Le B17 de Sailly Sallisel

Le bombardier B17 "Flying-Fortress" (Forteresse Volante)

fut construit par la firme américaine Boeing à 12 677 exemplaires.

Equipage: 10 hommes

4 moteurs: Wright R 1820-97. Turbocompressés, en étoile de 1200 CV chacun.

Plafond:10 855 m - Rayon d'action: 3220 km

Armement : 2724 kg de bombes

13 mitrailleuses Browning M2 calibre 12.7 mm

Le B 17 G-45-BO 297 319 J W - M

Tombé à Sailly Saillisel le 29 Avril 1944


Notre ami Paul CAPLIER parle d'un gros avion qui a fait un atterrissage forcĂ© Ă  Sailly-Sallisel, le 29 avril 1944, il s' Ă©tait rendu le lendemain sur le lieu du crash pour rĂ©cupĂ©rer quelques morceaux de ferraille. L'avion s' Ă©tait posĂ© en urgence entre le bois St pierre Vaast et le chemin de traverse qui conduit de Rancourt Ă  Saillisel, nous raconte Paul Caplier, lĂ , des Allemands montaient la garde et repoussaient les curieux, pendant que d'autres dĂ©montaient les moteurs. L'avion Ă©tait couvert de branchages. C'Ă©tait une forteresse volante B 17 G N° 297 319 touchĂ©e vers 14 h 30, par la Flak, elle s'Ă©tait posĂ©e sur le ventre. Le systĂšme Ă©lectrique Ă©tait H.S et n’alimentait plus en carburant les moteurs. Les dix membres d'Ă©quipage amĂ©ricains Ă©taient sains et saufs, mais trois d'entre eux, le pilote et deux mitrailleurs sont fait prisonniers, deux Ă  la ferme entre Sailly et Rancourt cachĂ©s dans une grange et un Ă  Moislains. Les sept autres sont pris en charge par les rĂ©sistants de Moislains nous disent les tĂ©moins.


Des villageois témoins du crash travaillant dans les champs : Mme Parsy, Mme Objois, M. Lesage, M. Benoßt Etc
.arrivÚrent rapidement mais furent éloignés par les allemands déjà sur place. !

Un jeune tĂ©moin (de lâ€˜Ă©poque) avait enroulĂ© autour de son pied des Ă©couteurs, il les possĂšde toujours.

A Doingt durant la guerre, des aviateurs ont Ă©tĂ© abritĂ©s et nourris au chĂąteau inoccupĂ©, puis transportĂ©s dans un chariot, conduit par Marcel Brohart jusqu'Ă  Flamicourt, ils ont Ă©tĂ© cachĂ©s dans des cabanes de pĂȘcheurs dans les hardines de Flamicourt, avant que d’autres flamicourtois leurs fassent passer la ligne de dĂ©marcation ; ils ont d'ailleurs reçu les remerciements officiels du gouvernement amĂ©ricain. (Voir Doingt-Flamicourt sur les traces de son passĂ©; page 108 et 334).

Photos de l'appareil posé sur le ventre, les Allemands le camouflent avec des branchages

Fiche technique américaine sur ce vol


Raid de bombardement sur Berlin du 29 avril 19448 th U.S. Air Force. 92 nd Bomber. Squadron 326 th Base : Podington

Le 28 avril à 20 h 45 chargement des bombes sur 18 avions et 3 forteresses B17 G chargées chacune de 5 bombes de 1 000 livres. Finalement 17 avions participeront à ce raid

Planning


L'ordre mission tombe Ă  1h 15

Mission : 327

Briefing: 4 h

DĂ©collage : 7h 05

Rassemblement Ă  12 000 pieds

Survol des cotes ennemies de Hollande Ă  9 h 53 Ă  24 000 pieds

Bombardement de Berlin Ă  11 h 44 Ă  24 000 pieds (7300m)

Durant le retour, ils essuient de nombreux tirs de la Flak, mais pas de chasseurs ennemis jusqu'au franchissement des cotes ennemies à 14 h 10 à 18 000 pieds, là ils sont escortés par la chasse. Cotes anglaises en vue à 14 h 50. L'itinéraire du retour était différent pour éviter la chasse ennemie qui devait les attendre.

Premier atterrissage à 15 h 37 aprÚs 8 h 30 de vol dont la moitié en terrain ennemi.

L'Ă©quipage de ce B17 G


Pilote : LANGFELDT John 2Ăšme Lieutenant (Sous Lieutenant), 0753 898 de Brooklyn New York U.S.A. Prisonnier au stalag Luft3 Sagan Silesia Bavaria


Copilote : WALLACE Guy A. 2Ăšme Lieutenant( Sous Lieutenant) , 0754 398, Idaho US.A. EvadĂ©. Rapport d’évasion N° 1374


Navigateur : HELDORFER Walter R. 2Ăšme Lieutenant (Sous Lieutenant), 0707050 ; Cleveland Ohio U.S.A. EvadĂ©. Rapport d’évasion N° 1514. TrouvĂ© par le Dr Puch et cachĂ© par lui, jusqu’a la libĂ©ration.


Bombardier : ROGERS Oscar S. 2Ăšme Lieutenant (Sous Lieutenant), 0757035,

Henderson Texas U.S.A. EvadĂ©. Rapport d’évasion N° 1373


Mitrailleur supérieur : BRODRICK Earl ; Sergent,

Clinton Massachusetts. U.S.A. EvadĂ©. Rapport d’évasion N° 1375


Mitrailleur inférieur (tourelle ventrale) : NEFF Kenneth. Sergent, 19045952.

Beff, California. U.S.A. EvadĂ©. Rapport d’évasion N° 1376


Mitrailleur Droit : SULLIVAN Daniel. Sergent, 31289068.

Newport Rhode Island U.S.A prisonnier Capturé le 8 mai 1944, camp inconnu


Mitrailleur gauche : MONTI Albert. Sergent 335 86813

Philadelphia Pennsylvania. U.S.A. EvadĂ© Rapport d’évasion 1378


Mitrailleur de queue: BIEDINGER Kenneth. Sergent ; 39409889.

Stockton California ; U.S.A. Blessé à la main par la Flak, prisonnier au Stalag 9C Bad Sulza, Saxe-Weimar 51-11.


Opérateur radio : HOWARD Dale Sergent, 374 10620.

Saint Louis Missouri. U.S.A EvadĂ©. Rapport d’évasion N° 1377.

LE RÉCIT DU MITRAILLEUR DE LA TOURELLE VENTRALE


Rapport perte d’équipage N°4261


Ci-dessous : Le récit du Sergent Kenneth E NEFF mitrailleur de la tourelle ventrale sur ce B17


Document transmis par M. Roger LOCUTI.


