en soutien à la coélaboration de connaissances.
Allaire, S. (2025). Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire (RITPU), 22(1), art. 2
Cet article explore le rôle de l’intelligence artificielle générative (IAg) dans les pratiques éducatives, en particulier dans la coélaboration de connaissances (CoÉCo), en soulignant son potentiel à soutenir la réflexion, la créativité et la métacognition des apprenants. Les auteurs s’appuient sur les travaux de Bereiter et Scardamalia (2024), qui identifient huit types de valeurs ajoutées de l’IAg, telles que la pensée analogique, la synthèse, le recadrage ou la remise en question d’hypothèses, pour montrer comment cette technologie peut enrichir les échanges intellectuels au sein d’une communauté d’apprentissage. L’article présente également un tableau de conceptualisation liant les affordances de l’IAg – comme le soutien à la formulation de questionnements complexes, à la synthèse du discours, à l’identification d’idées novatrices ou à l’autoévaluation – aux principes fondamentaux de la CoÉCo, tels que la collaboration, l’évaluation partagée et la responsabilisation. Les auteurs insistent toutefois sur la nécessité de préserver l’agentivité des étudiants et de concevoir des usages qui respectent les finalités éducatives et les fondements de l’apprentissage. Ils considèrent que les expérimentations menées au deuxième cycle universitaire pourraient être adaptées à d’autres niveaux d’enseignement, à condition d’un encadrement adéquat et de valeurs éducatives émancipatrices. En conclusion, l’article invite à une réflexion critique sur l’intégration de l’IAg dans l’éducation, afin qu’elle serve à renforcer l’intelligence collective plutôt qu’à la substituer.
D’un point de vue personnel, cette étude met en évidence l’importance d’un équilibre entre l’humain et la technologie : l’IAg ne doit pas remplacer la pensée humaine, mais la stimuler. Utilisée avec discernement, elle peut devenir un outil d’émancipation et de développement intellectuel, à condition que les enseignants accompagnent les apprenants dans une utilisation consciente, critique et créative de ces nouveaux dispositifs d’intelligence artificielle.
LECTURE 3 : Utilisation pédagogique de l’IA à l’université : trois récits de pratique.
RITPU, 22(1), art. 14 Gonthier, M.-È., Tremblay, M.-J., & Gohier, M. (2025).
Cet article explore trois expériences concrètes d’intégration de l’intelligence artificielle (IA), notamment ChatGPT et Transkribus, dans l’enseignement universitaire à travers trois disciplines : l’orthodidactique du français, la psychologie et l’histoire. L’objectif commun de ces initiatives était de mettre l’IA au service de l’apprentissage des étudiants et de stimuler leur réflexion critique sur l’utilisation de ces technologies émergentes dans un cadre professionnel et académique. Les auteurs soulignent que, bien qu’elle offre de nombreuses opportunités, l’IA soulève aussi des défis éthiques, méthodologiques et pédagogiques, propres à chaque domaine d’étude.
Dans le domaine de l’orthodidactique du français, trois activités pédagogiques ont été développées. La première visait à amener les étudiants à analyser et améliorer les réponses générées par ChatGPT sur le développement du langage. La deuxième consistait à examiner des études de cas d’élèves en difficulté et à interagir avec l’IA pour proposer des interventions adaptées. La troisième activité confrontait les suggestions de ChatGPT à celles des étudiants afin de mieux comprendre la valeur ajoutée et les limites des propositions générées. Ces activités ont permis d’instaurer une véritable réflexion sur la complémentarité entre jugement humain et assistance artificielle, tout en sensibilisant les futurs enseignants à la prudence nécessaire dans l’usage de ces outils.
En psychologie, l’expérience reposait sur une capsule vidéo interactive où les étudiants comparaient les interventions d’un spécialiste humain et celles de ChatGPT sur des situations de relation d’aide. Les résultats ont montré que, si l’IA se démarque par sa rapidité et la justesse de ses informations, elle reste dépourvue d’empathie et de sensibilité émotionnelle. Cette activité a permis de distinguer la compétence technique de l’expertise humaine, tout en renforçant la capacité des étudiants à exercer leur esprit critique face à la technologie. En histoire, l’utilisation de la plateforme Transkribus a permis aux étudiants de s’initier au déchiffrement de manuscrits anciens. En corrigeant les transcriptions automatiques, ils ont appris à maîtriser les principes de la paléographie tout en participant à un projet collectif d’enrichissement des modèles de transcription automatique. Ce travail a rendu l’apprentissage plus motivant et concret, tout en contribuant à rendre les archives plus accessibles au grand public.
