de Lorient à Glengariff
« Gale warning : Thames, Dover, Wight, Portland, Plymouth, Lundy, Fastnet... »
et je suis depuis deux jours aux Scilly, à St Mary's, attendant de meilleures conditions pour continuer vers l'Irlande.
Parti de Lorient, avec « belle mer et bon vent », après le sympathique « visu » de Hisse et Ho à Port Louis,
Apéritif à bord de « Horus »
Première escale à Lesconil.
Ce port de pêche tente de compenser la baisse de son activité par l'accueil de la plaisance; son accès est relativement facile aujourd'hui, par vent de Nordet, il ne doit pas en être de même avec des vents de secteur sud.
Les aménagements sont pour l'instant assez sommaires, et se résument à un ponton pouvant accueillir 3 ou 4 bateaux. Il semble que l'espace ne manque pas pour créer de nouvelles places.
26 avril,
vent de Nord-est 8 nds, vers 10h je passe Cap Caval; il fait beau et les pêcheurs répondent à mon salut...
L'heure propice pour passer le Raz de Sein est vers 18h, mais après un long bord vers le fond de la Baie d'Audierne, j'arrive un peu trop tôt, vers 17h le courant porte encore au sud, et le vent est maintenant de nord : tant pis, j'essaie de passer, pour voir...
Ce n'est pas trop difficile, bien sûr, 30° de dérive au milieu de la passe, ça ne permet pas beaucoup d'avancer, je vais voir de prés la Vielle et la Plate, il y a un peu de contre-courant :
Il est tard pour rallier Camaret, Morgat fera l'affaire, je m'y arrête une journée entière pour quelques courses et un peu de repos.
28 avril
Départ de Morgat, le vent est toujours de Nord-Est, une fois passé le cap de la Chèvre, c'est du portant jusqu'à Ouessant; j'en profite pour essayer mon nouveau régulateur Windpilot; après quelque tâtonnements,
je découvre un engin très agréable et efficace : l'action sur la barre est à la fois ferme et douce, au contraire du pilote électrique qui a tendance à exercer une force excessive et souvent inutile; toute la traversée de La Manche se fera avec ce régulateur, en silence, alors que le pilote électrique n'aurait pas cessé de « couiner » à chaque vague; bien entendu, il faut surveiller les variations du vent, et l'électrique reste irremplaçable en solitaire pour toutes les manœuvres de port, les petits trajets, ou la navigation au moteur.
Entrée à Lampaul au près, le vent est monté, pour s'amuser en même temps qu'un autre voilier...
Nuit calme, à cette époque le mouillage est peu encombré; je quitte à regret cette île que j'aime, mais les conditions sont bonnes pour traverser le « Chanel », il faut saisir la chance.
29 avril 8h, je quitte Lampaul sous un soleil légèrement voilé, il y a de l'humidité dans l'air.
2 nds de courant contraire au début, vers 14 h j'aborde le rail montant : les cargos suivent leur route tranquillement, il suffit de se dérouter de quelques degrés pour passer juste derrière celui avec qui on se trouverait en route de collision, avant que le suivant n'arrive;
l'AIS est une aide précieuse, et une fois passés les deux rails (seulement 2 pétroliers sur le rail descendant), comme Papy-Boom est équipé d'un transmetteur, appel d'un chalutier qui s'étonnait de voir sur son écran un N° MMSI français inconnu pour lui dans sa zone de pêche; on a échangé un peu sur la VHF, il s'agit de « L'étoile du Berger », de Roscoff, contact sympathique entre deux mondes qui trop souvent s'ignorent...
J'avais par précaution pris une route un peu à l'est, un bon choix, puisque le vent a refusé, tournant progressivement au nord; le Windpilot fait merveille, le bateau passe en souplesse; vers 2 h du matin, changement d'ambiance, le vent tombe, puis tournicote, finalement c'est un bel orage qui se déclenche!
J'ai horreur de l'orage en mer, on a l'impression de subir sans rien maîtriser, en s'attendant à « s'en prendre un » d'un instant à l'autre, c'est très désagréable.
La nuit est noire quand j'arrive à St Mary's, le port a l'air très encombré, je ne vais pas aller jouer aux quilles là-dedans, et mouille pour quelques heures à l'extérieur.
Dans la matinée, contact avec le Harbour Master, qui me dit avoir une place; les bouées visiteurs, jaunes, sont très rapprochées, ils ont optimisé l'espace.
Il n'y a que peu de bateaux français, essentiellement des GB, et plusieurs hollandais qui accompagnent des équipages de « Gigs »; il y a ce week-end du premier mai le « Championnat du monde de Gigs », c'est une activité pratiquée ici avec beaucoup de sérieux, compétition entre les équipages des différentes îles, plus aujourd'hui des étrangers et le spectacle attire une foule bruyante (une foule bruyante aux Scilly, ça reste raisonnable!).
