L’Université de La Manouba organise, du 8 au 10 Mai 2024, la 11ème édition de son symposium international interdisciplinaire, dédiée cette année au binôme Liberté/Responsabilité ; un binôme devenu intemporel et presque désincarné et remis à l’ordre du jour par l’actualité nationale et mondiale.
Quoique les questions d’ordre philosophique traitées par Platon, Aristote, Averroès, Thomas d’Aquin, Ibn Khaldoun, et bien d’autres, représentent un topo classique dans la pensée humaine, le binôme est actuellement remis à l’ordre du jour, dans le débat public, suite aux nouvelles questions inhérentes aux processus de libération de l’individu.
Il est possible de dire que l'éveil de l'homme à la réflexion en général et à la philosophie en particulier est intimement lié à sa conscience de sa liberté et de sa responsabilité. Durant des millénaires, la configuration prémoderne conçoit la liberté et la responsabilité par rapport à la transcendance : l'homme face au destin et à Dieu (aux dieux). D’un point de vue théologique, la réponse à la question de la liberté de l'homme, dans ses choix, détermine le degré de sa responsabilité devant son créateur. Cette question a eu bien sûr des conséquences politiques très graves, il suffit de se rappeler les suites des controverses entre Mu’tazilites et Ascharites. Chacune de ces doctrines voulait fonder le dogme en cherchant à trouver, dans les arguments et les impasses de la polémique, un équilibre entre l’homme et Dieu : plus on donne de la liberté au premier, moins on attribue de la puissance au second.
Ces querelles étant une étape historique dépassée, car depuis le cogito de Descartes « je pense donc je suis », un autre moment et une autre configuration ont vu le jour. « L'homme a atteint l'âge de l'autonomie », disait Kant pour définir les Lumières, il est désormais auteur et responsable de ses actes qui lui ouvrent le livre de l'univers, et mettent à sa portée des puissances inédites. Depuis, sa liberté et sa responsabilité prennent appui sur le couple savoir et pouvoir.
«La liberté des Modernes» (Benjamin Constant) est ancrée dans les affaires de la cité dont Rousseau délimite le cadre, les normes et l’horizon, dans son Contrat social, qui sera la bible des Révolutionnaires de 1789. Par ailleurs, la science et la technique donnent à l'homme moderne des libertés inouïes, amenant Zarathoustra de Nietzsche à conclure, que dans la modernité occidentale, Dieu ne fonde plus le politique, ni le social, ni le savoir, il est désormais une affaire de conscience privée.
Les malheurs du XXème siècle ont remis en question ces horizons promis par les Lumières. La liberté et le progrès n’ont pas empêché les grandes guerres, les massacres et les génocides. Néanmoins les acquis de la liberté au niveau des mœurs, des pratiques, des sciences et des arts ont pu éclore et séduire les élites de plusieurs pays dont celle du monde arabe depuis la fin du XIX siècle, durant l’âge de la Nahdha avec des noms comme : Tahtaoui, Kheireddine ou Kacem Amine.
C’est dans cette ère de grand bouillonnement, que les sciences humaines ont pu imposer leur légitimité. Les travaux de Freud ont remis en question les élans illimités du libre-arbitre. Quant à Montesquieu pour qui « la liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent », il introduit une nouvelle dimension à ce qui relie la liberté à la responsabilité. Pour le sociologue, l'historien, le psychologue, l’anthropologue, et bien d’autres chercheur.e.s, la liberté est la conviction de l'acteur social au moment d'agir que personne ne peut contester.
Ainsi, liberté et responsabilité, ont dû faire face aux épreuves de leurs limites et de leurs conséquences. Les conquêtes de l'homme moderne, dans les domaines des sciences et/ou de la société, qui ont donné matière à sa liberté, le mettent aujourd'hui face à la vulnérabilité de ses choix.
Comme le montrent Rosanvallon et Dubet, avec le début de ce siècle, nous vivons la crise des institutions qui donnaient naguère aux sociétés et à l’individu la certitude du vivre-ensemble, à l'image de l'Etat-providence, l’école et la famille… Par ailleurs, la pandémie du Covid19 et le réchauffement climatique nous poussent à redéfinir la responsabilité dans l’horizon d’une éthique qui soit vigilante à l'incertitude et au risque que nous imposent la technique et la vie sur la planète Terre.
Ainsi, face aux nombreux enjeux de la raréfaction des ressources naturelles, de la globalisation, du changement climatique, des flux croissants des mobilités choisies et imposées, de l’évolution exponentielle de l’intelligence artificielle et des rapports sociaux tendus, une responsabilité nécessite d’être assumée et un cadrage éthique s’impose.
