La couture renaît grâce à une nouvelle génération de créateurs. Sur TikTok, Jack Césaire-Gédéon séduit avec humour et pédagogie. Pour Terafreeeca, il raconte son parcours et défend une couture créative accessible, tournée vers la transmission.
Terafreeca : Bonjour Jack, merci de nous accorder cette interview, d’autant que votre planning doit être bien rempli. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Jack : Tout d’abord, merci de l’intérêt que vous portez à mon travail, j’en suis très honoré. En quelques mots, je m’appelle Jack Césaire-Gédéon, j’ai 42 ans, je suis d’origine guadeloupéenne et bretonne, et j’habite dans le Finistère, dans la ville de Quimper. Je suis artisan couturier, créateur et formateur en couture.
Terafreeca : Avez-vous découvert la couture soudainement ou cette envie a-t-elle grandi au fil des années ?
Jack : Dans ma famille, la couture a toujours été présente. Ma grand mère cousait, ma mère cousait…
Plus tard, j’ai même appris que j’avais un oncle qui était couturier. J’ai donc découvert la couture très jeune. À l’âge de 14-15 ans, je dessinais déjà des vêtements. C’est ma mère qui m’a montré comment utiliser une machine à coudre pour la première fois, car je voulais confectionner un baggy. Ensuite, j’ai poursuivi mes études dans la couture.
Terafreeca : Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amené là où vous êtes aujourd’hui ?
Jack : À la base, je ne voulais pas coudre, mais dessiner. Ma mère en a un peu décidé autrement en m’expliquant que si je voulais devenir styliste, il fallait passer par la couture, et au final, je pense qu’elle avait raison.
J’ai commencé par un BEP Métiers de la mode à Pont-l’Abbé, puis j’ai poursuivi avec un Brevet de Technicien Vêtement Création Mesure à Paris. C’est vraiment là que j’ai appris toute la technique et le métier de tailleur dame.
J’ai commencé par un BEP Métiers de la mode à Pont-l’Abbé, puis j’ai poursuivi avec un Brevet de Technicien Vêtement Création Mesure à Paris. C’est vraiment là que j’ai appris toute la technique et le métier de tailleur dame. J’ai obtenu mon diplôme en 2006, donc cette année, cela fait 20 ans. Malgré la pression et un univers qui m’était totalement inconnu, celui du monde de la mode, j’ai su m’adapter et accumuler des connaissances qui me servent encore aujourd’hui, sans jamais oublier mon rêve de créer ma propre marque un jour. Ce que j’ai fait après mes études, en 2010, avec “NOYZ WEAR”, ma marque de streetwear.
J’ai ensuite travaillé chez un créateur local, pour lequel je créais des robes et participais à des défilés. Après cela, je me suis concentré sur ma première passion, la musique, pendant quelque temps, en parallèle du développement de ma marque.
Je me suis remis à créer des robes grâce à un concours que l’on m’a proposé. Il se déroulait lors d’une grande soirée événement.
J’ai ensuite décidé d’ouvrir mon propre atelier de couture en 2014 à Quimper, qui s’appelait l’atelier “I.Dé à Coudre”. Je l’ai tenu pendant 8 ans. J’y proposais des retouches de vêtements, des cours de couture, je créais des accessoires, des chapeaux, des sacs et des vêtements (robes uniques et prêt à-porter en petite série). J’ai participé et organisé des défilés dans ma région, où j’invitais d’autres créateurs de mode pour me faire connaître. J’ai aussi participé à des concours régionaux pour me challenger.
Ensuite, le Covid est passé par là, et tout s’est calmé… un peu trop même. Et pour ne rien arranger, je me suis séparé de mon ex-compagne à la même époque. J’ai donc rendu mon atelier et j’ai failli arrêter la couture suite à des problèmes de santé liés à la couture, notamment une rhizarthrose.
