Avec ma grand-tante, Pauline Aline Verhiest, sœur de Madeleine, en 1961 après le décès de mon arrière grand-mère, dans la pâture de la ferme, rue Jacquard à Croix.
Le Docteur Charles Happe
L'avis de décès de Madame Happe
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Cartes d'André Happe en juillet et octobre 1957
Le Colisée à Roubaix
Ma famille en mai 1958
L'Instanyl qui provoqua le décès de ma mère
La maison d'André Happe à Enquin sur Baillons
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"Je retrouvai la France libérée, totalement désemparée, sans logement, mon mari fusillé (je m’étais mariée très jeune), mon frère tué sur le front d’Alsace en 1944, dans l’armée de Lattre de Tassigny, ma santé délabrée par les privations et les mauvais traitements. C’est au maire de La Madeleine, le docteur Happe, à sa sollicitude prolongée (il venait me voir tous les jours avec des farines d’enfant) que je dois d’avoir, pour l’essentiel, retrouvé la santé." (Yvonne Abbas, résistante et déportée)
Extrait de FEMMES ET RÉSISTANCE EN BELGIQUE ET EN ZONE INTERDITE | Robert Vandenbussche
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Accident du Dr Happe
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Courrier du Dr Happe durant la grossesse
Suzanne Dufosset
Ma mère et mon fils
Madeleine et Eugène Plouvier avec Josiane
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Les courriers de Madame Happe en 1974 et 1975
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Lettre du Curé de La Madeleine en Avril 1959
Ma mère et mon fils en décembre 2006
Suzanne Dufosset avec sa fille et ma compagne à Croix en 1978
La société a eu la générosité de me gratifier d'un patronyme qui ne doit rien à la nature telle que le Code Civil l'interprète.
Ma mère, profondément bonne et généreuse, fit en sorte que je reçoive une solide éducation scolaire hors de notre milieu. C'est en sa mémoire que j'écris ces lignes.
Ma mère donc, Josiane PLOUVIER née le 9 septembre 1933, fille de Suzanne Dufosset, née telle et herboriste, fut abandonnée par sa mère âgée de 18 ans auprès de l'Assistance Publique Lilloise, sise rue d'Esquermes, elle-même mise enceinte selon toute vraisemblance par un ouvrier agricole ibérique qui l'ignora toujours, dans la campagne de Jeumont.
Elle fut recueillie puis adoptée par Madeleine et Eugène PLOUVIER, roubaisiens, elle tisserande, lui coiffeur, à l'âge de 2 ans. Sa mère, dite biologique, finit par la reconnaître, sans plus pouvoir exercer de droit sur elle, mais qui lui donna trois demi-frères.
Son père succomba du cancer des poumons, des cheveux et du tabac et peut-être aussi du gaz des tranchées, en 1956. Sa mère, plus jeune, le rejoignit en 1970 d'une défaillance cardiaque, usée par le travail et la nourriture.
Mon père, je le dis facilement car la lignée patronymique est éteinte, se nommait André Happe, né 17 avril 1932 à La Madeleine, fils du Docteur Charles Happe et de son épouse, Jeanne, installés à La Madeleine, dont le docteur avait été maire à la libération.
C'était un autre temps, et l'éducation de ma grand-mère très puritaine. Ma mère, semble-t-il, résista longtemps à l'empressement de son flirt et finit, hélas, par céder en ce mois d'août 1957 au retour d'un camp pour jeunes filles dans le sud de la France.
La famille très unie et féminine (mon arrière grand-mère, ses deux filles vivantes et ma mère donc) en fut effondrée et pour ce qui est de ma grand-mère, maîtresse femme, très en colère, contre ma mère et surtout le responsable de ce déshonneur qui s'avéra bien vite uniquement soucieux de s'extraire de l'inconfortable situation.
Elle rua dans les brancards, jusque dans le cabinet du docteur Happe qui daigna la recevoir, pour offrir le seul service qu'il envisageait, pourtant inconvenant dans la droite catholique auquel il appartenait.