Un tel état des lieux entraîne inéluctablement une nouvelle réflexion autour des libertés et sur les conditions dans lesquelles elles ont été acquises et s’exercent concrètement.
L’histoire juridique des différentes libertés (d’expression, de pensée, de croyance, de culte, de conscience, de réunion, de presse …) montre qu’elles ont été accompagnées et engendrées par des luttes collectives qui ont dessiné les cadres de leur naissance et les formes de leur application. Ce qui explique que la responsabilité accompagnant la définition de la notion de liberté soit encadrée par celles d’égalité et de justice et de droits civiques conquis face aux pouvoirs politiques. Aborder la liberté avec ses différentes sphères, individuelle, de groupe et civique, ne peut échapper au contexte de crise de l’universalité des droits humains.
Quand la tyrannie sans visage de la technique et de la finance, relayée par les moyens de communications numériques, règne sans rival, ne serait-il pas légitime de se demander de quelle liberté (juridique, politique, etc.) peut-on encore parler ? quelle en serait l’objet et les limites ? Quelle responsabilité morale ? éthique ? politique ?… doit-on invoquer ? et quelles sont les parties (les instances, les acteurs) qui devraient en formuler les termes et l’objet ?
Voici des questions que l’UMA soumet à la réflexion et au débat. Ainsi et dans la continuité des précédentes éditions, les chercheur.e.s d'appartenances disciplinaires diverses, sont invité.e.s à présenter et à débattre leurs travaux de recherche autour du binôme liberté / responsabilité et à saisir l'opportunité offerte par ces journées de dialogue multi, inter et trans-disciplinaire pour développer des collaborations futures en la matière.
Enseignant.e.s-chercheur.e.s, post doctorant.e.s, doctorant.e.s et étudiant.e.s sont invité.e.s à prendre part aux échanges concernant les deux notions liberté/responsabilité, afin de communiquer les résultats de leurs recherches actuelles et passées et d’explorer de nouvelles pistes de production de connaissance. Les interactions dans les conférences, les sessions de communication, les tables rondes, les master class, les ateliers ou les challenges lancés dans le symposium, exploreront les modalités innovantes pour booster une contribution efficace de l’Université.
Cinq axes sont proposés pour structurer le débat autour du binôme Nature/Culture :
Pluralité des fondements des liens Nature/Culture
Cet axe tend à explorer comment, au fil du temps et à travers les sciences et les disciplines, les notions de Nature et de Culture ont été construites, déconstruites et repensées. Il invite à questionner les fondements historiques, sociaux et philosophiques qui ont façonné ce binôme. C’est aussi une invitation à retracer l’évolution des lois y afférentes dans les sciences expérimentales et ‘exactes’. Il s’agit également de débattre les différentes ontologies — ces multiples façons de concevoir la réalité et l’existence de la nature et de la culture — qui en découlent, par le prisme d’une réflexion pluridisciplinaire sur leurs relations complexes.
Cet axe tend à explorer comment, au fil du temps et à travers les sciences et les disciplines, les notions de Nature et de Culture ont été construites, déconstruites et repensées. Il invite à questionner les fondements historiques, sociaux et philosophiques qui ont façonné ce binôme. C’est aussi une invitation à retracer l’évolution des lois y afférentes dans les sciences expérimentales et ‘exactes’. Il s’agit également de débattre les différentes ontologies — ces multiples façons de concevoir la réalité et l’existence de la nature et de la culture — qui en découlent, par le prisme d’une réflexion pluridisciplinaire sur leurs relations complexes.
Nature et Culture : circulation des savoirs et durabilité
Dans un monde en pleine mutation, il est essentiel de penser la diversité des cultures et la circulation des savoirs, notamment ceux enracinés dans les connaissances locales, en vue d’inscrire les liens entre nature et culture dans une perspective durable. Plus concrètement, il s’agit d’appréhender les dynamiques de transmission à l’œuvre ainsi que les défis globaux actuels (dont l’interculturalité et la mobilité, l’équité des genres, la pression sur les ressources naturelles, la justice sociale, la gouvernance, etc .. ). Ce croisement permet d’aborder conjointement les enjeux culturels, sociaux, de management, environnementaux et écologiques en vue d’une gestion durable des ressources naturelles .
Cet axe tend à explorer comment, au fil du temps et à travers les sciences et les disciplines, les notions de Nature et de Culture ont été construites, déconstruites et repensées. Il invite à questionner les fondements historiques, sociaux et philosophiques qui ont façonné ce binôme. C’est aussi une invitation à retracer l’évolution des lois y afférentes dans les sciences expérimentales et ‘exactes’. Il s’agit également de débattre les différentes ontologies — ces multiples façons de concevoir la réalité et l’existence de la nature et de la culture — qui en découlent, par le prisme d’une réflexion pluridisciplinaire sur leurs relations complexes.