PODINGTON AIRFIELD 29 Avril 1944.


RĂ©veil Ă  5 heures du matin aprĂšs une nuit oĂč j’ai peu dormi, je ne pense pas que c’était du au fait que je devais voler avec un nouvel Ă©quipage. Toilette puis passage au mess pour le petit dĂ©jeuner copieux, notre mess Ă©tait toujours bien ravitaillĂ©.

Briefing, puit et nous nous harnachons ; les officiers arrivent et fournissent la trousse d’évasion et le repas de midi qui consistait en des Candy Bar Mars. Les pilotes montent dans le cockpit pour le contrĂŽle des instruments. Nous attendons la fusĂ©e de la tour de contrĂŽle, dĂ©s qu’elle est tirĂ©e, les pilotes dĂ©marrent les quatre moteurs et roulent sur le taxiway vers la piste de dĂ©collage.

Le jour de ma derniĂšre mission je volais avec un nouvel Ă©quipage, ce n’était pas la premiĂšre fois mais celui-ci n’avait que trĂšs peu d’expĂ©rience ; le premier pilote Lt J.B. Langfeldt en Ă©tait Ă  sa seconde mission mais sa premiĂšre comme commandant de bord, Le Lt O.S. Rogers Jr le bombardier sa 7Ăšme mission alors que je suis un vĂ©tĂ©ran avec 17 missions. Les autres membres de l’équipage en sont Ă  leur premiĂšre mission : Le Lt Walter R Heldorfer navigateur, Lt Guy A Wallace copilote, le Lt Wallace est 1er pilote avec la qualification d’un pilote expĂ©rimentĂ© si vous pouvez appeler expĂ©rimentĂ© un pilote qui en est Ă  sa seconde mission. Le reste de l’équipage sont les sergents : Sgt E Boderick mĂ©canicien naviguant, Sgt Kenneth Neff (moi mĂȘme) venant d’un autre Ă©quipage, aujourd’hui mitrailleur ventral, le St Dale.F.Howard, opĂ©rateur radio, les sergents Daniel.M.Sullivan et Albert.R. Monti mitrailleurs latĂ©raux, puis non des moindres le Sgt Kenneth.C.Biedinger, mitrailleur de queue.

L’objectif de ce jour et le grand « B » c'est-Ă -dire Berlin la capitale allemande situĂ©e loin dans le pays, bien dĂ©fendue par les chasseurs et une quantitĂ© de « Flak » avec les redoutables canons de 88 mm. Nous, nous avons un B17 flambant neuf avec la nouvelle tourelle de nez pour combattre et rentrer.


EN ROUTE VERS BERLIN, LE B 17 EST TOUCHÉ PAR LA "FLAK"


Quand ce fut notre tour de dĂ©coller le Lt Langfeldt accĂ©lĂ©ra les moteurs et nous primes notre vol Ă  7 heures. Nous grimpions en dĂ©crivant des cercles pour prendre notre position dans l’escadre avant de traverser le Channel sur la route de Berlin. Pendant la traversĂ©e du dĂ©troit les mitrailleurs essayĂšrent leurs armes pour ne pas avoir de mauvaise surprise quand les chasseurs ennemis passeront Ă  l’attaque, en cas d’ennui mineur ils avaient encore le temps d’y remĂ©dier.

Au quartier GĂ©nĂ©ral de la 8Ăšme U.S. Air force un cerveau avait fait un plan et repĂ©rĂ© le Drummer Lake Ă  l’ouest de Hanovre comme passage facilement reconnaissable par les navigateurs. Tous les vols pour aller au delĂ  passaient au mĂȘme endroit et les allemands avaient installĂ© des canons de Flak sur des barges et en avaient Ă©galement ceinturĂ© le lac. Quelquefois la fumĂ©e des explosions Ă©tait si dense que l’on ne pouvait voir les appareils qui nous prĂ©cĂ©daient et nous avions encore 225 miles (360 km) de vol avant Berlin.

En passant Ă  la verticale du Drummer lake un de nos moteurs droit touchĂ© par un Ă©clat s’arrĂȘta, avec 3 moteurs sur quatre le pilote aurait pu prendre la dĂ©cision de faire demi-tour, mais un pilote ne voulait pas abandonner quand il commandait un nouvel Ă©quipage pour la premiĂšre fois. Le Lt Langfeldt, malheureusement pour nous continua son vol.



NOUVELLE PANNE DE MOTEUR AU DESSUS DE LA CIBLE


Le pilote leader faisait des manƓuvres que nous devions suivre mais qui Ă©taient plus difficiles pour nous qui n’avions que trois moteurs, nous sommes arrivĂ©s Ă  Berlin avec plus de la moitiĂ© du carburant consommĂ©, il n’en resterait pas assez pour rentrer. Le plan de bombardement des trois vagues est assez incohĂ©rent, la premiĂšre et la troisiĂšme vague est Ă  25 000 pieds et la seconde Ă  20 000 pieds soit environ 7 500 m et 6 000 m. Au cours du bombardement un second moteur (Ă  gauche) est hors service ; il ne nous reste qu’un moteur de chaque cotĂ©. Nous nous retrouvons Ă  12 000 pieds (3600 m) trĂšs handicapĂ©s au niveau des moteurs et du carburant.

Le pilote, le Lt Langfeldt appelle le Lt Heldorfer le navigateur pour demander le cap pour le plus court trajet de retour, mais personne ne savait qu’ un Ă©clat d’obus de Flak s’était logĂ© prĂ©s du compas et faussait les donnĂ©es de celui-ci ; nous ignorions qu’en ce moment nous volions cap S-SO qui nous amĂšnerait Ă  un atterrissage forcĂ© en France.

Lors du briefing il avait Ă©tĂ© dit qu’en cas d’ennuis graves, s’il y avait des chasseurs U.S, il fallait envoyer une fusĂ©e et qu’alors nous serions escortĂ©s sur le chemin de retour au bercail. A un certain moment il y avait des chasseurs de la 9Ăšme Air Force dans les parages, le pilote a appelĂ© le mĂ©canicien dans l’intercom et lui a demandĂ© de tirer une fusĂ©e mais le temps que celui-ci trouve le lance-fusĂ©e et la cartouche de couleur adĂ©quate tous les chasseurs avaient disparu et nous nous sommes retrouvĂ©s seuls dans le ciel.

Les allemands n’aimaient pas nous voir voler au dessus de leur pays surtout Ă  4 000m et leurs canons nous poursuivaient de leur feu autant qu’ils le pouvaient. Il y avait des impacts dans les ailes que je voyais de ma tourelle et d’oĂč s’échappait une Ă©paisse fumĂ©e qui limitait la visibilitĂ©.

