Le webzine de l'émission METAL
BRUCE DICKINSON
The Mandrake Project
(BMG)
J’ai un peu le sentiment que si je présente Bruce Dickinson, je vais donner l’impression de prendre nos lecteurs pour des lapins de 3 semaines…
Je vais faire super rapide pour situer, vraiment juste pour ceux qui débarquent dans le monde du rock et metal depuis très très, mais alors vraiment très peu : c’est le pilote du 747 d’Iron Maiden. C’est aussi un escrimeur assez talentueux, et puis il écrit des bouquins marrants aussi et fait des conférences.
Ah, et, à ses heures perdues (sur le sommeil, visiblement), c’est le chanteur d’Iron Maiden, en plus de leur pilote, depuis un bon moment maintenant, plus de 40 ans, avec un petit break de quelques années avant de revenir, pour le plus grand plaisir des fans, malgré un intérim de Blaze Bailey, à l’époque, tout à fait honorable.
Et, à ses autres heures perdues (mais où les trouve-t-il ?), il fait aussi des albums en dehors de Maiden.
7 albums, incluant celui qui nous intéresse ici, qui arrive 19 ans après le précédent, toujours coécrit et coproduit avec son vieux complice historique des aventures solitaires en dehors de Maiden, Roy Z, qui avait aussi filé un coup de main à un autre chanteur anglais légendaire à l’époque où il avait temporairement été remercié de son groupe, Mr Rob Halford. C’est qu’il a du nez pour dénicher les jeunes talents, ce Monsieur Z.
Chaque album de Bruce Dickinson ayant une identité propre musicalement, c’est toujours intéressant de se plonger dans un nouvel opus et découvrir où il nous emmène.
Voyons de quoi il retourne pour “The Mandrake Project”, millésime de cette année 2024.
“The Afterglow of Ragnarok”, qui ouvre l’album, attaque dans une démarche de groove et d’ambiance plutôt que d’impact car on va nous raconter une histoire tout au long des 10 titres qui en composent la tracklist. Il existe d’ailleurs un comic book autour de ce projet.
Au fur et à mesure que le morceau avance, on y trouve des éléments de plus en plus heavy et on sort un peu des approches du “classic british heavy metal” pour y intégrer des éléments un peu plus modernes, notamment à la voix.
“Many Doors To Hell” emprunte presque à des formules que les héritiers de Maiden ne renieraient pas, Tobias Sammet et son Avantasia en tête, incluant des refrains et ambiances plus pop, au milieu de riffs classiques et toujours aussi efficaces. C’est super bien fait et ça sent les chants du public en live à plein nez.
Les formules sont classiques, le son de l’album aussi, on est en territoire connu, à quelques explorations d’ambiance et de textures près, comme sur “Resurrection Men”, avec ses guitares en riffs clean presque country western. Dickinson semble s’amuser à nous raconter chaque morceau autant qu’à les chanter, son interprétation étant très habitée, quelle que soit son approche narrative, parlée, chantée, voire hurlée, presque growlée ou murmurée de manière inquiétante par moments…
L’album déroule et les morceaux sont toujours intéressants, bien écrits, bien produits, un bon cru quoi !
Force est de constater que la voix est toujours là, l’envie aussi, et que les idées et la créativité ne sont pas en berne.
“Eternity Has Failed” prend 90 secondes avec la voix de Dickinson a cappella, avec juste un rien de percussions et de flûte pour l’ambiance, avant de devenir un de mes morceaux préférés de l’album, heavy et mélodique, tellement prêt pour la scène, et des textures électroniques venant compléter un tableau déjà riche, mais tant qu’à faire, autant avoir Gus G. pour poser un solo.
On revient dans le dur avec “Mistress of Mercy” et son intro et ses couplets presque indus, le morceau restant très mélodique par ailleurs.
C’est d’ailleurs une constante dans l’ensemble de l’album, tout ce qui n’est pas refrain est beaucoup plus expérimental, texturé, et explore un univers musical assez vaste, mais l’ensemble reste très homogène et fluide.
Je passe sur “Face In The Mirror” qui ne m’a pas convaincu outre mesure, non qu’elle soit mauvaise, juste un peu sans surprise, mais elle souffre violemment de la comparaison directe avec la suivante, “Shadow Of The Gods” qui ouvre sur la même approche et, elle, réussit à être plus originale et nettement plus intéressante en prenant le temps nécessaire avec plus de 7 minutes , là ou “Face In The Mirror” n’en dure que 4.
L’album se clôt sur “Sonata (Immortal Beloved)” qui, en 9mn51, nous propose un slow burn ambiant, texturé, progressif et narratif, avec un Dickinson qui privilégie l’interprétation à la performance technique et nous montre une facette de son talent rarement explorée précédemment dans son œuvre pourtant déjà très dense.
L’album a été produit sur 5 ans, et, de temps en temps, j’ai presque l’impression d’entendre ce passage du temps entre certains moments, ou morceaux. Non que ça nuise à la cohérence de l’ensemble, mais le temps fait évoluer les artistes et leur création.
Cet album s’approche mieux si on le traite comme un album de Bruce Dickinson et qu’on oublie, si c’est possible, que c’est aussi l’album du chanteur d’Iron Maiden.
Si sa voix est immédiatement identifiable, son travail ici est infiniment plus varié et subtil, très différent, finalement, hors des contraintes qu’il doit gérer en tant que vocaliste dans un groupe où il n’est pas seul maître à bord, et ce serait dommage de passer à côté de ce “The Mandrake Project” sur un a priori.
Probablement mon album préféré hors Maiden pour Bruce Dickinson, plein de bonnes choses, un ou deux trucs qui m’ont moins convaincu, mais uniquement en comparaison de tout ce que j’ai aimé de cet album, parce que c’est vraiment plein de choses très cools.
Le site : https://www.themandrakeproject.com/
Chris