Texte d'appel
Une nouvelle Marche des Fiertés se prépare pour le 27 juin 2026 à Nîmes et pour la énième fois, c'est le vide. Vide dans les mots d'ordre, vide dans le discours. Quelques paillettes dosées au compte-gouttes, mais pas trop pour ne pas efféminer les gays mascu et transphobes. Un coup de comm' performatif. Et hop ! Pendant ce temps, ailleurs, dans des villes comme Avignon et Aix, les Prides affichent un mot d'ordre claire contre l'extrême-droite, refaisant de ces marches des espaces de contestation politique, d'antifascisme, d'anti-impérialisme. Mais pas ici. À Nîmes, on s'accroche à la ligne apolitique : une voie d'accélération commode qui permet d'accueillir à bras ouverts droitard•es et fachos dans les assos LGBTQIA+ sans se poser de questions. C'est ça, au fond, le sens profond du mot d'ordre « Diversité Forte, Inclusion Totale » que l'association Arène des Fiertés veut nous vendre.
Diversité Forte, Inclusion Totale… Insouciance Mortelle
Le Gard est aujourd'hui un territoire quasi intégralement acquis à la droite et l'extrême droite. À quelques kilomètres, Beaucaire, Vauvert : pas besoin de chercher loin pour voir ce que l'extrême droite au pouvoir produit concrètement, et quotidiennement, dans la vie des gens (discriminations raciales, censure des événements culturels, coupes budgétaires aux associations etc.). Après 25 ans de droite, Nîmes fait figure d’exception avec la courte victoire face à la droite et l’extrême droite. Nous attendons que la mairie fasse ses preuves, qu’elle agisse en rupture de la politique de la majorité précédente (et du programme électorale du RN), notamment en renonçant aux logiques du tout-répressif dans les quartiers populaires comme Pissevin et aux mesures qui ciblent implicitement les populations racisées dans leur usage de l'espace public. La fermeture des épiceries de nuit, l'une des premières mesures prises par la nouvelle municipalité, ne va malheureusement pas dans ce sens. Cette proposition figurait déjà, presque mot pour mot, dans le programme du candidat du RN, au nom de la lutte contre les « nuisances » et les troubles à l'ordre public. Nous attendons que la mairie fasse beaucoup plus qu'afficher un drapeau arc-en-ciel et éclairer la Maison Carrée des couleurs LGBTQIA+ : nous ne sommes pas la caution progressiste dont certains se servent pour se montrer à gauche.
Tout cela devrait nous interroger, nous, personnes LGBTQIA+, cibles de toujours des politiques fascistes et d'extrême droite. Depuis des années, le RN et ses alliés ne font pas que gagner des élections : ils installent une atmosphère, normalisent une violence, encouragent ceux qui n'attendaient qu'un signal. Dans un département où le RN structure désormais le paysage politique, où ses idées infusent jusque dans les pratiques de municipalités qui ne s'en réclament pas, la question n'est pas abstraite. Elle est quotidienne. Elle se pose dans la rue, dans les transports, au travail, en famille. Nîmes et le Gard ont été le théâtre d'agressions fascistes, lgbtphobes, racistes, islamophobes, antisémites et masculinistes. Alors qui peut sérieusement croire qu'une Pride apolitique, consensuelle, soigneusement débarrassée de tout ce qui fâche, confortablement inclusive des fachos est une réponse à la hauteur de ce que nous vivons, et de ce qui vient ?
Pourquoi pas juste faire la fête ?