Vivant, Nature et savoirs interdisciplinaires
Dans le cadre de la réflexion sur les relations entre nature et culture, il est important d’aborder les aspects biologiques et de santé, des individus, des populations et des communautés de vivants. Les contributions aborderont aussi bien la réalité naturelle que les constructions culturelles autour. L’enjeu est de comprendre comment le vivant est marqué à la fois par les expériences de vie et par son environnement.
Nouvelles cultures, pratiques littéraires, artistiques et audiovisuelles
Comprendre comment la nature se manifeste et se transforme dans les expressions littéraires, artistiques et audiovisuelles est aujourd’hui crucial. Des formes d’expression en vogue, évoluent largement sous l’effet des innovations technologiques et des cultures émergentes, comme les cultures numériques (NFTs, art digital, mapping, mukbang et live streamed eating show, etc…), juvéniles (rap, slam, gaming, …), ou urbaines et underground (graffitis, musique, …). Cette réflexion invite à renouveler notre compréhension des relations entre nature et culture, en tenant compte des changements sociaux et technologiques qui les modulent, et à interroger l'instrumentalisation de la nature dans les productions culturelles.
Nature, Culture et enjeux éthiques dans les sociétés contemporaines
Cet axe aborde les questions éthiques inhérentes au binôme nature et culture en croisant les perspectives biologiques, sociales et culturelles, et en réfléchissant sur la production et la transmission des connaissances y afférentes (voire même sur leur nature). Il s’intéresse également aux débats autour de l’importance de la diversité humaine et biologique (Biodiversité, endémisme, protection des habitats minorités, vulnérabilité, marginalité et marginalisation, droit, …) et de l’urgence de redéfinir notre rapport à la nature et à l’humain, notamment à l’aune du développement technologique.
Revisiting the nature–culture debate today is neither peripheral nor momentary—it remains a pressing and enduring intellectual challenge. In contrast, it is a crucial matter particularly at the theoretical and conceptual level. Not only is it pertinent, it is also significant in terms of its pragmatic scope, and especially, in connection to the ecological, social, scientific and technological challenges it poses, and all the ethical issues it generates. These challenges are causing chaos in our world and imposing, in turn, the reconsideration of the complex relationships between Man and his environment.
No need to remind of the fact that such an issue has long occupied centre stage in human thought, notably as part of debates on the possible link between nature and culture, themselves determined (conditioned) by the way in which each of these terms is conceived. The emergence of different currents of thought such as naturalism, culturalism, ethnoecology, ethnoscience, ethno-ethology, symmetrical anthropology, even the Western objectification of sciences have stirred many discussions.
Indeed, the conception that humans have of nature often defines their connection to culture. Throughout history, the two notions have evolved in a joint and autonomous manner to the point that, nowadays, the word culture means both artistic and literary production; its symbolic expression, as well as all social practices and their symbolic systems specific to a society. The reflection around the concept of Nature does not escape this evolution either. Considered in Antiquity first as 'physis', an active whole in the service of being, nature then saw human thought recognize its own dignity.
Augustin Berque (2014) then considers it to be a « cultural translation » thus opening the debate on nature as a social construct. Indeed, throughout history, the notion of 'nature' has embraced a symbolic charge and semiological variable that has gradually stripped it of its divine contents, particularly in monotheistic religions, then of its supernatural attributes in modern Western scientific thought.
In this sense, the Arab-Muslim tradition has developed, since the medieval era, profound reflections on human nature and its relationship to the social and physical environment. In this regard, Ibn Khaldoun, in his Muqaddima, to cite only one thinker among others, shows that Man is the product of material, climatic, and collective conditions in which he evolves and acts.
This Khaldounian thought anticipates issues taken up much later by contemporary human and social sciences: the human being cannot be perceived, in this primary sociological perspective, outside a relational system where nature and culture intermingle.
It is within this intellectual current that that Edgar Morin’s notion of complexity is situated, as developed in his major works, notably in Le Paradigme perdu (1973) and La Méthode (1977-2004).
For this philosopher and sociologist, Man is a bio-cultural being, intimately weaving together nature and culture. He criticises the rigid separation inherited from modernity between these two concepts advocating for a transdisciplinary approach that moves beyond a fragmented view of the human and instead embraces the biological, symbolic, social and environmental dimensions in order to rethink our relationship with the world. In a similar vein, contemporary scholars such as Philippe Descola (in Par-delà nature et culture [Beyond Nature and Culture], 2005) and Bruno Latour (in Nous n’avons jamais été modernes [We Have Never Been Modern], 1991) offer valuable insights for reimagining the relationship between nature and culture. One of Descola’s central arguments is that the separation between nature and culture is a construction specific to Western modernity, whereas multiple cosmologies exist that diverge from this naturalistic worldview.