J’entendis dans l’intercom le Lt Langfeldt qui nous demandait de nous tenir prĂȘts Ă  Ă©vacuer. Je n’ai pas Ă©coutĂ© plus longtemps et je suis sorti de ma tourelle aussi vite que possible et j’ai fixĂ© mon parachute, je me suis approchĂ© de la porte d’évacuation, l’ai ouverte et me suis tenu prĂȘt Ă  sauter au commandement ; j’ai regardĂ© alors les mitrailleurs latĂ©raux, ils Ă©taient encore Ă  leur arme et avaient leur gilet anti-flak, j’ai demandĂ© Ă  Monti (mitrailleur gauche) si le pilote n’avait rien dit d’autre, il me rĂ©pondit « Se tenir prĂȘt mais attendre les ordres ».


LA BLESSURE DU SERGENT BIEDINGER


Alors que nous Ă©tions encore au dessus de l’Allemagne le Sgt Biedinger, mitrailleur de queue a rampĂ© hors de sa tourelle pour venir vers le milieu de l’appareil oĂč nous Ă©tions, il avait une plaie d’environ 1 pouce carrĂ© sur le cotĂ© de sa main droite, c’était une sale blessure causĂ©e par un Ă©clat d’obus. Monti et moi n’avons pas osĂ© lui poser un garrot mais seulement un bandage serrĂ©, nous avons fait de cette façon en pensant qu’un garrot aurait Ă©tĂ© moins bien supportĂ©.


LA DÉCISON D' EFFECTUER UN "BELLY LANDING" (ATTERRISSAGE SUR LE VENTRE"


Nous ne savions pas oĂč nous Ă©tions, aucune idĂ©e du pays que nous survolions, le compas nous avaient dirigĂ©s beaucoup plus au sud de la trajectoire idĂ©ale.

Le navigateur ne trouvait aucun repĂšre Ă  causes des fausses donnĂ©es fournies par le compas A un certain moment le Lt Langfeldt prit la dĂ©cision de lester l’appareil pour que les deux moteurs puissent nous maintenir en l’air. Je suis venu prĂ©s de la porte pour lancer dans le vide les choses dont nous pouvions nous passer, la premiĂšre chose fut le siĂšge de notre radio : le Sgt Dale Howard, suivi du poste VHF et la table, Dale conservait l’ UHF. Le Lt Wallace quitta le cockpit pour venir voir comment les choses se passaient et s’en amusa. Nous ne nous Ă©tions pas dĂ©barrassĂ©s des mitrailleuses et des munitions au cas oĂč nos petits amis de la Luftwaffe dĂ©cideraient de venir nous voir de prĂȘt. Nous nous sommes encore allĂ©gĂ©s de diffĂ©rents Ă©quipements et finalement de nos armes et munitions. A un certain moment nous pouvions voir au loin le Channel et nous avons repris espoir quand un troisiĂšme moteur s’arrĂȘta faute de carburant (le n° 4 Ă  bĂąbord). Il nous Ă©tait alors impossible de voler avec un seul moteur (Ă  tribord). Le Lt Langfeldt nous dit dans l’ intercom que nous ne pouvions nous aventurer au dessus du Channel et aller assez loin des cĂŽtes allemandes pour nous faire recueillir par un bĂątiment spĂ©cialisĂ© de la Navy, il y avait trop de risques pour tous.

NouS repartĂźmes vers l’intĂ©rieur, vers l’Est oĂč la prĂ©sence de troupes allemandes devait ĂȘtre moins importante et oĂč nous pourrions trouver un endroit favorable Ă  un atterrissage d’urgence.

Nous nous sommes donc prĂ©parĂ©s pour un « belly landing » (atterrissage sur le ventre). Les 2 pilotes dans le cockpit et nous dans le compartiment radio ; les quatre premiers serrĂ©s les uns contre les autres le dos en appui sur la soute Ă  bombes les genoux contre la poitrine, les quatre autres dans la mĂȘme position, serrĂ©s contre le premier rang au maximum.

Le pilote maintenait l’avion en planĂ© recherchant l’endroit favorable, cependant du plancher de la cabine radio nous ne pouvions rien voir, nous espĂ©rions que tout irait pour le mieux et peut-ĂȘtre que quelque uns priaient.


ATTERRISSAGE RÉUSSIT : OU SOMMES NOUS ?


L’atterrissage sur le ventre pouvait se faire correctement en glissant, mais si l’avion passait sur le nez le danger Ă©tait grand.

Nous nous sommes seulement pressĂ©s un peu plus quand l’appareil Ă  touchĂ© le sol. Les Lt Langfeldt et Wallace avaient fait du bon boulot.

Il y avait un homme et une femme qui plantaient des pommes de terre Ă  proximitĂ©, nous ne savions mĂȘme pas oĂč nous Ă©tions. Quand notre groupe s’approcha du couple j’avais en tĂȘte une phrase allemande, et quand je fus assez prĂ©s je leur ai demandĂ© « Sprechen Sie Deutch » au cas ou nous aurions Ă©tĂ© en Allemagne ou en Hollande. Ils m’ont alors regardĂ© tous deux sans rĂ©pondre. Le Lt Langfeldt qui Ă©tait derriĂšre moi dit « Parlez-vous français » la rĂ©ponse fut OUI qui en français est YES mais se prononce WE en anglais. Le Lt Langfeldt se tourna vers l’équipage et dit : Nous sommes en France les gars allons y !...

ImmĂ©diatement tous les dix nous avons couru ensemble vers le bois en faisant autant de bruit qu’une horde d’élĂ©phants.



SÉPARATION DU GROUPE DES 10, MON ÉVASION AVEC LE MÉCANICIEN


AprĂšs un certain temps je me suis dĂ©tachĂ© pour rejoindre Earl Brodrick le mĂ©canicien qui Ă©tait le membre de l’équipage que je connaissais le mieux car nous logions dans la mĂȘme baraque sur l’aĂ©roport en Angleterre. Je lui dit que j’allais quitter le groupe car si nous restions ensemble les Allemands pourraient nous entendre Ă  1 mile et capturer d’un seul coup l’ensemble de l’équipage en mĂȘme temps. Je lui ai proposĂ© de m’accompagner, et, Ă  ce moment nous sommes revenus Ă  la lisiĂšre du bois, en bordure du champ oĂč nous nous Ă©tions posĂ©s en gardant une certaine distance entre le reste du groupe et nous. Quand nous avons vu que des soldats allemands tournaient autour de notre avion nous nous sommes enfoncĂ©s dans le bois en direction de l’Est en ayant le soleil dans le dos. Earl et moi allions Ă  travers le bois et nous sommes arrivĂ©s face Ă  un bunker comme ceux qui Ă©taient utilisĂ©s pendant la premiĂšre guerre mondiale. Ma curiositĂ© m’a poussĂ© Ă  jeter un coup d’Ɠil Ă  l’intĂ©rieur, Earl Ă  traversĂ© un petit chemin boueux et m’a attendu pendant que j’examinais le bunker.