Je me suis alors lancé sur YouTube, sans but précis au départ, avec une chaîne un peu fourre-tout où je présentais mes différentes passions. Je me suis offert une formation pour réussir plus rapidement sur YouTube, et mon coach de l’époque m’a fortement conseillé de me concentrer sur une niche en particulier plutôt que de m’éparpiller.
Quand je lui ai dit que j’étais couturier, il a tout de suite cru au potentiel d’une chaîne consacrée spécifiquement à la couture.
J’ai donc créé ma nouvelle chaîne YouTube “COUTURE-ADDICT” le 3 septembre 2022, soit presque un an après la première. Aujourd’hui, 3 ans et demi plus tard, j’ai relancé ma micro entreprise.
Je propose des cours en présentiel dans une mercerie de ma ville, je fais des retouches pour une boutique de robes de mariée de créateur, et je vends des formations en ligne pour apprendre toutes les bases de la couture artisanale, de A à Z, depuis chez soi.
Terafreeca : Si votre univers couture était une pièce, serait-ce plutôt une veste structurée ou un vêtement libre et créatif ?
Jack : J’aime bien les deux. J’aime l’idée d’une pièce créative, mais toujours structurée, et bien sûr avec des finitions impeccables. Beaucoup de créateurs font l’impasse sur l’un ou l’autre.
Terafreeca : Quel a été votre premier « coup de foudre textile », une pièce, un tissu, une création en particulier ?
Jack : Mon premier coup de foudre textile a d’abord été lié au mouvement hip-hop des années 80-90. Dans cette culture, le vêtement a une grande importance et fait partie intégrante de cet univers. Je pense notamment à des créateurs comme Dapper Dan, qui habillait les rappeurs et gangsters new-yorkais avec des tenues uniques, faites sur demande et confectionnées à partir de tissus de grandes marques de luxe. En gros, il détournait ces tissus pour en faire des vêtements streetwear uniques.
Ensuite, il y a eu l’essor des marques de streetwear comme FUBU, Sean John, Rocawear, Dia, Triiad, Bullrot… Ce n’est que plus tard, à l’école, que je me suis réellement intéressé aux grands créateurs de mode.
Terafreeca : Y a-t-il un projet couture dont vous êtes particulièrement fier, celui que vous garderiez précieusement dans votre armoire ?
Jack : Tous (rires). Comme j’ai tendance à créer des pièces uniques, j’ai souvent envie de tout garder, un peu comme des œuvres. Plus sérieusement, je viens de terminer une veste en jean qui m’a pris des heures de travail et dont je suis très fier. C’est un projet qui a commencé il y a 7 ans dans mon atelier et qui a finalement pris vie en 2026. Celle-là, je pense que je vais la garder, car je ne saurais même pas lui donner un prix
Terafreeca : Vous êtes arrivé sur TikTok le 19 janvier 2025, à en croire votre première vidéo. Qu’est-ce qui vous a donné envie de partager votre bonne humeur et votre savoir-faire sur ce réseau ?
Jack : En vérité, je suis sur TikTok depuis plus longtemps. J’avais un premier compte couture qui s’appelait déjà comme celui-ci, mais je n’étais pas assez assidu. Alors, en janvier 2025, j’ai décidé de lancer un compte secondaire et d’être vraiment actif, c’est-à-dire de ne pas laisser passer des semaines sans rien publier. Aujourd’hui, c’est devenu mon compte principal. Je suis sur TikTok depuis 2022 avec des comptes personnels, donc je connais bien la plateforme. Je n’ai pas eu de mal à y partager ma bonne humeur, qui est naturelle, ainsi que mon savoir faire que je transmets depuis 2014 en présentiel. J’ai donc une certaine expérience dans ce domaine. On va dire qu’il m’a fallu environ deux ans avant de me sentir vraiment à l’aise avec la plateforme, et c’est à ce moment-là que je m’y suis mis sérieusement, il y a un peu plus d’un an.
