Communiqué sur les faits d'Arap-Rubis
Communiqué sur les faits d'Arap-Rubis
2 mars 2026
VIOLS, HARCÈLEMENT, AGRESSION SEXUELLE : le directeur de l'association de santé communautaire Arap-Rubis mis en cause
communiqué commun
avec la Organisation de Solidarité Trans OST Nîmes ; Planning Familial du Gard, Asso Bad Boys, section TDS CNT STP 67, Mirah Medusa (référentte du Strass Occitanie)
Le 8 février est parue une enquête de Mediapart concernant l'association de santé communautaire Arap-Rubis. Le directeur de la structure et son conjoint y sont mis en cause pour des faits d'une gravité exceptionnelle : corruption de mineurs, signalements répétés pour viol, harcèlement sexuel et moral, soupçons d'abus de faiblesse envers de jeunes migrants homosexuels en situation de grande vulnérabilité. Nous condamnons avec la plus grande fermeté tout abus et exploitation d'individus ou de groupes quels qu'ils soient et portons un soutien inconditionnel aux victimes. Se servir de la précarité de personnes LGBTQIA+ et migrantes, déjà exposées à des discriminations systémiques, à des violences quotidiennes et à l'exclusion, représente un détournement insupportable de la mission même d'une structure communautaire.
Les personnes concernées, auxquelles Arap-Rubis s'adresse, cumulent les facteurs de marginalisation : isolement familial, insécurité administrative, précarité, stigmatisation liée à l'orientation sexuelle, à l'identité de genre ou à l'activité économique, exposition importante à des violences sexuelles et des violences de genre. Exploiter cette vulnérabilité constitue une violence supplémentaire exercée contre celleux qui cherchent précisément de l'aide dans ce type de structures.
Depuis 30 ans, Arap-Rubis fait un travail de terrain local, dans l'accompagnement de ce public. Si nous condamnons sans réserve l'absence de réaction face aux situations d'abus décrites précédemment, il nous semble aussi important de poser un point de vue critique sur les suites et les répercussions de la suspension de son agrément et de ses financements.
Il n'existe actuellement aucune structure équivalente sur la métropole de Nîmes susceptible de prendre le relais. Le flou actuel nous interroge non seulement sur le soutien matériel et psychologique dont vont pouvoir bénéficier les victimes, mais aussi sur la mise en péril des personnes marginalisées qui ont besoin de structures d'aide de ce type (aides administratives, juridiques, logement, soutien intra-communautaire, réduction des risques, maraudes et autres actions de préventions).
Cette situation doit nous alerter sur la fragilité de ces populations et de leur dépendance à des organismes qui, comme on l'a vu, ont un pouvoir non négligeable sur elles. Le démantèlement d'Arap-Rubis ne garantit en rien une amélioration de leur réalité quotidienne.
Dans ce contexte, nous ne pouvons nous empêcher de questionner la dimension politique de cette décision. La fermeture ou l'asphyxie financière d'une association d'aide aux personnes marginalisées et engagée dans des luttes parfois dérangeantes (comme notamment la reconnaissance des personnes trans, la régularisation des personnes sans-papiers et la décriminalisation du travail du sexe), n'est pas une affaire purement administrative.
En témoigne la récupération de l'agrément d'accueil du public TDS par le Centre d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF), qui nous inquiète au plus haut point. Cette structure associative très institutionnelle s'oppose fermement à la décriminalisation du travail du sexe et défend fermement la loi abolitionniste de 2016 qui pénalise notamment l'entraide communautaire. À ce jour, rien ne permet de garantir un accueil des TDS sans jugement et sans pressions pour cesser leur activité.
Soutenir et protéger les victimes est une exigence absolue. Garantir des espaces sûrs pour les personnes LGBTQIA+, migrantes et travailleuses du sexe est une urgence permanente. Mais affaiblir durablement le tissu associatif local sans d'autres solutions ne peut pas être la réponse face aux abus et violences dont certains des cadres de l'association ont été acteurs ou complices.
Nos associations et collectifs auront les yeux grands ouverts sur les choix qui seront faits.
Ceux-ci devront impérativement aller dans le sens d'une protection effective des victimes, comme des populations concernées, et aider à de vraies politiques de prévention, de solidarité et de soutien communautaire.
LES SIGNATAIRES
CNAQ Nîmes - Collectif Nîmois Antifasciste et Queer
Organisation Solidarité Trans OST Nîmes
Planning Familial du Gard
Asso Bad Boys
Section TDS CNT STP 67
Mirah Medusa (référente du Strass Occitanie)