En conclusion, l’article plaide pour une intégration réfléchie et critique de l’IA dans l’enseignement supérieur. Loin d’être un simple outil de substitution, elle devient un levier pédagogique favorisant la créativité, l’analyse critique et l’engagement des étudiants. Toutefois, son usage exige un accompagnement éthique et pédagogique rigoureux afin d’éviter une dépendance aveugle aux algorithmes et de garantir une utilisation équitable et responsable.
À mon sens, cet article met parfaitement en lumière la double nature de l’IA en éducation : à la fois un outil d’opportunité et un objet de vigilance. L’expérience des trois disciplines montre que la valeur ajoutée de l’IA dépend avant tout de la manière dont elle est intégrée dans la pédagogie. J’estime que l’enseignant doit rester le médiateur essentiel, capable de transformer ces technologies en leviers d’apprentissage critique plutôt qu’en raccourcis intellectuels. L’IA, lorsqu’elle est utilisée de façon raisonnée, peut renforcer la créativité, l’autonomie et la curiosité des apprenants. Cependant, elle ne remplacera jamais la dimension humaine, émotionnelle et réflexive qui fonde tout véritable apprentissage.
Lecture 4 : Autoformation en outils d’intelligence artificielle générative : un retour d’expérience au 2e cycle.
Naffi, N., & Montufar, C.-S. (2025). RITPU, 22(1), art. 5.
L’article de Nadia Naffi et Cindy Susana Montufar, intitulé Autoformation en outils d’intelligence artificielle générative : un levier pour guider et optimiser la conception pédagogique, explore une expérimentation menée à l’Université Laval dans le cadre des cours TEN-7001 et TEN-7006. Cette expérience visait à former des étudiants en technologie éducative à l’usage de l’intelligence artificielle générative (IAg) dans un contexte d’autoformation guidée. L’objectif principal était d’amener les futurs concepteurs pédagogiques à développer une autonomie critique face à l’IA, tout en leur offrant un cadre d’accompagnement pour réfléchir aux implications éthiques, professionnelles et cognitives de ces outils dans leurs pratiques éducatives.
Le cadre théorique de cette expérimentation s’appuie sur trois piliers de l’apprentissage : l’apprentissage autodirigé de Knowles, qui valorise l’autonomie et la responsabilisation de l’apprenant ; la zone proximale de développement de Vygotsky, qui met en avant le rôle du soutien et de la collaboration ; et la pratique réflexive de Schön, qui favorise la construction de savoirs à partir de l’expérience. Ces fondements ont permis d’articuler une approche d’autoformation où l’enseignante joue le rôle de facilitatrice, créant un équilibre entre exploration libre et accompagnement structuré. L’étudiante ou l’étudiant devient ainsi acteur de son apprentissage, capable d’expérimenter l’IAg tout en développant un esprit critique sur ses usages.
Sur le plan méthodologique, l’expérimentation s’est déroulée sur une période de 15 semaines, durant laquelle les participants devaient explorer entre deux et quatre outils d’IAg pour des usages variés : création de contenus pédagogiques, scénarisation de cours, traitement de données, ou encore conception d’évaluations formatives. Chaque étudiant tenait un journal d’autoformation pour documenter son parcours, ses découvertes et ses difficultés. Cette approche réflexive a révélé un double mouvement d’enthousiasme et de questionnement : si l’IAg a stimulé la créativité et la curiosité, elle a aussi soulevé des défis liés à la fiabilité des informations, à la diversité des outils, et à la nécessité de développer des stratégies d’interaction efficaces avec les modèles génératifs.
L’analyse des résultats a mis en évidence plusieurs dynamiques d’apprentissage. Dans un premier temps, les étudiantes et étudiants ont ressenti un engouement pour la nouveauté de l’IAg, mais ont rapidement été confrontés à la complexité des outils et à la qualité variable des productions générées. Ils ont dû apprendre à gérer ces incertitudes par des pratiques d’expérimentation, de collaboration et de validation critique. Ensuite, une remise en question identitaire est apparue : plusieurs ont exprimé un sentiment d’insécurité face à la puissance de l’IA, craignant que celle-ci ne diminue la valeur de leur expertise humaine. Cependant, grâce aux discussions collectives et à l’accompagnement de l’enseignante, ils ont progressivement redéfini leur rapport à l’IA comme une relation de collaboration plutôt que de concurrence. Enfin, l’expérience a renforcé la conscience que l’IAg, bien qu’efficace pour accélérer certains processus cognitifs, ne remplace pas la créativité, l’analyse critique et la sensibilité humaine dans la conception pédagogique.