Peu de temps aprĂšs j’entendis un vĂ©hicule qui arrivait dans notre direction et je traversai rapidement le chemin. Earl et moi nous nous sommes cachĂ©s rapidement dans les buissons. Le vĂ©hicule que nous avions entendu Ă©tait un camion allemand qui rĂ©partissait des soldats Ă  quelque 15 mĂštres les uns des autres oĂč nous Ă©tions tout Ă  l’heure, nous Ă©tions certains qu’ils nous recherchaient. Nous avons dĂ©cidĂ© de sortir de cette zone le plus vite possible, une fois encore avec le soleil dans le dos, nous nous sommes dirigĂ©s vers l’Est aussi loin de la cote que possible.

Le premier contact que nous avions eu avec un français autre que le couple qui plantait des pommes de terre prĂ©s de l’endroit oĂč nous Ă©tions crachĂ©s Ă©tait un fermier qui labourait son champ, (NDLR Ă  Templeux la Fosse) ; Earl et moi nous nous sommes arrĂȘtĂ©s dans des buissons prĂ©s de la remorque et nous avons attendu qu’il vienne pour parler avec lui. Nous avons parlĂ© en anglais il nous a regardĂ© et a parlĂ© en français, Ă  ce moment nous avons sorti notre carte d’évasion en soie pour lui demander oĂč nous Ă©tions. Pour communiquer nous avons employĂ© notre petit lexique anglais- français et français-anglais et indiquĂ© ce que nous voulions dire, il pourrait alors nous monter les rĂ©ponses. Les choses semblaient assez bien se passer jusqu’au moment oĂč Earl pointe la phrase »Will you help in England. (Pouvez-vous nous aider pour retour en Angleterre). Nos instructeurs nous avaient toujours dit de ne jamais demander d’aide dans aucun pays aux habitants, si quelqu’un dĂ©sirait vous aider il le ferait savoir sans que l’on lui demande ; ceci semblait ĂȘtre la rĂšgle de l’école d’évacuation. DĂ©s que Earl eĂ»t pointĂ© le « Will you help us » le français a fait un cercle avec son doigt autour d’une ville reprĂ©sentĂ©e sur notre carte puis il est reparti vers son tracteur. Nous avons pensĂ© qu’il nous conseillait d’aller vers cette ville, nous nous sommes retournĂ©s dans les bois et nous nous sommes dirigĂ©s vers l’Est.


EN ROUTE VERS PÉRONNE


Il Ă©tait maintenant tard dans l’aprĂšs midi le breakfast Ă©tait loin et les barres de Mars Ă©taient parties depuis longtemps, je commençais Ă  avoir rĂ©ellement faim. En marchant nous sommes arrivĂ©s dans un champ oĂč il poussait des « parsnips » (pannais) et nous en avons pris chacun un. Nous avons retrouvĂ©s quelques cigarettes. Entre 17h 30 et 18 h dans la soirĂ©e du jour du crash nous sommes arrivĂ©s Ă  un endroit oĂč deux routes se rencontraient et oĂč il y avait une maison, nous Ă©tions assis et Ă©tudiions la situation quand une fillette est arrivĂ©e Ă  bicyclette. Elle nous parla en français et ne la comprenant pas, nous l’avons seulement saluĂ©e. En regardant autour de nous nous avons vu une femme et une fille dans la cour de la maison qui Ă©tait sur la route principale. Nous nous sommes dirigĂ©s vers la maison, j’ai dit Ă  Earl de se taire, quand nous nous sommes trouvĂ©s assez prĂ©s j’ai demandĂ© en anglais si nous pouvons avoir de l’eau Ă  boire, la femme a dit quelque chose en français, je lui ai fait le geste de boire en portant la main Ă  la bouche, elle s’est alors tournĂ©e vers la fille qui est partie dans la maison et est revenue avec un verre et une bouteille de biĂšre. Nous avons eu chacun un verre de biĂšre et nous avons dit « Thank you » en anglais Ă  la française. Nous nous prĂ©parions Ă  partir quand la femme Ă  dit quelque chose Ă  la fille et a saisi Earl par le bras et l’a amenĂ© vers la maison, nous avons suivi et rĂ©alisĂ© que personne ne parlait anglais et qu’il fallait sortir le lexique Anglais/Français et commencer la conversation. Nous avions dit qui nous Ă©tions, ce que nous faisions et oĂč nous voulions aller. Nous n’avons jamais demandĂ© de l’aide. Subitement nos hĂŽtes se sont agitĂ©s et nous ont poussĂ© vers une porte. Nous avons pensĂ© qu’ils voulaient nous faire sortir de la piĂšce, mais nous nous sommes vite rendu compte que derriĂšre la porte c’était l’escalier de la cave. Nous nous sommes assis dans la cave et comme nous trouvions le temps long, nous avons partagĂ© une cigarette. Nous avions pensĂ© avoir rencontrĂ© des membres des FFI , organisation secrĂšte française, nous devions ĂȘtre en sĂ©curitĂ© et bientĂŽt sur le chemin du retour, pour cĂ©lĂ©brer cet Ă©vĂ©nement nous avons chacun allumĂ© une cigarette qui nous semblait bonne quand un français s’était prĂ©cipitĂ© dans l’escalier, Ă  pointĂ© son doigt vers nos cigarettes puis vers son nez en criant « BOCHES » BOCHES Ă©tait le nom donnĂ© par les Français aux Allemands dĂ©s la premiĂšre guerre. C’était la fin de notre premiĂšre cigarette entiĂšre de ce jour et nous ne nous l’avions finie. La guerre c’est l’enfer !... Peu de temps aprĂšs le français nous fit remonter les escaliers et nous a donnĂ© Ă  manger. La fille que nous avions vu plutĂŽt dans la journĂ©e Ă  bicyclette Ă©tait dans la maison et nous apprit qu’elle parlait un trĂšs bon Anglais. Elle avait apportĂ© un sac pour un de nous et les gens de la maison en ont donnĂ© un second. Nous nous sommes habillĂ©s avec les vĂȘtements civils qui Ă©taient dans les sacs mais pas n’ayant de chaussures Ă  notre pointure nous avions conservĂ© nos bottes de vol. Nous avions aussi un bĂ©ret sur la tĂȘte. Le français nous a dit que nous allions dormir dans la grange et que quelqu’un viendrait avant l’aube pour nous indiquer notre route pour la ville oĂč nous voulions nous rendre. Un homme nous a dirigĂ©s vers la grange oĂč nous avons dormi. Je ne sais pas Ă  quelle heure il est venu mais un Français nous a Ă©veillĂ© avant l’aube, nous sommes entrĂ©s dans la maison oĂč on nous a donnĂ© un cafĂ© et du pain français. Quand nous fumes prĂȘts Ă  partir nous primes nos sacs et nous nous aperçûmes qu’ils avaient Ă©tĂ© complĂ©tĂ©s avec une autre paire de chaussettes, des Ɠufs durs du pain français et de la biĂšre. AprĂšs avoir fait nos adieux Earl et moi avons commencĂ© Ă  descendre vers la ville oĂč le Français avait dit que nous devions aller. A 1600 mĂštres nous avons croisĂ© une voie de chemin de fer, mon pĂšre m’avait parlĂ© des chemins de fer français, des wagons 8 chevaux – 40 hommes. Nous nous sommes cachĂ©s au passage d’un petit convoi allemand : un camion, un command car, une moto et un char. Nous avons continuĂ© notre progression, le soleil commençait Ă  se lever vers l’Est quand nous avons atteint les environs de la ville, nous avons dĂ©cidĂ© de nous dirigĂ© vers une colline situĂ©e au Nord (Rocogne).


