La Grande Guerre

Mémoires vagabondes:

Un diaporama de 300 photos et 120 dessins a été réalisé (durée 50 mn). Ici, un aperçu du documentaire: sur les traces d'Etienne Valentin.

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Étienne André Valentin

Souvenirs de la Grande Guerre:

Les Ancêtres

Étienne André Valentin est né à Paris le 20 janvier 1893. Il était le petit fils d'un statuaire breton: Jean Marie Valentin (1823.1896), sorti de l'école des Beaux Arts à Rennes (35): élève de Jean Baptiste Barré et des ateliers de François Lanno et François Rude à Paris. En 1888, celui-ci a obtenu un prix honorable pour le monument de Saint Yves à Tréguier (22).

Son père Alfred Valentin (1862.1928), a été l'élève de Charles Lenoir à l'école des Beaux Arts à Rennes, en 1883, son maître écrivait: " Ce jeune homme est un garçon d'avenir, très travailleur, très amoureux de son art, un parfais sujet. Aussi, il a obtenu de nombreuses récompenses à mon école: la grande médaille d'honneur, le prix du ministre, une médaille d'honneur de deuxième classe. Une question importante aussi: il est exempté de service militaire, un de ses frères étant actuellement soldat." Alfred a été professeur de dessin et de sculpture et a enseigné à Vitré (35) en 1883, à Paris vers 1888, à Beauvais (60) à partir de 1894-95 et à nouveau dans la capitale au début du siècle.

Voir aussi: https://sites.google.com/site/generationvalentinfr/home/Art-et-Grande-guerre-14-18/carnet-de-voyage

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Le Service Militaire

Étienne André Valentin habite 87 rue de Picpus dans le 12è à Paris, en novembre 1913, il est appelé à effectuer son service militaire à

Fontainebleau (77), au 32è régiment d'artillerie de campagne. Le 7 août 1913, la durée de ce service est augmentée de 2 à 3 ans sans savoir ce qui attendait ces soldats un an plus tard.

Le début de cette période est paisible, presque sans soucis, l'artiste en profite et invite sa sœur, Jeanne Marie, à se rendre au Bataclan pour y déguster des crêpes un de ces dimanches.

Jeanne Marie Valentin décédera le 10 octobre 1918

de la grippe espagnole, elle avait 23 ans.

Début août 1914, la guerre commence à gronder. Le 12, le soldat Valentin embarque à la gare de Thoméry

La Marne

L'artiste a choisi son second prénom: André, pour signer ses œuvres. Pensant que cette guerre serait courte, le soldat artiste n'a pas emmené de carnets, ni crayons pour dessiner cette première période. En 1917, il se rappellera de certaines scènes de la première année de ce conflit. Ses carnets de route racontent sa guerre, une guerre sans victimes: le tragique est quasiment absent. Seules, quelques scènes dé

montrant la pénibilité de la vie des soldats et les bons souvenirs sont tracés.

Chaque carnet a un format différent: 93x152 mm pour le plus petit et 124x197 mm pour le plus grand. Les feuilles n'ont pas été découpées dans une une grande précision, les pages d'une même série ont parfois des teintes variant du blanc gris au jaune vieilli.

Avec le 32è RAC, Etienne Valentin rejoint la 38è division à Asnor-Hirson (02). Le régiment marche vers le sud pendant trois semaines environ et le 23 août, il reçoit le baptême du feu. Le 6 septembre les soldats marchent vers le nord et se préparent pour la bataille de la Marne. Aux alentours de Château Thierry, les premiers champs de bataille apparaissent, encore, couverts de cadavres et de matériel.

L'Aisne est franchie le 13 septembre, la 38è division se dirige vers le Chemin des Dames dans la région de Paissy, Jumigny et Vassogne. Une guerre de position commence. C'est une période pénible à cause du terrain argileux détrempé par la pluie. Un véritable cloaque qui va durer jusqu'en octobre 14.

La course à la mer

Le 26 octobre 1914, le régiment se réorganise autour de Chéry-Chartreuse.

Les trains passent en vue de Paris. Tous croient que le mouvement vers la mer permettra de porter à l'ennemi le coup décisif. Confiant dans leurs chefs, le régiment débarque les 28 et 29 octobre à Bergues. Là, une période confuse commence. Les batteries participent à de nombreuses actions réunies autour du sud d'Ypres.Tous se souviennent des fatigues, de la boue liquide de la Flandre, du manque d'abris. Tout ceci rend le ravitaillement difficile. Le régiment est relevé à partir du 25 décembre, il embarque à Bailleul et à Cassel le 31 décembre, arrive le 1er janvier1915 dans la région de Montdidier. Jusqu'au 16 janvier: repos complet. Une des batteries s'installe entre Groenendik et Nieuport-Bains et une autre au sud du Bois Triangulaire.Jusqu'en avril 1916, c'est une guerre de position fatigante et interminable. Les abris sont difficiles à réaliser dans les dunes. Il y a aussi l'affaire des gaz, scandaleux essais des allemands, le 23 avril 1916 qui se généralisera par la suite. Par la vague de ce gaz chloré, une ligne française sera rompue.Après ces mauvais moments, dans un confort relatif, les soldats profiteront de baraquements perfectionnés, avec douches et ravitaillement facile à la Panne (B) et Malo les Bains (59).

