LES ARTS DE L’islam
Dans un port à Constantinople, Jean et son père Mohamed montaient à bord d’un bateau pour aller au Mali. Tout avait commencé la veille, quand le père de Jean lui avait expliqué qu’ils allaient au Mali.
“Mon cher garçon”, dit-il, “Tu sais bien que je n’ai pas pu être avec toi ces derniers jours puisque j'avais beaucoup de travail.
Après la mort de ta maman, je suis devenu architecte. Je travaille sur la construction d'un grand monument en sable au Mali. Maintenant que les entrepreneurs et moi-même avons terminé les plans, je vais devoir aller là-bas.”
En voyant l'expression de tristesse sur le visage de son fils, une assiette bleue dans les petites mains d’un garçon de dix ans, le père s’écria :
“Mais bien sûr que tu viens avec moi, pour rien au monde vais-je te laisser seul.”
“Est-ce que je peux ramener l’assiette de maman ?” demanda le petit garçon.
“Oui, bien sûr.”
Et c’est comme ça que l’aventure de Jean commença.
Au moment où ses pieds touchèrent le bateau, il sentit une profonde tristesse, même s'il allait partir pour une année. Jean devait être brave pour son père.
Un mois plus tard, un garçon et son père descendirent d’une locomotive dans une station de train du Mali.
Jean était tellement intrigué, ce n’était pas comme Constantinople où il vivait. De grands monuments blancs s'élevaient du sol brun clair.
Le soleil brillant frappait son visage comme pour lui dire bienvenue. Et soudainement, Jean éclata en sanglots.
Un moment après, Jean avait arrêté de pleurer et il marchait avec son père, qui parlait, comme d’habitude, de son projet.
“Alors tu vas venir avec moi sur le chantier de la mosquée de Djenné, puis je vais avoir une conférence avec le chef, j’espère que tu vas bien te comporter.”
Mohamed continua à parler, mais Jean n'écoutait pas. Il était dans un autre monde. Et c’est pour ça que Jean ne vit pas que son père n'était plus à côté de lui et qu'il ne lui tenait plus la main.
Et c’est seulement cinq minutes plus tard, quand il voulut demander une pomme à son père, qu’il se trouva nez à nez avec une fille en short, un grand sourire sur son visage pâle et les cheveux marron foncé.
C'est alors qu’elle commença à parler :
“Hmmm... je vois que tu t’es perdu”, dit-elle en soulevant une mèche de cheveux de son visage.
La fille, qui s’appelait Eloïse, ne lui laissa pas le temps de répondre.
Elle continua en le regardant d’un air contrarié :
“Au nom de la loi, vous devez être avec un membre de la famille ou au moins un adulte !” dit-elle, affolée. “Ah, j’ai compris, tu les as perdus, n'est-ce pas ?”
“Vous avez tout compris, j’ai perdu mon père et je viens juste d'arriver”, dit Jean. “Peux-tu m’aider à le retrouver ?”
“Oui”, répondit-elle sans hésiter, “j’ai toujours voulu être détective !”
“Cela est sérieux !” cria le garçon, furieux.
Pendant ce temps, sur le chantier, Mohamed pleurait toutes les larmes de son corps. Perdre sa femme avait été une tragédie pour lui, mais perdre son fils, le cadeau de sa femme, était pire encore.
Jean et Éloïse, eux, essayaient de trouver une solution. La jeune fille eut alors une idée brillante :
“Jean ! Jean ! J’ai une idée, mais elle va seulement marcher si tu as quelque chose de précieux.”
Sans attendre sa réponse, elle ouvrit la petite valise rigide du garçon et commença à fouiller.
Choqué, Jean la regarda les yeux ronds. Cependant, il s'énerva quand Éloïse voulut sortir son assiette bleue du sac. Il lui expliqua qu’avant de mourir, sa mère la lui avait offerte, comme cela se faisait dans la famille depuis des générations.
“Je comprends”, dit-elle, “commençons à marcher, peut-être que nos idées seront plus claires.”
Ce qu’ils ne savaient pas, c'est qu’un garçon qui les observait avait vu l’assiette et était vert de jalousie.
Alors qu’ils marchaient dans les rues de la ville, ils eurent plusieurs idées qui, hélas, étaient toujours en relation avec l’assiette en céramique.
Soudainement, le jeune inconnu leur sauta dessus et commença à tirer le sac de toutes ses forces. Mais Jean ne se laissa pas faire et réussit à garder le sac près de lui.
Le petit voleur s'éloigna en courant et se cacha au coin de la rue. Il pouvait toujours les observer et les entendre discrètement.
Justement, en écoutant leur conversation, il comprit que le petit Européen avait perdu son père et était de plus en plus anxieux. Il se sentit extrêmement coupable.
Alors il décida de les aider de la façon qu’il pouvait. Son père avait une automobile qui leur serait utile.
Pendant qu’il pensait aux différentes manières de les aider, les deux enfants s'éloignaient.
Il courut pour les rattraper, mais cette fois, ce n'était pas pour leur voler l’assiette, mais pour s’excuser.
“Excusez-moi”, commença-t-il, “je m’appelle Léonard, je voulais vous dire que je suis vraiment désolé d’avoir tiré votre valise. Je n’ai pas pensé avant d’agir, je regrette mes actions, alors je voudrais vous aider. Mon père a une automobile et pourrait t’amener là où se trouve ton père.”
Jean ne savait pas quoi dire, il était un peu sceptique : pourquoi le garçon qui avait essayé de voler sa valise voulait-il soudainement l’aider ?
Il interrogea Éloïse du regard et elle hocha la tête.
Une dizaine de minutes plus tard, les trois enfants étaient confortablement assis dans une automobile en direction du chantier de construction.
En sortant de la voiture, Jean vit la silhouette de son père entourée de nombreux policiers.
“Papa !” s'écria Jean en lui sautant dans les bras. “Je t’ai retrouvé grâce à l’assiette de maman.”
Fin