ADOLF HITLER DE PASSAGE DANS LA SOMME


C’était le dimanche 30 avril 1944,Nous devions passer 24 jours Ă  PĂ©ronne. Nous Ă©tions au sommet de la colline qui domine la ville et pouvions surveiller les allĂ©es et venues, il Ă©tait trĂšs tĂŽt et aucun promeneur n’ Ă©tait en vue. Nous en profitĂąmes pour faire l’inventaire de notre Kit d’ Ă©vasion. A part la carte de soie et les lexiques anglais-français et français-anglais, nous ne connaissions pas le contenu exact car au retour d’une mission le pilote collectait les Escape-kits de tout l’équipage dont il Ă©tait responsable. Nous avions 50 dollars en marks et 50 dollars en francs français, 2 boussoles, 3 cigarettes et 6 allumettes, un miroir signal, une hache-scie et quelques autres choses



Vers midi par la route qui nous avait amenĂ© ici un convoi allemand est passĂ©, il comprenait plusieurs vĂ©hicules divers, 1 ou 2 chars et une longue voiture noire, par la suite nous avons su qu’il s’agissait de Hitler venu inspecter les dĂ©fenses cĂŽtiĂšres. Nous n’aurions eu aucune chance de le trouver Ă  Berlin hier 29 avril 1944.

La Base de Podington, vue aérienne datant de 1945

(A partir d’ici le texte provient d’une autre traduction)


Explications avec deux femmes et enfants qui cueillaient des fleurs (probablement du muguet pour le lendemain 1er Mai) Ken et son ami arrivent Ă  se faire identifier et alors 2 jeunes gens arrivent avec leur vĂ©lo, l’un des 2 jeunes parle anglais, il dit se nommer Paul, il nous pose des questions prĂ©cises pour s’assurer que nous sommes bien des amĂ©ricains, le second se fait appeler Eddy. Paul conseille d’attendre l’obscuritĂ© avant de prendre contact avec les FFI. Nous partagions la nourriture que nos derniers hĂŽtes nous ont donnĂ©e et le vin arrose ce repas. La nuit tombe, nous quittons la colline pour aller contacter la rĂ©sistance, une autre Ă©tape vers l’Angleterre, Eddy en tĂšte nous le suivons, ils nous conduisent de l’autre cotĂ© de la ville prĂšs d’une Ă©glise oĂč nous devons rencontrer les FFI vers minuit mais personne ne vient Paul et Eddy nous font passer la nuit dans un abri en tĂŽle de 1.5m x 1.5m situĂ© dans un parc et qui sert de remise pour les outils des jardiniers. Paul et Eddy sont revenus le soir (du 1er mai) et nous ont dit qu’il Ă©tait l’heure de quitter cet endroit ce qui nous a fait plaisir. Nous avions appris que nous Ă©tions Ă  PĂ©ronne (descriptions et commentaires) commentaires donnĂ©s Ă  notre base, conseils sur ce qu’il fallait faire ou ne pas faire dans notre cas actuel.

Paul et Eddy nous conduisent vers un gin-mill (moulin ou silo) ou l’homme et la femme habitaient une belle maison (NDLR ce sont M et Mme Jean Maillot meunier, ils reçurent pour ce fait les remerciements officiels du gouvernement amĂ©ricain. Paul et Eddy Ă©taient les pseudos de Kleber Lombard et Etienne Brun) oĂč nous avons eu un bon lit et de la nourriture. Il y avait accrochĂ© au mur un portrait du MarĂ©chal PĂ©tain et j’appelais le mari Mr PĂ©tain (commentaires sympa). Nous sommes restĂ©s avec ce couple d’amis quatre jours. Paul et Eddy sont venus nous voir chaque jour. Le quatriĂšme jour il nous dit que nous allions quitter ce soir pour un nouvel home. Il nous dit que nous Ă©tions maintenant des cĂ©lĂ©britĂ©s, les allemands avaient affichĂ© les noms, grades et matricules des 8 membres d’équipage. Nous Ă©tions recherchĂ©s, nous avons pensĂ© que le Lt Langfeldt pilote et le Sergent Biedinger mitrailleur de queue Ă©taient blessĂ©s (commentaires sur les sources d’informations que les allemands pouvaient avoir).

Les 8 membres de l’équipage sont passĂ©s dans la ville et sa pĂ©riphĂ©rie, dans diffĂ©rents endroits sans problĂšmes voyant beaucoup de personnes et mangeant plusieurs sortes de nourriture quelquefois trĂšs bonne et aussi d’autres fois des plats que nous n’avions jamais mangĂ© avant. Nous avons Ă©tĂ© ensuite logĂ©s dans la maison accueillante d’une famille française ou nous avions un bon lit et oĂč nous pouvions nous dĂ©placer un peu. Nous Ă©tions Ă  cotĂ© d’un aĂ©rodrome allemand inutilisĂ© mais ou il y avait de faux avions, il nous Ă  Ă©tĂ© dit que cet aĂ©rodrome avait Ă©tĂ© utilisĂ© par la rĂ©sistance. Chaque jour nous demandions Ă  Paul quand repartirons-nous ? La rĂ©ponse Ă©tait toujours la mĂȘme « Peut ĂȘtre demain » mais cette rĂ©ponse Ă©tait devenue usĂ©e au bout de quelques jours.