L’un des apports majeurs de cette étude réside dans l’évolution du rôle de l’enseignante, désormais considérée non seulement comme facilitatrice, mais aussi comme médiatrice et co-apprenante. Elle a guidé les étudiants dans leur appropriation des outils tout en adoptant une posture réflexive sur sa propre pratique. En intégrant l’IAg dans son enseignement, elle a aussi dû renforcer sa compréhension éthique de ces technologies, notamment autour des enjeux de confidentialité, de biais algorithmiques et de propriété intellectuelle. Ce repositionnement du rôle enseignant illustre la transition d’un modèle transmissif vers un modèle collaboratif et adaptatif, où le savoir se co-construit entre l’humain et la machine. Les recommandations issues de cette expérimentation soulignent plusieurs leviers essentiels pour l’avenir. Dans l’enseignement supérieur, il s’agit d’intégrer l’IAg de manière critique et responsable, de créer des espaces de réflexion collective, et de soutenir la transition psychologique des étudiants face à ces technologies. Pour les concepteurs pédagogiques, il est recommandé de considérer l’IAg comme une collaboratrice, d’expérimenter activement ses usages, de développer des compétences en validation de contenus, et de favoriser une collaboration interdisciplinaire avec les spécialistes en intelligence artificielle. L’article insiste sur le fait que l’IAg doit être envisagée comme un catalyseur d’innovation, capable d’amplifier la créativité et la productivité, sans pour autant remplacer l’intelligence humaine.
Cette lecture m’a profondément interpellée sur la transformation des rôles et des postures dans l’éducation à l’ère de l’intelligence artificielle. Elle montre que la véritable valeur de l’IAg ne réside pas dans ses capacités techniques, mais dans la manière dont nous l’intégrons dans une démarche pédagogique consciente, éthique et réflexive. L’expérience décrite démontre qu’apprendre avec l’IA, c’est aussi apprendre à penser autrement : à douter, à vérifier, à interpréter et à réinventer notre rapport au savoir. En tant que future professionnelle en technologies éducatives, je perçois cette approche comme une invitation à développer une intelligence augmentée plutôt qu’artificielle, où l’humain reste le centre du processus éducatif. L’IAg devient alors une alliée qui stimule la créativité, soutient la conception, et libère du temps pour ce qui fait la richesse de l’enseignement : la relation humaine, la réflexion critique et l’innovation pédagogique.
LECTURE 5 : Concevoir et développer des échanges virtuels pour les programmes de formation des enseignants. Distances et médiations des savoirs
Impedovo, M., & Symeonidis, V. (2024)
L’article « Concevoir et développer des échanges virtuels pour les programmes de formation des enseignants » de Maria Impedovo et Vasileios Symeonidis explore une question essentielle dans le contexte actuel de l’enseignement supérieur : comment offrir aux futurs enseignants une expérience internationale, même sans mobilité physique. Face aux limites des programmes de mobilité classiques comme Erasmus, les auteurs proposent l’échange virtuel comme une alternative innovante et inclusive permettant de développer les compétences interculturelles, collaboratives et numériques nécessaires à la profession enseignante du XXIᵉ siècle. Ce dispositif s’inscrit pleinement dans la dynamique d’internationalisation à domicile, promue par la Commission européenne, et vise à combiner ouverture culturelle et usage critique des technologies éducatives.
L’étude décrit la mise en œuvre concrète d’un échange virtuel entre une université française et une université autrichienne, impliquant quarante-cinq étudiants en formation initiale d’enseignants. Pendant six semaines, ces derniers ont collaboré à distance, en anglais, autour d’activités pédagogiques communes portant sur la question : « Quels sont les avantages et les défis de devenir un enseignant européen ? » À travers des outils numériques comme Padlet, Miro ou Zoom, ils ont partagé leurs perspectives, comparé leurs systèmes éducatifs et produit des travaux collaboratifs. Les résultats montrent que cette expérience a contribué à la construction d’une identité professionnelle européenne, en favorisant la réflexion sur la diversité des pratiques éducatives et sur le rôle de l’enseignant dans un espace transnational. Elle a également renforcé les compétences numériques, linguistiques et interculturelles des participants, tout en stimulant leur autonomie et leur capacité de communication à distance.
