Organisation et historique de la Médecine du Travail en Algérie
Il faut dire que la santé au travail ne date ni d’hier ni d’aujourd’hui, mais de beaucoup plus longtemps. En effet, en 131 ans avant JC, Hippocrate s’intéressaient déjà à différents symptômes liés au travail. En ces temps, certaines catégories de travailleurs bénéficiaient déjà d’une assistance médicale. Ainsi dans Rome antique, GALIEN qui était médecin de l’empereur, fut également nommé médecin de l’école des gladiateurs. Pendant le premier millénaire, la civilisation arabo-musulmane fera énormément progresser les connaissances médicales antérieures antiques. C’est ainsi que pour IBN SINA (Avicenne) l’hygiène et la médecine sont entièrement complémentaires. Dans le poème de la médecine (Urdjuza fi Al-Tib) n’est-il pas écrit que « la médecine est l'art de conserver la santé et éventuellement, de guérir la maladie survenue dans le corps…………………. L’art de conserver la santé peut être défini comme celui qui permet à l'organisme humain d'atteindre dans des conditions convenables l'âge auquel il est naturellement prédisposé » (Paul Mazliak, Avicenne et Averroès. Médecine et biologie dans la civilisation de l'Islam). Plus près de nous, l'ère industrielle a entrainé un début de structuration de ce qui s'appellerait plus tard: la médecine du travail, grace à de nombreux médecins tel que BERNADINO RAMAZZINI en Italie, PERCIVAL POTT en Grande Bretagne et en France grace à JULES LECLERC et PIERRE MAZEL (réadaptation au travail des handicapés de guerre de1914) et le Dr. René Barthe, qui entre 1923 et 1930 en préférant devenir médecin d’usine, met en place l’un des tout premiers services de médecine du travail qui va devenir un modèle pour toutes les réalisations futures. parmi les activités de ce médecin du travail avant l'heure, figurent la définition de la fonction de médecin d’usine autour des 6 points fondamentaux que sont :
La pratique des soins d’urgence et des consultations
La sélection et l'orientation des ouvriers à l’embauche
L'organisation de l’hygiène industrielle
La collaboration avec les comités de sécurité et les services de prévention des accidents et des maladies professionnelles.
Le conseil en organisation scientifique du travail
et
La recherche scientifique dans les domaines propres à l’industrie où travaille le médecin
Toujours en France , on ne peut omettre le batisseur de la médecine du travail qu'est Henri DESOILLE. Ce médecin légiste, qui en 1934 fût parmi les premiers diplômés en médecine du travai. Il consacra sa longue carrière à cette discipline médicale et fut ainsi l'artisan de la loi fondatrice de 1946, qui a organisé les services médicaux du travail.
En Algérie l'organisation de la médecine du travail reposait jusqu'en 1971 sur 8 associations interprofessionnelles qui touchaient des corps de métiers plus ou moins apparentés hérités de la période coloniale.
ce sont:
• Les bâtiments et travaux publics de la région d'Alger (METRABAL) et du Sahara.
• Les banques et les assurances (AIBAMT).
• Le port de Skikda (SERMATRAP).
• Différentes entreprises de Constantine (SMETIC).
• Différentes entreprises d'Alger (AMTA).
A partir du 1èr mars 1971, ces organismes qui étaient semi-publics ont étés placés sous le contrôle du ministère du travail et des affaires sociales.
La création de l'Organisme National Inter entreprise de Médecine du Travail (ONIMET), placé sous l'égide du ministère du travail a rapidement unifié sous son égide tous les services de médecine du travail mis à part certaines mutuelles du secteur de l'électricité et du gaz, des chemins de fer et des mines.
En 1974 la création de centre médico-sociaux (C.M.S) au niveau des entreprises et de des unités économiques dans le but d’améliorer la couverture des travailleurs en matière de médecine du travail, a malheureusement failli à son objectif dans le mesure où leur mission a été détournée vers des activités purement curatives. La médecine du travail en elle-même ayant au début été reléguée au second plan, fini par disparaitre de ces CMS.
