« Rejeter la faute sur les parents plutôt que de cibler les dysfonctionnements de l’institution empêche de comprendre les véritables enjeux et de résoudre les problèmes »
Montréal, le 8 novembre 2024
Le 1er novembre dernier, on rapporte dans Le Devoir que des parents membres du conseil d’établissement de l’école Saint-Pascal-Baylon auraient mis « en péril » son fonctionnement « en s’opposant » au cours d’éducation à la sexualité. La Presse reprend le sujet en indiquant que les parents membres du conseil d’établissement se seraient « objectés » à la planification de ce cours. Replaçons les faits dans leur contexte en analysant chronologiquement les procès-verbaux du conseil d’établissement, tout en rappelant que les membres parents y expriment les positions et préoccupations des personnes représentées, et non leurs opinions.
Avant septembre 2024, le conseil d’établissement devait approuver annuellement la planification des cours d’éducation à la sexualité, précisant les personnes chargées de livrer les contenus (qui), les moments répartis d’octobre à juin (quand) et les modalités d’intégration à l’horaire des élèves (comment), selon le procès-verbal du 13 mai 2019. Le 7 juin 2018, l’école annonce que les enseignants ne sont pas obligés de donner le cours d’éducation à la sexualité, « car le contenu peut incommoder certains enseignants à le dispenser », comme en atteste le procès-verbal, ce qui fait allusion à la position syndicale estimant que cet enseignement ne devrait pas leur incomber. Le président d’alors, Abdel Hakim Touhmou, « souligne l’importance d’inclure le nouveau programme dans la grille-matières » pour favoriser la collaboration école-famille ; en ce sens, la direction de l’école précise qu’il y a lieu de prendre en compte les « diversités culturelles, sociales et religieuses », mais décline la demande du président d’informer les parents « faute d’avoir une lettre normalisée », selon le procès-verbal.
Le 11 février 2019, la direction de l’école annonce que « [l]es parents devront être avisés avant l’animation » des cours d’éducation à la sexualité, indique le procès-verbal. Mais aucune information ne leur a été transmise. Peu avant la fin de l’année scolaire, le 13 mai 2019, la direction de l’école soumet une première proposition de planification des contenus, en annonçant que le corps enseignant a décidé de ne pas enseigner lui-même l’éducation à la sexualité et de confier la tâche à des « personnes-ressources » spécialisées, notamment des sexologues, montre le procès-verbal. La direction précise aussi que « le corps enseignant préfère ne pas inclure les élèves de l’éducation préscolaire ». C’est dans ce contexte que le président d’alors invite l’assemblée du 21 mars 2022 à réfléchir sur la pertinence d’enseigner ces contenus aux élèves du préscolaire, soit après leur exclusion du cours. À la séance du 13 mai 2019, le message d’une organisation syndicale est cité, soulignant que « le corps enseignant ne se considère pas expert en éducation à la sexualité », et une membre du personnel précise ne pas être « spécialiste en la matière ». C’est dans ce cadre que le président d’alors « souligne que le seul expert en éducation à la sexualité est le sexologue ».
Une première proposition de planification 2018-2019 est soumise le 13 mai 2019. Ne déterminant ni les personnes-ressources ni les périodes de cours, elle « est rejetée » par le conseil d’établissement (et non pas par les parents) sans que personne demande le vote ou la dissidence, ce qui indique qu’elle est réputée être désapprouvée à l’unanimité. Plus tard, le président d’alors demande qu’une proposition complète soit soumise en début d’année et que les parents soient informés sur l’éducation à la sexualité et les conditions d’exemption prévues par le ministère de l’Éducation, soit quand l’activité risque de nuire psychologiquement à l’élève ou d’affecter une liberté ou un droit fondamental. Mais la demande reste sans suite.
Près de trois ans après, le 21 mars 2022, une seconde proposition de planification 2021-2022 est soumise. Le président d’alors demande si les contenus sont intégrés dans la grille-matières avec une répartition d’octobre à juin, montre le procès-verbal. Dans cette proposition de planification, aucune modalité d’intégration des contenus n’est déterminée, les personnes enseignantes et collaboratrices chargées d’enseigner l’éducation à la sexualité ne sont toujours pas déterminées et les périodes ne sont ni précisées ni réparties d’octobre à juin. Ainsi, « la proposition n’est pas approuvée » par le conseil d’établissement (et non pas par les parents) sans que personne demande le vote ou la dissidence, indiquant qu’elle est réputée être désapprouvée à l’unanimité. Le président d’alors souligne que l’éducation à la sexualité doit tenir compte des réalités socioculturelles et religieuses des élèves et de leurs parents, soit dans une perspective inclusive et adaptée à la diversité du milieu scolaire, et rappelle l’importance d’informer les parents sur les contenus, montre le procès-verbal. Cela est resté sans suite. Bref, en six ans (2018-2024), seulement deux propositions incomplètes de planification des contenus en éducation à la sexualité ont été soumises, alors que le conseil d’établissement en attendait au moins une par an. M. Touhmou, qui a honoré son mandat avec dévouement, a toujours souligné cela, en servant l’intérêt des enfants, des parents et de la communauté éducative. Il a pleinement assumé son rôle et ses responsabilités avec respect, bienveillance et souci du bien-être collectif.
En somme, rejeter la faute sur les parents plutôt que de cibler les dysfonctionnements de l’institution empêche de comprendre les véritables enjeux et de résoudre les problèmes. Il est donc important de rappeler que les représentants des parents au conseil d’établissement de l’école Saint-Pascal-Baylon ont toujours soutenu l’éducation à la sexualité, essentielle pour la santé des enfants et le bien-être collectif, en suggérant même l’intervention de l’équipe de professionnels spécialisés en sexologie de L’Anonyme. Faut-il rappeler que les représentants des parents sont des citoyens bénévoles qui ont à cœur une éducation publique de qualité ? Ils sont animés par le même objectif, peu importe leurs origines : la réussite éducative et le bien-être des élèves, leurs enfants.
Les membres et ex-membres du conseil d’établissement de l’école primaire Saint-Pascal-Baylon
Driss El Wafi, Mohsen Hidri, Mourad Mardassi, Saada Hanchour, Iram Faisal, Rihab Grami, Lylas Haraba, Ahmed Mohamed Abouelmagd, Souad Arfaoui, Lahcen Id Houmad, Djamila Bilal, Ridha Lahiouel, Abdel Hakim Touhmou, Lassaad Bouaziz, Zahia Ould Chalal, Ghada Maazouzi, Souad Khetib.
Bonne Journée mondiale aux personnes enseignantes!
Merci à toutes les personnes enseignantes qui, chaque jour, mettent leur passion et leur engagement au service de l’éducation. Par leur dévouement, elles jouent un rôle fondamental dans la construction de l’avenir de notre société. Leur travail ne se limite pas seulement à transmettre des connaissances, mais à inspirer, guider et préparer les générations futures à relever les défis du monde de demain. Grâce à leur travail, elles façonnent non seulement les esprits, mais aussi les valeurs et les compétences qui seront essentielles pour un avenir prospère et solidaire.
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