Terafreeca : La couture reste encore perçue comme un univers très féminin. Quel regard portez-vous sur cette réalité aujourd’hui ?
Jack : Pourtant, les grands couturiers sont en grande majorité des hommes… (rires). Avec l’essor des réseaux sociaux, je trouve que l’on voit de plus en plus d’hommes se mettre à la couture, et je dirais même qu’aujourd’hui, c’est encore plus facile pour les garçons, car il y a moins d’a priori. Les esprits s’ouvrent, et cela va dans les deux sens, ce qui est une bonne chose.
Terafreeca : Toujours avec votre humour et votre bonne humeur, vous avez épinglé une vidéo intitulée « Huggy les bons tuyaux ». Vous vous positionnez comme une véritable source d’astuces : cherchez-vous avant tout à transmettre un savoir-faire ou à marquer les esprits ?
Jack : Rien de mieux que de transmettre un savoir-faire tout en marquant les esprits ! En réalité, la niche de la couture est saturée. Il y a beaucoup d’amateurs, de passionnés ou de professionnels qui transmettent leur savoir autour de la couture. Le meilleur moyen de se démarquer, c’est donc de marquer les esprits, et pour cela, il existe plusieurs façons de faire. J’expérimente, je teste, mais le plus important reste de rester authentique. C’est vraiment mon mot d’ordre.
Terafreeca : Créer du contenu, c’est un peu comme monter un patron : quelle est votre méthode pour passer d’une idée brute à une vidéo qui fonctionne ?
Jack : La méthode, c’est de tester et recommencer, de ne pas se décourager et d’oser sortir la caméra dès qu’on a une idée. Ce sont souvent les vidéos tournées sans cadrage parfait, sans script, qui fonctionnent le plus. Mais la mise en scène a aussi son importance. Les gens aiment écouter des histoires, donc j’essaie de détourner cela pour que ça fonctionne en couture (j’apprends encore). Mon avantage, c’est que je fais de la vidéo depuis 2006 grâce à la musique (clips, making-off, etc.), donc j’ai déjà une certaine expérience dans ce domaine.
Terafreeca : Sur votre site, vous proposez des ouvrages, des cours, des formations ainsi que des lives pour votre communauté. Comment parvenez-vous à tout gérer au quotidien ? Auriez-vous des conseils pour celles et ceux qui souhaitent se lancer et devenir « Créateur visible » ?
Jack : J’essaie de m’organiser en créant des plannings de tournage pour YouTube, TikTok, les formations, etc. Des fois, j’ai l’impression de travailler plus sur l’ordinateur que sur ma machine, et ce n’est pas faux (mais j’aime ça). C’est un travail en plus de la couture, les réseaux, et parfois c’est un peu stressant, mais j’aime aussi travailler dans l’urgence. Ce que je conseille à celles et ceux qui voudraient se lancer en tant que créateurs visibles, c’est d’abord de croire fort en eux, mais surtout d’essayer de se différencier des autres, d’apporter leur patte. Au début, on peut s’inspirer de ce qui fonctionne, mais il faut toujours y ajouter une touche personnelle. Et surtout, rester vrai.
Terafreeca : Quels projets êtes-vous en train de “tailler” pour la suite ?
Jack : Je continue d’essayer de faire grandir ma communauté et de rediriger les gens vers ma chaîne YouTube, qui est la maison mère. Une chaîne que j’aimerais emmener le plus loin possible avec de vrais concepts, pourquoi pas des voyages pour découvrir la couture à travers le monde. Je souhaite continuer à proposer du contenu inspirant, des formations en ligne, et à plus long terme, relancer ma marque.
Terafreeca : Enfin, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui hésite encore à enfiler sa première aiguille ?
Jack : Si la personne hésite, ça veut dire que, quelque part, elle a quand même envie d’essayer. Je lui dirais d’essayer d’abord, parce qu’on ne peut pas savoir si on n’essaie pas.