In light of these reflections, might we not question whether the persistence of the nature-culture divide perhaps reveals perhaps an obsolete worldview, one that overlooks the complex interconnections between humans, the living world, and the social sphere?
In these times of unprecedented and complex crises, wars, intolerance, human rights violations, institutional decline (Dubet, 2002), climate change, disruptive transformations related to information and communication technologies, of globalization and ecological emergency, the conceptual boundaries, in all fields and everywhere in the world, are constantly being moved.
New permeabilities are created or at least are revealed any time, thus moving the boundaries of social spaces, practices and disciplines creating contexts of complex and historical struggles between "fields" (Bourdieu, 1976), "systems" (Luhmann, 1982) or "sectors" (Dobry, 1986). Since Kant (18th century), philosophical thought has questioned the absolute foundations to replace them with the logic of "everything is relation", thus questioning the limits between concepts and relativizing all certainties. It stands to reason that the digital revolution - and more particularly the challenges posed by artificial intelligence – along with the endangerment of the two concepts, as articulated by Serge Moscovici’s notion of the "human-nature continuum" (1968), complicates our understanding of the binary at stake.
Indeed, digital is claimed as culture in companies, universities, administrations, the media, etc., but it is also feared for its disruptive impacts on cultural specificities, and even on the processes of creating artistic and cultural works.
The University is no exception to this impact, both in terms of tools, paradigms and knowledge production processes, as well as on the urgency of ethical framing regarding the development of AI! That is why the University of Manouba invites teachers-researchers, post-doctoral students, PhD students and students to take part in the exchange of ideas on the links between Nature, Culture and the artificial.
The call is open to all researchers to share the results of their most advanced research, to transcend geographical, historical, disciplinary and institutional barriers, and to enrich the debate between researchers, decision-makers and civil society, from North to South.
The Nature-Culture dyad is not exempt from the dynamic processes of boundary construction/deconstruction, nor from the interrogation of dualism itself, particularly as approached through multi, inter and transdisciplinary lenses. If the notion of Culture is extended in certain contexts to animals, the concept of Nature, human relationships and even the universal! Do we not use the word ‘naturalization’ to refer to the administrative act of granting a new nationality just as we use the term ‘cultivation’ to describe the sowing and tending of fields? Many poets and writers have attributed culture to elements of nature; Whether it is the floral poetry of Al-Sanawbari in the tenth century or contemporary Romantic poetry, Nature is both the object and the subject of culture.
The definition of the concept of Culture by the anthropologist Edward Burnett Tylor (1871), who defines it as a complex whole that includes knowledge, beliefs, arts, laws, mores and other abilities acquired by humans, then everything becomes culture. Each human action or manifestation carries within it "diverse knowledge, beliefs, arts, laws, customs and diverse capacities". Indeed, 'nature' has become 'culture', both in the world of sports and physical activity, through body culture, as well as in the world of business, and all industrial and economic activities, through the requirement of a culture of protection of resources and the environment.
Scientific advances, particularly the recent discoveries in epigenetics, cast new light on the work of Jean Rostand, who, in his collected writings 'Pensées d'un biologiste', rejected the notion of heritability. In her 2019 book ‘Take back Control of your genes’, Isabelle Mansuy explains how the life experiences of individuals—and even those of their ancestors—can influence gene expression.
Far from the realm of fiction, it has been scientifically established that the epigenome— the collection of molecular markers within a cell, accumulated over time through physical and mental interactions—plays a crucial role in regulating this genetic expression, even though genes themselves account for only 1 to 3 percent of the genome. Unfortunately, the exchanges around these new discoveries remain limited to circles of disciplinary experts in experimental and "hard" sciences, and even if researchers in the humanities are involved, they often tend to rely on literature reviews that are insufficiently contextualized. More than ever, the imperative for genuine interdisciplinarity and the cultivation of locally grounded production is paramount. These boundaries, constructed in a differentiated way and located in their respective contexts and societies, are the focus of the 12th edition of the international, interdisciplinary symposium of the University of Manouba, dedicated this year to the “Nature-Culture” binomial.
The interactions during the conferences, communication sessions, round tables, master classes, workshops and challenges proposed as part of the symposium will explore innovative ways to strengthen the contribution of the University to the transformation of society.
Building upon the previous initiatives, this call offers a renewed opportunity from the University of Manouba to converge diverse perspectives, methodologies, and thematic areas. It paves the way for innovative knowledge production and dissemination across multiple thematic domains, thereby granting participants a stimulating space for dialogue, critical reflection, and the exchange of ideas.