L’invasion Ă©tait programmĂ©e il Ă©tait prĂ©fĂ©rable d’éviter la capture par l’ennemi et d’attendre notre libĂ©ration qui ne saurait tarder. Nos instructeurs nous avaient mis en garde, si nos Ă©tions en pays occupĂ©, ne pas suivre les voies ferrĂ©es qui Ă©taient particuliĂšrement surveillĂ©es. Sullivan mitrailleur latĂ©ral Ă  pris le risque et a perdu, il a Ă©tĂ© capturĂ© le 8 mai 44 par les allemands et envoyĂ© dans un camp de prisonniers. La famille qui l’avait aidĂ© fut identifiĂ©e par les Allemands et fusillĂ©e. A prĂ©s cet incident les français qui nous aidaient devinrent mĂ©fiants et nous les comprenons, ils nous surveillaient jour et nuit.


Retrouvailles avec 3 membres de l' Ă©quipage


AprĂšs une semaine nous devions changer de rĂ©sidence Ă  la tombĂ©e du jour, on me procura une paire de chaussures avec du cuir aussi dur que du roc et avec des clous sous les semelles, nous furent dirigĂ©s vers le centre de la ville, nous sommes arrivĂ©s dans une maison bombardĂ©e ou nous avons retrouvĂ©s trois officiers de notre Ă©quipage les Lts Wallace, Heldorfer et Rogers qui Ă©tait lĂ  depuis le premier jour de leur rencontre avec les FFI. Ils n’avaient aucun confort sauf quelques matelas sales jetĂ©s sur le sol, il faillait s’asseoir et manger sur le parquet, pour se rendre Ă  la salle de bains il fallait traverser un trou dans le plancher.

Les trois officiers Ă©taient lĂ  depuis leur arrivĂ© Ă  PĂ©ronne, quand nous leur avons dit dans quelles conditions nous avions Ă©tĂ© hĂ©bergĂ©, bonne table et bons lits ils ne pouvaient nous croire, Ă©taient-ils jaloux (considĂ©rations personnelles sur leur sĂ©jour Ă  cet endroit et sur la nourriture que l’on apportait. Ils pensent avoir mangĂ© du chat
) Les français nous ont dit que nous allions quitter ce lieu pour un « Pond-Pool », nous n’avons pas compris tout de suite qu’il s’agissait d’uns habitation de marais. La description de leur sĂ©jour dans cette hutte page 20 du rĂ©cit n’est pas rapportĂ© ici.

Je fĂȘte mon vingt sixiĂšme anniversaire en ce lieu avec le groupe, anniversaire arrosĂ© au vin rouge. Le lendemain Oscar, Walley, et Guy Shorthie (français) Earl et moi, Paul Eddy quittons cette hutte pour une plus grande, pas trĂšs loin, le devant de la barque entrait dans l’abri. Ouverture de 60 cm de large donnant sur une piĂšce oĂč il y avait tout le confort, des meurtriĂšres Ă©taient disposĂ©es dans les murs pour le tir des canards qui se posaient sur l’eau. Nous nous trouvons bien installĂ©s. Ce n’est pas souvent que l’on fĂȘte deux fois son anniversaire dans la mĂȘme annĂ©e mais le maire de PĂ©ronne vient nous dire qu’il y aura demain un anniversaire pour moi dans sa maison (23 mai), on viendra nous chercher des que l’obscuritĂ© sera suffisante. (Commentaire sur la cuisine en particulier sur la cuisson de steaks de cheval).

Le jour suivant nous n’avions rien d’autre Ă  faire que d’attendre le retour de Paul et d’Eddy. Nous avons entendu un bruit incroyable et en courant Ă  l’extĂ©rieur nous avons vu un groupe de P38 Lookheed chasseurs bombardiers Ă  2 queues plongeant vers le sol avec leurs 3 bombes de 500 livres sous les ailes, l’objectif Ă©tait un pont de chemin de fer Ă  environ 3 km plus Ă  l’Est. Les bombes ont manquĂ© l’ouvrage mais fait des dommages aux alentours. Peu de temps aprĂšs nous entendons le vrombissent de plusieurs avions cette fois c’étaient des bombardiers moyens Marauder B26 qui visaient le pont Ă  moyenne altitude, comme les P38 ils ont manquĂ© le pont mais ont fait plus de dommages aux alentours que les P38. Plus tard dans l’aprĂšs midi nous avons entendu des bombardiers lourds, en levant les yeux nous avons reconnu des B 24 LibĂ©rator qui n’ont pas eu plus de succĂšs


Ici, se termine ce rĂ©cit, mais la dĂ©couverte rĂ©cente de l’original (100 pages, Ă©crit en anglais), en cours de traduction, nous donnent beaucoup de renseignements, mais aussi d’énigmes Ă  Ă©claircir au prĂ©s des tĂ©moins

LE RAPPORT OFFICIEL DE 6 MEMBRES DE L' ÉQUIPAGE

LE RAPPORT DES 4 AUTRES MEMBRES D'ÉQUIPAGE

Neff et Brodrick : Nous sommes restĂ©s Ă  la maison de Pierre Gilot, Lagny, un responsable trĂšs actif de la RĂ©sistance. Il Ă©tait sous les ordres du chef de Noyon. Il nous affirma avoir dĂ©jĂ  fait « passer » 27 aviateurs, outre les 13 d’entre nous qui Ă©taient encore dans le secteur Ă  ce moment. C’était un RĂ©fractaire, un ancien travailleur R.R ( ?). Il Ă©tait expert en R.R ( ?) ainsi que dans la destruction des lignes Ă©lectriques et Ă©tait recherchĂ© pour sabotage. Un certain M. RenĂ© Martin Ă©tait le second de Pierre. Il Ă©tait trĂšs proche de lui et maintenait le contact avec la RĂ©sistance Ă  Noyon.

Monti et Howard : Nous sommes restés à la maison de M. Maurice de France, Lagny. Quelques jours aprÚs notre arrivée, Maurice a appris que la Gestapo était sur sa piste et nous fûmes déplacés dans une petite ferme dans les environs de Lagny.

