La Maison de la Paix en trois œuvres
Par Lisa Jacquinet
La ‘Maison de la Paix’, siège officiel de l’UNESCO depuis 1958, a été imaginée par les architectes Bernard Zehrfuss, Marcel Breuer et Pier Luigi Nervi. Cependant, elle est aussi le fruit d’une étroite collaboration avec de nombreux artistes plasticiens tels que Giacometti, Moore ou encore Vasarely. Cette coopération est née de la volonté d’incarner dans ce lieu les valeurs de l’UNESCO : la paix, l’éducation et la culture. Aujourd’hui, ce lieu unique abrite plus de 700 œuvres d’art antique ou moderne en provenance du monde entier.
© UNESCO
À première vue, ce bâtiment moderne en forme d’étoile à trois branches, érigé entre 1955 et 1958, peut sembler singulier vis-à-vis de l'École militaire des Invalides, de style néoclassique, qui lui fait face. Néanmoins, cette apparence brutaliste typique des années 1950, de par son apparence, ne cherche à refléter aucune culture en particulier, afin de rester neutre et accessible à tous.
Notre déambulation commence avec la mosaïque intitulée Rythme d’eau du peintre et mosaïste du XXe siècle Bazaine. Cette œuvre imposante de 1959, composée de déclinaisons de bleu, jaune et gris, a pour vocation d’être propice à la méditation, comme l’indique son auteur :
« Cet œil ouvert sur le monde, qui n’est, de plus en plus, à mesure que nous avançons, qu’un regard vers l’intérieur, un examen de conscience.»
Elle a été pensée pour entrer en résonance avec le jardin japonais d'Isamu Noguchi. Cet écrin de verdure de 1700 m², composé d’un ruisseau, d’un pont et d’essences d’arbres en provenance directe du Japon, a été conçu pour placer chaque composant en harmonie avec les autres. Ce lieu de méditation paisible est couronné par La Fontaine pour de la paix, une pierre monumentale sur laquelle est incisé le caractère japonais ‘paix’, que l’on peut lire dans le reflet de l’eau.
© UNESCO
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Enfin, « Le Square de la tolérance » de Dani Karavan, architecte israélien, inauguré en 1996, vient clôturer cette marche méditative.
Ce square est dédié à la promotion de la paix en rendant hommage aux efforts du Premier ministre Yitzhak Rabin, assassiné quelques mois plus tôt. Ce parc comporte un olivier placé sur une colline artificielle, symbole de paix, faisant face à un mur de pierre où est inscrit le préambule de l’acte fondateur de l’UNESCO : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. »
Cette phrase est gravée dans dix langues (arabe, hébreu, français, anglais, chinois, espagnol, hindi, italien, et russe), et l’ordre n’est d’ailleurs pas le résultat du hasard. En effet, sur une même ligne, ces mots sont écrits en arabe et en hébreu, affirmant ainsi l’espoir de paix de l’artiste pour le Proche-Orient.
Cette visite fut riche en découverte et étonnante aussi bien de la part du style architectural très typique de l'après-guerre, qui pour une institution parisienne est peu courant. Et d’autre part, par la richesse que ce lieu offre, rendant néanmoins frustrante l’impossibilité d’accès à une grande partie des œuvres.
When the Bleeding Stops: A Captivating Spotlight on a Silent Reality
By Perrine Capelli
© Owen Fiene
What is menopause? Nowadays, speaking about periods has become less stigmatised, which allows women to understand better their bodies. But menopause is still left out of the conversation, although when happening, it greatly affects a woman’s body. In When the Bleeding Stops, presented at Le Manège de Reims, February 6 and 7, the Icelander choreographer Lovísa Ósk Gunnarsdóttir tackles brilliantly this issue. During 45 minutes, she tells her story, how she came to interrogate herself about menopause and how dance helped her to face this new challenge. In every city she produces herself, she invites local menopausal women to go as well on stage to share their experience through dance.
