Depuis plusieurs années et en de nombreuses fouilles de sites préhistoriques des éléments lithiques portant des traces noires ont suscité l'interrogations des archéologues: traces de produit bitumineux pour servir de colle comme il en a été trouvé dans le Proche Orient ou dans le sud de la France, traces de colles végétales comme il a été signalé par G. Chauvet en 1944 concernent des résines, des sucs végétaux plus ou moins mélangés de sable très fin ou de terre?
La question n'avait pas de réponse définitive à cette époque.
Ce sera la fouille subaquatique de Charavines conduite sous la direction de Aimé Bocquet qui va apporter, qui, pour la période en correspondance avec celle de la production des grandes lames du Grand-Pressigny, apportera une réponse définitive et probante à la question de l'agent de liaison entre l'outil en silex et son manche.
Dans ses fouilles du lac de Paladru, près de Grenoble, A. Bocquet et ses équipes de fouilleurs ont mis au jour plusieurs outils de silex portant la trace noire d'une colle dont l'analyse a révélé la composition surprenante: colle de bouleau, dite "brai de bouleau"qui assurait une liaison parfaite entre l'outil et son manche en bois dans les exemples de Charavines.
Voici la façon dont il est aisé de fabriquer cette colle actuellement.
Par contre il n'est pas actuellement connu de vestiges archéologiques qui nous indiquent la façon dont les peuples préhistoriques obtenaient cette colle si tenace et qui plus est réversible!
Manches de poignards pressigniens collés au brai de bouleau. Lac de Paladru à Charavines. -4500 ans.
Dans un site daté de -120 000 ans ont été trouvés des outils paléolithiques portant des traces de brai de bouleau. (à Inden-Altdorf dans le Rheinland.)
Tout d’abord, un peu de chimie :
D’un point de vue chimique, le brai de bouleau contient un ensemble de triterpènes de la famille des lupanes, tels que la lupénone, le lupéol et la bétuline. Au cours de la transformation de l’écorce en brai, une partie de ses constituants se déshydrate pour donner naissance à des hydrocarbures triterpéniques.
Source : http://www.c2rmf.fr/pages/page _id18351_u112.htm
Les étapes du processus :
Sa production actuelle est bien connue. Par contre, on ne sait pas quelle était la procédure utilisée par les peuples préhistoriques depuis … 200.000 ans? La source allemande n'est pas confirmée! Du temps des Néandertal, utilisaient-ils des coquilles d’œufs ? Au Néolithique, on utilisait peut-être des poteries. Aujourd’hui, nous allons utiliser des contenants métalliques. Ici, boîte à gâteaux et à conserves.
Dernière étape :
Il faut éliminer l'eau au maximum et faire évaporer le mélange huile/eau qui reste pour le rendre épais. Sur quelques braises, laissez mijoter sans brûler. On obtient alors une substance noire, visqueuse, très, très collante, au pouvoir adhésif considérable.
La résistance et la dureté de ce brai une fois refroidi sont excellentes. Chauffé de nouveau, ce brai ou cette colle est de nouveau utilisable comme agent de liaison entre éléments même de nature différente.
Utilisation aux temps préhistoriques :
Ces objets sont visibles dans les musées italiens, du Latenium en Suisse et divers musées de France.
Document adapté à partir du site internet :
La colle de la préhistoire : le brai de bouleau
www.youtube.com/watch?V=SDwK6pt613U
Remarque :
L'expérimentation réalisée par mes soins a été interrompue après 4 heures de chauffe mais cela n'a pas été suffisant pour distiller complètement les écorces de bouleau*.
Aussi lors de l'ouverture de la boîte à gâteaux des vapeurs noires et nauséabondes, résultat de la première phase de distillation** des substances contenues dans l'écorce de bouleau, se sont spontanément enflammées.
Ce qui montre la dangerosité de cette manipulation faite pour la recherche du geste archéologique.
Le brai produit s'est partiellement écoulé hors de la boîte à conserve du fait du fond pas assez concave de la boîte à gâteaux mais cependant la récolte fut suffisante pour utiliser cette colle...
*expérience réalisée avec une grosse poignée d'écorces blanches récoltées sur des troncs d'arbres morts tombés à terre depuis longtemps.
**La deuxième phase de cette distillation est la condensation de la vapeur d'eau et des produits volatiles bitumineux qui s'écoulent alors dans la boîte à conserve.
MIchel Geslin