Mais cette hypothétique élimination ne convenait nullement à la future mère, déjà âgée de 24 ans. Et la situation perdura après une rupture officielle sans autre rapport avec la famille Happe jusqu'à mes 16-17 ans, si ce n'est des visites périodiques de ma grand-mère dans l'officine pharmaceutique et roubaisienne de la sœur de mon père.
C'est à cet âge que ma grand-mère paternelle décida de prendre contact (j'ignore comment elle connut notre nouvelle adresse, nous eûmes le téléphone durant l'été 75) par deux petits mots non signés, afin de me rencontrer à côté de l'église de La Madeleine et signifier ses regrets assortis de quelques billets de 100 francs subtilisés à son très rigoureux époux, "le docteur". La petite somme fut par deux fois bienvenue pour mes vacances alors que ma mère dans la quarantaine et la crise des années 70 connaissait le chômage.
Mon père qui fut par la suite mis au courant de ces rencontres, au téléphone par ma mère qui l'avait enfin retrouvé malgré le soin qu'il prit sa vie durant à n'être point repérable, les trouva inexcusables (!) et en exprima humeur (!). Il est vrai que dans un autre état d'esprit et surtout une autre classe sociale, c'est à cet âge que j'aurais pu agir, la loi protégeant fermement à l'époque les pères défaillants.
Ma mère ne se maria jamais et décéda le 25 août 2018 à Estrée-Cauchy des suites lointaines d'un AVC, d'une forme de septicémie engendrée par l'obstruction de l'artère fémorale, de la médiocrité médicale hospitalière, et finalement d'une insuffisance respiratoire comateuse liée à un usage inconsidéré des dérivés morphiniques américains (le trop célèbre Instanyl/Fentanyl) administrés à -trop- haute dose par les infirmiers de l'hospitalisation à domicile.
J'avais quelques années auparavant retrouvé trace de mon père, grâce à un ami qui décéda aussi peu de temps après sans pouvoir m'en apprendre plus. Il s'agissait semble-t-il de sa résidence secondaire, qui lui servait d'adresse principale, située dans le Pas de Calais, à Enquin sur Baillons, jolie petite bourgade qui avait su garder son charme malgré quelques constructions brutales, dont celle de mon père. Nous y fîmes, avec maman, une visite qui nous donna l'impression d'inoccupation. C'était peu avant son décès, mais je ne le sus que bien plus tard
Mon père décéda le 12 décembre 2011 à Enquin sur Baillons de causes que je ne connais pas; pas de remords indiscutablement et sans me reconnaître même de façon testamentaire. Je ne le vis jamais, pas même en photographie que sa nièce, contactée en 2019 par mes soins, ne m'adressa jamais malgré sa promesse. Je n'appris son décès avec certitude que 10 ans plus tard.
Là s'arrêtent à ce jour les relations avec mes ascendants. Mais ce beau cas d'école sur la réalité familiale a, lui, une suite.
Je fis mes études secondaires dans une institution catholique pour garçons et qui le demeura jusqu'à la classe de troisième. J'eus donc peu l'occasion de rencontrer des filles et les quelques éruptions libidineuses que je connus avec elles restèrent sans lendemain et peu de présent. Tout naturellement je connus donc quelques émois endogames issus seulement de la force du feu qui couvait.
Après cette première période d'exigence brutale la socialité me laissa démuni et craintif. Le questionnement avait succédé à l'appel de l'évidence, conforté par l'absence de modèle familial et la complexité physique du pur intellectuel. C'est ainsi que la mixité qui s'instaura au lycée, les sorties et les rencontres furent elles aussi peu fructueuses.
Jusqu'à ce qu'enfin je me décide, en mars 1977, pour une jeune fille qui ne s'avéra pas un mauvais coup et avec qui je m'installais, sur sa requête, le premier novembre 1979. Des débuts assez tièdes suivis de quelques difficultés prévisibles avaient laissé place à une relation passionnelle, pour ce qui me concerne au moins, qui dura jusqu'à notre rupture en février 1995.
La maison, que nous mirent longtemps à restaurer suffisamment, mon peu de considération pour la quête du paradis reproductif et, peut-être surtout, le caractère essentiellement sexué de notre relation firent que nous n 'envisageâmes jamais d'en faire un essaim de parentalité. J'étais moteur, elle s'y accordait spontanément.
