Nous étions 9 à présenter notre restitution de marches et d'observations de près d'un an de diagnostic d'usages du quartier Voltaire de Sotteville les Rouen.
Le résultat ? 72 lignes dans un tableau excel + de 5000 mots relevés d'observations et préconisations. Une belle base de data pour faire des statistiques et produire de belles images illustratives.
Le document final se veut être un outil d'aide à la décision, une ressource de coopération services/élus.
Avec une carte des émotions vécues et ressenties par les femmes, une cartographie des priorités, des courbes d'interventions par secteur, les services ont davantage de matière pour co-construire des solutions avec le collectif.
Le média datavisualisation a permis d'exprimer le plus simplement possible les enjeux du secteur Voltaire. Le support désincarne le sujet émotions pour le porter à vue. Il construit un espace de dialogue qui n'est plus du ressort des doléances plaintives dans un tableau excel. C'est en soi un acte de construction.
Habitante du quartier Voltaire depuis plus de cinq ans, je suis volontaire auprès de la maison citoyenne pour mettre mes compétences et surtout mon expertise d'usage au service de la rénovation future du quartier.
J'ai rejoint un collectif de femmes pour travailler à la réalisation du diagnostic préalable sous forme de marches exploratoires. Cette expérience est riche de rencontres et d'instructions sur la (re)composition d'un espace urbain à partir des usages existants pour se projeter vers un horizon désirable.
En complément de l'article publié sur le site 76 Actu du 16/12/2023
Le collectif de femmes se réunit depuis le mois de Mars 2023.
Tout à commencé avec des problématiques de sécurité, de fréquentation du quartier. La Ville a demandé à la police nationale de mettre en place des mesures appropriées pour accroitre une présence rassurante. Des solutions ont alors été proposées par la police nationale pour faciliter les interpellations d'éventuels fauteurs de troubles.
Au départ, les riverains de la place Voltaire sont conviés à des rencontres avec la police pour régler des problématiques de squat, d'alcool sur la voie publique qui entament l'ambiance générale sur la place Voltaire.
Les regards se tournent rapidement sur des aménagements et un constat : une sur-représentation masculine sur l'espace public qui donne un sentiment de malaise aux femmes et aux enfants, mais pas que. La ville et les riverains en ont conscience : le renforcement visible de la police, la sécurisation des abords de la place ne sont pas les seules mesures à prendre pour mieux vivre dans le quartier.
La maison citoyenne s'inspire alors d'une initiative prise par un collectif dans le quartier voisin. Les Marcheuses de Grammont viennent partager leur expérience devant une assemblée de femmes intéressées par l'angle "réappropriation de l'espace public". Si la problématique est légèrement différente, c'est la même énergie qui a réuni ces riveraines : mieux vivre dans son quartier.
Et lorsque l'on parle de qualité de vie, on parle d'aménagements, de la place de la voiture, de la place des enfants et de rapports humains.
POur nuancer les propos rapportés dans l'article, il ne s'agit pas "des doléances" que portent ce groupe de femmes. Ces femmes constatent, se parlent et s'entendent sur des perspectives d'amélioration de la vie quotidienne de chacun(e)s.
Comment partager l'espace public, y vivre ensemble, entre pragmatisme, idéalisme et principe de réalité ? Voilà la véritable question à laquelle tente de répondre ce groupe de femmes accompagné par la maison citoyenne et le CCAS, experts de ces questions et coutumiers du dialogue citoyen.
Grâce à cet accompagnement, la méthodologie rondement menée de relevés de constats sous forme de marches exploratoires à donné lieu à 4 rendez-vous au cours desquels les questions étaient guidées et animées par un staf resserré. "nous posions des questions sur les thèmes du commerce, de la sécurité, de l'accessibilité, des mobilités..." Le tout était consigné et faisait l'objet d'un retour en salle durant lequel les sous-groupes discutaient.
La prochaine réunion viendra faire le relevé exhaustif de l'ensemble des marches, sur le terrain et en salle. L'idée sera de débattre et s'accorder, de prioriser entre elles, pour préparer une réunion de présentation aux élus.
Mais ce qui n'est pas relaté dans cet article, c'est l'énergie fédératrice qui s'est produite dans le temps. Le groupe veut aller plus loin, évoquer la solidarité entre voisins, parler d'animations et de temps de rencontres. Il n'est encore une fois pas question de dresser une commande, une liste de besoins, d'attendre les arbitrages des élus ou des démarrages de travaux. Non ! De ce groupe est né une envie de vivre ensemble, de se saluer dans la rue, de se sentir bien et de créer un environnement plus doux pour les enfants, plus solidaire pour chacun. Elles décident ainsi de se revoir en parallèle du dialogue constructif avec la mairie qui a impulsé le dialogue, pour projeter et concrétiser leurs idées relatives au bien vivre, les un(e)s avec les autres. Elles partent sur des organisations de pique-nique de rue, de fermetures temporaires à la circulation, d'expérimentations sociales, d'animations citoyennes sur la place et d'organisation de la journée du 8 mars.
Toutes les femmes du quartier mais aussi les enfants et les hommes curieux de la démarche sont invités à rejoindre cette initiative pour répondre ensemble à la question du Comment vivre ensemble ?