Ce dessin est l'illustration d'un poème : "Parfum d'enfance" paru dans "les années d’encre bleue", premier tome des mémoires de mon ami Pierre Debuisson.
Parfum d'enfance
Si je pouvais d'un coup, de la carapace
De mon âge, enlever son flot de certitudes,
Ses raisons bonnes et moins bonnes,
Jeter au loin comme on se débarrasse
D'un manteau pouilleux, ces responsabilités, ces devoirs
Qui nous cachent parfois l'essentiel,
Et dire tout simplement « non » voilà tout !
Alors je pourrais dire, heureux comme ce n'est pas possible :
Mon enfance je reviens, le pirate est de retour,
II allume la mèche et le trésor sur la carte découvert.
Jouez marionnettes d'autrefois, pantomimes,
Guignol et jouets au bois doré,
Circulez locomotives, des neiges aux tunnels mystère,
Musique d'accordéon, harpe d'enfance.
Me revoilà Nounours mon ami, mon vieux compère,
Ta peluche est râpée et ton œil brille comme autrefois,
Compagnon fidèle aux jeux anciens des histoires inventées,
Me revoilà tel fantôme éthéré en son château oublié,
Cubes en bois imagés, comptines et rondes enfantines.
Les petits soldats me donnent la parade,
Et le camion rouge des pompiers
Dresse sa grande échelle au ciel d'antan,
Rêves et légendes du pays des tout petits,
Telle onde légère qui s'écoule, libre, entre les doigts,
Feuilles d'automne virevoltantes aux quatre vents,
Billes et roudoudous en la poche écolière.
Que c'est loin en vérité tout cela, si loin
Tant que les souvenirs se mêlent, s'entremêlent,
A l'horizon vaporeux d'un crépuscule d'été,
Lorsque le soleil allume les rouges au firmament,
Incandescence nostalgique d'un azur lointain.
Dès lors c'est le moment où les souvenirs s'en viennent
Me jouer le drame sempiternel du « plus jamais »
Ah ! Si je pouvais d'un tour de magie jeter à l'oubli
La vieillesse approchante, peines et devoirs ancrés,
Je crois bien dès lors que je serais un homme heureux...
Pierre Debuisson