Pendant près de 70 ans, de 1952 à 2020, l'usine de la Société de Traitement Chimique des Métaux (STCM), filiale du groupe Eco-Bat, a fonctionné au 30-32 avenue de Fondeyre, en plein cœur du quartier Barrière de Paris-Minimes Nord à Toulouse.
Ancien site de l'usine STCM. Source : L'Opinion Indépendante
Son activité principale était la récupération et le traitement de batteries usagées, un processus industriel lourd exigeant la fonte de plomb.
Aujourd'hui, l'usine est fermée, mais son héritage demeure. Les particules de plomb rejetées par les cheminées industrielles se sont déposées au fil des décennies. Les sols de notre quartier, dans un rayon de plusieurs centaines de mètres autour de l'ancien site de l'avenue de Fondeyre, sont lourdement et durablement contaminés par ces retombées atmosphériques.
Pourtant, le quartier est aujourd'hui en pleine mutation, avec l'arrivée de la 3ème ligne de métro et un fort développement immobilier qui se superpose directement à cette zone polluée.
Comment le plomb s'est-il retrouvé dans les jardins et les parcs du quartier ?
La pollution ne provient pas d'un déversement accidentel, mais d'une diffusion chronique sur plusieurs décennies. Lors de la fonte des batteries, de fines particules de plomb et d'autres métaux lourds étaient rejetées dans l'atmosphère par les cheminées de l'usine.
Portées par les vents dominants, ces poussières toxiques se sont dispersées avant de retomber et de s'infiltrer dans la terre. Ce processus invisible a progressivement et durablement contaminé les sols extérieurs - des jardins privés aux espaces publics - dans un rayon de plusieurs centaines de mètres autour du site.
Il a fallu attendre de nombreuses années pour que l'ampleur du problème soit officiellement communiquée aux habitants.
En 2022, l'Agence Régionale de Santé (ARS) a franchi un cap en envoyant plus de 12 000 courriers aux familles riveraines. L'objectif : informer de la contamination au plomb des sols, alerter sur les risques sanitaires (notamment l'impact sur le développement cognitif des enfants) et proposer des dépistages par prise de sang (plombémie).
Les différentes études environnementales menées par des cabinets d'expertise (comme Aquila ou Antea Group) ont cartographié l'étendue des dégâts. Leurs rapports confirment l'existence de vastes zones de sols extérieurs où les concentrations en plomb dépassent largement les seuils d'alerte.
Face à ce risque sanitaire avéré, la réponse des pouvoirs publics se concentre sur l'évaluation des risques et la prévention individuelle, plutôt que sur la réparation.
Les documents officiels (Plan de gestion, rapports à la DREAL) ne prévoient pas d'excavation systématique ni de dépollution des terres contaminées dans les zones résidentielles. À la place, les autorités recommandent des "gestes d'hygiène" :
Se laver les mains fréquemment.
Nettoyer les intérieurs à la serpillière humide.
Ne pas consommer les légumes cultivés dans son propre jardin.
Éviter de laisser les enfants jouer sur la terre nue.
Pour les habitants, ces mesures transfèrent la charge et la responsabilité de la sécurité sur les individus, sans régler le problème à la source.
Face à une communication officielle parfois perçue comme anxiogène ou opaque, les riverains s'organisent pour comprendre et agir.
Le Comité de Quartier Minimes-Barrière de Paris, actif depuis longtemps sur ce dossier, a créé un atelier dédié à cette pollution afin de récolter un maximum de documents précisant cette pollution. Le Comité, étant membre de la Commission de Suivi de Site (CSS), dont la STCM fait partie, a continué à faire remonter les insuffisances pointées par les habitants.
Ces mêmes habitants ont décidé de créer le Collectif Toulousain contre la Pollution au Plomb (CTPP31) et lève actuellement des fonds.
Pour vous permettre de vérifier les faits par vous-mêmes, voici les accès directs aux documents et communications des autorités publiques concernant le site de la STCM :
Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL Occitanie) : Commissions de Suivi de Site (CSS) Fondeyre - Rapports et comptes-rendus Cet espace rassemble les résultats des investigations menées sur les établissements sensibles, ainsi que les courriers officiels de la préfecture concernant la gestion de la pollution au plomb.
Agence Régionale de Santé (ARS Occitanie) : Surveillance sanitaire du site industriel de Fondeyre (STCM) à Toulouse. Page officielle détaillant les campagnes de dépistage du saturnisme (plombémie) et listant les recommandations sanitaires d'hygiène destinées aux riverains (courriers de 2022).
Ensemble des documents recueillis à ce jour : Documentation