M. Thibeau ou Tibot, un ancien officier de l’ArmĂ©e Française, organisa notre dĂ©placement suivant. Il nous identifia en nous demandant la diffĂ©rence entre « shack-up » et « sack-up ». Sa tĂąche principale Ă©tait d’aider les Ă©vadĂ©s et il Ă©tait en contact avec un lieutenant US, Ă  l’Ouest de la Seine. Il avait reçu l’ordre de rassembler les Ă©vadĂ©s en vue de leur Ă©vacuation. Aux environs du 15 aoĂ»t, il nous rassembla tous les six, 9 autres AmĂ©ricains et 3 Anglais qui Ă©taient dans le secteur et nous emmena en camion dans les bois derriĂšre un chĂąteau appartenant Ă  M. L. Ravel, Le Saussay, par La Houssoye, Cise.* C’était un RĂ©sistant et il parlait l’anglais. Il nous dit qu’il avait une usine de peinture dans le Connecticut. Un ancien Capitaine français qui, lui aussi, Ă©tait RĂ©sistant et parlait anglais restait au chĂąteau et secondait Ravel. Nous sommes restĂ©s dans les bois jusqu’au 30 aoĂ»t, lorsqu’une unitĂ© britannique arriva. Nous fĂ»mes ensuite rassemblĂ©s au chĂąteau et le Lieutenant Birdwell, 18-9, un AmĂ©ricain, nous prit en charge.

R. Sarant

2nd Lt. AUS

*Mention manuscrite rajoutée : 12 KM SO de Beauvais

Lt. Rogers (manuscrit)

L’histoire de mon Ă©vasion est la mĂȘme, et est contenue dans le rapport figurant au dossier du Lt. Guy Wallace

R. Sarant

Matérialisation du lieu du crash

QUESTIONNAIRE DE L' US AIR FORCE COMPLETÉ PAR

LE SOUS LIEUTENANT S. OSCAR. ROGERS JUNIOR



Interrogé par le 2nd Lt.(Sous Lieutenant) AUS


E & E QUESTIONNAIRE AUX VICTIMES


Date, heure et localisation approximative du crash ou de l’atterrissage de l’avion.

29 – 04 – 1944, 15h15, 10 miles(environ 16 km), N-E PĂ©ronne, France

Nature et Ă©tendue des dĂ©gĂąts Ă  l’avion quand il a Ă©tĂ© touchĂ©. Etait-il en feu, etc.


Atterrissage d’urgence, systĂšme Ă©lectrique dĂ©truit, plus de carburant, trois moteurs hors d’usage.

A quelle altitude approximative fut-il touché ?

-------------------------------------------------------------

Des membres de l’équipage Ă©taient-ils blessĂ©s ou tuĂ©s quand l’avion s’est crashĂ© ?

Le mitrailleur de queue (nom inconnu)

Le pilote, Lt Langfelt (sans doute blessé)

Quels membres de l’équipage ont sautĂ© ? Leurs parachutes se sont-ils ouverts ?

--------------------------------------------------------------

L’avion a-t-il explosĂ© en touchant le sol ?

Non

Est-ce que l’informateur a vu d’autres membres d’équipage, vivants ou morts, aprĂšs avoir atteint le sol ?

Oui, l’équipage en entier

A-t-il reçu des informations des autres membres comme quoi certains seraient morts ou vivants ? Si oui, donnez les dĂ©tails fournis par l’informateur et si les autres membres de l’équipage Ă©taient identifiĂ©s par leurs noms ou de toute autre maniĂšre.

----------------------------------------------------------------

La source a-t-elle pu examiner l’épave de l’avion ? Si oui, dĂ©crire son Ă©tat.

Non

Si l’avion s’est crashĂ© dans la mer, il Ă©tait Ă  quelle distance des cĂŽtes et par quels moyens l’informateur a-t-il Ă©tĂ© sauvĂ© ? Radeau de survie ? PiĂšce de l’épave ? Etc.
 Restant en surface, a-t-il pu en aider d’autres Ă  y rester aussi ?

----------------------------------------------------------------

D’aprĂšs l’informateur, que sont devenus les autres membres d’équipage ? Expliquer pourquoi et comment il pense cela.

Le mitrailleur de queue et le pilote, dans un hÎpital allemand (rapport français), le mitrailleur central prisonnier (rapport français). Les 7 autres évadés.

SECRET

QUARTIER GENERAL

DU THEATRE D’OPERATIONS EUROPEEN

Secteur P/W et X

Bureau des renseignements militaires


QUESTIONNAIRE A L’INTENTION DES PERSONNELS EN SERVICE EVADES OU ECHAPPES DES PAYS OCCUPES PAR L’ENNEMI

CIBLE :

ROGERS, Oscar, S., lieutenant, 0-757035 Date de la mission : 29-4-1944

5 (N° de la mission) Date d’arrivĂ©e au Royaume-Uni : 9-3-44


COMPOSITION DE L’EQUIPAGE : (Citez les noms et les positions, s’il vous plaüt)

PILOTE : LT. LANGFELT Prisonnier – blessĂ© (rapport français)

COPILOTE : LT. G.A WALLACE Evadé (avec moi)

NAVIGATEUR : LT. W.R HELDORFER EvadĂ© (je ne sais pas oĂč il est prĂ©sentement)

BOMBARDIER : LT. O.S ROGERS EvadĂ© (moi-mĂȘme)

OPERATEUR RADIO : Sergent Howard DALE Evadé (rapport ci-dessous)

MITRAILLEUR DE LA TOURELLE SUPERIEURE : Sgt E.C BRODRICK Evadé (avec moi)

(Illisible) : Sgt Kenneth NEFF Evadé (rapport ci-dessous)

MITRAILLEUR DE LA TOURELLE CENTRALE (1) : ( ?) Sgt SULLIVAN Probablement prisonnier (information française)

MITRAILLEUR DE LA TOURELLE CENTRALE (2) : IÚre classe MONTI Evadé (rapport ci-dessous)

MITRAILLEUR DE QUEUE : Nom inconnu Prisonnier – blessĂ© (rapport français)

___________________________________________________________________________

DĂ©corations : Aucune

Date de naissance : 16 décembre 1921

Adresse civile : 405 North high street, Henderson, Texas

Temps de service : 26 mois

Activité dans le civil : Etudiant, Université du Texas

De quel terrain avez-vous décollé ? A quelle heure ?

Groupe de bombardement 92, Podington,06h55

Tous les documents secrets et les équipements ont-ils été détruits ?

Autant que je peux le savoir, oui, rĂ©ponse formelle impossible pour l’équipage complet

Avez-vous été blessé ? Donnez des détails. Non

Avez-vous payé vos guides ? Si oui, combien ? Non, paiement refusé

Parlez-vous français ? Espagnol ? Allemand ? Italien ? Autre langue ?

Non Non Non _________

Aviez-vous des documents d’identitĂ© sur vous ?