L'Oise: repos à Catheux.

Les unités du 32è RAC sont relevées et se rendent dans la région de Dunkerque-Bergues vers le 20 avril. Embarquées à Esquelbecq le 10

mai, elles vont cantonner à proximité de Crèvecoeur (60): Catheux pour Valentin. Les Poilus entrent dans une période active d' instruction.

Verdun: le Mort Homme

Après un séjour de trois semaines dans la région de Crèvecoeur (60), le régiment est transporté par voie de fer jusqu'à Révigny (55).

Les allemands n'ont pas encore renoncé à la citadelle française, c'est pour sauver celle-ci que la 38è division a participé à des batailles

devenues tristement célèbres. C'est à la cote 304 au Mort Homme (Bois de Cumières) que les allemands portent leurs plus violents efforts. Le 4 juin, ils attaquent en vain nos positions. Le 19 juin, nouvel essai avec lance flammes. Les tirs d'efficacité sont remarqués aussi bien par la quantité et qualité avec le calibre 150. Nos abris ne résistent pas, de nombreux morts sont à déplorer car les tirs sont effectués de jour comme de nuit. Le 26 juillet, la division quitte la région laissant à ses successeurs son front inviolé. Verdun: Fort Saint Michel Après quelques jours de repos, une nouvelle alerte est signalée sur Fleury. Les batteries s'installent sur la rive droite de la Meuse. Aussi, une agitation inaccoutumée se remarque bientôt dans le camp français, des batteries de gros calibres ont été vues dans les faubourgs de Verdun. Le 17 août, l'attaque s'effectue sur Fleury et réussi pleinement. Quelques jours plus tard, les soldats franchissent la crête du Fort Saint Michel et prennent position entre ce fort et la Caserne Marceau.

Verdun: Rupt aux Nonnains

Le pont à huit arches, situé dans la Vallée de la Saulx, à Rupt aux Nonnains (55), est inscrit au monument historique, il a été construit en 1557. C'est ici que la 38è division viendra se reposer à partir du 27 août. Aussi, ils effectueront, avec l'infanterie, des attaques sur desfronts imaginaires

Verdun: Douaumont

Le Fort de Douaumont domine tout l'horizon des observatoires des Belleville et de Souville. La 38è division s'installe au nord du fort de Froideterre, non loin du ravin des Trois Cornes. Le 24 octobre 1916, après une intense préparation, à 11h 40, le régiment déclenche le

barrage roulant qui doit précéder notre infanterie.Un brouillard épais rend impossible les communications optiques, les liaisons téléphoniques sont interrompues partout.De bonnes nouvelles arriveront au milieu de l'après midi, des observateurs de Souville et de la cote du Poivre aperçoivent des silhouettes bleues sur le fort.Partout, c'est l'écrasement réciproque des armées, la boue immonde, les privations, les repas froids. Sans faiblir, une grande tâche est accomplie malgré les nombreuses pertes. Le régiment quitte la région, le 5 novembre et des trous de toutes dimensions jalonnent le terrain sur des kms, les attelages ont du mal à sortir le matériel.

Verdun: Cote du Poivre

Après un repos bien mérité dans la vallée de la Saulx, la 38è division se prépare à une nouvelle attaque près de Louvem

exigeait chaque nuit, une étape de 50 kms, aller et retour.ont, à la Cote du Poivre et la cote 378. Celle ci tant attendue, a lieu le 15 décembre à 10 h et réussi pleinement, malgré le froid glacial. Le ravitaillement

Le 28 décembre, le régiment est relevé et reçoit sa première citation à l'ordre de la deuxième armée et la première palme du trophée.

Le Chemin des Dames

Le 23 mars 1917, le soldat quitte le cantonnement de Sablonnières pour se rendre au Chemin des Dames. Les Poilus aménagent les positions qu'ils doivent occuper: Vassogne, Jumigny, Paissy. Le régiment doit appuyer le 2è groupe d'Armée Coloniale dont l'attaque est fixée le 16 avril à 6 h du matin. La réaction allemande, à ce moment là, diminue d'intérêt.

Un premier groupe se rapproche du village de Jumigny. Très vite, l'ennemi prononce un nouveau retour offensif sur le front Ailles-heurtebise et Cerny.

