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ACCUEILLIR, C’EST LAISSER DIEU ENTRER (13e dimanche du temps ordinaire A)    

JAMAIS, CES DERNIÈRES années, un sujet n’aura suscité autant de débats que celui de l’accueil. Il ne s’agit pas ici de recevoir des amis ou des proches, mais des personnes venues d’ailleurs, de l’étranger. La question soulève des inquiétudes légitimes, mais aussi divise les opinions et entraîne parfois même des réactions hostiles.  Il suffit de prêter l’oreille à l’actualité pour en mesurer l’ampleur.

L’hospitalité n’est pourtant pas une invention contemporaine. Elle fait partie des traditions les plus anciennes de l’humanité et est attestée dans toutes les cultures comme un devoir fondamental, une valeur universelle.  Elle révèle ce qu’est véritablement l’humain : un être qui ne se réduit pas à son appartenance familiale, tribale ou nationale. Cela dit, l’hospitalité n’est pas d’abord une affaire de bons sentiments, car les élans d’accueil portés uniquement par l’enthousiasme se heurtent tôt ou tard à des obstacles réels, qui éprouvent la générosité.

Dans la tradition judéo-chrétienne, l’hospitalité occupe une place centrale. Elle irrigue l’action de Jésus, et se manifeste comme la capacité à se dessaisir de soi pour s’ouvrir à l’autre.  Inconditionnelle, elle va jusqu’à l’accueil de l’ennemi.  En tendant la main à l’autre, surtout le plus vulnérable, notre relation à Dieu est en jeu.  Plus qu’un devoir, l’hospitalité chrétienne est le lien où se laissent entrevoir la présence et le passage, discrets mais féconds, du Seigneur en nos vies.

                                                                        Rodhain Kasuba (Prions en Église – juin 2026)

 

UN FARDEAU LÉGER ? (14e dimanche du temps ordinaire A)

Avouons-le, il y a des jours où nous en avons plein le dos!  Le poids de nos responsabilités, de nos vieilles blessures, de la maladie ou de nos inquiétudes face à l’avenir pèse lourd.  Nous vivons parfois des moments d’agitation intérieure, de peur et de désarroi.  Jésus en est bien conscient.  Qu’il est bon de l’entendre nous dire aujourd’hui : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos […]  Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »  Les gens qui se préparent actuellement à partir en vacances entendent bien se détendre.  Mais le repos dont parle le Seigneur est d’une autre nature…

Jésus ne promet pas de nous dispenser de tous nos soucis, mais de les porter avec nous.  Il veut conjuguer ses forces aux nôtres pour alléger nos jours.  Il appelle les gens fatigués que nous sommes à une plus grande proximité avec lui.  Il nous offre son joug qui n’alourdit ni n’écrase personne : l’assurance de son amour inconditionnel pour nous et de sa présence quotidienne à nos côtés.  Sa tendresse est source de réconfort et de paix.  En vacances ou non, demeurons attachés à lui.  Marchons à son pas.  Il nous réserve le plus doux des repos : celui de l’esprit et du cœur.  Quelle bonne nouvelle!

                                                  Lise Hudon-Bonin (Prions en Église – juillet 2026)

 

QU’EST-CE QUE TU VEUX ?

Jésus demande au mendiant ce qu’il veut. La demande peut étonner, car la réponse semble évidente et Jésus sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme. Mais Jésus veut associer le mendiant à l’œuvre de salut. Il nous demande la même chose : qu’est-ce que nous voulons ? Qu’est-ce que nous désirons du fond du cœur ? Une petite rente matérielle ? Ou plutôt voir le Christ, voir le monde à sa lumière ?

Le mendiant Bartimée ne va pas demander à Jésus de lui filer 100 dollars, comme l’imaginaient peut-être les gens qui voulaient le faire taire, mais il va demander de voir, de voir le monde et sa beauté pour louer le créateur, de voir un peu plus clair en lui-même, pour avancer sur le chemin de la vie, de voir les autres pour entrer en relation vraie avec eux.