Hormis les courses de gigs et la visite régulière des voiliers français, ou de bateaux de coisière, qui « font » en quelques jours les Scilly, les Shetlands, le Spitzberg...
on a l'impression qu'aux Scilly le temps s'est arrêté; c'est la sixième fois que j'y viens, je ne vois aucun changement depuis une quinzaine d'années : alors qu'ailleurs, on déplore souvent l'agressivité galopante du béton, ici aucune nouvelle construction, le conservatisme est la règle; on ne rénove qu'à condition que ça ne se remarque pas...
C'est super, dira-ton, enfin des gens qui respectent leur environnement; oui, mais à quel prix, le moindre maisonnette (« cottage... ») est proposée à un demi-million de livres!
Le 2 mai est férié, toujours la pluie, j'avais projeté une petite balade autour de l'Ile, mais bof! Repos et lecture ; je découvre avec beaucoup de plaisir le récit du voyage de « Horus » de la famille d'Alex de Roquefeuil : un très beau parcours, raconté avec un style imagé et sans concessions ; à recommander à tous les candidats au voyage, il y a tout dans ce livre, les belles expériences comme les galères, et des conseils techniques très pertinents. Bravo Alex et Gaëtane!
Le 3 mai, eu affaire pour un problème de moteur HB à Chris de « Southard Engeneering » : compétent et efficace, vous pouvez lui faire confiance si besoin (ce que je ne vous souhaite évidemment pas).
Le soir, le soleil nous fait son cinéma : « Red sky at night, sailors delight », je vais pouvoir partir demain pour l'Irlande, les dictons c'est bien, mais les GRIB aussi :
le 4 mai,
départ à 7h, baro à 1020, vent de Sud-Est 13 nds; il fait (assez) beau, au portant avec Windpilot, pendant que Raymarine se repose, c'est bien agréable,
je vise Kinsale; je n'aime pas le plein vent arrière, et donc la route s'infléchit vers le nord; en 9h j'ai parcouru 54 miles sur l'eau, y compris la sortie des Scilly, ça marche bien!
À 20 h, je vire vers l'ouest,
puis nuit avec veille radar et AIS, je dors assez peu malgré tout; démonstration de l'Ais : trois mots échangés à la VHF par ces cargos ont suffi pour organiser leur croisement :
à 4h30, première lueur à l'Est, c'est toujours un moment agréable.
Le vent est monté à 25 nds, de l'arrière avec des rafales,il y a de la houle : affalé la GV, sous foc seul je suis encore à 6/7 nds, que demander de plus?
Vers 10h, alors que je me prépare à entrer à Kinsale Harbour, je perds un pare-bat; manœuvres pour essayer de la récupérer, ce n'est pas facile, je fais plusieurs tentatives : ceci ne passe pas inaperçu des garde-côtes, qui s'approchent en même temps qu'un zodiac de la Douane « Custaim » ; celui-ci récupère le « naufragé », puis deux douaniers montent à bord pour une visite de contrôle polie (« Bonjour !») et courtoise : l'un barre pendant que son collègue remplit son formulaire; no problem!
Il y a deux marinas à Kinsale, Yacht Club Marina et Castle Park Marina; je ne m'arrête pas à la première, qui est exposée au vent à un fort clapot (par vent d'ouest, c'est Castle park qui est mal exposée).
Je ne comprends pas la politique commerciale de ces marinas ; ils pratiquent des prix prohibitifs, 4 € par mètre pour une nuit, électricité en plus (on peut récupérer de l'électricité sur un compteur qui n'a pas pas été complètement utilisé), douche 1 € pour 4 minutes! Aucun service d'accueil, pas de réponse à la VHF en pleine journée;
Résultat ; il y a plein de places inoccupées, les bateaux se mettent au mouillage.
Au moment de payer, système CB ne fonctionne qu'en entrant à la main le N° de la carte, bonjour la confidentialité! Puis refus de la machine, « on verra ça demain »; le problème, c'est que le soir, je décide de partir demain matin de bonne heure, j'appelle (2 fois) le responsable sur le N° qu'il indique en cas d'absence : répondeur!
En partant le lendemain, mis un post-it sur sa fenêtre en lui d'envoyer la facture chez moi, il faut vraiment se donner du mal pour ne pas faire passer les français pour des resquilleurs...
le 6 mai,
la pleine mer est à 7h50, je voudrais passer Old Head of kinsale au début du jusant; le vent est du sud, je navigue « à l'anglaise » pour sortir de la baie, c'est-à dire vent debout au moteur; puis deux bords de près appuyé au moteur, je passe à raser la pointe, où un caseyeur prend de gros risques pour gagner sa vie :
Une fois passée la pointe, c'est du portant jusqu'à Baltimore, il y a même du soleil!
Curieusement, il y a 20nds de vent vrai, et la mer moutonne peu; il y a une houle qui prend parfois le bateau sur l'arrière, Windpilot s'en accommode très bien.
À 6/7 nds, je suis à 15h à l'entrée de Baltimore ; beaucoup de coffres sont libres, là aussi la VHF est sourde, j'en prends un pas trop loin de la rive.
Puis j'avise qu'il y a une sorte de barge aménagée en ponton, ça devrait être plus facile pour aller à terre, j'y vais!
Grosse déception ; cet engin plus ou moins flottant est une ruine, les planches se montrent très agressives pour les pare-bats, le bateau secoué dans tous les sens brutalise ses amarres; tout ça pour 20 € la nuit!