L'armée ennemie actionne son tir d'obus à gaz. Malgré l'épuisement, les hommes assurent dix barrages successifs, le masque sur la figure. N'ayant plus de téléphone, les tirs sont commandés au klaxon dont les hurlements surmontent difficilement le vacarme.Le lendemain, les soldats sont à bout, mais le Boche n'a pas passé la ligne.La Tour de Paissy se trouve à l'écart du village. Il en reste un vestige près de la ferme bien isolée et exposée sur le plateau, elle servait de point de repère aux artilleurs.

Le Plémont

Début juillet 17, le régiment se dirige vers le camp de Lassigny (60). Ici commence une période de manœuvres et de repos où chacun reprend des forces. Les soldats cantonnent à Beaulieu les Fontaines. Pendant ses moments de détentes, le soldat Valentin est attiré par les villages en ruines, conséquence des combats d'avril 17.L'église de Lassigny a été construite au 15 et 16è siècle, elle avait trois nefs et possédait de beaux vitraux. Au début de l'année 17, elle montrait encore trois fenêtres à l'abside et une partie des murs de la façade. Ce n'est plus maintenant qu'un chaos de pierres au milieu desquelles émergent quelques pans de murs.Le Chemin des Dames Le 20 août, les batteries reprennent le direction du Chemin des Dames. L'objectif est le Fort de la Malmaison, aussi, l'artillerie lourde a été renforcée. Le 23 octobre à 5h15, l'attaque débouche, la division emporte ses objectifs. Le fort est enlevé à 9 h et ce sont des cris de joie du personnel des batteries à l'annonce de cette nouvelle. On ne pense plus à la fatigue après cinq jours et cinq nuits passés à tirer sans prendre un instant de repos. Le soldat Valentin a été cité à l'ordre du mérite et a reçu la Croix de guerre avec étoile de bronze: Valentin Étienne- 1er Canonnier Servant- 6è Batterie- Excellant soldat téléphoniste toujours prêt à remplir les missions difficiles, s'est fait remarquer en octobre 1917, lors de la prise du Fort de la Malmaison.En décembre 17,le Général Pétain apporte au régiment sa deuxième citation et la fourragère aux couleurs de la croix de guerre.

Le Sud

Le 31 décembre 1917, le soldat Valentin et ses compagnons rejoignent le 115è régiment d'artillerie lourde à Nîmes (30). Il fait connaissance avec le nouvelle formation dont 50% de l'effectif est

constituée de jeunes soldats des classes 17 et 18. Pendant son séjour dans cette ville, il réalise de nombreux croquis dans les Jardins de la Fontaine ou Jardin Romain: le Temple de Diane, le Nymphée bordé de marronniers, Dieu Pan et un vase en marbre du 18è siècle.Le Sud

Ensuite ses dessins nous conduisent vers Saint Raphaël (83) et la Napoule (06). En effet, le grand départ a eu lieu le 12 février 1918 deNîmes vers la frontière italienne.

L’Italie

Les soldats traversent l'Italie en train du nord au sud en passant par Vintimille, Savone, Gênes, Livourne, Rome et Tarente.

A Tarente, Quatre bateaux attendent les Poilus d'Orient: le d'Entrecastreaux, le Vigilant, le Patrie et le Verdon. L'embarquement a leu le 25 février sur l'un de ces navires.

Les Balkans

Les soldats débarquent à Itéa le 27 février, ils découvrent un pays sauvage et désertique. Ils seront transportés par camion et conduit

vers Salonique. Pendant son temps libre, Étienne n'hésite pas à sortir ses crayons et carnets de dessin. Ici, le dépaysement est total, il est attiré par les costumes traditionnels, les rues pavées, les minarets et l'architecture des bâtiments.Le 1er mars 1918, Valentin rejoint le 343è régiment d'artillerie lourde coloniale. C'est d'abord une batterie hippomobile transformée ensuite en batterie à pied fin décembre 1917. Elle a servi dans le secteur de l'armée italienne.italienne.

La Macédoine Serbe

En 1915, les Bulgares envahissent la totalité de la Macédoine Serbe. Jusqu'à la fin de l'année 1918, Monastir (Bitola aujourd'hui) se retrouve sur le front et est bombardée presque quotidiennement. Pour les historiens, Monastir est semblable à Verdun. Néanmoins, quelques quartiers résistent et seront remarqués par le soldat Valentin. En effet, les ruines ne l'intéressent pas. Il s'attarde sur les deux mosquées et les quartiers anciens où la vie reprend ses droits.