Avez- vous Ă©tĂ© interrogĂ© avant votre fuite ou Ă©vasion ? Si oui, oĂč ? et par qui ?

Oui, Quartier général du 9Úme AAF, Capitaine LUTIA

Avez-vous donnĂ© Ă  quelqu’un d’autre un rapport Ă©crit de votre expĂ©rience ? OĂč ? Et quand ?

Non

Avez-vous racontĂ© par Ă©crit vos opĂ©rations ? Si oui, oĂč ? Et Ă  Qui ? Non

Avez-vous signĂ© une clause de confidentialitĂ© vous avertissant des risques qu’il y aurait Ă  raconter votre Ă©vasion ? Si oui, oĂč ? Et quand ? Oui, ici, en Angleterre, 9-4-44

Date d’arrivĂ©e en Espagne : _________

Date d’arrivĂ©e Ă  Gibraltar : __________

Lieu et date de dĂ©part pour l’Angleterre. Par air ou par mer.

9Ăšme Quartier GĂ©nĂ©ral de l’Air Force, par air, 9-3-44

Listez les noms des AmĂ©ricains ou Britanniques qui, Ă  votre connaissance, ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s par les Allemands.

Lieutenant LANGFELT, Sergent SULLIVAN, (Mitrailleur de queue de mon Ă©quipage, nom inconnu)

Listez les noms des AmĂ©ricains ou Britanniques dont vous pensez qu’ils se sont Ă©vadĂ©s.

Lieutenant W.R HELDORFER




SECRET

APPENDICE « D » AU RAPPORT E &E N°


N°. , Grade , Nom : O-757035, 2Úme Lieutenant, Oscar S. ROGERS, Jr

Unité combattante : 92Úme Groupe de Bombardement, 326Úme escadron

Suggestions pour l’amĂ©lioration de l’équipement de survie en cas d’évasion. Les informations viennent largement de ceux qui en ont fait usage. Votre rapport et vos commentaires en aideront d’autres Ă  Ă©chapper Ă  la capture et Ă  s’évader.

I – TROUSSE DE SECOURS

a. Avez-vous utilisé votre trousse ? Yes

b. Si non, pourquoi ? ----------------------

c. Si vous l’avez utilisĂ©, dĂ©crivez briĂšvement les circonstances dans lesquelles vous avez utilisĂ© chaque accessoire. Par exemple « Quand j’étais cachĂ© dans les bois pendant deux nuit ».

- Tablettes Horlicks : Caché dans les bois, la nuit

- Barres de chocolat et de cacahuÚtes : Caché dans les bois, la nuit

- Lait (en tube) : Non

- Comprimés de benzadrine (fatigue) : Non

- ComprimĂ©s de halazone (pour purifier l’eau) : Non

- Allumettes : Non

- Rouleau adhĂ©sif : Oui, pendant l’évasion

- Chewing-gum : Oui, dans les bois

- Bouteille d’eau : Non

- Boussole : Oui, pendant les quatre mois entiers. TrĂšs important

- Kit de couture : Non

d. Certains des accessoires se sont-ils révélés insatisfaisants ? Non

e. Finalement de quelle maniÚre avez-vous ytilisé le coffret ? Selon les besoins

f. Pouvez-vou suggĂ©rer en quoi le contenu du coffret de survie pourrait ĂȘtre modifiĂ© pour qu’il soit encore plus utile ; la taille du coffret devrait-elle ĂȘtre plus grande ?

---------------------------------- BROSSE A DENTS


II – SACOCHE

a. Portiez-vous une sacoche ? DĂ©crivez la couleur du tissu et des lettres.

Si NON, dites pourquoi. OUI, Rouge

b. Avez-vous utilisé la sacoche ? Oui

c. Si c’est le cas, les quels des accessoires suivants de la sacoche avez-vous utilisĂ© ?

- Cartes ? Lesquelles ? Oui. De France.

- Boussole ? Oui

- Lime ? (scie à métaux) Non

- Monnaie Ă©trangĂšre. De quels pays et combien. Comment avez-vous dĂ©pensĂ© l’argent ?

Argent français. Envoyer des messages Ă  l’ArmĂ©e. Pour une brosse Ă  dents, etc.

d. Comment vous ĂȘtes vous procurĂ© :

- Des cartes : AuprĂšs de l’armĂ©e secrĂšte française

- Une boussole : idem

- Une lime (scie à métaux) : -----------------

- De l’argent supplĂ©mentaire : --------------



III – AVEZ-VOUS EU BESOIN DE BOUSSOLES SUPPLÉMENTAIRES OU D’AUTRES ACCESSOIRES POUR VOTRE ÉVASION ?NON


IV – PHOTOS D’IDENTITÉ

a. Aviez-vous des photos d’identitĂ© sur vous ? Si oui, combien ? Oui

b. Les avez-vous utilisées ? Oui


V – FORMATIONS

a. Avez-vous suivi une formation sur les maniĂšres de s’évader ou de s’échapper ?

Dites OU, QUAND et PAR QUI ?

Oui, Angleterre, Brooks St, Bovington, Mars

b. Avez-vous trouvé que les cours étaient de valeur ? Oui

c. Avez-vous d’autres suggestions Ă  faire qui, selon votre sentiment et votre expĂ©rience, pourraient aider d’autres rescapĂ©s ou Ă©vadĂ©s ?

SURTOUT SUIVRE LES ORDRES DE LA RESISTANCE FRANCAISE





SECRET – AMÉRICAIN

TRES SECRET – BRITANNIQUE

APPENDICE « D » AU RAPPORT E ET E, N°_____


Citez toutes les informations militaires que vous avez pu observer ou dont vous avez entendu parler pendant votre Ă©vasion. Donnez le plus de dĂ©tails possibles. (AĂ©rodromes, campements de soldats, dĂ©fenses cĂŽtiĂšres et intĂ©rieures, batteries anti-aĂ©riennes, installations radar, mouvements de troupes, rĂ©sultats des bombardements alliĂ©s, localisation des usines ennemies et des dĂ©pĂŽts de munitions, moral de l’ennemi et des civils, etc., etc., 
)

Déjà tout donné au QG de la 9Úme AAF

Pas d’information importante depuis

Ma section en France est libérée

Sources : Internet : B17france.org page356/778;

media.nara.gov pour les rapports d’évasion

a) motif lettre O devient M suivant photo prises par les témoins.



MĂ©moire de Doingt-Flamicourt

le 6 octobre 2010


Courriel : trabau@wanadoo.fr


Site : www.doingt-flamicourt.com


BAUDUIN André


Publié sur le Site de Somme Aviation 39-45

Le 2 Août 2017