DEMANDE A LA POUSSIERE
A l’occasion de la sortie de leur nouvel album « Kintsugi », Neil (bassiste) nous fait le plaisir d’échanger autour de cette nouvelle étape pour son groupe Demande A La Poussière !
Xavier : Salut Neil ! Merci pour ton temps! Donc si j'ai bien compris, c'est la sortie de votre 3ème album. Est-ce que tu peux nous faire un petit résumé du parcours de Demande A La Poussière, de ton parcours aussi, de vos motivations ?
Neil : Salut ! Demande A La Poussière, c'est un groupe qui a été créé à la base pour un projet studio. C'est né de la volonté de Christophe Denhez, qui était l'ancien chanteur, de faire un album avec Jeff Grimal, sur des thèmes littéraires. Ils s'étaient retrouvés autour d'une envie de musique un peu déstructurée. Jeff avait pas mal de riffs qui traînaient dans les tiroirs et ils ont fait un album avec cette base et, finalement, le truc sur lequel ils se sont retrouvés, c'était une espèce d'écriture réaliste inspirée de « Ask the Dust », le bouquin de John Fante, qui est une espèce de bouquin de littérature réaliste. Cela se passe dans une Amérique désabusée des années 30. Entre ça et des thèmes qui sont beaucoup plus ésotériques, le premier album est né de ces réflexions. Cela devait être seulement un one-shot studio, puis finalement le projet a fait un petit peu de bruit et il y a eu des dates qui ont été proposées et un line-up qui a été créé pour l'occasion, pour faire du live, et donc le groupe est devenu un groupe de live.
J'ai pas fait partie du line-up initial dans la mesure où je n’ai pas enregistré cet album, mais j'ai été appelé pour faire les premiers lives, après qu'un premier line-up ait avorté.
Ok. Et là aujourd'hui, avec la sortie de ce troisième album, est-ce qu'on est dans quelque chose qui est dans la continuité des deux précédents, en termes de direction artistique ?
Il y a une rupture simplement via le changement de chanteur. Cela change déjà beaucoup de choses, et il y a une volonté de faire quelque chose de plus compréhensible, de plus axé sur le texte. En fait l'album a été créé de façon un peu différente. Le chanteur et moi, on était beaucoup sur la route pour des problèmes personnels. J’ai passé énormément de temps en train, entre ma famille ici et le sud de la France, et j'ai écrit, j'ai écrit, j'ai écrit, j'ai écrit des tas de textes, qui à la base étaient des textes qui tenaient par eux-mêmes, qui étaient un peu de la poésie - c'est un bien grand mot - mais qui se voulaient être des textes autonomes.
Et finalement, courant 2023, on a rassemblé ça avec de la musique qu’Edgar, le guitariste, et Vince, le batteur, avaient commencé à poser, à créer, et on a fait la musique autour du texte. On a eu beaucoup de matière finalement, donc on a eu le luxe de pouvoir choisir dans les textes et de pouvoir associer des musiques qui allaient le mieux possible avec les thématiques abordées. Elles sont beaucoup moins ésotériques que celles de l'album d'avant, plus de l'ordre de la reconstruction de soi, des blessures émotionnelles, des blessures intimes, on est plus sur des choses humaines, on va dire.
C'est intéressant cette démarche de construction de vos compos, avec l'écriture en premier et la musique par-dessus, le commun des mortels en musique ferait plutôt l'inverse, non ?
C'est vraiment les circonstances qui ont fait les choses, mais pour le coup c'était super intéressant, et tout le monde a vraiment bien joué le jeu, donc c'était cool. Je ne vais pas dire que c'était thérapeutique pour moi d'écrire, mais j'avais vraiment des choses à coucher sur le papier. Et la relation de confiance qu'on a avec les musiciens font que j'ai pu dire, voilà, ce texte il est là.
Les textes sont quand même un petit peu imagés, métaphoriques, tu as beaucoup de sens cachés, et à partir de là c'est eux qui ont décidé d'en faire quelque chose ou pas. C'est un boulot qui n'est peut-être pas à la portée de n'importe quel musicien qui plus est débutant sur un premier album, parce qu'autant d'aller un petit peu au pif, improviser des riffs, et puis de dire, allez vas-y, on tape un truc par-dessus, ça marche, autant te dire, j'ai tel texte, qu'est-ce que ça m'inspire musicalement, et comment je le construis, c'est une autre paire de manches.
« Kitsungi », ça vient de quoi ? C'est quoi la signification derrière le titre de cet album ?
C'est l'art japonais de réparer les faïences, les poteries avec une laque saupoudrée d'or, avec cette espèce de métaphore de reconstruction de soi. A partir de quelque chose de brisé, on arrive à faire quelque chose de plus beau, d'unique et le plus résistant.
Quelles sont tes impressions sur les retours que tu as pu avoir ? Des gens qui l'ont écouté ? Est-ce que vous avez eu quelques retombées en termes de dates ? Est-ce que vous avez une tournée à venir ? C'est quoi la suite ?
On a fait déjà une tournée avec Vespérine en mai, qui était super cool. Maintenant, on a des retours qui sont plutôt positifs sur l'album. On va se débrouiller pour essayer de construire la tournée pour fin d'année, début d'année prochaine, et essayer de taper des dates intéressantes sur 2025.
Pour finir, je suis bassiste aussi et chanteur. Je trouve remarquable cette place de parolier, de compositeur des paroles dans un groupe pour un bassiste. Aujourd'hui, après avoir écrit ces paroles-là, est-ce que ça t'a donné envie de creuser un petit peu plus cet axe-là et de ne plus seulement être le bassiste, mais aussi d'être vraiment un créateur dans ce projet-là ou pareil, c'était un one-shot ?
C'est un projet dans lequel le processus de création est assez fluide. Je trouve ça super cool. On se propose des choses, je pense qu'on ne se pipeaute pas trop les uns les autres et du coup, la communication est très bonne. Le processus de création, je propose des choses, il y a des choses qui ont été adoptées et j'en suis très fier.
Je suis même ému de ce que les autres ont fait, de choses qui, moi, me touchent vraiment au cœur.
Le processus de création, pour répondre à ta question, moi, je me vois bien le continuer tel quel, c'est-à-dire être force de proposition, amener des choses, amener des thèmes, amener des sujets, balancer ça au milieu des trois autres et que ça donne l'occasion d'avoir des discussions artistiques, de répondre, de traduire ça en mots, en images, en partenaires avec qui on veut travailler.
Le site : https://dalpband.bandcamp.com/album/kintsugi
Kzaf