Edito: Classé ou pas classé...is that the right question ?!


Les Rankings des universités se multiplient, se suivent et ne se ressemblent pas… tout à fait. Qu’ils soient d’origine asiatique, européenne ou américaine, les plus connus d’entre eux comparent les universités par une évaluation globale ou par discipline sur la base de leur performance dans le domaine de la recherche scientifique, l’enseignement, l’employabilité et l’ouverture internationale. Leur point commun est la place privilégiée accordée à la recherche scientifique et à son impact.

Ces Rankings tentent toutefois de se différencier. La principale différence entre eux tient aux indicateurs choisis et aux métriques et pondérations associées. Ils mettent également souvent en œuvre une stratégie de communication offensive et cherchent à évoluer et à se diversifier en poussant encore plus loin l’analyse.

Mais, au final, et même si les métriques changent, Times Higher Education, QS Ranking, Shanghai ou Scimago mettent en haut du podium souvent les mêmes universités de rang mondial. Ne rendent-ils pas ainsi compte d’une compétition entre privilégiés à la recherche de ressources humaines, symboliques et financières de plus en plus rares mais mobiles pour maintenir leur domination ? ne travestissent-ils pas, par là-même, les missions premières des universités ?

Alors, et dans ces conditions, les jeux sont-ils faits ? dans cette course effrénée à la performance, la situation est-elle irrémédiable ? Pour y répondre, le plus intéressant serait-il de diffuser les bonnes pratiques des meilleures universités? ou conviendrait-il plutôt d’observer les universités classées au milieu du tableau et d’analyser cet endroit où les pressions sont les moins fortes mais les différences les plus perceptibles et les marges de manœuvres et de liberté les plus larges ?

En effet, qu’on y croie ou qu’on n’y croie pas, rares sont les universités qui arrivent à s’extraire de cette injonction d’ordre mondial. Que l’objectif soit avoué ou caché, elles y pensent et veulent y figurer, car, « classé ou pas classé » est l’une des premières questions qui leurs sont posées par des parties prenantes éclairées. Ceci est un fait. Mais ces dernières oublient que les démarches, les motivations et les résultats peuvent êtres différents selon les contextes et occultent le fait que des poches d’innovation peuvent naitre là où les jeux ne sont pas définitivement faits, là où les questions sont à poser autrement.

Alors, allons y et posons les bonnes questions… Quelle place peut espérer avoir dans ces classements une université publique d’un pays du sud ? que gagnerait-elle à intégrer cette compétition qui met en jeu plus de 20000 universités dans le monde? aurait-elle les ressources et l’autonomie pour s’y maintenir et y progresser? Et si….du jour au lendemain les règles du jeu venaient à changer…aurait-elle la résilience nécessaire pour rebondir ? Aurait-elle réussi à maintenir sa spécificité au cours de cette course?

En cherchant à répondre à toutes ces questions, aussi légitimes les unes que les autres, l’Université de la Manouba a intégré, depuis quelques années le processus de Rankings. Ses efforts ont été couronnés de succès puisqu’elle a pu décrocher des positions honorables au niveau national. Elle est leader au niveau national dans le classement Times Higher Education (THE) et ce, pour la deuxième année consécutive. Son principal atout étant la qualité des publications de sa communauté mesurée par l’indice de citation. Aussi, même si la performance de l’UMA dans les autres classements est moins brillante, il y a de quoi être fier. Et nous le sommes… à condition d’analyser cette performance avec beaucoup d’humilité et de philosophie en gardant en tête que l’effort consenti dans le but de maintenir son Ranking est une pratique d’auto-évaluation, et l’une des multiples actions d’amélioration continue menée par l’UMA.

Fière et humble, l’UMA a donc invité sa communauté scientifique à une rencontre conviviale pour mieux comprendre ses performances dans le domaine des Rankings internationaux. La matinée du 1 Décembre 2022 a ainsi été consacrée à une familiarisation des chercheurs de l’UMA avec les classements des universités et leurs exigences, les critères d’évaluation de la recherche scientifique, ainsi que les outils et bases de données utilisées pour le calcul de ces critères. Au cours de cette matinée, Dorra ELLOUZE a présenté les principaux classements des universités et le mode de calcul de leurs scores avec un focus sur le positionnement de l’UMA qui a été suivi par un rappel des différentes façons de citer l’affiliation à l’université. Henda EL FEKIH a ensuite présenté les bases de données Web of Science et Scopus et a comparé les principaux indicateurs bibliométriques et les modes d’évaluation de la recherche scientifique et des chercheurs. Après la pause-café, Ameur CHERIF a dressé un état de la structure de production scientifique globale et par discipline actuelle de l’UMA et a présenté des pistes d’amélioration principalement adressées aux SHS. La dernière intervention a été celle de Mohamed Anis BACH TOBJI qui a présenté les pistes d’actions individuelles dont disposent les chercheurs pour améliorer leurs visibilité à travers les profils digitaux (ORCID, Scopus, WOS et Google scholar) et les réseaux sociaux académiques (Research Gate, Linkedin, Academia, etc.). Une longue phase de discussion s’en est suivie. A la fin de cette journée l’UMA a organisé un atelier de réseautage pour favoriser le montage de consortiums pluridisciplinaires dans des thématiques d’intérêt commun identifiés par les différents laboratoires de recherche.

Alors, à supposer que la question « classée ou pas classée? » posée en titre de l'éditorial soit légitime, en sensibilisant les chercheurs à l’importance de leurs travaux pour le rayonnement de l’UMA et en fédérant leurs efforts, cette journée du 1 Décembre nous fournit la meilleure réponse. Alors, disons le encore haut, fort et sans équivoque « Classée? oui, l'UMA l'est brillamment et humblement grâce à la qualité de ses recherches et à son positionnement académique singulier et il y a fort à parier que ce classement sera durable...car nous y travaillons tou.te.s...».


Jouhaina GHERIB

Présidente de l'UMA