Dans quelle mesure le Traité des Nations Unies sur la Haute mer (ou Accord BBNJ) répond-t-il pleinement aux enjeux actuels et futurs de conservation et d’utilisation durable de la diversité biologique marine de la haute mer ?
Bienvenue au Comité BBNJ !
Dans notre comité, lors des débats, nous traiterons un espace immense, fragile et pourtant vital : la Haute mer. Elle couvre près de la moitié de la surface du globe, abrite des écosystèmes uniques, régule le climat mondial et constitue un réservoir de biodiversité et de ressources abiotiques encore largement inexploité. Mais la Haute mer reste un territoire sans souveraineté, sans gardien désigné, et donc souvent sans protection.
C’est précisément pour pallier ce vide juridique que le Traité des Nations Unies sur la Haute mer, porté depuis deux décennies, entre enfin en vigueur. Avec ses 60 ratifications obtenues cette année, il offre un cadre historique : création possible d’aires marines protégées en haute mer, encadrement de l’accès aux ressources génétiques, évaluations d’impact obligatoires, transfert de capacités scientifiques.
Mais, malgré cette avancée majeure, une question centrale nous guide aujourd’hui :
ce traité répond-il véritablement aux enjeux de préservation et d’exploitation durable ? Prévoit-il des mécanismes réellement contraignants ? Protège-t-il les zones les plus sensibles ?
La Haute mer concentre beaucoup d’enjeux qui divisent :
une surpêche qui migre plus loin et plus profond mais qui nourrit des millions de personnes, des intérêts croissants pour l’extraction minière des fonds marins, les dérèglements du changement climatique qui bouleversent les écosystèmes, etc.
Face à cela, notre comité rassemble une diversité d’acteurs dont les perspectives façonnent le débat.
Autour de la table se côtoient des petits États insulaires très vulnérables, qui voient la Haute mer comme une barrière protectrice essentielle comme les Etats fédérés de Micronésie et la République de Maurice ; des grandes puissances maritimes qui défendent la liberté de navigation et la recherche scientifique avec les EUA ou la RPC ; et des pays émergents qui souhaitent un partage équitable des bénéfices issus des ressources marines (République socialiste du Vietnam ou la République fédérative du Brésil).
Ces visions parfois opposées témoignent de l’importance stratégique de la Haute mer dans la souveraineté, la sécurité alimentaire et l’innovation.
Les acteurs industriels présents, notamment dans les secteurs de l’énergie et des ressources minérales profondes comme The Metals Company ou Total défendent le potentiel économique de cet espace encore largement inexploré.
Face à eux, des organisations environnementales engagées de la protection stricte des océans à la surveillance citoyenne avec Sea Shepherd ou Greenpeace jouent leur rôle de contre-pouvoir essentiel. Elles rappellent que la Haute mer est un bien commun de l’humanité, sous la responsabilité de tous, et que la moindre décision ici peut avoir un impact irréversible sur les écosystèmes profonds.
Cette diversité fait la force du Comité BBNJ.
Notre objectif n’est pas seulement de débattre du texte, mais d’évaluer si le traité, tel qu’il entre en vigueur, est suffisant, clair, opérationnel.
Aujourd’hui, chaque proposition, chaque amendement, chaque compromis peut contribuer à écrire l’avenir d’un espace qui n’appartient à aucun pays, mais dont dépend l’équilibre du monde : la Haute mer.
Durant nos débats, nous aurons la chance d’échanger via visioconférence avec Alain Pibot, coordinateur national du projet LIFE IP Marha à l’Office français de la biodiversité, qui est un expert de la conservation marine et de la gestion des habitats benthiques (des fonds aquatiques). Avec une carrière alliant administration régionale et expertise technique, il partage une vision concrète des enjeux de la haute mer, entre biodiversité, durabilité et gouvernance. Son expérience en Méditerranée et en Atlantique enrichira nos échanges sur les solutions pour concilier protection et exploitation des écosystèmes marins.
Contacts:
Président: MALO.LOTON-GARAT@stanislas.qc.ca
Vice-président: MALO.FRANCOIS@stanislas.qc.ca