Five axes are proposed, for the submission of contributions:
● Plurality of the foundations of Nature/Culture links
● Nature and Culture : knowledge circulation and sustainability
● Living, Nature and interdisciplinary knowledge
● Literary, artistic and audiovisual practices and new cultures
● Nature, Culture and ethical issues in contemporary societies
إنّ إعادة النظر في إشكالية العلاقة بين الطبيعة والثقافة اليوم لا يمكن أن تُعتبر مسألة ثانوية أو عابرة بل هي ضرورة قصوى سواء من الناحية النظرية المرتبطة بالمفاهيم والمصطلحات أو من حيث آثارها العملية والميدانية، خاصة في ظل التحديات البيئية والاجتماعية والعلمية والتكنولوجية، وما يترتب عليها من رهانات أخلاقية. فمثل هذه التحديات تهزّ عالمنا وتفرض، بصفة ارتدادية معاكسة، إعادة تعريف للعلاقات المعقّدة بين الإنسان وبيئته.
لكنّ هذه الإشكالية وُضعت منذ زمن طويل في صلب الفكر الإنساني، لا سيما من خلال النقاشات حول الروابط الممكنة بين الطبيعة والثقافة، والتي هي بدورها مشروطة بكيفيّة فهم كلّ من هذين المصطلحين. وقد نشأت تيّارات فكرية مختلفة مثل المذهب الطبيعي والثقافوية والإثنوإيكولوجيا او الاثنولوجيا البيئية والعلوم الاثنية والاثنواتولوجيا أو علم السلوك العرقي والأنثروبولوجيا المتماثلة وحتى المقاربة الموضوعيّة للعلوم في الغرب التي أثارت العديد من النقاشات. وغالبًا ما تكون رؤية الإنسان للطبيعة هي التي تحدد علاقته بالثقافة.
عبر التاريخ، تطوّر هذان المفهومان بشكل مشترك أحيانا ومستقل أحيانا أخرى إلى حد أن كلمة "ثقافة" اليوم تعني الإنتاج الفني والأدبي ومختلف تعابيره الرمزيّة بالإضافة إلى مجموع الممارسات الاجتماعيّة وأنظمتها الرمزيّة الخاصّة بمجتمع معيّن.
إنّ التفكير في مفهوم الطبيعة لم ينجُ بدوره من هذا التطوّر. فقد كانت الطبيعة تُعرّف في العصور القديمة بكونها "فيزيس" (physis) أي أنها كلٌّ فاعل في خدمة الكائن البشري ثم اعترف الفكر الإنساني لاحقًا بكينونتها المستقلة. من هذا المنطلق، يعتبر أوغستين بيرك Augustin Berque(2014) مثلا الطبيعة "ترجمة ثقافية"، مما يفتح النقاش حول الطبيعة كمُنشأ أو بنية تتشكّل اجتماعيا.
في الواقع، بمرور الزمن، حُمّل مفهوم "الطبيعة" بدلالات رمزية وسيميائية متغيرة أزالت عنه تدريجيًا أبعاده المقدّسة لا سيّما في الديانات التوحيديّة، ثم أزال عنه الفكر العلمي الغربي الحديث صفاته الخارقة. وفي هذا السياق، طوّرت الأدبيّات العربية-الإسلامية منذ العصور الوسطى تأملات معمّقة حول الطبيعة البشريّة وعلاقتها بالبيئة الاجتماعيّة والماديّة. ونذكر هنا على سبيل المثال ابنَ خلدون الذي بيّن في مقدمته أن الإنسان هو نتاج الظروف الماديّة والمناخيّة والجمعيّة التي يعيش فيها ويسلك سلوكياته في أطرها.
وفي هذا الطرح الخلدوني لبِناتُ قضايا تناولتها لاحقًا العلوم الإنسانيّة والاجتماعيّة المعاصرة فالإنسان لا يمكن إدراكه، من هذه النظرة السوسيولوجيّة الأساسيّة، خارج نظام علائقي تتداخل صلبَه الطبيعة والثقافة وتتفاعلان.
يستوقفنا في هذا التمشي مفهوم التعقيد الذي طوّره إدغار موران Edgar Morin في مؤلفاته الرئيسية، لا سيّما في كتابه "النموذج المفقود : الطبيعة الإنسانية" (1973) و"المنهج" (1977-2004). فبالنسبة إلى هذا الفيلسوف وعالم الاجتماع الفرنسي، الإنسان كائن بيولوجي-ثقافي يمزج بشكل وثيق بل حميميّ بين الطبيعة والثقافة. وهو ينتقد الفصل الصارم بين هذين المفهومين الذي ورثناه من الحداثة، داعيًا إلى نهج عابر للتخصّصات يتجاوز النظرة المجزّأة للإنسان ويشمل الأبعاد البيولوجيّة والرمزيّة والاجتماعيّة والبيئيّة من أجل إعادة التفكير في علاقتنا بالعالم.