Cependant, les auteurs soulignent plusieurs défis persistants : les différences linguistiques, les difficultés techniques, les décalages d’organisation entre institutions et la clarté parfois insuffisante des consignes. Ces obstacles ont montré que la réussite d’un échange virtuel repose sur une planification rigoureuse, une coordination étroite entre les formateurs, et une intégration claire dans le cursus. Malgré ces limites, l’expérience a été perçue par les étudiants comme une véritable ouverture professionnelle et humaine, révélant la puissance formatrice des interactions interculturelles même à travers un écran.
D’un point de vue personnel, cet article met en lumière une évolution profonde de la conception de la formation des enseignants. Il invite à repenser la notion de mobilité : être « mobile », aujourd’hui, ne signifie plus nécessairement se déplacer physiquement, mais plutôt être capable de penser et agir dans un monde connecté et pluriel. L’échange virtuel devient un levier d’équité éducative, en permettant à tous les futurs enseignants, y compris ceux qui n’ont pas les moyens de voyager, d’accéder à une expérience internationale enrichissante. En tant qu’étudiante en technologies éducatives, cette approche me semble porteuse d’avenir, car elle conjugue inclusion, innovation et collaboration. Elle incarne une vision de l’éducation ouverte sur le monde, où les frontières géographiques s’effacent au profit d’un apprentissage collectif et solidaire.
Lecture 10 : L’adoption du numérique par les enseignants du supérieur non-universitaire.
RIPES, 41(2). Creten, A., Simon, A., & Cocinas Garcia, A. (2025).
La lecture de cette étude sur l’intégration du numérique dans les hautes écoles belges francophones révèle une réalité complexe où l’innovation technologique se heurte à des logiques institutionnelles et humaines profondément ancrées. Ce qui frappe particulièrement, c’est le paradoxe entre l’urgence numérique accélérée par la pandémie et la persistance de freins structurels qui entravent une transformation pédagogique durable. Le constat selon lequel le numérique reste souvent un simple "appendice" aux pratiques traditionnelles, plutôt qu’un levier de réinvention pédagogique, interpelle sur la nature même des résistances au changement dans le milieu éducatif.
La dimension communautaire émerge comme un élément clé souvent sous-estimé dans les politiques numériques. L’observation selon laquelle l’émulation entre pairs et l’influence des "enseignants pionniers" surpassent souvent l’impact des directives institutionnelles devrait inviter à repenser les stratégies d’accompagnement. Cela rejoint mon expérience personnelle dans le domaine de la formation : les innovations réussissent rarement par la contrainte administrative, mais plutôt par l’identification et le soutien des leaders naturels capables d’entraîner leurs collègues.
La fracture numérique, tant chez les enseignants que chez les étudiants, apparaît comme une question sociale autant que technologique. L’étude souligne à juste titre que l’accès aux équipements ne suffit pas ; c’est la maîtrise des usages et la capacité à intégrer le numérique dans une démarche pédagogique cohérente qui font défaut. Cette situation révèle un enjeu d’équité fondamental : sans un accompagnement renforcé, la numérisation risque d’accentuer les inégalités existantes plutôt que de les résorber.
La question des finalités éducatives du numérique me semble particulièrement cruciale. L’étude met en lumière une tension entre une vision instrumentale, qui voit le numérique comme un moyen d’adapter les étudiants au marché du travail, et une vision citoyenne, qui privilégie le développement de l’esprit critique face aux technologies. Cette dualité reflète un débat plus large sur les missions de l’enseignement supérieur dans une société numérique. À mon sens, la véritable transformation ne résidera pas dans l’accumulation d’outils technologiques, mais dans notre capacité à former des citoyens capables de comprendre, de critiquer et d’orienter les évolutions numériques.
Enfin, la dépendance croissante vis-à-vis des solutions propriétaires et des géants technologiques pose des questions éthiques et politiques fondamentales. L’étude évoque judicieusement l’alternative des communs numériques, qui me semble une piste essentielle pour préserver l’autonomie pédagogique et la souveraineté numérique des établissements d’enseignement.
En conclusion, cette recherche démontre que l’adoption du numérique dans l’enseignement supérieur dépasse largement la simple question technique. Elle engage une réflexion profonde sur notre vision de l’éducation, les inégalités structurelles et les finalités de l’innovation pédagogique. Les défis identifiés appellent moins à une course effrénée vers la technologie qu’à une démarche réfléchie et inclusive, où le numérique deviendrait véritablement au service des apprentissages et de l’émancipation intellectuelle.