This show is beautiful, moving and thought-provoking. Through this performance, Gunnarsdóttir raises an important question: why don’t we talk about menopause? She proves how art can serve as a vector to raise awareness around issues. When you emerge from the room after, your head is filled with questions around the topic, and it makes you want to talk about it more with the women around you. Menopause is still a subject left aside in our society, and with When the Bleeding Stops, the Icelander splendidly achieves to make us want to learn more about it.
But more than a thought-provoking piece, it is also deeply moving. Seeing those women on stage, externalising their emotions by dancing, made me realise how powerful dance is. Dance is the purest form of expression of our body and truly has a liberating capacity. As soon as the music started, you wanted to join those women and express yourself as well. And luckily, Gunnarsdóttir seems to understand this need since the show ends with the audience being invited to come on stage and dance as well on the sound of ‘Dance Monkey’ by Tones and I. And let me tell you, it felt incredible.
Recommendation d'exposition : Artemisia, Héroïne de l’art
Par Clément Espuche
Décidément, il est bien heureux d’être amoureux du XVIIème siècle ces derniers temps. Le Musée Jacquemart André nous propose une formidable rétrospective sur Artemisia Gentileschi. De quoi combler le vide créé par la fin de la formidable exposition José de RIbera (Petit Palais).
Du 19 mars au 3 août, on pourra ainsi découvrir la vie et l'œuvre de cette artiste trop peu présente dans les collections nationales. Éclipsées par d’autres artistes plus populaires, et sans exclure l’effet d’un patriarcat aveuglant, elle est l’une des plus grandes “caravagesques” - ce mouvement qui, dans les pas du Caravage (1571-1610), met le clair-obscur et la peinture d’après nature au centre de son travail.
Pour cause : son père, Orazio, peint déjà de sublimes toiles. Née en 1593 à Rome, elle se forme auprès de lui mais ne peut accéder aux Beaux-Arts, réservés aux hommes. Violée par son précepteur à 18 ans, elle décrit toute l’horreur d’une époque lors du procès “(il) me mit une main à la gorge et un mouchoir dans la bouche pour que je ne crie pas (...) appuyant son membre sur mon sexe il commença à pousser et le mit dedans, je lui griffai le visage et lui tirai les cheveux et avant qu'il le mette encore dedans, je lui écrasai le membre en lui arrachant un morceau de chair”. Elle réalise deux ans plus tard Judith décapitant Holopherne (Galerie des Offices), sanglante revanche peinte.
Première femme à accéder à l’Académie du dessin de Florence, reconnue dans toute l’Italie et au dela (Charles 1er d’Angleterre possèdait une de ses toiles), elle peint avec des couleurs vives et traite de thèmes avant tout religieux ou antiques, faisant la part-belle à des femmes fortes et déterminées. On y retrouve de la violence, de la révolte, mais aussi de la douceur ou de l’érotisme. Luttant toute sa vie contre les préjugés, elle serait morte vers 1656 à Naples, où elle finit sa carrière, nous laissant une soixantaine de tableaux connus.
Avec des prêts du monde entier, on sera ému de retrouver Judith et ses plus belles comparses, tout cela dans l’un des plus beaux hôtels particulier de la capitale. S'il est riche en art décoratif du XVII-XVIIIè, les salles Renaissance sont aussi immanquables. On y retrouvera Pérugin, Rembrandt, Vigée le Brun, Botticelli, Chardin, Boucher, Fragonard et le plus beau Bellini de Paris. De quoi passer du bon temps.
Artemisia, Héroïne de l’art : du 19 mars au 3 août 2025 au Musée Jacquemart André (Paris 8e). Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf exceptions. Plein tarif 18e, tarif réduit 15e, tarif jeune (7-25) 9e50. Visite “VIP” privée 35e/pers. Voir notamment : https://www.musee-jacquemart-andre.com/fr/artemisia. Bien que rares en France, les toiles d’Orazio sont aussi sublimissimes.