Il faut attendre 1979, année pendant laquelle, parallèlement à l’ONIMET et les structures médico-sociales (CMS) des services de médecine du travail ont commencés à être mis en place au sein de certains secteurs sanitaires universitaires. Ces services de médecine du travail faisaient partie des « départements de médecine sociale » des Centres Hospitaliers Universitaires d'Alger, de Constantine et d'Oran. Ces services ont permis à leurs tours la prise en charge de formations pratique des résidents en médecine du travail et des services formateurs. Ces départements de médecine sociale étaient chargés de l’enseignement de la médecine du travail, de l'épidémiologie et de la médecine légale. Cet enseignement étaient, au tout début, assurés à l'université d'Oran par le professeur Lakhdar MOKHTARI, à l'université d’Alger par le professeur Djameledine ABED (qui fut le premier diplomé de médecine du travail) , et à l'Université de Constantine par le Docteur Jean Sadek MASSEBOEUF. Ce dernier, au parcours hors du commun, anticolonialiste, respectable, respecté, déontologiquement sans faille, se présente lui même comme Francais d'origine et Algérien d'adoption. il fut condamné à 20 ans de travaux forcés pour avoir rallié en 1955 la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Il a écrit le premier manuel de médecine du travail (en 2 tomes) qui malheureusement n'est plus disponible nulle part.
A Constantine la première promotion de médecins de travail a permis l’ouverture de 2 autres services hospitalier universitaires qui sont : Sétif avec le Professeur BOUKERMA Ziadi, et Annaba avec les Professeurs NEZZAL Abdelmalek, TOURAB Djamel et GUEROUI Saïd. Le professeur HADDAD Mustapha étant resté à Constantine.
La scission rapide des départements de médecines sociales en 3 services de médecine du travail, d'épidémiologie et de médecine légale a permis véritablement le développement des services formateurs hospitalo-universitaires de médecine du travail de: Alger, Constantine, Oran, Annaba, Sétif, Sidi Bel abbés, Blida, Batna, Tizi Ouzou, Bejaia. Outre les activités de formation, ces services vont progressivement couvrir d'abord les populations ouvrières à haut risque puis l'ensemble de la population ouvrière.
En février 1984, la dissolution de l'ONIMET (office national interprofessionnel de médecine du travail) et la dévolution de ses missions aux services de santé, va conduire à la création des services de services de médecine du travail dans tous les secteurs sanitaires et tous les CHU (Centres Hospitaliers Universitaires) suite à un arrêté du ministre de la santé en date du 25 novembre 1984 d'abord, puis par la loi 88-07 du 26 janvier 1988 relative à l'hygiène, à la sécurité et à la médecine du travail. Cet arrêté confiait aux services de médecine du travail la mission de prendre en charge les activités de médecine du travail à l'échelle de leurs zones géographiques de compétence en intégrant dans leurs programmes de travail les activités des centres de médecine du travail et des centres médico-sociaux.
Afin d'atteindre ses objectifs les services de médecine du travail s'organisent en fonction de la spécificité locale qui caractérise son secteur sanitaire.
La loi 88-07 du 26 janvier 1988 ainsi que le décret 93-120 du 15 mai 1995 ont permis de définir le cadre organisationnel qui permet aux entreprises soit un service d'entreprise, soit de participer à la création d'un service interentreprises ou avoir recourt aux prestations d'un service interentreprises des secteurs sanitaires, ou encore d'avoir recours à une structure compétente ou à un médecin habilité. Actuellement la médecine du travail est assurée selon le cas, par les services des Centre Hospitalo-universitaires, par les secteurs sanitaires, et par certains services d'entreprises. Cependant l'évaluation est difficile. En effet on note que dans certaines entreprises la médecine du travail est encore assurée par des médecins généralistes transitoirement habilités par la loi recrutés et gérés par ces entreprises. Quant au secteur privé, sa diversité, sa dispersion et son développement rapide fait qu'il reste encore assez mal couvert par la médecine du travail.