Parce que le mouvement LGBTQIA+ n'a jamais été apolitique. Il y a exactement 57 ans, dans la nuit du 27 au 28 juin, des personnes trans, noires, latinas, travailleuses du sexe se soulevaient contre la police : c'était les émeutes de Stonewall, d'où sont nées nos marches des fiertés. Le mouvement LGBTQIA+ s'est construit dans les marges, dans les luttes antiracistes, anticapitalistes, anti-impérialistes, pour les droits des travailleur•uses du sexe. Le patriarcat, le fascisme, le colonialisme : ce ne sont pas des combats séparés qui se croisent par hasard. Une personne trans racisée ne subit pas la transphobie d'un côté et le racisme de l'autre : elle les subit ensemble, simultanément, de façon imbriquée. Une femme lesbienne en situation de handicap ne peut pas découper son existence en cases. Les oppressions se cumulent, se renforcent, se nourrissent mutuellement… et les résistances doivent faire de même. Nous avons besoin d'un mouvement queer qui ne se focalise pas sur son seul nombril, mais qui reconnaisse que notre liberté a toujours été liée à celle de tou•tes les opprimé•es. Il y a 3 ans, le 27 juin, le jeune Nahel Merzouk, 17 ans, a été assassiné par la police pour refus d'obtempérer à Nanterre (Ile-de-France), nous crions son nom parce qu'il fait partie de ces jeunes qui sont brutalisé•es par l'État et le racisme, et qui trouvent la mort par le bras armé de la France. Stonewall était une émeute contre la police : nous devons continuer à nous rebeller contre toute violence policière et contre cette institution meurtrière et raciste.
Non, nous ne pouvons pas « juste faire la fête » pendant que des personnes racisées subissent des contrôles au faciès dans nos rues, pendant que des personnes sans-papiers vivent dans la peur et l'épuisement, pendant que le masculinisme tue, et que des jeunes comme Noahm meurent parce que « trop efféminés », pendant que les politiques d'extrême droite gouvernent nos territoires et nos vies. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d'une Fierté repliée sur elle-même, d'une fierté qui dit « allez manifester pour la Palestine tous les samedis matin, aujourd’hui c'est notre moment ». Nous avons besoin d'une Fierté qui dénonce sans relâche toutes les dominations et oppressions impérialistes, partout, et particulièrement le génocide des palestinien•nes perpétré par l'État sioniste israélien avec la complicité des pays occidentaux, France comprise. Nos Fiertés doivent être un corps de contestation et d’interpellation des pouvoirs publics. Exigeons de la municipalité de Nîmes la rupture du jumelage avec Rishon LeZion, première implantation sioniste en Palestine et de tous les liens de coopération avec l'État fasciste israélien.
Exigeons des mesures concrètes en ce qui concerne nos droits. Comme une simplification sur le territoire des démarches de changement d'état civil, des financements pour les associations accompagnant les travailleur•euses du sexe dans leur travail, la proposition de programmes de sensibilisation à la vie sexuelle et affective pour les enfants et adolescents, la prolifération de Plannings Familiaux et des centre de santé sexuelle. Nous devons faire converger la voix de Nîmes à la multitude des Prides de toute la France – Arles, Montpellier, Avignon, Carcassonne, Aix, Marseille – pour crier ensemble que le fascisme, l'extrême droite, le sionisme ne passeront pas. Pas ici. Pas ailleurs. Pas chez nous, les transpédésgouines.
Alors nous voilà...
…un ensemble d'organisations militantes nîmoises, de weirdos, d'excentriques du genre, de pervers•es antifascistes, de marginaux•lles. Nous appelons à envahir de notre présence et de nos revendications la Marche des Fiertés de Nîmes, le samedi 27 juin 2026. Nous devons être la première chose que cette ville voit : vénèr•es plus que les ISTs, en colère plus que les taureaux qui se rebellent pendant que les humains les sacrifient pour la corrida, fabuleux•euses plus que ces drapeaux à 6 couleurs. Avec nos cris de rage, de joie et d'antifascisme, faisons passer un message clair : la Pride est à nous. Pas seulement aux commerces gays qui font du business sur nos culs. Pas à la nouvelle mairie de « gauche ». Absolument pas aux LGBTQIA+ fachos et de droite.
Vient, on prend la tête !
Nous appelons toutes les organisations, associations, collectifs gardoises et du Sud de la France à se joindre à nous dans le cortège de tête !
Pour signer l'appe, écrire un mail à cnaq.nimes@gmail.com
CNAQ - Collectif Nîmois Antifasciste et Queer
Organisation de Solidarité Trans (OST Nîmes)
Solidaires Etudiant•es de Nîmes
Oaï e Libertat - Nîmes Antifasciste
CNT 30
Stop Jumelage Nîmes Rishon Lezion
Liste des signataires
[à venir]