La Macédoine Serbe


Méglenci est un petit village qui compte plusieurs maisons campagnardes, au Nord Est de Monastir. C'est aussi le centre du secteur d'emploi de la batterie situé entre la cote 1050 au sud du ravin de la Suka et le col de Cmicani au Nord. Entre ces deux points

, sont situés le Piton Vert, le Piton Brûlé, le Piton Rocheux. La batterie a participé à toutes les attaques locales italiennes et a reçu des félicitations de ces autorités.

La Macédoine Serbe

Brod est situé au sud de la cote 1050, au bord de la rivière Tchrna. C'est un village rocailleux, sans arbres ni verdure, avec quelques maisons campagnardes en torchis et des installations militaires. Dans ce cantonnement, une vie paisible est remarquée par notre artiste

avec ces femmes qui vont puiser l'eau dans la rivière.

L'église orthodoxe est en ruine. Elle a été restaurée avec quelques modifications. Celle-ci est à moitié enterrée: En effet, sous l'occupation Ottomane, la hauteur des églises ne devait pas dépasser celle des mosquées. Le Cimetière macédonien existe toujours.

Après l'armistice avec les Bulgares le 29 septembre 1918, les canons et le matériel sont transportés par des tracteurs vers Brod.

Salonique

La batterie est dirigée ensuite vers Sukolevo et Salonique. Le personnel souffre d'une épidémie de grippe durant cette période.La batterie est dissoute le 25 décembre 1918.La Serbie A peine arrivé à Salonique, Valentin est invité à passer au 145è régiment d'artillerie lourde coloniale le 10 février 1919. Il rejoint la Hongrie . Depuis la signature de l'accord de Trianon en juin 1920, la Hongrie a perdu près des deux tiers de la surface de son pays, dont cette région: la Voïvodine qui appartient depuis à la Serbie. Les soldats occupent donc cette future zone frontalière.La commune de Horgos se trouve à 20 Kms au sud de Szeged à 2 Kms de la frontière actuelle des deux pays et qui s'attachait à l'ancien comitat Hongrois, "Csongrad".Camarage (Kamaraserdo) était situé au nord de Horgos. Au sud-est de Horgos , au bord du fleuve Tisza se trouve Magyar Caniza (Magyarkanizsa). Cette ville appartenait au département de Bacs-Bodrog. La redoute a été mal entretenue et ne correspond plus beaucoup au croquis: notre soldat serait déçu de la voir dans cet état.

La Hongrie

Saint Ivan (Szentivan) est situé à l'est de la Tisza , à 10 km de Szeged et à 5 km de la frontière avec la Serbie.

La démobilisation

Libéré de ses contraintes militaires, Étienne André Valentin retrouve Paris. Là, il fait honneur à la Patrie et choisi des œuv

res remarquables à croquer. Il se rend place de la Nation et dessinera des détails du monument appelé le Triomphe de la République (œuvre de Dalou). Dalou

s'inspire de l'art décoratif pour réaliser cette sculpture. Il donne un rôle de propagande active: la République est coiffée du bonnet phrygien et suivie par l'Abondance et accompagnée par la Justice et le Travail.

Six alligators de Gardet entouraient ce monument, ceux-ci ont été fondus pendant la seconde guerre.

Vitré

Un peu plus tard, Valentin vint se fixer à Vitré(35). C'est ici qu'il recevra ses citations et la Croix de Guerre. Il apprécie ce geste et fera honneur à la Marianne Nationale. Aussi, il réalisera avec fierté son auto portrait en tenue militaire d'Orient.

La Maladie

Ses derniers dessins sont amers. Il se représente sur son lit de malade, il a beaucoup souffert de la guerre et mourra à 47 ans de la tuberculose. Il n'avait droit à aucune pension. A coté, il représente un homme bien portant, bien en chair qui lui, a su se débrouiller pour être pensionné. L'Artiste est décédé de cette longue maladie, il a peu parlé de sa guerre? Pourtant, il l'a dessinée et personne ne le savait. Son fils André a découvert les carnets de route 22 ans après le décès de son Père: en 1962, bien rangés dans une simple boîte en carton.

A son tour, André protègera ces archives, comme on protège un trésor. En 1996, les six carnets sont photographiés, les recherches peuvent débuter sans crainte.

Remerciement à Monsieur André Valentin, fils du Poilu et conservateur des œuvres.

Recherches à la bibliothèque: Pavillon du Roi à Vincennes et auprès des Ambassades de Macédoine et de Hongrie.

G.G

11 Novembre 2014, hommage au Poilu Etienne Valentin au Mémorial d'Orient à Bitola en présence de Mme Auer Ambassadrice de France et Nelly Valentin

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Les carnets du soldat Valentin: Participation des élèves et professeurs du Lycée Paul Cornu de Lisieux.Carnet contenant 34 croquis disponible contre un don à l'association: Génération Valentin.

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