Du point de vue législatif, la création d'un service de médecine du travail au sein de tout organisme employeur est obligatoire lorsque le temps nécessaire à un médecin du travail pour exercer sa mission est égal ou supérieur à une heure par mois pour dix travailleurs exposés ou une heure de travail pour quinze travailleurs exposés. Ces horaires peuvent être augmentées compte tenu de critères ayant trait à la nature de l'activité, à la taille et à la situation géographique de l'organisme employeur et ce conformément aux objectifs arrêtés par la planification sanitaire. Lorsque ces normes ne sont pas réunies, la médecine du travail est assurée par des structures compétente publique ou privée ou des personnes habilitées. La création d'un service inter-entreprises de médecines du travail s’effectue sur une base territoriale et en fonction de critère de proximité et de concentration. Cette structure compétente doit avoir une activité exclusivement orientée vers la médecine du travail. Par ailleurs la médecine du travail peut être exercée à titre privé par tout médecin justifiant d'un diplôme de médecine du travail.
La médecine du travail en Algérie étant préventivo-curative existe actuellement au niveau de tous les secteurs sanitaires ainsi que des centres hospitalier universitaires. Si la mission des services de médecine du travail des secteurs sanitaires est uniquement dévolue à la prise en charge des travailleurs, celle du des services hospitalier universitaire consiste non seulement à la prise en charge médicale de la population ouvrière mais aussi l'enseignement de cette discipline.
Ces services de médecine du travail dirigé par un spécialiste en médecine du travail sont chargés des activités suivantes:
• Les visites médicales d'embauché, les visites médicales périodiques et les visites médicales spontanées.
• La surveillance de l'adaptation des travailleurs à leurs tâches et le cas échéant leur réadaptation et leur rééducation professionnelle.
• L’éducation sanitaire en milieu de travail
• Le dépistage, le diagnostic et le traitement des maladies professionnelles.
• L’identification des risques professionnels et l'établissement de la carte sanitaire concernant ces risques.
De plus le service de médecine du travail devra s'organiser en vue de:
• Prêter un concours et une assistance technique aux organismes employeurs pour l'élaboration et la mise en œuvre de programmes en matière de protection de la santé des travailleurs.
• D’entreprendre à la demande des organismes employeurs ou sur leurs propres initiatives des enquêtes de type épidémiologiques pour le dépistage des maladies professionnelles et des maladies à caractères professionnelles.
• De tenir un fichier de l'ensemble des entreprises et unités placés dans l'aire géographique du secteur sanitaire quel que soit la nature de leurs activités.
Professeur BOUKERMA Ziadi
chef de service de Médecine du travail de 1984 à 2018
ex vice doyen chargé de la post graduation (faculté de médecine : Sétif)
ex président du conseil scientifique du Centre Hospitalier Universitaire de Sétif
ex membre du conseil d'administration du Centre hospitalier universitaire de Sétif
ex président de la Société Algérienne de Médecine du Travail
ex membre du conseil d'administration de l'université Farhat Abbas Sétif1
ex vice-président du comité de l'éthique et de la déontologie de l'université Farhat Abbas Sétif1
ex membre de L'International Comission on Occupationnal Health
Le service de médecine du travail du centre hospitalier universitaire de Sétif créé par le Professeur Ziadi BOUKERMA en septembre 1984, assure des prestations de service, en matière de médecine du travail, à différentes entreprises occupant plus de 15000 travailleurs de différents secteurs d'activités (secteur tertiaire, secteur industriel, secteur du bâtiment et des travaux publics et secteur des services).
En plus de ses activités médicales, le service assure la formation de médecins généralistes, de médecins du travail ainsi que des activités de recherche.