Le pinkwashing (qu’on peut traduire par “lavage rose”) désigne une stratégie utilisée par des gouvernements, des entreprises ou des institutions pour se faire passer pour progressistes et “amis des LGBT+” alors qu’en réalité, ils continuent à opprimer, discriminer ou soutenir des politiques injustes envers les catégories plus précaires et marginalisées de la société. Cela peut être le cas d’une mairie qui organise un événement pendant la période de la Pride, pendant que tout le reste de l’année marginalise les communautés LGBT. Similairement, une entreprise peut exposer un drapeau arc-en-ciel pour se montrer LGBT-friendly, tout en maltraitant ses employé·es ou en finançant des partis conservateurs. Dans ce sens, on peut parler de lavage car les institutions et les entreprises exploitent des slogans LGBT afin de nettoyer leur image, pour détourner l’attention des actions et des positions discriminatoires et réelle qu’elles adoptent. C’est une manière de récupérer les luttes LGBT+ pour servir des intérêts politiques et économiques - souvent au détriment des personnes les plus précaires ou marginalisées au sein même des communautés queer. En France, le terme est utilisé en 2005 dans Le Monde : après l’attaque de la Gay Pride de Jérusalem le 30 juillet, le correspondant du quotidien décrit comment les autorités de l’État Israélien utilisent leur image gay-friendly comme outil de communication alors que l'homophobie est très marquée dans ce pays, et que beaucoup des droits LGBT ne sont pas acquis (pas de lois sur le mariage gay, ni sur les adoptions, ni sur la GPA).
MIRAGE GAY À TEL-AVIV, JEAN STERN - LIBERTALIA, PARIS, 2017 (LE MONDE DIPLOMATIQUE 2017)
C'est le mépris, le rejet ou la haine d’une personne en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. Il s'agit d'une discrimination reconnue pénalement comme situation aggravante.
L’homonationalisme désigne l’instrumentalisation des droits des personnes LGBT+ par des gouvernements nationalistes, mais aussi parfois par des groupes LGBT+ eux-mêmes, au service d’un projet politique raciste, colonial ou xénophobe. Ce discours présente certains pays occidentaux comme des modèles de civilisation, de modernité et de respect des droits LGBT+, en opposition aux pays dits “du Sud” - notamment du Moyen-Orient, d’Afrique ou d’Amérique latine - présentés comme arriérés, barbares ou fondamentalement homophobes. Cela permet aux gouvernements occidentaux de se donner bonne conscience, tout en invisibilisant leurs propres politiques LGBTphobes, racistes, sexistes et islamophobes. Ce récit nationaliste et universaliste prétend que l’Occident serait supérieur, sous prétexte qu’on peut s’y marier entre personnes du même genre ou y vivre ouvertement en tant que personne queer. Il permet à des partis ou gouvernements de droite ou d’extrême droite de se réapproprier des luttes LGBT+ pour mieux justifier des politiques réactionnaire : “si les immigré·es ne respectent pas nos valeurs, notamment les droits LGBT+, ils n’ont rien à faire ici.” Ce type d’idéologie est aussi utilisé pour attaquer les mobilisations queer en soutien à la Palestine : on présente la société palestinienne comme “homophobe” par nature, pour légitimer la colonisation et de blanchir les crimes de guerre perpétrés par l'État d'Israel, présenté à tort comme un modèle de respect des droits LGBT+.
Ce concept considère l’hétérosexualité non seulement comme une orientation sexuelle, mais comme “la norme”, naturelle et évidente - que les hommes sont attirés par les femmes, que les femmes sont attirées par les hommes et que c’est comme ça pour tout le monde. Dans ce sens, l’hétérosexualité structure la société sur l’existence de deux genres (homme/femme), bien distincts, avec des rôles fixés : les hommes seraient censés être virils, dominants, travailleurs ; les femmes, douces, maternelles, au service des autres. Cette norme est partout : dans les films, à l’école, dans les lois, les familles, les publicités ou les blagues, en rendant invisibles et dévalorisé toute autre façon d’entendre les rapports entre les genres. Résultat : les personnes LGBT+ sont souvent perçues comme “différentes”, “anormales” ou “marginales” - et doivent sans cesse justifier leur existence, expliquer leur vie ou faire leur “coming out”.
C'est un système social, politique et culturel qui organise la société sur la domination des hommes sur les femmes. Dans une société patriarcale, les hommes ont une position de domination dans presque tous les domaines : en politique, dans la famille, dans l’économie, dans les droits, dans la culture, dans la religion etc. Il est le composant du mot-valise "hétéropatriarcat" qui établit que le genre masculin et l’hétérosexualité dominent d’autres genres et orientations sexuelles.
Le masculinisme, c’est un courant d’idées et de discours qui prétend défendre “les droits des hommes” face aux féminismes, sous le prétexte que ces derniers réduiraient les libertés des hommes. Toutefois, derrière cette apparente revendication d’égalité, il s’agit en réalité de remettre en cause les avancées des droits des femmes et des minorités sexuelles et de genre. Les masculinistes se présentent souvent comme des victimes du féminisme, des femmes, des lois contre les violences sexuelles ou des luttes pour l’égalité. Selon eux “les hommes ne peuvent plus rien dire” ou que “les femmes ont tous les droits”. Le masculinisme va souvent de pair avec la haine contre les féministes, les femmes, les personnes LGBT+, ou les hommes qui ne rentrent pas dans les normes viriles. Cette idéologie ne se retrouve pas seulement au niveau individuel, mais elle est également portée par des groupes et organisations de droites, qui se revendiquent masculiniste.
AVEC TRUMP, LE MASCULINISME EST AU POUVOIR - RACHEL SILVERA (ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES 2025)
Il s’agit d’une idéologie et une attitude qui considère les hommes comme supérieurs aux femmes - plus forts, plus intelligents, plus capables de diriger ou de décider. Il repose sur l’idée que les hommes doivent dominer dans la société, à la maison, au travail, dans la rue... et que les femmes doivent obéir, être discrètes, s’occuper des autres, et rester à leur “place”. Le machisme ne se limite pas aux insultes ou aux violences : il est souvent invisible, intégré dans la façon dont on élève les enfants, dans les blagues sexistes, dans la répartition des tâches à la maison, dans les différences de salaire, ou dans le fait de ne pas croire une femme quand elle parle de violence. C’est une forme de sexisme, et une idéologie qui s’inscrit dans le cadre plus large de l’hétéronormativité. Elle insiste sur une hiérarchie “naturelle” entre hommes et femmes, comme si cette inégalité allait de soi.
Le Stonewall Inn est un bar LGBT de New York. Dans un contexte où l’homosexualité et la transidentité étaient encore criminalisée, à la suite de l’énième descente de la police dans la nuit du 28 juin 1969, la population du bar - et notamment des femmes trans et travailleuses du sexe, ont déclenché une révolte contre la police et le gouvernement LGBTphobe états-uniens. Ces événements, appelés les « émeutes de Stonewall », sont considérés symboliquement comme le début d’un mouvement international pour les droits des personnes LGBT, donnant naissance aux premières manifestations qui sont devenues les « Pride » organisées chaque année en juin pour commémorer cette révolte. Face à la dépolitisation des Marches des Fiertés, et à la continue marginalisation des personnes trans dans la communauté LGBT, plusieurs collectifs adoptent le slogan "Pride was a Riot" (La Pride était une émeute).
LES ÉMEUTES DE STONEWALL, AUX ORIGINES DE LA GAY PRIDE (FRANCE CULTURE 2019)