وفي نفس المسار الفكري، يندرج الباحث فيليب ديسكولا Philippe Descola في كتابه "ما بعد الطبيعة والثقافة" (2005) والباحث برونو لاتور Bruno Latour في كتابه "لم نكن أبدا حداثيين" (1991). كثرٌ هم إذن المفكّرون المعاصرون الذين يطرحون مسارات جديرة بالاهتمام لإعادة التفكير في العلاقات بين الطبيعة والثقافة. فقد بيّن ديكولا مثلا أن الفصل بين الطبيعة والثقافة هو بناء خاص بالحداثة الغربيّة، في حين توجد مقاربات كونيّة متعدّدة لا تتوافق مع هذه النظرة للطبيعة.
في ضوء هذه الأفكار، ألا ينبغي التساؤل عمّا إذا كان استمرار الانشطار بين الطبيعة والثقافة يكشف ربّما عن رؤية متآكلة للعالم ولا تسمح بفهم تعقُّد الروابط بين الإنسان والكائنات الحية المحيطة به والمجتمع الذي يحتويه؟
في الوقت الراهن المتّسم بأزمات غير مسبوقة ومعقّدة وحروبٍ وتعصب ذي أوجه وانتهاكات لحقوق الإنسان وتراجع للمؤسّسات (دوبيه Dubet، 2002) وتغيّرات مناخيّة وتحوّلات جذريّة مرتبطة بتقنيّات المعلومات والاتصال والعولمة والطوارئ البيئيّة، تتغيّر حدود المفاهيم في جميع المجالات وفي كلّ أنحاء العالم باستمرار. ففي كل لحظة، ينفَذُ هذا المفهوم الى ذاك وتُكشف هشاشة تقسيمات ترهّلت وفاتها الزمن مما يحرّك حدودَ الفضاءات الاجتماعيّة والممارسات والتخصّصات في سياق صراعات معقّدة وتاريخيّة بين "الحقول الاجتماعيّة" (بورديو Bourdieu، 1976) و"النُّظم" (لوهمانLuhmann ، 1982)، أو "القطاعات الاجتماعية" (دوبري Dobry، 1986). منذ كانط Kant (القرن الثامن عشر)، أعادت الفلسفة التشكيك في الأسس المطلقة ليحلّ محلّها منطق "كل شيء مترابط"، ما طرح تساؤلات حول الحدود بين عديد المفاهيم ونسَّب كل يقين.
من جهة أخرى، من البديهي أن الثورة الرقميّة - وبالتحديد الرهانات المرتبطة بالذكاء الاصطناعي - بالإضافة إلى الترابط المعقّد بين المفهومين (الطبيعة والثقافة) من خلال ما يسميه سيرج موسكوفيتشي Serge Moscovici (1968) بـ "تواصل الإنسان والطبيعة" تجعل فهم الثنائي المطروح أكثر تعقيدًا. فالحقيقة أن الرقمنة تُعتبر ثقافة في المؤسسات والجامعات والإدارات ووسائل الإعلام، وغيرها لكنّها في الوقت ذاته تُخشى بسبب تأثيراتها المدمّرة على الخصوصيّات الثقافيّة بل وعلى عمليّات خلق وإبداع الأعمال الفنية والثقافية...
ولا تُستثنى الجامعة من هذا التأثير سواء فيما يتعلّق بالأدوات أو بالنماذج الفكريّة أو بعمليّات إنتاج المعارف وكذلك فيما يتعلق بضرورة وضع إطار أخلاقي عاجل لتطوير الذكاء الاصطناعي! ولهذا السبب، تدعو جامعة منوبة الأساتذة الباحثين، والباحثين بعد الدكتوراه، وطلبة الدكتوراه، والطلاّب إلى المشاركة في النقاشات المتعلّقة بالعلاقات بين الطبيعة والثقافة من ناحية وما هو اصطناعي من ناحية أخرى.
الدعوة مفتوحة إذا لجميع الباحثين لمشاركة نتائج أبحاثهم المتقدّمة متجاوزين الحواجز الجغرافيّة والتاريخيّة والتخصّصية والمؤسّساتية لإثراء النقاش بين الباحثين وصناع القرار والمجتمع المدني من الشمال والجنوب.
ان ثنائيّة الطبيعة / الثقافة تخضع لديناميكية بناء/إعادة تشكيل الحدود في الازدواجيّة المفترضة بين الطبيعة والثقافة من خلال المناهج متعدّدة التخصّصات والمتداخلة والعابرة للتخصّصات.