(photo prise le dimanche, il fait beau mais toujours beaucoup de vent)
Demi-tour, je reviens à mon corps-mort, où je serai beaucoup mieux pour supporter le coup de vent annoncé pour dimanche.
Douche à bord du bateau, repos et lecture.
Le samedi 7 mai,
j'ai prévu de prendre le bus qui « normalement » est prévu à 10 h pour aller à Skibereen; ben non, aujourd'hui il ne roule pas...
Il se sert peut-être de ce cadran solaire pour aller au boulot !
Un mini-taxi est justement là, il me dépose chez CH-Marine où je compte faire quelques emplettes : là aussi grosse déception, cette boutique qui la dernière fois m'avait paru bien achalandée n'a pas grand'chose, et peu de choix en fringues; la crise?
Je passe à la pompe à essence prendre quelques litres de sans-plomb pour le HB de l'annexe, à Baltimore on ne trouve que du gas-oil.
Retour en stop, j'ai quand même attendu 5 minutes...
Ensuite, courses chez « Gala »l'épicier du coin, un Gascon qui se plaint de ne voir que des français du « Nord », entendez Bretons ou autres Normands, jamais de Gascons.
Sans doute faut-il le charme d'une Irlandaise pour attirer un « sudiste » ici :
Dimanche, chez Bushe il y a du wifi, je vais mettre tout ça sur le blog, et consulter la météo des prochains jours.
À suivre...
Chez Bushe's bar, le dimanche après-midi, l'ambiance est à l'amusement et à la musique : les amateurs, chanteurs ou musiciens, viennent faire apprécier leurs talents, et à chaque nouveau morceau, applaudissements et pintes de bière!
Je n'arrive pas à me connecter à leur wifi, il y a un nouveau routeur, ce n'est pas le moment de parler technique avec les serveurs... finalement, je capte sans problème le wifi du Baltimore Sailing Club.
Lundi 8 mai,
il fait assez beau, je pars vers le « Lough Hyne », lac communicant avec la mer par un étroit goulet, « The Rapids », qui est au dire des pêcheurs locaux un endroit remarquable, puisqu'on y trouve quantité de poissons de mer ou de rivière; balade sans grand intérêt, mais ça permet de se dégourdir les jambes et de voir un peu de campagne :
les habitations n'ont pas un style bien défini, mais certaines se font remarquer :
non, ce n'est pas une maquette!
et ceci, n'est-ce pas touchant?
et "cet air" Irlandais!
Lough Hyne, soumis aux marées, mais où on trouve de l'eau presque douce.
au pied de la colline, « The rapids » par où le lac communique avec la mer.
Mardi 10 mai,
« Si le temps ne vous convient pas, attendez 5 minutes, ça va changer »
C'est ce qu'on dit en général dans les pays où la météo est peu agréable; il y a 15 jours que j'attends un changement, un gros anticyclone bloqué sur la France produit sur l'Irlande de forts vents d'ouest, accompagnés de gros nuages, et je vais vers l'ouest!
De Baltimore, je tire quelques bords vers Crookhaven qui est paraît-il un endroit charmant; j'y passe la nuit, sur ancre, avec 20 à 25 nds.
Il n'y a personne, alors que le guide dit qu'on risque d'être gêné par le bruit des Jetskis et autres moteurs; la saison ici n'est pas du tout commencée, personne sur l'eau, et peu de monde dehors (à l'intérieur des pubs, c'est plein); j'ai aperçu un voilier, il piquait plein sud!
l'entrée de Crookhaven
mouillage à Crookhaven
Mercredi 11 mai,
passé Mizen Head au près, vent force 5 à 6,
puis je peux enfin avoir un bord de portant vers Castletownbere; il y a là peu de possibilités de mouillage, et je décide de continuer vers Glengariff, sous foc seul avec 25 nds de l'arrière, c'est « trop cool »!
Pas de balisage du tout pour entrer à Glengariff, il vaut mieux arriver de jour! D'autant plus que les élevages de poissons « Fish Farms » ont proliféré depuis que j'y suis passé en 2005.
Il y a quelque bouées visiteurs, elles sont en général mal entretenues, je fais quelques pirouettes autour avant de réussir à passer un bout dans un anneau trop petit. Un gros avantage : elles sont gratuites!
Au mouillage à gauche du bateau bleu, se trouve "Island Drifter", de Mike et Helen Norris, déja aperçus aux Scilly, et avec je lierai connaissance et naviguerai jusqu'aux Hébrides.
Il y a du wifi à l'hôtel Eccles, et de très bons fauteuils...
jeudi 12 mai,
repos et avec l'annexe, pars faire quelques photos de phoques. Je craignais qu'ils n'aient été expulsés par les éleveurs de poissons, avec qui ils ne doivent pas faire bon voisinage; il y en a encore quelques-uns, qui m'ont semblé très peureux; comment les empêche-t-on d'aller piller les Fish Farms? Il y a sans doute des filets, ou un dispositif pour les tenir éloignés? À moins que les phoques n'apprécient pas le poisson d'élevage?
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