WITCHORIOUS
A travers ses chansons, Witchorious nous parachute dans une ambiance sombre et trippante où règne le chaos. Leurs riffs envoûtants vous plongent dans les ténèbres de votre esprit, où vous ne trouverez aucune réponse. Line-up : Antoine (guitare/chant), Lucie (basse), Paul (batterie). Entretien avec Lucie Gaget :
Votre premier album est sorti en début d’année chez l’excellent label italien Argonauta Records, et il a été produit par Francis Caste au studio Sainte-Marthe. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a beaucoup fait parler. On appelle ça un démarrage en trombe ou je me trompe ?
Nous sommes vraiment ravis des retours que l’album a reçu, qui ont largement dépassé nos attentes. Nous avons eu la chance de collaborer avec Angie de NRV Promotion, ce qui a permis à l’album d’être mis en avant dans de nombreux médias. Le soutien d’Argonauta Records a également été un atout précieux pour sa promotion ! Nous sommes extrêmement reconnaissants envers tous ceux qui ont parlé de l’album, écrit des chroniques, assisté à nos concerts, et qui continuent de nous soutenir. Grâce à eux, ce premier album prend vie et rencontre son public !
On peut aisément vous classer dans la catégorie Doom Metal mais lorsqu’on écoute attentivement ces neuf titres, on entend des influences Stoner, Post Metal voire Black Metal. C’est juste une évolution naturelle de votre son ou c’est juste une envie de votre part d’explorer d’autres sonorités ?
Lorsque nous avons fondé le groupe, l'objectif principal était de créer un projet de doom. Bien que l'influence de groupes comme Black Sabbath ou Monolord soit évidente, nous ne souhaitions pas simplement les imiter. Au fil du temps, d'autres influences ont naturellement émergé dans notre musique, notamment un aspect stoner, mais aussi des sonorités plus contemporaines comme le post-metal ou le black metal. Nous étions également attirés par l'idée d'intégrer plusieurs voix, des guitares ambiantes et des sons un peu étranges. L'idée était de conserver la pureté et la puissance des morceaux tels qu'ils sont joués sur scène en trio, tout en y ajoutant une touche d'envoûtement propre au travail en studio.
Ce premier album est très mature dans les compositions comme dans sa production. Quel a été le processus d’écriture et comment avez-vous décidé de la direction musicale à prendre ?
Au départ, on jouait dans un groupe plutôt orienté hard rock, mais au fil du temps, on s’est rendu compte que ça ne correspondait plus à ce qu’on écoutait vraiment. On a eu envie de quelque chose de plus lourd, plus sale, plus intense. C’est là qu’on a décidé d’ajouter plus de fuzz, de pousser les riffs et d’aller explorer de nouvelles sonorités, en particulier au niveau des voix. C’est aussi à ce moment-là qu’Antoine a commencé à expérimenter avec le scream, ce qui a ouvert la voie à des parties vocales saturées. Cette évolution a vraiment apporté une nouvelle dimension à nos morceaux, leur donnant plus de profondeur et de diversité. En ce qui concerne notre façon de composer, c’est principalement Antoine qui lance les premières idées. Il arrive avec une base de morceaux qu’on prend le temps de retravailler ensemble, chacun amenant ses idées et ses influences.
Vous avez eu l’occasion de le défendre sur scène aux côtés de groupes comme Hippie Death Cult, Mars Red Sky, Eyehategod ou bien Monkey 3, que vous allez retrouver bientôt à Paris et à Nantes. Un joli palmarès malgré votre jeune âge n’est-ce pas ?
Partager la scène avec des groupes que nous admirons a été une expérience incroyable et marquante pour nous. J’ai été particulièrement heureuse de jouer aux côtés de Hippie Death Cult à Lille lors de cette soirée organisée par Roaring Tubes. C’est un groupe pour lequel j’ai une grande affection. Je les avais découverts lors de leur performance au Desertfest d'Anvers en 2022, qui reste l'un de mes sets préférés de tout le festival. Nous attendons aussi avec impatience nos prochaines dates avec Monkey3, au Backstage by the Mill à Paris et au Ferrailleur à Nantes. Ces deux concerts seront les derniers de notre tournée 2024, et c’est une belle façon de clôturer cette année intense. Nous sommes très reconnaissants à Garmonbozia pour leur confiance pour ces deux dates.