فإذا كانت فكرة الثقافة تُوسَّع في بعض السياقات لتشمل الحيوان، فإن مفهوم الطبيعة يتسع أيضًا ليشمل الطبيعة البشرية والعلاقات الإنسانيّة بل وحتى الكونيّة! ألا نتحدث في الفرنسية عن''naturalisation'' حين نقصد التجنيس أي الفعل الإداري لمنح جنسية جديدة و في اللغة الفرنسية أيضا ألا تُستعمل كلمة ''culture'' (ثقافة) للحديث عن زراعة البذور في الحقول؟
ثمّ أن كثيرا من الشعراء والكتّاب نسبوا الثقافة إلى عناصر من الطبيعة؛ سواء كان ذلك في ما يسمى بشعر الرويضيّات (نسبة الى الرياض) للصنوبري في القرن العاشر أو في الشعر الروائي المعاصر، فالطبيعة تيمة في الشعر وهي أيضا موضوعُ ثقافة.
إذا ما استندنا إلى تعريف «الثقافة» عند عالم الأنثروبولوجيا إدوارد بورنيت تايلور Edward Burnett Tylor (1871) الذي عرّفها على أنها مجموعة معقّدة تشمل المعارف والمعتقدات والفنون والقوانين والعادات وغيرها من القدرات التي يكتسبها الإنسان، فإنّ كل شيء يصبح ثقافة. فكل فعل أو تعبير إنساني يحمل في طياته ''معارف ومعتقدات وفنون وقوانين وعادات وقدرات متنوّعة'' ولا يفوتنا في واقع الأمر أن ''الطبيعة'' غدت ثقافة سواء في عالم الرياضة والنشاط البدني من خلال ثقافة الجسد أو في عالم المنظّمات والمؤسّسات وفي كلّ نشاط صناعي واقتصادي ومن خلال المطالبة بثقافة حماية الموارد البيئية.
إنّ التقدم العلمي الحالي وخاصّة الاكتشافات الجينيّة الحديثة (الأبحاث في علم التخلّق أو علم ما فوق الجينات: épigénétique) تعيد النظر في أعمال جان روستاندJean Rostand الذي استبعد في كتاباته المجمّعة تحت عنوان ''تأملاتُ عالمِ أحياء'' إمكانيّةَ وراثة الثقافة. في حين تشرح إيزابيل مانسوي Isabelle Mansuy في عام 2019، في كتابها ''استعيدوا السيطرة على جيناتكم''، تأثير تجارب حياة الأفراد وأجدادهم على تعبير الجينات. بعيدًا عن الخيال ثبت أن الإبيجينوم (épigénome) وهو مجموعة العلامات الموجودة داخل الخليّة - التي تتراكم مع مرور الوقت وتحت تأثير التفاعلات الجسديّة والعقليّة - في لحظة معيّنة، يحدِّدُ تعبير الجينات (التي تمثّل فقط ما بين 1 إلى 3% من الجينوم). لكن للأسف، تبقى المناقشات حول هذه الاكتشافات الجديدة محصورة ضمن دوائر الخبراء في العلوم التجريبية و''الصحيحة''، وحتّى عندما يشارك فيها باحثون في العلوم الإنسانيّة فإنهم غالبًا ما يعتمدون على مراجع أدبيّة غير متجذرة في سياقاتها.
تبدو الحاجة ماسة إذا إلى التخصّصات المتعدّدة وإنتاج المعرفة محليًّا!
إنها حدودٌ متمركزة في سياقاتها ومجتمعاتها الخاصة... حدودٌ تمثّل موضوع النسخة الثانية عشرة من الندوة الدولية متعدّدة التخصّصات بجامعة منوبة. هي تُكرَّس هذا العام للثنائي الطبيعة والثقافة.
المحاور المقترحة:
سوف تنبثقُ عن التفاعلات خلال المؤتمر وجلسات الحوار والجدل حول التحديات المطروحة في إطار الندوة والموائد المستديرة والحصص التدريبية وورش العمل أساليبُ مبتكرة تهدف إلى تعزيز مساهمة الجامعة في التحوّلات المجتمعية.
تشكّل هذه المبادرة - في رؤية تؤمن بالاستمرارية ومواصلة نسق النسخ السابقة - فرصةً جديدة تقدّمها جامعة منوبة لتقاطع وجهات النظر والمناهج والمواضيع وفتح آفاق جديدة لإنتاج وتبادل المعرفة حول المحاور الخمسة المقترحة ما يوفّر للمشاركين والمشاركات مساحة للنقاش والتفكير والتفاعل الفكري والإثراء المتبادل. نقدّم هذه المحاور على سبيل الإشارة ويمكن استكمالها بمقترحات أخرى.