C’est d’un bien plus précieux dont nous avons besoin et qu’il est prêt à nous donner : la lumière de la foi, de la charité et de l’espérance, pour voir, regarder, contempler et avancer sur le chemin de la vie. C’est ce bien qu’a désiré Bartimée et c’est ce que

Jésus lui donne. Nous aussi, nous avons besoin de voir à nouveau, de voir avec d’autres yeux notre vie et ce monde. Nous comprenons que ce n’est pas seulement la vue physique qui lui est rendue, mais une lumière, une lucidité intérieure, qui va faire de lui un disciple.

                                                                         Frère Philippe Toxé, d’après Marc 10, 46b-52

 

MOTS DE LA FOI  -  DES CHEMINEMENTS EN POINTILLÉ

Sur une route asphaltée, des lignes blanches ou jaunes guident notre conduite automobile.  Une ligne pleine et continue, qu’elle soit simple ou double, interdit tout dépassement.  En revanche, une qui est pointillée indique une zone où le dépassement est permis.  Lorsque la surface vient tout juste d’être refaite, les signaleurs routiers collent temporairement des petits cartons à intervalles réguliers en attendant de peindre des lignes permanentes.  Ce sont de modestes points de repère pour assurer la sécurité des gens.

UNE VARIÉTÉ D’ITINÉRAIRES

Dans la pratique pastorale, nous rencontrons de plus en plus souvent des personnes croyantes dont l’itinéraire spirituel et sacramentel semble en pointillé.  Autrefois, nous étions habitués à des parcours continus comme une ligne pleine au milieu de la route.  L’éducation chrétienne amorcée dans la famille se poursuivait à l’école par le catéchisme ou la catéchèse.  Elle s’alimentait des sacrements, notamment de l’eucharistie, dominicale et parfois même d’un engagement dans un mouvement ou un groupe de pastorale scolaire.  La vie chrétienne appuyée sur le baptême à la naissance était jalonnée de la confirmation, du sacrement du pardon et, éventuellement, du mariage.  Elle culminait en fin de vie dans ce que l’on appelait « l’extrême-onction », c’est-à-dire l’onction des malades.

Aujourd’hui, nous rencontrons des trajectoires faites de rendez-vous ponctuels, comme un itinéraire en pointillé.  Par exemple, pour la très grande majorité, les parents qui demandent le baptême pour leur tout-petit s’investissent dans la préparation et la célébration, mais disparaissent de la vie paroissiale aussitôt après.  Il en va de même pour les familles au moment de la première communion ou de la confirmation d’un enfant, même après des années de catéchèse.  Les financés qui se préparent au mariage ne cachent pas leur intention de ne reprendre contact avec la paroisse qu’à l’occasion du baptême éventuel d’un enfant à venir.  Même les catéchumènes adultes ou jeunes adultes se tiennent à distance de l’Église après leur baptême.  Nos chemins se recroisent parfois à la faveur d’un autre sacrement à célébrer ou d’un besoin d’accompagnement.

ET LA CONTINUITÉ ?    

Faut-il s’en scandaliser ?  En théorie, on peut s’offusquer que la célébration des sacrements ne favorise pas davantage une intégration régulière à la communauté et ne se traduise pas par une vie chrétienne plus enracinée.  On peut comprendre la frustration des équipes pastorales dont les efforts semblent achopper.

Un théologien de Chicoutimi spécialisé en catéchèse m’a un jour donné un autre point de vue.  Il m’a demandé : « Quand tu célèbres un baptême ou une première communion, est-ce que les participants ont fait une expérience d’amour et de joie ? »  Oui, ai-je répondu.  Et lui a ajouté : « Alors, sois content, ils ont goûté au fruit de l’Esprit que Paul décrivait ainsi : amour, joie, paix, patience, bonté, foi, douceur et maîtrise de soi (cf. Galates 5, 22).  Ils font des itinéraires en pointillé. »  Espérons qu’à la faveur d’autres expériences du fruit de l’Esprit, ces frères et sœurs dans la foi auront faim d’une plus grande continuité.  Soignons donc nos rendez-vous avec eux pour qu’ils leur communiquent le goût d’une ligne pleine.  

                                                                               Alain Roy, Prions en Église, juillet 2026