Le marché de Noël en Alsace n'a pas conquis sa réputation par accident. Elle l'a construit sur quatre siècles de continuité que peu de régions européennes peuvent revendiquer. Le sapin de Noël décoré tel que le monde entier le pratique aujourd'hui est apparu à Sélestat en 1521 : les registres municipaux de la ville consignent les dépenses pour surveiller les arbres coupés dans la forêt communale, première trace écrite de la tradition connue. Le marché de l'Avent de Strasbourg suit en 1570, soit plusieurs décennies avant que Vienne ou Nuremberg ne développent les leurs.
Ce qui distingue l'Alsace des autres régions françaises, c'est aussi la géographie. Dans un rayon de 50 kilomètres autour de Colmar, vous comptez plus de quarante marchés distincts entre mi-novembre et fin décembre. Certains durent six semaines, d'autres un seul week-end. Beaucoup s'installent dans des cadres que les marchés urbains d'Île-de-France ou de Bretagne ne peuvent tout simplement pas reproduire : cours de châteaux Renaissance, abbayes gothiques, places médiévales intactes. La Route des Vins qui serpente entre Mulhouse et Marlenheim en relie la plupart, ce qui rend les circuits multi-étapes naturels et peu coûteux en temps de trajet.
La tradition alsacienne des décorations de Noël, les Weihnachtsschmuck, est une industrie à part entière depuis le XVIe siècle. Les souffleurs de verre de Meisenthal, les fabricants de biscuits de Noël des villages du vignoble, les potiers des contreforts vosgiens : l'artisanat local a survécu aux deux guerres mondiales et à la grande distribution. On le retrouve sur les marchés, dans les mains des exposants qui fabriquent eux-mêmes leurs produits, et c'est ce qui fait la différence avec les marchés reconstitués d'autres régions.