Recherches 1978 - 2014
Habitat, banlieues et périphéries
Mes travaux de recherches ont été en rapport étroit avec mes enseignements, d'abord à l'École nationale supérieure d'architecture de Nantes (1973-1994), puis à l'Institut d'urbanisme et d'aménagement régional (IUAR) d'Aix-Marseille Université (1994-2014). L'habitat, les banlieues et le péri-urbain ont été mes objets d'études, tant en France (région nantaise, puis région d'Aix-Marseille) qu'au Maroc.
Je m'en suis emparé en ayant recours à une méthode socio-architecturale qui consiste à appréhender l'architecture de l'habitat, dans le prolongement des travaux de H. Lefebvre et H. Raymond, en ce qu'elle est le contenant de pratiques sociales, mais aussi un artefact (un "quasi-objet" dit Michel Serres), dont la production peut servir les meilleurs comme les pires projets, lorsqu'elle réduit la société à des données statistiques et la nature à une réserve inépuisable de ressources.
C'est au fil de ce questionnement, qui trouve sa source lointaine dans l'expérience de l'architecte égyptien Hassan Fathy, en Haute-Egypte, au lendemain du second conflit mondial, (voir notamment cette communication de 1980 : "Deux architectures, deux écritures, deux conceptions du culturel "), que j'ai intégré la question environnementale dans mes recherches en architecture et en urbanisme.
Recherche en cours :
La place de l’environnement dans les schémas d’aménagement de la Corse (1972, 1992, 2008, 2015)
En m'inscrivant dans l'orientation collective actuellement intitulée « Géo-histoire de l’environnement et des transitions écologiques en Méditerranée », en cours d'élaboration par des géographes et des historiens au sein de TELEMMe, je souhaite poursuivre un travail sur l'histoire des plans d'aménagement en Corse (1971, 1992, 2015), en centrant mon attention sur les enjeux environnementaux, leur « montée en puissance », en particulier la protection et la biodiversité.
Le travail s'appuiera sur les documents d'archives, mais aussi sur l'écho que trouve dans la société le débat sur l'élaboration de ces plans et schémas, en particulier dans la presse mais aussi chez les acteurs qui en ont été les artisans, au niveau politique, mais aussi « technique ». Aux schémas déjà mentionnés plus haut (1971, 1992, 2015), sera ajouté celui de 2008, élaboré par le Comité exécutif de la Corse, mais rejeté par l’Assemblée de Corse.
De 1972 à 2015, d’importants changements législatifs sont intervenus, en termes de lois institutionnelles (décentralisation et statut particulier de la Corse) et environnementales (en particulier « Climat et résilience »). J’ai couché sur un tableau ces différentes évolutions en les associant à des faits sociétaux ou naturels affectant l’environnement (voir Annexe).
À partir du moment où le réchauffement climatique s’affirme comme une réalité scientifiquement démontrée (2007), on assiste, sans que disparaisse pour autant un courant négationniste, à une banalisation de la question environnementale. L’impératif environnemental parcourt les textes et les intentions vertueuses, souvent argumentées scientifiquement ; il oblige à un examen plus vigilant de ces textes en ce qui concerne tant leur interprétation que leur application sur le terrain.
La géographie de la Corse, île montagneuse, met en évidence deux questions dont se sont saisis les différents schémas : celle du littoral et celle de l’intérieur. Tous les schémas soulignent ainsi la nécessité d’un rééquilibrage entre la côte, abandonnée aux appétits de l’industrie touristique, et l’intérieur, témoin de la régression de l’économie agri-pastorale-forestière (voir ce document de travail : "Synthèse analytique des schémas de la Corse : 1992-2015") .
La tension est maximale sur le littoral où la question de l’urbanisation des rives, plus que le milieu marin (et encore ! cf. la réserve de Scandola, menacée d’être désinscrite du patrimoine mondial), oppose les partisans du plus grand laxisme en matière d’occupation et de construction et ceux qui se déclarent partisans de les limiter. Cette opposition a sa traduction au plan politique et dans la rédaction des derniers schémas, largement confiés à la collectivité de Corse : le rejet de celui de 2008 annonce l’arrivée d’une coalition de gauche qui fera adopter le schéma de 2015, le PADDuC, par l’Assemblée de Corse, confirmé lorsque les autonomistes remportent les élections régionales.
L’intensité de cette tension est encore renforcée par les luttes associatives assez largement polarisées sur les enjeux littoraux et l’urbanisation, sauvage ou couverte par des interprétations litigieuses du PADDuC. Elles deviennent particulièrement actives au début du 3e millénaire avec leur formation en « Collectif pour la loi Littoral » (30 associations et 7 mouvements politiques), leur activité redoublant avec l’annonce du schéma de 2008 sous l’appellation de « Front uni contre ce PADDUC » (celui de 2008 adopté par le Comité exécutif et rejeté par l’Assemblée de Corse).
Ainsi en est-il de l’association la plus en vue : U Levante dont la vigilance est rarement prise en défaut et dont l’essentiel de l’action, telle qu’elle s’exprime dans son bulletin, est presque entièrement mobilisé par l’engagement, au nom du non respect du PADDuC, de procédures auprès des tribunaux administratifs concernant des occupations illégales du littoral, procédures la plupart du temps couronnées de succès.
On peut cependant poser en hypothèse que l’attention monopolisée par la lutte contre les actes délictueux, d’abord sur le littoral, ensuite plus ponctuellement sur la question des déchets, tend à détourner la cause environnementale d’autres enjeux, en particulier l’objectif d’un aménagement équilibré entre la côte et l’intérieur de l’île, qui permettrait d’en valoriser le potentiel dans le sens d’une plus grande autonomie de la région en regard de la métropole.
Cette hypothèse me conduira à privilégier un travail de recensement des actions menées dans les villages et les territoires ruraux tendant au maintien, à la renaissance ou à la création d’activités agricoles (élevage, cultures, vergers), forestières, mais aussi culturelles (notamment festives) et autres, envisagées dans une perspective éco-environnementale déclarée et vérifiée.
Mon intégration parallèle au groupement pluridisciplinaire de chercheurs sur les « Ruralités corses », animé par Josepha Milazzo (associée à TELEMMe) consolidera cette recherche, en favorisant les échanges au plan des problématiques comme des terrains investigués.
Marseille 2 octobre 2022
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