Parlons un peu de toi. Comment as-tu découvert la musique et qu’est-ce qui a déclenché chez toi l’envie d’être musicienne ?
J’ai grandi dans une famille où la musique faisait partie intégrante de notre quotidien. Mes parents étaient de grands fans, et avec Paul, mon frère, qui est à la batterie, on a été immergés dans cet univers dès notre naissance. Mon père est bassiste, du coup, j’ai été en contact avec cet instrument très tôt, ce qui a forcément marqué mes premières influences. Quand j’ai demandé à mon père de m’apprendre à jouer, il m’a mis une basse dans les mains en m’expliquant « Ça, c’est un do, ça c’est un ré, et avec juste ces deux notes tu peux déjà jouer plein de morceaux de rock. ». S’en est suivie une liste de morceaux que j’ai oubliés, mais ce moment a vraiment dédramatisé l’instrument et m’a fait réaliser que, finalement, je pouvais en jouer sans trop de pression. À l’époque, j’étais fan des Ramones et fascinée par Dee Dee Ramone. Son jeu était simple, direct, intense. Ça m’a vraiment donné envie d’essayer, et je me suis lancée. Au début, c’était surtout des reprises des Ramones, des Sex Pistols, des Pogues...C’est comme ça que j’ai commencé et, au final, ça m’a bien plu. Et voilà, petit à petit, ça m’a amenée là où je suis aujourd'hui.
A ton avis, comment trouver sa place dans un groupe lorsque l’on est une jeune femme ? Quelle est ton expérience personnelle à ce sujet ?
Pour moi, l’essentiel est de rappeler qu'en tant que femme dans un groupe, je ne cherche pas à trouver une place : je suis là pour faire de la musique, comme n’importe quel membre du groupe, homme ou femme. Bien sûr, j'ai vécu des expériences désagréables, mais j'ai compris que l’important est de s’entourer des bonnes personnes, qui respectent mon travail et reconnaissent ma légitimité. Quand le reste du groupe est bienveillant et inclusif, on n’a pas à "trouver" sa place : elle est là, naturellement !
As-tu d’autres façons de t’exprimer artistiquement que la musique ?
J’ai toujours aimé écrire, je me suis même essayée à l’écriture d’un roman il y a quelque temps. Une expérience peu concluante ! Mais la musique reste mon moyen d’expression principal, que ce soit avec Witchorious, mais pas seulement. J’aime écrire des morceaux plutôt dark folk, dont je ne fais rien pour l’instant, mais un jour peut-être !
Y a-t-il un morceau qui te tient particulièrement à cœur sur cet album ? Et pourquoi ?
Sur cet album, le morceau Eternal Night occupe une place spéciale pour moi, car c'est l'un des tous premiers que j'ai pu composer. Au départ, je n'étais pas très sûre de le mettre sur l'album, mais Antoine et Paul m'y ont encouragée, et aujourd'hui je suis vraiment contente du résultat et très touchée par les retours reçus sur ce titre. Ce morceau est très personnel, et c’est toujours un peu étrange de se livrer de cette manière. J'apprécie aussi particulièrement de le jouer en live, car c'est là que je peux utiliser mon thérémine !
Pour finir, un mot sur la pochette, elle aussi évocatrice et à la symbolique très forte sur votre univers. D’où est venue l’idée ?
Pour la pochette, nous avons finalisé l’artwork très en amont, avant même d’avoir composé la majorité des morceaux. Nous avons fait appel à Vaderetro pour imaginer une illustration représentant une vieille ville malade, sous l’emprise de forces maléfiques et parsemée de symboles occultes. Cette image résumait les métaphores et les thèmes que nous voulions explorer dans l’album. Ils ont fait un boulot incroyable ! En réalité, cet artwork est même devenu une source d’inspiration majeure pour les morceaux que nous étions en train de composer.
Le site : https://www.facebook.com/Witchorious
Arno Jaffré