Mais la trentaine bien entamée qui fait entrevoir les limites, les déceptions professionnelles, la question de la transmission, finirent par justifier la révision de cet état d'esprit, à laquelle ma compagne se rangea tout aussi spontanément. J'eus donc un fils à l'âge de 36 ans.
Comme souvent cette situation nouvelle cristallisa les difficultés que notre couple connaissait, liées à la dégradation de mon état de santé. Nous nous séparâmes l'année suivante. J'en admis sans réserves ma responsabilité et en acceptai l'apparente mauvaise volonté de mon ex-partenaire qui en découlait et dont elle n'était, je crois, pas consciente.
Le temps passant, notre relation trouva son rythme de croisière pour une gestion de l'enfant amiable et sans difficultés. Mais la mauvaise volonté perdurait envers ma mère qui n'eut jamais ainsi le respect de son juste droit. De là vint la remontée des tensions. La mère de mon fils m'accordait en réalité quelques droits sur lui pour son seul besoin, sans vraiment de considération pour mon ressenti et moins encore celui de ma mère. J'étais le géniteur utile, elle était ma mère.
À l'approche des dix ans de mon fils nous finirent par nous retrouver plusieurs fois devant le juge des affaires familiales de Versailles pour régler, à ma demande, les droits de ma mère, ce que nous n'obtînmes pas la justice protégeant mal les grands-parents, puis l'ensemble de nos relations, à sa demande. L'amiable octroyé avait vécu.
L'incapacité, ou le refus, de tout réel dialogue de la part de la mère de mon fils allait engendrer une croissance des difficultés qui n'aurait de réelle conséquence qu'après l'AVC de ma mère. Mais, c'est peu à peu, du fait de ce blocage persistant, que mon acceptation tacite d'une minorité de droit, bien que seulement de fait, céda la place à la revendication égalitaire, jusqu'à la contestation de ma seule responsabilité dans notre rupture qui m'amena à reconsidérer l'ensemble de nos dernières années de couple.
Après son AVC ma mère s'installa chez moi à la Saint Valentin de 2006. La dégradation pathologique de son humeur, ajoutée à mes difficultés financières qu'elle subissait aussi, engendra un climat très difficile à la maison que je vivais dans un abattement constant. Nos relations étaient conflictuelles alors que je me voyais contraint de prendre en charge l'ensemble de la situation, y compris pour la progression de sa rééducation qu'elle vivait souvent comme une agression.
Mon fils qui passait avec nous un week-end sur deux et la moitié des vacances fut témoin et acteur involontaire de ces difficultés relationnelles et de mon abattement qui m'amenait à le délaisser alors que ses présences s'étaient faites jusqu'alors en étroite communion.
À la frontière de l'enfance et de l'adolescence, prenant fait et cause pour sa grand-mère qu'il appréciait beaucoup, il se mit bien vite à m'en vouloir jusqu'au jour du printemps 2007 où il s'enferma chez sa mère alors que je venais le prendre pour le week-end. Je n'allais plus le revoir, ou presque.
Sa mère, encouragée par les avocats, accepta pourtant l'organisation de quelques rencontres hors les murs pour la plupart. Mais tout dialogue était désormais absolument impossible avec elle et du coup avec son fils. Le blocage était total et je comprenais qu'il se solderait par la rupture des relations, ce qui me fit m'emporter, clôturant le chapitre.
Ma mère avait en effet et pourtant un besoin vital de son petit-fils. Il m'est impossible d'admettre que moi qui avait vécu une solidarité familiale sans failles me trouvait acteur impuissant d'un délitement familial qui nuisait profondément et définitivement à son existence.
Force est de constater, puisqu'il ne reste que la généralité, que si la réalité familiale n'a jamais coïncidé avec la pieuse imagerie, elle se trouve aujourd'hui profondément mise à mal par la disparition référentielle de la famille élargie et la fragilisation de la cellule nucléaire conséquente de l'affirmation féminine, y compris de façon qui peut être paradoxale de la femme-mère, celle-là même qui revendiquait hier la présence du père sans pouvoir l'obtenir.
Fabrice PLOUVIER, août 2021