1. الأسس المتعددة للروابط بين الطبيعة والثقافة
يهدف هذا المحور إلى استكشاف كيف تم بناء وتفكيك وإعادة التفكير في مفهومي الطبيعة والثقافة عبر الزمن ومن خلال العلوم والتخصّصات المختلفة. كما يدعو إلى التساؤل حول الأسس التاريخية والاجتماعية والفلسفية التي شكّلت هذا الثنائي. هذا المحورُ الأوّل دعوةٌ لتتبّع تطوّر القوانين ذات الصلة في العلوم التجريبيّة و''الصحيحة''. ويتضمن أيضًا مناقشة التعدّد الأنطولوجي - أي الطرق المتعدّدة لفهم واقع ووجود الطبيعة والثقافة - من خلال منظور متعدّد التخصّصات حول علاقاتهما المعقّدة.
2. الطبيعة والثقافة: تداول مستدام للمعارف
يشهد العالم تحوّلات متسارعة. بالتالي علينا التفكير في تنوّع الثقافات وتداول المعارف لا سيما تلك المحليّة منها. الهدف من ذلك هو ترسيخ الروابط بين الطبيعة والثقافة في أفق مستدام. وبشكل أكثر تحديدًا، يتعلق الأمر بفهم اليّات نقل المعرفة وإيصالها والتحديّات العالميّة الراهنة (مثل حتميّة الثقاقف والتعدديّة الثقافيّة وسرعة تنقّل البعض مقابل محدوديّته للبعض الآخر والإنصاف الجندري والضغط على الموارد الطبيعية والعدالة الاجتماعيّة والحوكمة الرشيدة). يتيح هذا التقاطع تناول القضايا الثقافيّة والاجتماعيّة والإداريّة والبيئيّة بشكل مشترك من أجل إدارة مستدامة للموارد الطبيعيّة المحيطة بالإنسانية.
3. الكائنات الحيّة والطبيعة والمعارف متعدّدة التخصّصات
في إطار التفكير في العلاقات بين الطبيعة والثقافة، من المهمّ تناول الجوانب البيولوجيّة والصحيّة للأفراد والسكّان ومجتمعات الكائنات الحيّة. تتناول الإسهامات في هذا الباب الواقع الطبيعيّ وكذلك البنى الثقافيّة المحيطة به بهدف فهم كيفية تأثّر الكائن الحيّ بتجارب الحياة وببيئته على حد سواء.
4. ثقافات جديدة، ممارسات أدبية وفنية وسمعية بصرية
هنا نسائِل تجليّات الطبيعة وتغيّراتها في التعبيرات الأدبيّة والفنيّة والسمعيّة البصريّة لأنّها باتت أمرًا حيويًا اليوم إذ تتطور أشكال التعبير الرائجة بشكل كبير تحت تأثير الابتكارات التكنولوجيّة والثقافات الناشئة مثل الثقافات الرقمية )الرموز غير القابلة للاستبدال Non-Fungible Tokens NFs، الفن الرقمي، التمثيل الخرائطي، مواكب العروض الحية لتناول الطعام) والثقافات الشبابيّة (موسيقى الراب والسلام، الألعاب الإلكترونيّة) أو الثقافات الحضريّة والبديلة (الكتابات الجدارية والموسيقى غير المتبّعة للقنوات التقليديّة). تدعو هذه المناقشة إلى تجديد فهمنا للعلاقات بين الطبيعة والثقافة مع الأخذ في الاعتبار التغيّرات الاجتماعيّة والتكنولوجيّة التي تؤثّر عليها والتساؤل حول استغلال الطبيعة في الإنتاجات الثقافيّة.
5. الطبيعة والثقافة والرهانات الأخلاقيّة في المجتمعات المعاصرة
يتناول هذا المحور التحديات الأخلاقية المتصلة بالثنائي الطبيعة / الثقافة من خلال تقاطع وجهات النظر البيولوجية والاجتماعية والثقافية والتفكير في إنتاج المعارف ذات الصلة وإيصالها (بل وحتى التفكير في طبيعة هذه المعارف). كما يفتح هذا الباب النقاش حول أهمية التنوّع البشري والبيولوجي (التنوع البيولوجي، وتوطّن كائنات معينة في أماكن محدّدة وحماية المواطن والأقليّات والهشاشة والتهميش والمقاربات القانونية لهذه المسائل)، وضرورة إعادة قراءتنا للعلاقة مع الطبيعة والإنسان، لا سيما في ضوء التطوّر التكنولوجي الزاحف.